Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 12:48

 illo Au générique encre noire NEW(...) Le sommeil le saisissait devant le petit écran mais, dans son rêve, l'histoire le poursuivait. Gérard pénétrait dans le hall, demandait à voir sa femme, faisait quelques pas dans le couloir puis hésitait, prenait peur et rebroussait chemin. Grégoire se souvenait de ce dos large qui s'éloignait, une scène tournée trois fois seulement. L'acteur quittait les lieu, un peu voûté. Lui restait. Rien de plus normal. Il était là avant les caméras, ne se contentait pas de passer, pour une séquence cinématographique.

   Un soir, Grégoire se demanda pourquoi le nom de Depardieu, comédien fugitif dont on ne voyait que le dos, figurait en si grosses lettres au générique, une injustice criante pour l'acteur principal. Dès le lendemain matin, il confectionna, à même le mur blanc de sa chambre, un générique honnête. Les huit lettres de son prénom en occupaient le centre.

illo-Au-generique-couleurs_NEW.jpg     Une semaine plus tard, il modifia la ligne réservée au scénariste. Puisque c'était en le voyant que le fugace Gérard décidait de repartir, nul autre ne pouvait prétendre être l'auteur de l'intrigue. Il en était de même pour la réalisation. Grégoire s'en souvenait très bien, au moment de tourner la scène de l'hôpital, celle que les critiques décrivaient comme essentielle, il avait refusé la présence à ses côtés de Thimothée, cet imbécile qui aurait tout gâché. Le voyant se rouler par terre, menacer de priver le film de son jeu émouvant et subtil, le metteur en scène avait compris qui était le maître.

   Le nouveau générique présentait l'avantage de résister aux détergents et aux coups de pinceau. Lorsqu'il était écrit au stylo, Thimothée essayait de l'effacer, chaque jour. Grégoire s'était montré plus intelligent, taillant dans le plâtre des lettres inamovibles. Le docteur Gros lui avait donné raison, remettant en place l'infirmier stupide, même si les mots choisis montraient un décalage étrange avec la réalité.

   "Laissez-lui son générique! C'est un hôpital psychiatrique ici, pas une galerie d'art."

   Un hôpital psychiatrique! Ces médecins ne comprenaient rien au cinéma. 

 

in "Ennemis très chers"  recueil de nouvelles,  éd. Manuscrit  2001

illustrations: R. T. (flora)

Par Flora bis - Publié dans : Gilbert - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 19:21

DSC01366 Où se trouve désormais ce "chez moi", ce "home", cet "otthon", pour lequel le français n'a pas d'équivalent en un seul mot?... Connaître l'état de se trouver entre deux chaises n'est pas très réconfortant. Enrichissant peut-être mais pas confortable. On peut facilement se réveiller par terre.

   C'est à peu près le sentiment que j'éprouvais pendant le court séjour dans mon pays natal. Je suppose ne pas être la seule dans ce cas.

   Si je compte bien, j'ai passé à ce jour plus de temps en dehors que dans mon pays d'origine, je m'exprime depuis plus longtemps dans une langue étrangère que je ne l'ai fait dans ma langue maternelle. Tout cela était lié à Gilbert. C'était plus facile quand nous habitions dans un tiers pays: ni chez moi, ni chez lui. Personne n'était avantagé... 

   Puis, il a disparu, mort, évaporé dans le néant. Reste une petite poignée de cendres et beaucoup de présence dans la mémoire. Cette présence me maintient ici. Mon autre moitié m'attire vers le sol qui m'avait mise au monde, vers la langue  -  originale, infiniment riche  -  que j'ai abandonnée en même temps...

DSC02816 S'exprimer dans une langue devient organique lorsqu'on arrive à dépasser un certain stade de balbutiement plus ou moins avancé. Lorsqu'on arrive à trouver le mot juste. Exactement celui qui s'arrache de nos entrailles pour exprimer au plus près ce que nous sommes. C'est ce que je m'obstine à obtenir un jour en français, tentant d'apprivoiser cette belle langue capricieuse, gâtée par tant de géants de la littérature. Langue de l'écriture par excellence! Et mes efforts, même si parfois maladroits, sont éminemment jouissifs!

   Mon autre "chaise", ma langue maternelle? Je dois changer de peau pour qu'elle me laisse l'approcher, me la ré-approprier.

   Suis-je encore chez moi dans mon pays d'origine? Un pays métamorphosé où mes repères vacillent. Le pays où tous parlent ma langue maternelle comme les membres d'une même famille. Observez ce que vous éprouvez quand, à l'autre bout du monde, vous tombez sur un compatriote inconnu que vous n'auriez même pas remarqué chez vous. Un sentiment d'appartenance à la même famille. C'est là que je me sens soudain en lévitation entre deux chaises...

   Peut-on se sentir concerné par deux pays à la fois? J'arrache une branche d'acacia dans la rue de ma mère et j'enfouis mon nez dans la grappe de fleurs lourde du parfum de miel de mon enfance. Je tente une réponse: oui, sans doute, comme on est concerné par le passé et le présent, en même temps.

Par Flora bis - Publié dans : réflexions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 14:13

   Une semaine... Durée bâtarde pour mettre de la distance entre "ici" et "ailleurs". Se ré-acclimater à la terre natale. A l'enfance, aux traces du passé. Si toutefois c'est encore possible...

   Dans la voiture, le trajet est long (1650 km), effectué d'un seul trait, de nuit et sous la pluie, avec des murs ininterrompus de camions, pressés d'avaler de la route avant l'arrêt forcé du week end. Les petites dorment tant bien que mal.

   Chez ma tante, près de la frontière autrichienne, nous faisons halte pour quelques heures. Elle supporte sa maladie avec son stoïcisme habituel, sachant que son temps est compté. Son sourire m'accompagnera toujours, souvenir de mes vacances heureuses, du temps où tout était encore à venir et semblait possible...

DSCN0573.JPG A cinq, nous fondons sur la solitude de ma mère. Solitude mal supportée et qui dure depuis 1995. La mort de mon père la plonge dans le veuvage à 67 ans. Huit ans plus tard, celle de mon frère, encore plus prématurée à 53 ans, lui assène un deuxième coup dur. Elle qui n'a jamais supporté la solitude est bien servie, tellement imprégnée de son malheur que parfois, elle laisse échapper un: "Tu ne sais pas ce que c'est d'être seule!" A moi de lui rappeler que c'est aussi mon cas depuis bientôt 6 ans et que j'avais dix ans de moins qu'elle lorsque cela m'est arrivé... Peine perdue, recroquevillée sur son malheur, refusant de voir les efforts bienveillants de son entourage, elle rumine son aigreur. Culpabilisante car c'est un peu le but, consciemment ou inconsciemment...

   Personnage de roman, ma mère. Un jour, il faudra que je l'écrive. Il n'y a pas de vie sans histoire. Si j'ai un talent, véritablement, pour l'écriture, il faudra que je lui dresse son monument de mots... 

   


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Vendredi 11 mai 2012 5 11 /05 /Mai /2012 11:49

DSC01386 

 

Je fuis la grisaille! Le blog va profiter d'un peu de repos, le temps que je prenne un petit bain de jouvence (résultat non garanti!) sur les terres qui m'ont vu naître et grandir  -  oh, pas démesurément, jusqu'à 164 cm environ...

Le bain en question ne s'effectuera probablement pas encore sur cette plage de la Tisza, rivière qui borde le lieu de ma naissance et qui, descendue des Carpates, se jette dans le Danube à quelques 150 km plus loin, à Belgrad... Elle a accompagné mon enfance... Un jour, je la raconterai... A bientôt!

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Lundi 7 mai 2012 1 07 /05 /Mai /2012 12:42

double-portraitféminin NEW

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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 19:42

Elena NEW Je regarde au fond de la benne où je viens de jeter une bonne trentaine de toiles et de dessins sous-verre. Ils gisent pêle-mêle, écrasés les uns sur les autres, les verres brisés, les toiles éventrées. Un monsieur de passage en sauve deux in extremis. Plus de vingt années de ma vie dans ce tombeau improvisé! Ils tentent une dernière supplique pour m'amadouer. Je résiste. Je leur tourne le dos et je remonte dans ma voiture. Sans un regard en arrière.

   Einstein-bebe_NEW.jpg Objectivement, tout cela n'avait qu'une vague valeur émotionnelle. Et encore, des émotions positives mais aussi beaucoup de très noires. Il faut essayer de faire de la place autour de soi pour se donner un peu d'air. Couper certains liens forts et nocifs. Ces derniers temps, je pense souvent au désencombrement, de mon vivant, afin de libérer les enfants de cette tâche pénible. Peut-être, une façon de me libérer moi-même...

   Cela fait trop longtemps que je me laisse enchaîner par les souvenirs. La vague de nostalgie omniprésente contre laquelle je me battais mollement, tout en me laissant engloutir par sa vase tiède, constituait un refuge douillet contre les intempéries du présent. Il suffisait de poser un regard sur ces objets pour que l'époque de ma rencontre avec eux ressurgisse de façon immédiate et authentique, me replongeant dans les bons et mauvais souvenirs. Les revivre ainsi représentait la preuve que ces années ont vraiment existé. Sinon, j'aurais eu l'impression de les avoir rêvées...

     

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Mercredi 2 mai 2012 3 02 /05 /Mai /2012 19:08

BD_NEW.jpg

 

Je ne suis pas spécialiste de la bande dessinée. Ni même amateur (au féminin!). Si je me suis égarée deux fois sur ce terrain pour moi glissant, c'est parce que Gilbert m'y avait poussée. Lui-même était un grand amateur, surtout des classiques, et Tintin en premier. Il désespérait de me voir insensible aux lignes claires de Hergé. A la rigueur, j'aimais faire un tour sur le stand des auteurs nouveaux, s'approchant du dessin d'art, s'éloignant du style traditionnel. Les connaisseurs s'échinaient à m'expliquer en vain que chaque auteur était unique, j'ai toujours eu l'impression de me trouver devant un mur constitué des mêmes briques... 

Pour lui faire plaisir, j'ai adapté deux de ses nouvelles (chacune en 4 planches), en me servant uniquement de ses textes. Le seul intérêt consistait pour moi à explorer la vision cinématographique de la BD dans le découpage des séquences, dans la dramaturgie des pages.

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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 17:02

images-1-copie-1.jpeg  

 

 

Ce poème monumental a été publié pour a première fois en octobre 2011 dans un hebdomadaire littéraire hongrois. Depuis que je l'ai lu, j'avais envie de le traduire en français... La liberté, l'apparente simplicité de sa forme cache un vrai défi: comment faire ressentir derrière ce "détachement", la tension, l'émotion vive qui étreint le lecteur... Chacun éprouve l'impression qu'il aurait pu écrire lui-même ce texte... Seulement voilà: c'est bien impossible, tout ce que nous pouvons, c'est nous identifier au poète...

 

 

Péter Kántor:

LETTRE À MA MÈRE

Ma très chère Mère,

Cinq mois se sont écoulés depuis la dernière fois que je t'ai vue, tout ce temps

je suis allé dans ton appartement et je continue, j'arrose les plantes, 

je n'ai rien touché sauf le petit divan de la chambre, celui

que j'ai tout de suite fait descendre dans la cour, à sa place se trouve une armoire vide, et

ça me fait penser que Á. et sa fille ont emporté tes vêtements,

elles ont tout mis dans des sacs en plastique noirs  -  il y en avait peu, pourtant

ça m'a fatigué de leur passer les robes, les jupes, les corsages et les pulls,

les quelques manteaux, vestes, bas, écharpes et bonnets, sans un mot,

sa fille a trouvé dans la cuisine un presse-ail, elle l'a

pris tout de suite avec joie, puis nous avons chargé les sacs noirs dans la voiture,

et elles sont parties, et moi, j'ai essayé de ne plus penser à tout ça.

Une autre fois, T. est monté pour m'aider, 

il a enlevé ce montage au-dessus de l'armoire de l'entrée,

ce mur de tissu gris attaché sur des barres depuis le plafond

et moi, j'ai jeté tout le bric-à-brac amassé derrière,

il y avait ces vieilles valises  et j'ai secrètement espéré

y trouver quelque chose d'intéressant, mais rien, rien,

sauf un grand nombre d'échantillons de pansements de chez RICO,

je me suis débarrassé de tout ça et j'ai installé un verrou

sur la porte d'entrée, c'est tout. J'oubliais: dans trois

agences immobilières, j'ai mis en vente l'appartement depuis le mois de mai,

il y a néanmoins le plafond qui fuit et les fissures et le parquet noir,

les gens prennent peur, par contre le poêle en faïence leur plaît beaucoup,

tu avais raison d'y tenir à tout prix, il est vraiment beau,

tôt ou tard, sans le brader bien sûr, quelqu'un l'achètera

et alors, il faudra vider l'appartement, tout liquider

ça sera comme un deuxième enterrement, un adieu définitif.

Je n'ai pas touché tes affaires personnelles, tes agendas, les feuillets

dactylographiés que tu n'as pas eu la force de jeter en fin de compte,

évidemment, ça aurait été bien que tu mettes tout en ordre autour de toi,

que tu aies trié au moins les liasses de papiers à l'encre pâlissante,

mais le temps de te rendre compte, il était trop tard, tu n'as fait qu'emmêler les pages,

et à la fin, tu m'as tout laissé pour que je les jette ou non

laisse-les, t'ai-je dit, fais-moi confiance, ne t'en fais pas, je m'en occuperai

mais comment m'en occuper, on n'en parlait pas, un acheteur viendra bien

alors, j'emballerai les feuillets, les agendas, et le reste

ne m'intéresse pas, quelqu'un prendra les livres, les meubles et le buffet aussi

que vous avez eu en cadeau de grand-mère en 1939, ma fille, ça ne vaut pas la peine

d'en acheter un neuf, de toute façon, il y aura la guerre, vous en achèterez plus tard

un plus beau, mais vous n'en avez jamais acheté de beau, et la bibliothèque

et les quatre vieux fauteuils, les couteaux et les fourchettes, les assiettes, tout, et

plus jamais je ne monterai chez toi car les dernières plantes ont été

emportées aussi, une par moi, les deux restantes par quelqu'un d'autre, peu importe qui,

et je sortirai sur le balcon une dernière fois,

et je regarderai la maison d'en face, le Danube et le belvédère  du mont János,

et je me souviendrai que nous y jouions aux échecs avec mon père quand j'étais petit,

une couverture étendue sur la balustrade et les deux chaises pliantes,

et je me souviens qu'à l'époque, je me croyais éternel et que vous aussi,

vous étiez éternels dans un monde qui a un début une fin nous le savons bien

et les deux grands-mères comme deux statues étrusques en conversation,

si leur sourire a survécu à deux guerres mondiales,

c'est qu'elles étaient invulnérables de toute évidence,

elles faisaient partie du décor comme les objets d'une exposition permanente

même s'il arrivait toujours que quelque chose tombe et se brise

et qu'on ne peut recoller, c'est ainsi que j'imaginais les choses à l'époque,

et quand je rentrerai du balcon, une dernière fois,

tu te tiendras à mes côtés, invisible bien sûr, maman,

tu acquiesceras de la tête quand nous quitterons les vieux murs.

Quand est-ce que tout ça se passera, je ne sais pas encore,

si ce n'est cet automne alors peut-être l'été prochain,

cet automne je placerai encore mes pions sur l'échiquier,

et je leur ferai mon discours, je leur raconterai que notre situation

est tout sauf rose et ils en souriront,

je leur raconterai que l'endroit où nous nous tenons est un trou,

et que leur devoir est d'en remonter, quitte à chuter encore,

et si ça les prenait de s'apitoyer sur eux-mêmes, tout d'un coup

ce qui ne m'étonnerait personnellement pas du tout, bien au contraire,

alors sans prendre en considération leurs arguments qui sont nombreux,

je leur demanderai qu'ils arrêtent ça tout de suite,

car ça ne mènera à rien de bien,

et de toute façon, ils doivent comprendre,

mais où sont mes pions? où sont-ils?

entre-temps, la nuit tombe et le ciel est comme une plaie rouge qui démange,

et pendant ce temps des barbares se pavanent et chantent un monde peuplé de

barbares par tous ceux qui ne se pavanent pas avec eux,

mais je ne rentre pas dans les détails, ça t'ennuirait,

bien sûr rien n'est éternel et d'un autre côté

rien de nouveau sous le soleil, oui, c'est l'automne,

tout le monde le sait, et pourtant il faut crier, il faut

s'élancer ne serait-ce que d'un petit pas en avant,

ne pas attendre jusqu'à tomber au fond du trou,

jusqu'à ce qu'un acheteur se présente enfin pour l'appartement,

jusqu'à ce que quelqu'un m'invite à sa table, et que le vent

sèche sur ma joue les larmes de l'orphelin. C'est l'automne.

 

traduction de Rózsa Tatár avec Muriel Verstichel. 

l'originale est publiée sur mon blog hongrois.

 


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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 18:40

Jardin  "Émanciper la femme, c'est excellent; mais il faudrait avant tout lui enseigner l'usage de la liberté." (Emile Zola)

   Pour sa phrase paternaliste, infantilisante même, Zola a des excuses: il a vécu il y a plus de cent ans. Sa formule part plutôt d'un bon sentiment. Les femmes commençaient à vouloir sortir du rôle de la poupée (gonflable) ou de la Mère sanctifiée. J'ai encore en mémoire la sentence sans appel de tel grand-père: "Il y a les femmes que l'on épouse, et d'autres avec qui on prend son plaisir!" J'ose à peine imaginer le sous-entendu: avec l'épouse, on ne prend guère son plaisir...

   En cent ans, on a fait quelques progrès. Pourtant, les femmes sont toujours mécontentes! Comme a dit jadis un de mes élèves en Algérie: "Madame, il faut se méfier des femmes! Vous leur donnez le petit doigt, elles vous arrachent le bras!

   En France, il y a la loi sur la parité, discutable, très discutée. Si elle dérange, c'est parce qu'elle représente l'aveu, selon lequel il faut passer en force pour secouer l'inertie de la société. Je me souviens de la première liste électorale municipale qui l'a appliquée dans ma ville. C'était une nouveauté, les journalistes ont invité les colistières pour qu'elles exposent leurs propositions  -  spécifiquement féminines! J'ai été la seule à m'offusquer: je n'étais pas d'accord de rester une fois de plus cantonnée dans le domaine des crèches, des garderies d'enfants, des trottoirs à aménager pour les poussettes, des maisons de retraite et des cantines scolaires! De la culture, à la rigueur... Elles sont un peu poètes dans l'âme... Aux hommes les choses sérieuses, aux femmes de faire mu-muse avec ce qu'elles connaissent le mieux!

   Dans mon idéal, hommes et femmes sont partenaires, ils partagent équitablement les tâches. Il n'est pas nécessaire "d'enseigner l'usage de la liberté" à la femme comme à une mineure démunie. Il suffit de laisser la place qui lui revient.


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Mardi 17 avril 2012 2 17 /04 /Avr /2012 12:24

pim_foto_37_k.jpg  En Hongrie, le 11 avril (anniversaire de Attila József) reste la Journée de la Poésie. Partout dans le pays, on organise des "Marathons de la poésie" où chacun peut arriver avec sa liasse de poèmes préférés, voire des siens, et les partager avec les autres. 

Bien sûr, il ne suffit pas de donner de la voix aux poètes un seul jour par an. Ce n'est pas une sorte de "Fête des Mères" que l'on peut ranger dans le tiroir de l'oubli pour le reste de l'année... J'ose croire que la poésie reste vivante en Hongrie, malgré l'ère du pragmatisme triomphant!

 

 


 

 

 

HUMANITÉ

 

Deux milliards de solitudes accouplées,

Humanité, que ma mère dans sa candeur

Brisée a fait plus grande, accroissant la douleur,

Pour toi, j'ose renaître en tes sphères troublées.

 

Toute en pleurs je t'ai vue aux rivières gelées,

Enfant blessée par la glace et son feu cruel.

Torturée, je t'ai vue resplendir sur l'autel

Des églises, ta mort aux offrandes mêlées.

 

Je t'ai vue dans ta niche, aux pieds des monts, croupir,

Tenant à cette vie à force de soupir

Qui mentent. Ah, de la Mort tu es bien la fille!

 

Exsangue, tu voudrais que l'on versât ton sang,

La folie grégaire à tous t'exhibe... et tu brilles!

Mais la douleur partout te suit d'un pas pressant...

traduction: Jean-Paul Faucher

 

 

EMBERISĖG

 

Óh, emberiség, kit törött anyám

szenvedni szaporított és nem értett!

Nem rettenek születni újra érted,

te két milliárd párosult magány!

 

Láttalak sírni a folyók fagyán,

mint gyermeket, kit a jég tüze sértett;

láttalak ölni, halni s mint nem éltet,

tündökölni a nagy egyházak falán.

 

Hegyen láttalak és lapulni ólnál  -

szerencsétlen, ki úgy élsz, mintha volnál,

megérdemled, hogy atyád a halál!

 

Vértelen arra vársz, hogy véred ontsák

s föl-fölmutat a társuló bolondság,

mely téged minden kínban megtalál.

Par Flora bis - Publié dans : traductions - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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