Publié le 20 Septembre 2016

Les messages de Ben

Je relis mes notes, ici ou là, au jour le jour, dans les cinq cahiers de 240 pages dont trois créés par Ben (une grande exposition lui est consacrée au Musée Maillol, de septembre 2016 à janvier 2017). Je regarde mes cahiers à spirales, couvertures noires avec les inscriptions manuscrites de Ben, un des représentants du début de l'art conceptuel. Je considère ces mots comme des messages un peu hasardeux, un peu aléatoires à mon adresse, je les choisis dans cet esprit, selon l'humeur du moment: "les mots ont une vie", "Pouvoir tout dire", "sois ce que tu es", "j'existe!", " je veux être heureux", "résiste"... Des mots simples, messages basiques; c'est sans doute la raison de leur succès.

Je replonge ainsi dans ma vie depuis 2007. Des centaines de pages remplies serrées, des balbutiements incertains, parfois fiévreux des débuts de l'apprentissage de la solitude. Des blancs aussi, car je ne pouvais pas savoir que cette "comptabilité du quotidien" me sera rapidement indispensable, pour ne pas dire vitale.

Une vie quelque peu étriquée, terne, du moins à mes yeux, comparée aux années précédentes.

En veilleuse.

Mais quel bouillonnement intérieur! Invisible aux regards extérieurs car toute ma vie, j'ai appris et su "mettre un couvercle" sur des éruptions volcaniques, même modestes... La maîtrise en tout et avant tout! Cela m'a permis de gouverner ma vie tant bien que mal, même quand elle tanguait...

Ces cahiers sont témoins (pour moi, bien sûr car je lis aussi entre les lignes...) d'une longue gestation sous l'apparence anodine, naissance d'une envie, d'une nécessité de regarder enfin ma vie en face. Comme quelqu'un qui n'a plus d'échappatoire.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #ressenti

Publié le 14 Septembre 2016

Entre-deux

Sentiment d'entre deux... Comme cette fin d'été...

Nous sommes encore dans la chaleur, caniculaire parfois, avec le pressentiment de sa fin proche.

Le jardin est beau, les roses s'épanouissent juste avant les adieux.

Je voudrais suspendre le temps mais, dépourvue de l'élan poétique de Lamartine, je souhaite seulement, très fort, un sursis...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #jardin, #ressenti

Publié le 5 Septembre 2016

Sept moments de bonheur

Sur mon blog hongrois, j'ai répondu à la proposition de rassembler sept "choses" (sensations, habitudes, phénomènes etc) rencontrées dans la vie quotidienne, qui nous rendent heureux, qui nous arrêtent pour un instant d'émerveillement pour nous réchauffer de l'intérieur... Choses qui pourraient laisser d'autres personnes parfaitement indifférentes, demeurant invisibles, inodores, inexistantes...

Les psychologues s'efforcent, par ce détour, de guider leurs patients vers la découverte de la psychologie positive, de les débarrasser de la léthargie en les poussant vers des émotions positives.

Sept choses... De premier abord, le nombre me semble restreint, et c'est plutôt bon signe: je ne suis donc pas un cas désespéré! Et puis, il faut bien poser une limite.

1) Le matin doux et ensoleillé, mon regard parcourt le jardin par la porte ouverte de la cuisine et s'attarde sur les roses rouges embrasées par le soleil

2) Trouver le mot "juste" en écrivant, celui qui désigne - incarne - exactement ce que je voudrais exprimer

3) Le grand soupir de soulagement, après avoir accompli une tâche pénible qui traînait depuis longtemps

4) Une bonne conversation avec des amis pour approfondir des choses essentielles, ou à découvrir des personnes jusque là inconnues et qui s'avèrent passionnantes

5) Les regards et les rires tendres et complices avec mes petites-filles

6) Me sentir en adéquation avec le monde alentour

7) Plonger et fondre dans l'univers d'un bon film, livre ou tableau, un autre monde de création, pour le ressentir et comprendre

Tout le monde peut tenter cette expérience. Sept - est-ce trop ou insuffisant?

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #jeu, #réflexions, #ressenti

Publié le 31 Août 2016

Rencontres

Au milieu du mois d'août, j'ai rencontré quelques uns de mes anciens élèves dans la petite ville du sud-est hongrois, scène des débuts de ma courte vie d'enseignante (les trois premières années) et aussi, de ma rencontre avec Gilbert.

J'enseignais le russe dans le groupe d'une quinzaine d'élèves de la section de russe. Cinq heures par semaine. Petit groupe enthousiaste, avec des niveaux différents mais avec le même élan sympathique de leur quinze ans. Je suis restée avec eux deux ans, jusqu'à notre départ pour l'Algérie.

Je sortais de la fac et d'un stage linguistique d'un an et demi en URSS. Evidemment, le programme officiel du lycée me semblait très étroit, ainsi l'ai-je complété abondamment avec des récits, des chansons, des poésies (Pouchkine, Lermontov, Jessenine surtout), des nouvelles et des contes, afin de rendre l'apprentissage de la langue, de la grammaire le moins rébarbatif possible. J'ai réveillé quelques vocations, paraît-il...

En Algérie, je recevais leurs longues lettres: ils m'écrivaient à tour de rôle. J'ai organisé une correspondance (en russe!) entre eux et mes élèves algériens, afin de "booster" l'envie de ces derniers à apprendre le russe...

Quarante ans sont passés... Il y a peu, ils m'ont retrouvé grâce aux réseaux sociaux. Mes adolescents de jadis à l'âge de grands-parents! Miroir cruel du temps qui passe... pour moi aussi. Ils ont accourus des quatre coins du pays pour ces quelques heures. Chargés de cadeaux. Leur regard n'a pas changé: le même enthousiasme y brille, celui qui m'a rendu nostalgique à vie pour le métier d'enseignant.

Rencontre - instant lumineux dans l'existence fugace... Il en reste dans la mémoire des sédiments de bonheur qui, parfois, nous aident à vivre.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réminiscences, #récit, #ressenti, #souvenirs

Publié le 26 Août 2016

J'aimerais revenir sur les deux grands chocs émotionnels, artistiques, visuels des vacances, subis avec un bonheur intense, au mois d'août. J'ai même ressenti une certaine rapprochement entre les deux vécus cathartiques bien que de nature, d'époque et de genre très différents.

Le premier, la visite du Leopold Museum de Vienne, contenant la plus grande collection particulière des oeuvres d'Egon Schiele, un de mes peintres préférés. Au départ grand admirateur de son aîné Gustav Klimt (1862-1918), Schiele ne cesse de le défier, de l'interpréter à sa façon, révolutionnant la peinture du début du vingtième siècle. Plutôt qu'une palette foisonnante, Schiele exploite son génie de dessinateur. Ses paysages découpés, tranchés, ses figures crispées dans une angoisse profonde, dramatique suggèrent l'ambiance du début du siècle, celle des années de guerre qui entraîneront l'écroulement de la monarchie habsbourgeoise, l'effondrement d'un monde crépusculaire, ainsi que la mort des deux grands peintres.

Une nuit d'orage, le seul qu'on a eu en trois semaines, j'ai visionné avec mon fils le film hongrois, primé à de nombreuses fois dont à Cannes et aux Oscars, Le Fils de Saul. Il n'est pas resté assez longtemps sur les écrans des cinémas "grand public" pour que je puisse le voir à sa sortie. Je n'ai pas voulu lire les comptes-rendus élogieux afin de garder un regard vierge. J'étais plutôt méfiante à cause des choeurs des louanges: j'avais peur que le film ne soit pas à la hauteur des attentes suscitées.

Non seulement il l'a été, mais le choc s'apparentait à une véritable déflagration émotionnelle. Au-delà de la photo, du son, de la mise en scène qui ne vous lâchent pas pendant une heure et demie, vous êtes happés dans cet univers déshumanisé. J'ai noté à la hâte dans mon carnet de bord:

"...lumière blafarde, vie de cloportes qui courent dans tous les sens pour survivre. Prolonger une vie misérable. On ne "voit" pas les horreurs, on les "devine" ce qui est sans doute pire. La force de la suggestion. Bribes des voix, bruits incessants d'usine en marche, claquement des machines qui vous broient, celui des portes qui se referment sur vous. Silhouettes hagardes de cloportes en survie souterraine. La fuite obsessionnelle avec l'enfant mort sur l'épaule: en lui offrant un enterrement digne au lieu du four crématoire, il se rachèterait un lambeau d'humanité... La couleur apparaît avec la vision finale de l'enfant polonais, juste avant la rafale des mitrailleuses. Les arbres élancés, jeunes, verts se referment comme un rideau..."

Grande respiration, après 90 minutes en apnée.

Tuer le maître... Klimt: "Le Baiser" ,  Schiele: Le cardinal et la nonne" ,  "Le Fils de Saul" (à cliquer sur les images pour les agrandir)Tuer le maître... Klimt: "Le Baiser" ,  Schiele: Le cardinal et la nonne" ,  "Le Fils de Saul" (à cliquer sur les images pour les agrandir)Tuer le maître... Klimt: "Le Baiser" ,  Schiele: Le cardinal et la nonne" ,  "Le Fils de Saul" (à cliquer sur les images pour les agrandir)

Tuer le maître... Klimt: "Le Baiser" , Schiele: Le cardinal et la nonne" , "Le Fils de Saul" (à cliquer sur les images pour les agrandir)

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #peintures, #souvenir, #ressenti

Publié le 23 Août 2016

Pensées vagabondes

Dehors, chaleur caniculaire. Il faut noter ce fait rarissime, ici, dans le nord: il y a deux jours seulement, ce n'était que la moitié!... Un vent fiévreux souffle sur le linge épinglé dans le jardin, le séchant en moins d'une heure. Quel plaisir! Même que je reste prudemment cloîtrée à l'intérieur: difficile de se faire aux montagnes russes du thermomètre d'un jour à l'autre!

Mes pensées reviennent avec obstination vers les semaines passées. Elles vagabondent au bord du Balaton, dans les montées raides du mont Badacsony, dont la bosse volcanique expose des rangées de vignes à la douce réverbération de l'eau couleur émeraude... Partout, les buvettes et des caves proposent la dégustation du célèbre vin du pays.

A Tihany, le panorama enchanteur concurrence les marchands de souvenirs. J'encourage les enfants à revenir plus longuement, dans une location, car le Balaton se vit à toute heure du jour: sa couleur change avec celle du ciel, du lever au coucher du soleil, et la douceur de son eau se déguste même à minuit!...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #balade, #réminiscences, #ressenti

Publié le 20 Août 2016

Paysage de Schiele au Leopold-Museum
Paysage de Schiele au Leopold-Museum

Mes pérégrinations vacancières ont débuté avec le mois de juillet, pour ne prendre fin que ces jours-ci. Le soleil nous a faussé compagnie près de la frontière belge pour que la ré-acclimatation soit parfaite! Et le petit crachin indécis filtrant de l'épaisseur gris ne fait que parfaire le sentiment d'avoir retrouvé le bon port...

Les enfants repartis, je retrouve le silence de la maison et la fatigue me tombe dessus comme un bloc de pierre jusque-là suspendu au-dessus de la tête. Les chevilles enflées par les 17 h de voiture, en grande partie la nuit, les articulations ankylosées et la tête lourde, je regarde, impuissante, les affaires à ranger, le courrier à éplucher, le jardin en état de jungle... Je choisis le canapé.

Après la côte picarde, direction du sud-est de la Hongrie, avec un arrêt à Vienne pour deux jours, afin d'admirer les tableaux de Schiele et de Klimt dans leurs musées. Le Leopold Museum et sa remarquable collection des tableaux de Schiele m'a particulièrement subjuguée. La foule, par contre, se massait surtout devant "Le baiser" de Klimt au Belvédère, tableau exploité à fond sur la camelote pour touristes, ornant tasse, soupière, beurrier, parapluie, sac et porte-clés etc, etc...

La maison nous attend, avec une nouvelle jeunesse acquise pendant notre absence. Les enfants font du vélo et d'autres jeux de plein-air, sous un soleil qui dépasse largement les 30°, tous les jours. Il est infaillible au rendez-vous, sauf un jour qui aboutit à un orage mémorable.

Rencontres chaleureuses, promenades agréables reviennent en flashs successifs. De quoi nourrir les vaches maigres qui ne manqueront pas de pointer leurs mufles...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #balade, #souvenirs

Publié le 30 Juillet 2016

 Escapades

L'été, c'est deux mois dans des valises: remplir, vider, fouiller... Je déteste ça.

Prix à payer pour le dépaysement (dans une autre vie, en hongrois, nous disions: changer d'air), pour les retrouvailles familiales, amicales... Une pérégrination à travers l'Europe que j'effectue depuis 42 ans, au moins une, sinon plusieurs fois par an, seule ou avec les enfants. Cinq pays à traverser en une fois, 1650 km.

Les premières nuits, les autoroutes continuent à serpenter sous nos paupières fermées.

L'acclimatation se fait tout doucement, à la musique différente de la langue, au rythme alangui de la province hongroise sous la chaleur écrasante.

Puis le départ, avec la question secrète, silencieuse: nous reverrons-nous?...

Retour vers le pays qui est désormais le mien, bouleversé, tourmenté mais dont je me sens solidaire...

Heureuses et belles vacances à tous!

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #ressenti

Publié le 25 Juillet 2016

Des miettes de bonheur en photos

Il est intéressant de feuilleter l'album (virtuel) des photos prises par-ci, par-là au gré des envies. Oui, je crois que l'on prend rarement des photos sans la pulsion du désir de dérober, de conserver l'instant fugace, la miette de beauté que l'on peut remémorer ainsi, plus tard, pour nourrir la nostalgie des traces du bonheur.

Je ne parle pas des photos-témoignages nécessaires des horreurs, mais en ce qui me concerne, je préfère évoquer ce qui me répare, ce qui me fait du bien car les horreurs restent, de toute façon, tapies, indélébiles dans un coin sombre de la mémoire.

Je viens de glaner quelques instants réparateurs dans les photos de juin-juillet de cette année. Eté... verdure... Le stress intense que je ressens à certains moments reste caché à l'observateur extérieur, il n'y a que moi qui suis transportée dans l'ambiance de la prise, ambiance qui ressurgit avec une stupéfiante fidélité à chaque regard.

Les dix jours de l'exposition du groupe en juin, les réunions avec des amis pour clôturer la saison des associations, le jardin éveillé et foisonnant, la belle visite de Senlis et de l'abbaye de Chaalis, les jours à la mer avec mes petites-filles... Voici la moitié de l'été déjà partie.

Des miettes de bonheur en photos
Des miettes de bonheur en photos
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Des miettes de bonheur en photos
Des miettes de bonheur en photos
Des miettes de bonheur en photos

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #balade, #mémoires, #réminiscences

Publié le 22 Juillet 2016

Au milieu de la tempête en plein été

Peut-on s'habituer à l'horreur à l'état pur, essayant de la mettre à distance tant qu'on n'est pas directement touché?... Se résigner presque comme à une fatalité... Se courber sous la tempête, en attendant qu'elle se calme et disparaisse et que le beau temps ancien revienne.

Les forces extrêmes sonnent les clairons guerriers, appelant à plus de fermeté, à des mesures énergiques qui protègeraient efficacement les citoyens du pays. Surtout les bons citoyens, ceux qui méritent d'être Français, le prouvant par la pureté de leur origine, arbre généalogique à l'appui. Sans parler des racines chrétiennes...

L'ennemi est invisible. Il peut être le voisin paisible et discret, trop discret peut-être?... On dévisage sous cape le passant dont l'allure pourrait devenir un indice à suspicion. Dans les transports, on se regarde encore moins, pourtant, le métro ressemble déjà depuis des années à un bocal avec des individus mornes isolés dans leurs bulles hermétiques.

Et tous ces miséreux qui frappent à nos portes, qui risquent leur vie pour fuir une mort certaine ou pour le mirage d'un mieux être... L'instinct de survie...

Avons-nous mangé notre pain blanc ou y a-t-il un espoir pour le retour de la vie paisible, au milieu des menaces et des pronostics funestes: surpopulation, réchauffement, manque d'eau, d'énergie et de nourriture et des conflits violents inévitables qui en résultent?...

De réels espoirs et non pas des discours lénifiants...

(illustration: dessin de Lucie, 10 ans: "Feu d'artifice du 14 juillet 2016")

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #ressenti, #réflexions