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Le blog de Flora

Oeuvre de Gilbert * "Pavés du Nord" (extrait)

28 Février 2009, 12:57pm

Publié par Flora


[...] Raymonde abaisse son fusil, sans ôter le doigt de la gâchette. Dans sa tête, un grand bruit, une illusion, un klaxon sous la fenêtre, disloque les images. La galerie de mines s'écroule. Coup de grisou. Trois haveurs tués. A la surface, une locomotive percute la pile d'un pont. La chaudière explose sous le choc, libérant la vapeur et le charbon rougi, jets rouges et blancs qui communiquent le feu à la forêt voisine. La Simca blanche se détache de la masse de fumée, fonce dans la tranchée. Un corps d'enfant s'envole sur le talus, près du cadavre de Jean. Pour la première fois, Benoît Leblé pilote la voiture, rire sardonique de l'alcoolique. Elle lâche le fusil qui tombe sur le plancher.

   Coron n'assiste pas à ce désastre imaginaire. Il est sorti de la maison, bien avant l'heure habituelle. Tous ses malheurs, la blessure du crâne, l'ingratitude d'avoir été jeté du lit, les deux photos de Pierre Fourche, l'absence de nourriture, ont bouleversé en lui l'horloge interne.
    Il n'est pas monté jouer avec le gros naïf. Ses pas l'ont entraîné vers la maison des Mauve. La mine de mou, l'écuelle de lait, à gauche de la chatière, il les connaît par coeur, en a déjà usé, par pure gourmandise. Aujourd'hui, la nécessité le pousse. S'il doit se faire voleur pour survivre à la faim, autant que le festin se montre à la hauteur. Les chats du lieu grognent, crachent, voûtent le dos, des simulacres de combat. Un rictus, un coup de patte suffisent à leur déroute. Ce sont des pacifistes gras, incapables de lutter contre Christophe Coron, le bourlingueur de toits. [...]

extrait du roman  Pavés du Nord,  éditions Quorum,  1997

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Mimétisme * illustration (encre)

26 Février 2009, 11:23am

Publié par Flora

 

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Bribes de mémoire 28. L'épisode des plants de melon

25 Février 2009, 18:04pm

Publié par Flora

 
   La silhouette de mon père émerge souvent des abîmes de la mémoire : plus j'avance dans l'âge, plus je ressens des similitudes de caractère qui nous rapprochent. Adolescente, je m'opposais souvent à lui ; lors de nos disputes orageuses, chacun de nous voulait avoir le dernier mot : en cela aussi, nous nous ressemblions ! Cependant, je n'ai aucun souvenir de fessée ni de gifle durant toute la période de mon enfance. A une exception près : l'épisode mémorable des plants de melon... Je l'ai retenue non pas à cause de son caractère traumatisant, plutôt pour le cas unique qu'elle représente. Et je suis sans doute la seule à m'en souvenir encore...

  Mon père, passionné d'expériences agri-culturelles, crée une mini-serre dans le jardin, aux prémices du printemps, et il y sème des pépins de melon. Il bichonne littéralement ce cadre d'un mètre carré, recouvert d'une vitre qu'il soulève quelques heures dans la journée pour aérer les plants de melon qui commencent à montrer leur nez. Je ne sais pas quel petit diable me pousse, mais, suivie fidèlement de mon frère de presque deux ans mon cadet, je propose d'essayer de marcher à pied nu sur la vitre... pour voir si ça tient... Et ça ne tient pas du tout ! Immédiatement, je me rends compte de la catastrophe, des éclats de verre parmi lesquels surnagent quelques pauvres plants écrabouillés dans leur tendre verdure. Tous irrécupérables ! Miraculeusement, nous n'avons même pas une égratignure à nos pieds nus.

   Je dois avoir 5 - 6 ans à tout casser (pour ainsi dire...). Ma mère tente de sauver les meubles ; elle suggère de dire à mon père que c'est en voulant aérer que nous avons lâché la vitre. L'innocence de mon frère ignore le mensonge et fait échouer le plan de sauvetage. Effrayée, je vois mon père détacher sa ceinture  -  je l'ai toujours sous les yeux, cette ceinture terriblement large !  -  et je m'assois précipitamment sur un tabouret pour épargner mes fesses maigrelettes... Mon père me soulève par un bras et je reçois un seul coup de ceinture symbolique : j'ai l'air si effaré que sa colère retombe. C'est la seule fois où sa tendresse à toute épreuve n'a pas résisté à celle-ci...

la suite suivra...
 

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Endre Ady (1877 - 1919) * L'automne se glissa dans Paris

23 Février 2009, 17:09pm

Publié par Flora

Par le chemin de Saint Michel Archange
Hier à Paris l'automne s'est glissé,
Dans l'air torride, et sous les douces branches
             Où je l'ai rencontré.

Je cheminais justement vers la Seine.
Brûlaient en moi, petits fagots fumants
Des chants pourprés qui, rougeoyant à peine,
              Disaient : "La mort t'attend".

Il m'a soufflé certains secrets l'automne,
et le chemin de l'Archange a tremblé.
"Zim-Zim", disaient, faisant des cabrioles,
               Les feuilles, les futées.

Ce fut très bref, l'été n'en vit pas trace
Riant, l'automne a disparu, furtif.
Moi seul ai su sa présence fugace
               Sous les arbres plaintifs.
                                                    
                                                     version de synthèse

Párisban járt az ösz

Párisba tegnap beszökött az Ösz.
Szent Mihály ùtján suhant nesztelen,
Kánikulában, halk lombok alatt
S találkozott velem.

Ballagtam éppen a Szajna felé
S égtek lelkemben kis rözse-dalok :
Füstösek, furcsák, bùsak, biborak,
Arról, hogy meghalok.

Elért az Ösz és sùgott valamit,
Szent Mihály ùtja beleremegett,
Züm, züm : röpködtek végig az uton
Tréfás falevelek.

Egy perc : a Nyár meg sem hökölt belé
S Párisból az Ösz kacagva szaladt.
Itt járt, s hogy itt járt, én tudom csupán
Nyögö lombok alatt.
                                                   
                                                     1907

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Oeuvre de Gilbert * "Le Templier électrique"

22 Février 2009, 20:46pm

Publié par Flora

[...] D'un pas mal assuré, le long manteau gris où s'imprimait la croix s'est dirigé vers l'abside. Sa marche sinuante a croisé Antoine de Padoue, les graffitis sur la muraille, demandes, remerciements, les plaques de marbre, les messages glissés dans une fente de la pierre. Ce n'est pas cet amas de bêtises qui l'a fait osciller en bordure de la grille mais une prise de conscience : l'épée était restée en bordure de la scène. Le corps a fait demi-tour. Près des câbles rompus, le dos s'est courbé, tant bien que mal. L'arme résistait, comme si les particules électriques avaient multiplié son poids. Suivi du raclement de l'acier sur la pierre, le croisé a zigzagué vers saint Antoine. Je ne l'ai pas revu. Je sais, vous aimeriez que j'évoque une trappe de pierre, un mécanisme secret, un corridor ouvrant sur le domaine des morts, un escalier profond. Vous qui jouez les sceptiques quand je parle de fantôme, vous seriez prêt à croire cette fable du mur qui bascule. Je ne vous la servirai pas. Le Templier a disparu comme il était venu.
    J'avais promis la vérité ? Possible. Ma mémoire vacille. Disons que depuis des siècles qu'il habite la ville, ce Templier est devenu un vrai Laonnois. Sa cathédrale, il la préfère vide, comme sa ville. Les foules n'en sont pas dignes, qu'elles viennent pour un concert ou pour un autre motif.
    Je ne sais pas comment la statue s'est enfuie mais, quand je me suis approché de la scène, j'ai trouvé sur le sol, à l'endroit où gisait le câble rompu, un morceau de pierre du même gris que le fantôme. Une pierre encore chaude d'où s'échappait  une odeur de brûlé. Je l'ai posée au pied d'une colonne, la deuxième à gauche en entrant. Vous pouvez vérifier. N'essayez pas de la plonger dans l'eau, de la mettre au congélateur. Rien ne la fait refroidir.
    Laon est une ville hantée. Hantée, oui ! Comme un château d'Ecosse ou la maison d'un crime. Un spectre rôde dans les rues, prêt à frapper. Un drap blanc et des chaînes ? Non ! Ce fantôme est une statue. Ne riez pas. Les statues sont vivantes. Je le sais. J'en suis une. 

fin de la nouvelle "Le Templier électrique"  in  Le Déchant ,  éditions Nestiveqnen,  2005

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Nu de dos * sanguine (1999)

18 Février 2009, 17:42pm

Publié par Flora










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Bribes de mémoire 27. Les yeux dans les yeux

15 Février 2009, 17:17pm

Publié par Flora

Et voilà!  Prise d'une bouffée de narcissisme et faisant fi de la réserve que je m'étais imposée à ce jour, je publie ma photo (un peu usée par les aléas du temps et de nombreux déménagements sans ménagements), prise à l'âge de trois ans environ (pas tout à fait car c'est l'été et je suis de mi-octobre)  - sans aller jusqu'à vous dire il y a combien d'années... Comme je ne cesse de faire des allers et retours vers un passé de plus en plus lointain dans le souci de le ressusciter, j'ai eu soudain l'envie de me "regarder" dans les yeux, dans ces yeux d'enfant dont il doit rester quelque chose... Et je m'y retrouve effectivement un peu ! Surtout depuis que j'ai découvert la première nécessité d'être indulgeant avec nous-même...

   Je vois les trois noeuds artistiquement confectionnés par ma mère : aux épaules de la petite robe brodée par elle-même et dans les cheveux, indispensable pour faire joli... Nous sommes chez le photographe car posséder un appareil-photo demeure un luxe inaccessible à l'époque pour beaucoup. Que puis-je pressentir à ce moment de ce qui m'attend dans la vie ? Les voyages, les séjours et les langues diverses, le long cortège de connaissances et d'amis qui demeurent fidèles depuis de longues années, l'amour, la maternité, les deuils, les souffrances aussi et l'art d'être grand-mère... Ce que je vois dans mes yeux d'enfant - et j'en suis certaine - c'est la curiosité, la soif de découvertes, une confiance naïve et inébranlable en ce qu'elles peuvent m'apporter et cette source n'a jamais tari...

  J'aime cette petite fille confiante qui me demande parfois des comptes. Ai-je trahi sa confiance ? Pas trop, je l'espère.

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Touchée... Taguée...

14 Février 2009, 19:59pm

Publié par Flora


http://teresatelier.over-blog.com

Thérèse Debay a eu la gentillesse de me "taguer" sur son blog.
A mon tour, je suis la chaîne et je vous recommande 7 liens vers les blogs que j'aime fréquenter:
    * http://lebretonnoir.over-blog.fr
    *
 http://cahierdemu.over-blog.com.over-blog.com/
    * http://cbx41.over-blog.com
    * http://www.sans-pitre.com
    * http://cameleondesneiges.blogspot.com
    * http://mes-dessins-perso.over-blog.fr
    * http://dubretzelausimit.over-blog.com

Il y en a d'autres mais normalement, on se restreint à 7!
Je prie les "tagués" d'avoir la gentillesse de suivre la chaîne sur leur page, en copiant le logo ci-dessus puis le lien vers le blog qui les a sélectionnés (le mien en l'occurence) et enfin, leur propre sélection de 7 liens!
A vos marques! amicalement: flora

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Endre Ady (1877 - 1919)

14 Février 2009, 16:10pm

Publié par Flora

Héja-nász az avaron

Utra kelünk. Megyünk az Öszbe,
Vijjogva, sirva, kergetözve,
Két lankadt szárnyù héja-madár.

Uj rablói vannak a Nyárnak,
Csattognak az ùj héja-szárnyak,
Dùlnak a csókos ütközetek. 

Szállunk a Nyárból, üzve szállunk,
Valahol az Öszben megállunk,
Fölborzolt tollal, szerelmesen.

Ez az utolsó nászunk nékünk :
Egymás hùsába beletépünk
S lehullunk az öszi avaron.
                                                                 1906


Noces d'éperviers

Nous partons en voyage vers l'automne,
Toujours criant, pleurant, nous pourchassant,
Deux éperviers aux ailes fatiguées.

Le ciel d'été voit de nouveaux brigands,
Et claquent d'autres ailes d'éperviers, 
D'autres baisers s'acharnent au combat.

Nous, traqués, nous volons loin de l'été, 
Nous ferons halte dans l'automne, ailleurs,
Amoureusement, plumes hérissées.

Et là nous aurons nos dernières noces,
Là, chacun prendra de la chair de l'autre,
Nous tomberons sur la lande d'automne. 

traduction : Guillevic

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Oeuvre de Gilbert * "Aquarelles"

12 Février 2009, 10:16am

Publié par Flora

[...] Les couleurs ont fondu en une nuit, ne laissant à sa vue qu'un ruissellement blanc, des ombres et des lumières, une succession moelleuse de courbes que le pinceau épouse en glissements liquides. Le silence est total dans cette combe éloignée que ne souillent pas les skieurs, un silence propice aux mouvements de la matière, à la peinture que le froid crispe en filaments nerveux. Sur l'aquarelle glacée, transparaissent des corps, deux bosses soudées  à la montagne. Malgré l'engourdissement des doigts, les gestes se font précis, les lignes fines. Une vision se met en place : sur la neige molle, en glacis, une femme rigide, un homme. Un vernis de gel translucide couvre la chair. On distingue cependant l'esquisse d'un crucifix, des boucles d'oreilles en rang de trois.

[...] Au pied du lit le tableau aligne ses crucifiés et ses prairies désertes, sans susciter le moindre rire. Aux effervescences des pistes, Odette et Christian ont préféré la chambre 412. Ils fixent le plafond, incapables de le déchiffrer. La fenêtre s'est ouverte, poussée par une rafale ou par un vent plus anodin. Ils ne sentent pas le froid raidir leurs jambes, pénétrer leur peau nue, coaguler le sang issu de leurs blessures. Livides, ils n'entendent pas le vase qui se brise sous la pression de la glace, ne voient pas le large éclat qui tombe. A leur chevet, Germain peint le spectacle. Le couteau qui a tué est posé sur le lit.

extrait et fin de la nouvelle "Aquarelles"  publiée dans le recueil  Ennemis très chers  éd. Le Manuscrit  2001
illustration : R.T.

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