Publié le 28 Novembre 2016

   Parfois, on passe de si près d'une catastrophe qu'on a tendance à voir un signe, un avertissement derrière ce sauvetage miraculeux... "Cela ne devait pas se passer ainsi! Qu'est-ce qui a permis d'y échapper avec si peu de dégâts?" Comment ne pas finir par croire à un ange gardien qui veillerait sur nous sans relâche?...

   Ce genre croyance me faisait sourire, avec une certaine indulgence pour les superstitieux. Mon pauvre ange gardien ramait dur pour m'apporter des preuves, inlassablement, de sa présence protectrice. L'épisode déjà relaté sur ce blog de mon périple sur l'autoroute où je m'étais endormie à 130 km/h et me suis miraculeusement réveillée à 10 cm de la barrière centrale, après avoir traversé la file de gauche, m'a déjà ébranlée quelque peu dans mon cartésianisme entêté. Jeudi dernier, l'Ange m'a encore rattrapée, tant bien que mal.

   Je descendais dans ma cave par l'escalier centenaire, sans garde-corps. J'ai raté la dernière marche défectueuse et je me suis lourdement écrasée sur mon côté gauche, dans la poussière, la tête à quelque cm d'un radiateur en fonte. Sonnée, je suis restée immobile, non sans une pensée pour une femme que j'ai connue, qui, pour la même mésaventure, a été retrouvée bien plus tard, en état de décomposition... 

    J'ai tenté de bouger les doigts, pour tester une éventuelle fracture du bras: épaule, coude, poignet ont pris un sacré coup, sans parler du genou en sang... Je me suis roulée dans la poussière pour approcher l'escalier afin de me hisser au moins sur la deuxième marche, pour pouvoir me lever. Impossible de prendre appui sur le bras gauche.

   Le temps m'a semblé infini mais j'y suis arrivée peu à peu. Quand on vit seul, on n'a pas le choix et c'est une puissante motivation. J'ai passé la soirée, la nuit et la journée suivante avec le bras enveloppé dans une serviette mouillée et attaché en écharpe... On se rend compte à quel point on a besoin des deux bras pour la plupart de nos gestes. Mon admiration a encore accru pour les gens qui, par accident, défaut de naissance ou de maladie, doivent faire preuve d'une capacité prodigieux d'accommodement à leur handicap...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #témoignage

Publié le 22 Novembre 2016

"Voici la morale parfaite:

vivre chaque jour comme si c'était le dernier;

ne pas s'agiter,

ne pas sommeiller,

ne pas faire semblant." 

(Marc Aurèle)

Tout est dit. Seulement, comment savoir si l'on est encore vivant?...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #citations, #état des lieux ressenti

Publié le 17 Novembre 2016

J'ai vu Leïla Slimani pour la première fois à la présentation de son premier roman par François Busnel, à la télévision. "Dans le jardin de l'ogre", l'histoire d'une addiction sexuelle féminine, détonnait déjà dans l'univers éditorial de l'époque. Une jeune femme belle comme on imagine la narratrice des "1001 nuits"  présentait cette histoire audacieuse sur un ton clair, serein et intelligent qui écartait d'emblée tout clin d'oeil en coin, soupçonneux d'inspiration autobiographique. 

Son deuxième roman "Chanson douce" m'a été offert par une amie. Une histoire peu banale, racontée sur un ton neutre, presque "journalistique", factuel, laissant le lecteur construire sa propre analyse psychologique. On avance prudemment, glacé encore sous l'effet du début du roman: le meurtre de deux petits par leur nounou modèle qui tente de se supprimer elle-même... Leïla Slimani, en bon entomologue, ne nous donne que des faits, elle n'explique rien, c'est à nous de découvrir les ressorts des réactions de ses personnages. Un couple de bobos, coincés entre l'envie de s'accomplir professionnellement et de réussir la vie de famille, en ne lâchant rien... Une nounou, perle rare, qui comble leurs lacunes et qui s'incruste, se greffe en échange dans tous les hiatus de leur vie... C'est aussi le roman d'une vie sombre dans la peur de la solitude. "La solitude lui sautait au visage au crépuscule, quand la nuit tombe et que les bruits montent des maisons où l'on vit à plusieurs." Un roman de notre époque.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Les mots des autres, #littérature

Publié le 12 Novembre 2016

   La ville de Lens se trouve à une soixantaine de km de chez moi. Ce n'est pas le coin le plus touristique de la région, en plein milieu des mines désormais fermées du Pas-de-Calais. L'effondrement du tissu industriel a plongé la population dans le chômage et il ne restait plus que la célèbre équipe de football, les "Sang et Or" pour apporter du baume au coeur des gens, qualifiés de "meilleur public de France"... 

   Il y a désormais le Louvre-Lens. Une série de boîtes de verre construite au dessus de la fosse N°9. La culture en secours contre le désespoir, désir de s'en sortir, en créant un pôle d'attraction, de recherche et de gisement d'emplois nouveaux.

   Des sceptiques ne manquaient pas, d'autant que Lille, Béthune, Valenciennes, Douai et d'autres villes riches en traditions artistiques étaient sur les rangs. Y aurait-t-il un public réceptif dans ce coin déshérité, sur les ruines des mines, avec les terrils pour seules attractions touristiques?... Démenti éclatant: en 4 ans, plus d'un million et demi de visiteurs.

   J'y suis venue pour la première fois, il y a 2 jours. Ce ne sera pas la dernière: je suis conquise. Bien sûr, les perspectives d'amélioration ne manquent pas. On s'y sent bien: de l'espace, de la transparence et un accueil chaleureux et disponible nous met à l'aise. Je suis venue pour

écouter un colloque sur la Mésopotamie, une culture plusieurs fois millénaire et pour regarder l'exposition temporaire qui l'illustre. Une période passionnante qui a vu l'apparition de l'écriture il y a quelque 5000 ans, avec une finesse extraordinaire de son art que les barbares modernes essaient de détruire en Iraq et en Syrie...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #balade, #réflexion

Publié le 6 Novembre 2016

"Il n'y a pas de honte quand il n'y a pas de regard de l'autre." (B. Cyrulnik)

   Parmi mes amies blogueuses hongroises, nous avons évoqué le thème de la honte, à propos d'un texte de E. Hankiss que j'avais cité sur mon blog. L'auteur, à 80 ans passé, y évoque un souvenir d'enfance qui lui fait honte au bout de tant d'années. Nous nous sommes dit qu'il serait sans doute difficile pour nous toutes d'en faire autant: "confesser" publiquement une honte enfouie...

   Cela m'a intriguée et j'ai décidé de chercher un peu plus loin les ressorts de la honte. Je suis tombée, en particulier, sur un long article de Serge Tisseron (il a consacré plusieurs ouvrages à ce sujet) qui explique en profondeur ce phénomène douloureux. 

   Je pense qu'il n'y a pas beaucoup de monde pour qui ce sentiment reste inconnu, à des degrés divers. Certains le confondent avec la culpabilité mais la différence est significative: la culpabilité se réfère à un acte répréhensible mais réparable, tandis que la honte est   éminemment intime et porte un jugement sur soi quasi irréparable, entrainant un sentiment d'impuissance et de mésestime de soi. Elle est lié au regard des autres, plongeant l'individu  -  souvent l'enfant  -  dans l'inhibition, la souffrance en silence et dans la solitude. La honte naît la plupart du temps d'une violence, d'une humiliation subie dans l'enfance, de la part des personnes de confiance et peut aboutir à une perte de lien d'amour avec des tiers importants.

   La culpabilité vise la socialisation, la réintégration du groupe (famille, société, tribu) tandis que la honte en exclut. Pour simplifier, la première suggère: "j'ai fait quelque chose de répréhensible" cependant que la seconde coupe la possibilité de rédemption: "il y a quelque chose qui ne va pas chez moi"... Quelque chose qui m'exclut du groupe, qui me rend indigne: le regard des autres me le dit. "Ce n'est pas de ma faute" reste une phrase difficile à concevoir, encore plus à prononcer, à imposer.  

 

 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

Publié le 1 Novembre 2016

     De ma terrasse, les platanes de la rue Saint-Roch voisine affichent, d'un jour à l'autre, une couleur ocre mêlée du vert triomphant des cimes, là-haut où les feuilles les plus jeunes croient encore dur comme fer en leur invincibilité... Les plus anciennes, plus bas, commencent à se détacher des branches, sachant que leur temps se termine et que c'est le destin commun qui les attend. La chute. Tout comme pour les jeunes insolentes de là-haut qui ne le savent pas encore. Ou feignent de ne pas le savoir. Elles ont raison: qu'elles en profitent, de l'ivresse du soleil, qu'elles résistent jusqu'au bout, là-haut...

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Rédigé par Flora bis

Publié le 24 Octobre 2016

Grisaille, pluie. Le chauffage est en marche.

Un gros rhume, cadeau de mes petites-filles sur un terrain vulnérable, m'embrume encore plus la tête. J'ai passé la journée à essayer de récupérer, à tenter de respirer, entre deux grincements des articulations...

Week end d'anniversaires, celui d'Alice et du mien, avec 61 ans et 10 jours d'écart. Cadeaux préparés avec l'envie de faire plaisir; émotions, champagne. Les petites ont entamé leurs vacances d'automne. 

Cela passe toujours très vite, trop vite. Pourtant on aimerait bien s'envelopper dans la chaleur familiale un peu plus longuement, sans les impératifs intraitables du travail qui appellent les enfants à reprendre la route, à replonger dans les bouchons autour de Paris qui anéantissent le bénéfice du week end. 

Alors, on attend la prochaine rencontre, parcourant d'ici-là quelques obstacles moyennement sympathiques... Ainsi va la vie, aléatoire...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux ressenti

Publié le 15 Octobre 2016

sur l'Acropole

sur l'Acropole

   Tous les ans, je m'offre un cadeau "de la part de Gilbert" pour mon anniversaire, comme pour perpétuer les habitudes de 33 années... Ou alors, pour prêter un peu plus de solennité à la chose: se l'offrir tout simplement banaliserait le geste.

   Cette fois-ci, je devais attendre deux jours de plus: l'objet de ma convoitise n'est sorti en librairie que le 14 octobre. Il s'agit des deux volumes imposants des éditions Gallimard: "Lettres à Anne" (1962-1995), 1276 pages et "Journal pour Anne" (1964-1970), 493 pages... Un poids conséquent qui vous découragera de les lire dans votre lit, sous peine d'être assommé en cas d'assoupissement fortuit...

   François Mitterrand aurait cent ans. Il était le président le plus secret, le plus intrigant, controversé, séducteur, cultivé de la cinquième république: les adjectifs ne sont pas exhaustifs. Les livres qui tentaient de déchiffrer ses multiples facettes sont nombreux. Aucun de ceux qui l'ont approché ne connaissait sans doute l'homme en son intégrité. Celle qui en a l'image la plus intime est probablement Anne Pingeot, son amour secret durant 33 ans. Jusqu'à sa mort.

   J'ai eu l'occasion de lire quelques extraits avant la parution du recueil. La beauté de l'écriture, la profondeur des sentiments m'ont surprise. Cela dépasse les premières réticences devant l'aspect voyeur de jeter un regard sur l'intimité des gens. Si la discrète Anne Pingeot, secrète jusqu'à l'effacement, me suis-je dit, a pu donner son accord à ce dévoilement, le livre ne va pas me plonger dans le malaise... 

   1217 lettres au total. Un extrait:

"... Je t'ai rencontrée et j'ai tout de suite deviné que j'allais partir pour un grand voyage. Là où je vais je sais au moins que tu seras toujours. Je bénis ce visage, ma lumière. Il n'y aura plus jamais de nuit absolue pour moi. La solitude de la mort sera moins solitude. Anne, mon amour."

   

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Les mots des autres, #littérature

Publié le 11 Octobre 2016

Ambiance d'étés si lointains...

Sur mon blog hongrois, je viens de publier cette photo ancienne, prise dans les années quarante où je n'étais même pas née, quelque part en Transylvanie où je ne suis jamais allée...

Pourtant, l'ambiance de la photo ne m'a pas lâchée depuis le moment où je l'ai découverte des le flot interminable qui défile sur Internet. Je l'ai mise de côté pour les jours difficiles, ceux qui veulent vous entraîner vers le fond...

C'est cette lumière qui m'a clouée sur place, celle du jour naissant, au beau milieu de l'été de mes vacances d'enfance. (Signe incontestable du temps qui s'enfuit: on se réfugie de plus en plus dans un passé sans doute embelli, qui nous a laissé son goût éternel, inimitable de douceur...)

Le jour se lève plein de promesses et sous mes pieds nus, la rue en terre garde encore la fraîcheur de la nuit. Le soleil aveuglant va bientôt effacer le contraste aigu des ombres. Les maisonnettes blanchies à la chaux entrouvrent leurs jalousies. Est-ce le lait du matin ou de l'eau fraîche da la fontaine que cette femme porte à la main au coin de la rue?...

On lâche les vaches qui trouveront toutes seules le chemin de la pâture.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #ressenti, #réminiscences

Publié le 3 Octobre 2016

Chaâlis
Chaâlis

Dans la blogosphère hongroise, du moins dans le petit cercle que je fréquente, l'ambiance est morose. Beaucoup de mes "fréquentations" laissent leurs blogs en sommeil, d'autres attendent des semaines avant d'y revenir et toutes se plaignent de "l'assèchement" de la source de leur envie d'antan de partager, de communiquer...

Serait-ce la loi des cycles de nos activités: début enthousiaste dû à la nouveauté, chevauchée triomphante du plaisir plein, puis lente et progressive "blasitude" jusqu'à l'extinction?... De la part du visiteur autant que du blogueur.

Certains se taisent pour un temps, puis reviennent sous une autre forme, une autre identité, histoire de muer, de se métamorphoser, dans l'espoir aussi de renouveler leur expression, leur auditoire...

Pourtant, la vie ne s'arrête pas, nous offrant sans cesse de nouvelles facettes à explorer.

J'espère que le genre du blog résistera encore au déferlement des modes, toujours plus rapides, toujours plus réactives - et toujours plus superficielles...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux ressenti