Mardi 7 juillet 2009

    Le 7 juillet est toujours une date à part... Impossible de ne pas revivre cette ultime nuit de veillée, après le verdict sans appel du médecin : "Votre mari est en train de partir. "  -  "Partir ?"  -  "Mourir, Madame".  Ce petit dialogue reste gravé pour toujours : ma question idiote qui ne peut, ne veut pas comprendre. Que le miracle tant de fois accompli n'aura pas lieu. Qu'il ne reste plus qu'à attendre, dans cette atmosphère devenue soudain glaciale. Que lui, ce lutteur héroïque depuis des années et même depuis ces quelques mois de condamnation définitive, a fini par baisser les bras, comme en s'excusant : je suis allé aussi loin que possible, je n'en peux plus...
    Amos, cher ami et frère véritable, tu ne liras peut-être pas ces mots. Tu nous as tenu compagnie, à nous deux, dès mon premier appel, laconique et désespéré, jusqu'au bout et même au-delà. Cette terrible attente en a été allégée et je t'en serai reconnaissante jusqu'à la fin de ma vie.
     La vie continue et la tristesse se mue en énergie à chaque fois que je pense à lui. J'ai retenu la leçon. Il ne faut pas gâcher les instants qui nous sont impartis : ils ne reviendront jamais. Il y a tant de choses passionnantes à faire pendant ce laps de temps si minuscule et la peau de chagrin diminue à une vitesse sidérale... Comment pourrait-on envisager un seul instant la béance menaçante de l'ennui ?
    Je n'ai pas besoin de "travailler" mon deuil, pas de pensum quotidien à accomplir, ni de solitude à combler. Avec ce testament-là, j'ai de quoi nourrir le restant de mes jours...

Par Flora - Publié dans : Gilbert - Communauté : Les Cheminants
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Lundi 6 juillet 2009
dessin : T. R. (2001)
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Samedi 4 juillet 2009

    Il y a un an, jour pour jour, je me suis lancée...  Je me souviens encore : serrement de coeur, trac, saut dans l'inconnu  -  et une envie impérieuse de s'y jeter. Pourquoi ? Sans doute et avant tout, avec les mots du même Endre Ady : "... Je voudrais de plus près me montrer, // Que me voient ceux qui voient... " (Szeretném magam megmutatni, // Hogy látva lássanak, //Hogy látva lássanak) Toutefois, j'ai décidée de garder une partie de l'anonymat, du moins devant ceux qui ne me connaissent pas personnellement, me disant que l'identité précise n'a aucune importance, finalement : ceux qui savent voir, construiront leur image sur la trame des mots... Les mots et quelques images : voilà les seuls véhicules que je me destinais pour arriver jusqu'à vous. Le reste me semblait inutile exhibition.

   Comme j'étais persuadé que la mode de livrer mes états d'âme journaliers sur un blog n'avait pas grand intêret, que j'étais nulle en cuisine et en point de croix, tout comme en potins people, j'ai choisi la traduction d'auteurs hongrois, mine de trésors méconnus. 

   Le deuxième anniversaire de la mort de Gilbert a donné le coup de pouce décisif. Je me suis dit que je le prolongerais ainsi à travers ses textes, puisque la publication en masse mercantile confère à la littérature une vie de libellule... Il redoutait plus que tout l'oubli, ce trou noir vorace de corps célestes. J'ai vécu de très près la gestation de cette oeuvre restée inachevée, et je me retrouve étroitement liée à lui à travers ses mots, cet acte de genèse.

   J'ai toujours aimé joué avec les mots. Le français constitue un terrain de jeu extraordinaire : pour beaucoup, c'est la langue de l'écriture par excellence. Pour moi, c'est un défi permanent et une jubilation, une conquête et une découverte d'une autre moi-même. Je reste persuadée que s'exprimer dans une langue ou une autre, signifie se glisser dans une autre peau... Et le vécu, l'initiation mystérieuse à telle ou telle langue conditionne notre parole.  Le français a libéré la mienne.

   En un an, quelques 206 articles et 615 commentaires. Je ne cours pas après les records, même si vos commentaires font très plaisir, ces fameuses petites passerelles entre les âmes... Le reste, de toute façon, nous ne le maîtrisons pas. Depuis un an, je passe beaucoup de temps à nourrir ces pages et à lire aussi les vôtres. Ce n'est pas du temps perdu, il m'enrichit...
  

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cheminants
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Samedi 4 juillet 2009

Par jeu ne me trompant jamais
Coulée en or, tu sourirais
                A mon chevet.

Diamants verts seraient tes yeux,
Roses d'opale tes seins, deux
                Rubis tes lèvres.

Belle statue d'or immortelle,
Tu me serais enfin fidèle,
                O maléfique.

En quelque lieu que soit ton corps
M'appelleraient tes formes d'or,
                Toujours, toujours.

Si la vie me faisait souffrir,
Tes hanches viendraient rafraîchir,
                 Mon front en feu.

                                             
adaptation d'Alain Bosquet



A Léda aranyszobra

Csaló játékba sohse fognál,
Aranyba öntve mosolyognál
Az ágyam elött.

Két szemed két zöld gyémánt vóna,
Két kebled két vad opál-rózsa
S ajakad topáz.

Arany-lényeddel sohse halnál,
Ekes voltoddal sohse csalnál,
En rossz asszonyom.

Hùs-tested akármerre menne,
Arany tested értem lihegne                                                               
Gustav KLIMT : Judith et Holofernes
Mindig, örökig.

S mikor az élet nagyon fájna,
Két hüs csipöd lehütné áldva
Forró homlokom.

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Mercredi 1 juillet 2009

   " Que deviendront nos souvenirs après notre disparition?"  demande une amie hongroise sur son blog. Question bien plus complexe qu'il n'y paraît. Ne sommes-nous pas en train d'essayer de les fixer, dans leurs contours de plus en plus flous, afin qu'ils survivent à cet inexorable évanouissement ? A quoi bon ? Ils nous appartiennent si intimement que leur survie n'a aucun sens logique; ils devraient nous suivre fidèlement, tels les chevaux et les serviteurs, voire les épouses, ensevelis auprès de leur seigneur défunt des temps jadis...

   Nos souvenirs, ces oripeaux défraîchis nous appartiennent intimement. Pourquoi l'envie de les confier, de les partager, même partiellement, même en les filtrant, les édulcorant ou bien au contraire, en les livrant dans toute leur cruauté, quitte à s'écorcher au passage ?

   Même dépourvus de narcissisme maladif, nous sommes effleurés par cette tentation. Voulons-nous compléter l'esquisse de notre image, afin que les traits primordiaux apparaissent pour dévoiler les sillons, les ébauches successifs qui ont abouti à l'impression présente ? Avons-nous besoin de témoin dans cette descente vers les abysses de la mémoire, témoin qui nous tient la main, que nous prenons par la main, pour que le chemin soit moins abrupt, moins cahotant ?

   Voulons-nous corriger, consciemment ou inconsciemment, l'image surgie des replis mystérieux, révélant des blessures dissimulées devant nous-mêmes ? Une envie irrépressible de sincérité arrive parfois à bouleverser l'ordre établi. Un ordre que nous avons mis des années d'acharnement à bâtir. Pour nous protéger. Pour pouvoir vivre. Un mur protecteur que tout le monde ignore, que nous parvenons à oublier nous-mêmes par moment... Un numéro de haute voltige permanent.

   Revenons à la première personne. Pourquoi livrer mes souvenirs ? Le narcissisme est assurément le motif le moins décisif. Ressusciter mes fantômes ? Le fantôme de moi-même ? Défier le temps qui s'écoule impitoyablement, en dépit des tentatives désespérées de l'arrêter, du moins le ralentir ? Tout cela à la fois. Et mille autres raisons encore. Mise au point en langage codé que je suis la seule à déchiffrer car la seule à pouvoir regarder derrière le miroir... 

la suite suivra...

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Dimanche 28 juin 2009
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Samedi 27 juin 2009

[...] La vérité a éclaté au retour du fugueur, onze mois plus tard. Après lui avoir cassé le nez d'un coup de poing revanchard  -  la Renault avait été revendue à Tanger  -  mon père a ordonné au criminel de quitter le déguisement qui le déshonorait.
-  Quel déguisement ? rétorqua Jean-Baptiste, d'une voix aussi plate que son nez. Je suis une femme ; je m'habille en femme.
   Mon père, esprit borné, mit du temps à comprendre. La robe déchirée, le soutien-gorge ôté, apparut clairement l'absence de chiffons. Désormais, mon cousin allait être ma soeur. Jeannette suivait sa personnalité, je l'admettais très bien. Ce qui me désorientait, c'était le vocabulaire. Déjà traumatisé par la contrainte de tenir ma tante pour une mère, je devais maintenant usé du féminin pour désigner un être qu'en dépit de sa sensibilité particulière, de son goût pour le maquillage, j'avais pris l'habitude, en six années d'effort, de considérer comme un frère.
   Les premiers troubles sont apparus lors d'un cours de mathémathiques. J'ai donné du "madame" au professeur barbu. A la sixième erreur, l'administration m'a expulsé, pour trois jours. Motif : mon goût fort malvenu pour les plaisanteries. Deux semaines plus tard, le conseil de classe s'inquiétait de mes faux-cils, dérobés à Gisèle, et de mes glissements lexicaux. A en croire mes devoirs, Napoléon était morte à Saint-Hélène, George Sand prenait pour femme La Fayette, le grenouille appartenait à la catégorie des batraciennes, le subordonné relatif se plaçait derrière son antécédente. Le bulletin trimestriel recommandait de consulter un psychologue.
   De nombreux chèques plus tard, mon thérapeute s'extasiait de mes progrès. Presque guéri, j'admettais que si pierre est un mot féminin, Robespierre ne doit pas être qualifié de tyranne ou de dictatrice, ni Pierre Curie de lesbienne, sous prétexte qu'il vivait avec une Marie. Pour ce dernier exemple, je devais me concentrer. Ma tante venait de quitter mon père pour une lieutenante de police enceinte de son mari, simple gardien de la paix qui ne supportait plus les ordres d'une femme. Le fruits de ces amours policières, vague cousin issu de concubinage, m'était présenté par Gisèle comme un demi-frère !

   L'idée me tentait de la prendre au mot et de couper en deux, dès sa naissance, ce nourrisson superflu. Malheureusement, le marchand auquel j'ai exposé mon désir d'acheter un hache m'a traité de drogué et menacé d'appeler la police. N'ayant aucune envie de voir surgir l'ex-mari de la compagne de mon ancienne mère, je me suis réfugié chez Jeannette. Grâce au nez aplati qui atténuait une part de sa féminité, celle que j'avais connu sous le prénom de Jean-Baptiste avait trouvé un emploi de chauffeur routier à Saint-Amand, ou Sainte-Amande, je ne sais plus très bien. Chaque soir, elle me parlait de Claude, la fillette qu'elle allait adopter et qui, avec la malchance qui me caractérisait, deviendrait peut-être mon neveu.
   L'idée finale m'est venue dans le jardin, un jour de pluie, alors que j'observais des escargots. Je ne supportais plus de vivre dans ce désordre. Devenir hermaphrodite... Trouver mon équilibre, comme Valenciennes, dans une position asexuée... A l'aide d'une couteau de cuisine, j'ai accompli mon oeuvre, choisissant pour agir que le petit aiguille ait dépassé le douze : après-midi est un mot presque parfait, puisque doté des deux genres. Je n'aurais pas cru que la sang coulerait si fort, flot d'encre charriant le masculin qui m'encombrait.
   On a soigné plaies et douleurs, refermé sur moi, hôpital et marronniers. Gastéropode chaste, je vis en paix, presque mort, déjà neutre.

fin de la nouvelle "Sexuellement correct"  in  "Choisir"  éditions Page à Page  1999

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Jeudi 25 juin 2009


 

MILYEN VOLT... 


Milyen volt szőkesége, nem tudom már,
De azt tudom, hogy szőkék a mezők,
Ha dús kalásszal jő a sárguló nyár
S e szőkeségben újra érzem őt.

 
Milyen volt szeme kékje, nem tudom már,
De ha kinyílnak ősszel az egek,
A szeptemberi bágyadt búcsuzónál
Szeme színére visszarévedek.

 

Milyen volt hangja selyme, sem tudom már,
De tavaszodván, ha sóhajt a rét,
Úgy érzem, Anna meleg szava szól át
Egy tavaszból, mely messze, mint az ég.








JE NE ME SOUVIENS PLUS...


Je ne me souviens plus comment elle était blonde

Mais je sais que les champs sont blonds quand c'est  leurs temps ;      
Et quand chargé d'épis, vient l'été flamboyant,
Je revois sa blondeur dans cet or qui m'inonde.


Je ne me souviens plus du vrai bleu de ses yeux ;
Pourtant lorsque les cieux s'entrouvrent en automne,
Lorsque septembre fait ses adieux monotones,
Je revois en rêvant la couleur de ce bleu.


Je ne me souviens plus dans sa voix quelle soie,
Mais pendant que les prés soupirent au printemps
La chaude voix d'Anna m'appelle et je l'entends,
Au fond lointain des cieux où le printemps se noie.

                                                       traduction: László Gara

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Mercredi 24 juin 2009

   Angelina, notre mystérieuse Bulgare qui partage notre chambre nous entraîne vers des aventures insolites. C'est une belle fille aux cheveux longs et soyeux, aux yeux très noirs. Son appareil dentaire n'altère en rien sa beauté ni son caractère entreprenant. Elle a 3-4 ans de plus que nous mais avec le temps, nous apprenons à nous méfier de chacune de ses affirmations. Elle dit que son père est diplomate ayant été en poste à Moscou et qu'il a laissé, après son départ vers un autre poste, ses deux filles dans de vagues études de philologie. Sa mère est française, retournée en France après le divorce. Angelina vient de quitter les quartiers "ghetto" du corps diplomatique pour notre antique "Arche de Noé". Cependant, elle garde de nombreux contacts avec ces milieux-là et entend nous en faire profiter, Marie et moi.
   Il est difficile d'imaginer, à l'aune des temps modernes, les deux filles de 22 ans que nous sommes, avec l'innocente naïveté de collégiennes  -  et encore, celles des petites classes ! Il n'y a que notre curiosité qui surpasse notre naïveté. Angelina nous amène chez ses amis diplomates indonésiens. Nous sommes ainsi invitées dans des soirées indonésiennes ! A l'entrée de l'immeuble, devant l'immanquable cahute avec le policier armé et frigorifié dans le frimas russe, Angelina nous conseille d'éviter de parler russe. Nous sommes reçues avec chaleur et courtoisie dans ces soirées dansantes insolites où la langue de la communication est le russe ou l'anglais (que nous ne parlons pas). Est-ce le vocabulaire russe très limité de nos hôtes qui nous donne l'impression que décidément, les Indonésiens sont très énigmatiques... Lubis, la quarantaine dégarnie est de Sumatra. Il manifeste une irrésistible attirance pour Marie, ses cheveux blonds, ses yeux bleus et surtout, il est fasciné par les sourcils qui se touchent ! La sympathie semble réciproque et dure toute l'année de notre séjour à Moscou et même l'année d'après, à Léningrad d'où nous revenons en visite de quelques jours et logeons chez Lubis, en tout bien tout honneur. Quant à moi, mon "flirt" est un authentique prince de Java, longiligne autant que Lubis est replet, et très fin pianiste, danseur aux allures de félin. Je me souviens de son regard indéchiffrable derrière des paupières à peine fendues. Chose inimaginable de nos jours : je chaperonne Marie dans ces rendez-vous galants, tout comme elle me servira de confidente dans d'autres circonstances. Autres temps, autres moeurs... Tout simplement, nous avons grandi moins vite que les filles de maintenant et cela, sans l'ombre d'un jugement nostalgique de ma part...
la suite suivra... 
 

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Dimanche 21 juin 2009



















"La solitude est
une  tempête                                                                                          qui arrache toutes nos branches mortes."   
                                                             (Gibran)                                                        



"Au fond, c'est ça, la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre
la métamorphose, car elle arrive toujours." 

(August Strindberg)  
















illustrations : R.T.                              

Par Flora - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cheminants
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