Publié le 27 Février 2012

goffette-chapeau_NEW.jpg   

 

"Le frontalier que je suis est un animal bizarre, du genre bipède à poil rare. Qu'il arpente ses collines ou le trottoir des villes, on le reconnaît à son allure: le front haut et tourné vers les nues, il marche à grandes enjambées sans jamais se retourner comme s'il fallait à tout prix passer la frontière avant la nuit. Quelle frontière? Celle qui a tôt fait de s'installer en lui s'il s'arrête. Aussi ne tient-il pas en place. Toujours entre deux gares, deux fleuves, ne connaissant ni la satisfaction béate des "assis", ni l'ennui des repus. Toujours de passage et ne s'attardant que pour le partage amoureux et l'amitié. Sans regret sinon sans remords quand il se remet en route, il est fidèle et revient sans cesse. Et puis il écrit beaucoup de cartes postales qu'il oublie d'envoyer et qui, rassemblées, finissent par faire des livres qui continueront peut-être après lui à passer les frontières."  

(Guy Goffette in la revue "Hauteurs", mars 2004)

portrait par T. R. (flora) pour la revue "Hauteurs"

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 21 Février 2012

 Muriel V. m'a offert un petit livre qui lui sert de véritable Bible, dirais-je si ce n'était pas un blasphème à ses yeux... Il s'agit de "Écrire" de Marguerite Duras, paru aux éditions Gallimard en 1993. La partie intitulée "Écrire" fait une quarantaine de pages.

  A priori, je ne suis pas une fan de Duras, même si j'ai lu et aimé quelques uns de ses livres. Son écriture dérange et c'est plutôt une qualité à mes yeux. C'est une leçon de dépouillement de tout ornement si tentant dans l'ivresse des mots. On a l'impression qu'elle taille son écriture dans sa propre chair...

   "On ne trouve pas la solitude, on la fait. La solitude elle se fait seule. Je l'ai faite. Parce que j'ai décidé que c'était là que je devrais être seule, que je serais seule pour écrire des livres. Ça s'est passé ainsi. J'ai été seule dans cette maison. Je m'y suis enfermée  -  j'avais peur aussi bien sûr. Et puis je l'ai aimée. Cette maison, elle est devenue celle de l'écriture. Mes livres sortent de cette maison. (...) 

   Ça rend sauvage, l'écriture. On rejoint une sauvagerie d'avant la vie. Et on la reconnaît toujours, c'est celle des forêts, celle ancienne comme le temps. Celle de la peur de tout, distincte et inséparable de la vie même. On est acharné. On ne peut pas écrire sans la force du corps. Il faut être plus fort que soi pour aborder l'écriture, il faut être plus fort que ce qu'on écrit. C'est une drôle de chose, oui. C'est pas seulement l'écriture, l'écrit, c'est les cris des bêtes de la nuit, ceux de tous, ceux de vous et de moi, ceux des chiens. c'est la vulgarité massive, désespérante, de la société. La douleur, c'est Christ aussi et Moïse et les pharaons et tous les juifs, et c'est aussi le plus violent du bonheur. Toujours, je crois ça. (...)

   L'écriture, c'est l'inconnu. Avant d'écrire on ne sait rien de ce qu'on va écrire. En toute lucidité. (...)

   Si on savait quelque chose de ce qu'on va écrire, avant de le faire, avant d'écrire, on n'écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine. 

   Écrire, c'est tenter de savoir ce qu'on écrirait si on écrivait  -  on ne le sait qu'après  -  avant, c'est la question la plus dangereuse que l'on puisse se poser. Mais c'est la plus courante aussi.

   L'écrit ça arrive comme le vent, c'est nu, c'est de l'encre, c'est l'écrit, et ça passe comme rien d'autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie."

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 18 Février 2012

images.jpeg Je regarde en rafale 750 photos de Marilyn Monroe. Toujours le même sourire à pleines dents d'une blancheur aveuglante, irréprochables, entre les lèvres écarlates. Une blondeur peroxydée faisant disparaître la fille quelconque d'origine qui avait une telle envie de revanche sur le mauvais sort... Toujours la même cambrure mise en évidence, accentuée, offerte. Tout comme le décolleté généreux dont on se demande les astuces, tant la poitrine semble menue sur les photos de nu. Des yeux de biche lourdement soulignés de noir, rieurs et parfois perdus... Marilyn joue la séductrice avec l'objectif aussi. Tout cela semble tellement calculé et pourtant, les hommes tombent invariablement dans le panneau, même 50 ans après sa mort.

   Je me souviens avoir risqué quelques remarques critiques devant des amis, dans mon innocence dictée par l'objectivité. Son point faible, indéniablement, ce sont ses jambes. Les genoux disgracieux, les jambes à l'avenant.  Un petit bourrelet au ventre qui serait impitoyablement gommé par les "photoshop" de nos jours... mais que je trouve presque attendrissant: cela la rend humaine. Le bout de son nez serait aussi corrigé: ce petit empâtement retroussé serait effacé selon les canons du moment...

images-2 J'ai essuyé une volée de bois vert: "Tu es tout simplement jalouse comme toutes les bonnes femmes!" Les hommes seraient-ils dépourvus d'un minimum d'objectivité?  En quoi Marilyn incarne-t-elle cette quintessence de la féminité qui les rendrait aveugles? Et qui a fait dire à l'austère Arthur Miller, un de ses maris, cette phrase d'un vocabulaire étonnement réduit de la part d'un grand écrivain: "Elle était tout à fait femme, la femme la plus fémininement femme du monde." 

   Oui, je pense que ses admirateurs masculins ne cherchent pas l'objectivité. Le fantasme n'a pas envie d'être dégrisé, le regard embué d'admiration a horreur d'être dessillé. Marilyn reste tour à tour provocante, leur donnant une pulsion obscure de se jeter sur elle, ou bien petite fille perdue éveillant l'instinct protecteur du mâle...

   J'observe le rire éclatant, les poses provocantes. J'ai envie de la voir au saut du lit, sans maquillage, le regard vrai, sans le calcul de son effet. Il n'y a pas une seule photo de ce genre ou elle a été détruite. Marilyn est morte avant ses 40 ans, elle ne sera jamais vieille...

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 16 Février 2012

-Miniatures--couv._NEW.jpg     LAMELLE

   Les banques de données américaines rendent accessible au monde entier l'étude d'un corps humain sous toutes ses coutures. Médecins, curieux et amateurs de sciences peuvent pénétrer dans chaque organe, l'étudier en trois dimensions, l'analyser. Pour obtenir ce résultat, un criminel mort en prison a été découpé en 1871 lamelles, de la tête vers les pieds.

   Je propose d'aller plus loin, de créer une société à but bien lucratif chargée de tronçonner toutes les célébrités puis de les vendre en tranches. A chaque spectateur de "Jurassic Park", l'ouvreuse proposerait un morceau du vrai Spielberg, sous cellophane. Le prix Goncourt se distinguerait, outre le traditionnel bandeau rouge, par une petite pochette où le lecteur trouverait un cheveu de l'écrivain, un ongle, un fragment de rétine. On pourrait déterrer les auteurs morts, les chanteurs, les actrices, les princesses de Galles, pour les mettre aux enchères.


   KIF-KIF

   Pour sa maîtrise en sciences du langage, Arnaud avait choisi un sujet très pointu: "La limite sémantique". L'expression était de lui et désignait "toutes les formulations qui, atteignant la limite d'un domaine précis, se retrouvaient équivalentes à une autre expression formant la marge du domaine voisin." Il parvenait à démontrer qu'un géant minuscule avait, à peu de choses près, la même taille qu'un très grand nain, qu'un débile peu profond pouvait atteindre l'intelligence d'un bachelier à peine moyen.

   Son travail s'arrêta le jour où il réalisa qu'un étudiant très spécialisé avait aussi peu de chances de trouver du travail à la sortie de l'université qu'un demandeur d'emploi sans aucune qualification.

Gilbert Millet: "Miniatures"  éd. Editinter  1999  



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Rédigé par Flora bis

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Publié le 14 Février 2012

Rédigé par Flora bis

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Publié le 12 Février 2012

Jozsef Attila 

HIVER

 

     Il faudrait faire un feu... bien grand, bien haut,

Pour que tous les hommes se chauffent à sa flamme.

 

Nous jetterions dedans tel bibelot vieillot,

Tels objets ébréchés, cassés, tel jeu de dames,

     Les jouets des enfants, tel autre jeu,

     M'entends-tu, chat perché? Et dans ce feu,

     Nous éparpillerions, je le proclame,

Tout ce qui semble beau. L'on entendrait soudain

L'incandescente flamme offrir au ciel serein

Les ardeurs de son chant. Les gens d'une même âme,

Ou d'un même pays, se donneraient la main.

 

Il faudrait faire un feu d'une folle envergure,

Car le givre a couvert les villes et les prés;

     Faire sauter la si froide serrure

De nos garde-manger. Et que les jets pourprés

Reçoivent de nos mains leur riche nourriture

Pour donner en retour la chaleur douce et pure.

 

     Il faudrait, oui, faire ce noble feu

Afin que les humains se dégèlent un peu.

 

texte français: Jean-Paul Faucher

 

 

TÉL

Valami nagy-nagy tüzet kéne rakni

hogy melegednének az emberek.

 

Ráhányni mindent, ami antik, ócska, 

csorbát, töröttet s ami új, meg ép, 

gyermekjátékot,  -  ó, boldog fogócska!  -

s rászórni szórva mindent, ami szép.

 

Dalolna forró láng az égig róla

s kezén fogná mindenki földijét.

 

Valami nagy-nagy tüzet kéne rakni,

hisz zúzmarás a város, a berek,

fagyos kamrák kilincsét fölszaggatni

és rakni, adjon sok-sok meleget.

 

Azt a tüzet, ó jaj; meg kéne rakni,

hogy fölengednének az emberek!

 

Vous remarquerez que le traducteur a changé la forme des strophes par rapport à l'originale (2 / 4 / 2 / 4 / 2) et il a fait débuté chaque ligne par majuscule (sans compter des divergence dûes aux rimes).

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 9 Février 2012

Michel-G._NEW.jpg Michel Guillon vient de mourir. Il a suivi sa chère Liliane dont la mort, il y a plus de 15 ans, l'a laissé inconsolable, définitivement et irrémédiablement seul. Seul avec l'écriture, cette amie-ennemie qu'il nous disait plus d'une fois vivre comme une douleur. Son autodérision incessante masquait à peine l'être écorché, ombrageux qu'il est redevenu sans Elle. Un misanthrope que la maladie et le long et pénible combat contre elle rendait encore plus sauvage. 

   Il a écrit une bonne vingtaine de romans et de recueils de nouvelles. J'ai beaucoup aimé son écriture douce-amère, pétrie d'émotions et de poésie mais dépourvue de la moindre sensiblerie. Sa sombre autodérision l'en a préservé. J'ai longuement hésité pour choisir les extraits pour illustrer ce modeste hommage. Parmi ses livres, il y en a deux que j'aime particulièrement. En premier lieu, "Un rêve en Avesnois", écrit en 1996. Un long et douloureux monologue à la disparue, au bref bonheur lié à ce pays "à l'écart, en retrait, caché dans sa verdure et à l'abri de sa légende" qu'ils ont élu pour y établir leur coin du paradis. 

(...) "L'Avesnois n'est fait que de vert. Un vert que le soleil éclaire au travers de nuages indécis, peu pressés, parfois même immobiles. C'est ce qui donne aux arbres, aux pâtures, aux haies qui cernent la moindre parcelle de bocage, l'aspect luisant, humide comme une peinture encore fraîche, de cette confusion de nuances.

   Tout ça était à nous.

  Un bout d'Irlande, d'Ecosse, mais vierge encore de toute influence touristique, rebelle même, récalcitrant, décourageant les audacieux de tous crins, autochtones ou découvreurs venus de loin.

   Toi, tu apprenais le patois. Tu allais "à meurons" (cueillir les mûres) avec nos voisins, ou bien "à pichoulits" (pissenlits). Au moment du muguet nous avions notre coin, secret, tout comme pour les rosés ou les girolles, et tu trouvais que tout, de jour en jour, venait à nous paré comme nous aimions. Comme si chacun mettait du sien, être, chose, voûte céleste, brin d'herbe ou député pour que le rêve ait bien la consistance que nous cherchions et qu'une broutille n'aille pas troubler l'engourdissement, non de notre esprit, mais de notre coeur susceptible et douillet. Nous avions décidé d'être heureux, et, notre dévolu jeté sur l'Avesnois, il n'était pas question de le remettre en cause même si parfois un soupçon de regret se faufilait en moi, persévérant, dans mes pensées convalescentes  -  comme un microbe qui cherche encore à nuire après la guérison." (...)

L'autre roman que j'aime particulièrement et qui se lit entre rires et gorge serrée, c'est "Il n'y a pas que ça dans la vie" (1999). Le narrateur fait des tentatives vaines et dérisoires pour combler la béance de la solitude.

(...) "Dans la Chambre, rien n'a changé. Elle est forcément là encore puisque les remèdes  -  des calmants, sont sur la table de chevet, que son sac à main négligemment posé sur une chaise attend d'être rangé, que ce qui traîne ça et là, mouchoir brodé, peignoir, eau de toilette ou grappe de raisin juste entamée, montre qu'elle va rentrer. Seul l'aspect du raisin paraît suspect: desséchés, ratatinés sur la grappe, les grains s'éloignent du temps, immobiles, dans la soucoupe ovale.

   C'était quoi, deux heures avant...

   Elle avait les lèvres sèches.

   La gorge aussi.

   -  Veux-tu un peu de raisin? avait-il dit.

   La grappe était superbe. Du muscat noir. Comme il l'avait passée sous l'eau avant de la poser sur la soucoupe, des gouttelettes, en équilibre sur les grains, reflétaient sous les jeux de lumière toute la fraîcheur du fruit. Tentée par l'idée qu'elle se faisait de cette fraîcheur, elle avait murmuré "oui" comme si c'était une exigence exagérée, comme si, en plus, cette grappe offerte était une preuve d'amour exceptionnelle, un gage, une promesse.

   Elle y avait à peine touché.

   Depuis, comme un compte à rebours, la grappe, en se décomposant, indique le nombre de jours que le néant réclame pour effacer l'amour et revenir au point zéro. C'est de ça qu'elle a peur son âme. Du point zéro. S'il y avait que l'amour elle ferait de son mieux pour aider le néant, mais elle sait bien que seul le souvenir permet à l'existence de s'agripper encore, d'aller et venir au travers même de la mémoire, qu'elle-même ne dure que par cet artifice.

   Peut-être a-t-il rêvé sa vie? (...)  

   

    

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 7 Février 2012

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   "Un froid sibérien s'est abattu sur la France! " Les médias se donnent le mot pour décrire le temps inhabituel qui sévit depuis quelques jours. Nous sommes en février, cela n'a rien d'étonnant... Normalement. Serions-nous tellement ramollis par le confort et les hivers doux qu'ils auraient effacé de notre mémoire tout souvenir de la saison blanche?...

   Ces excès de langage me ramènent quelques décennies en arrière. Je n'ai jamais aimé le froid, la neige: j'en ai dégusté beaucoup et longtemps dans mon enfance. Mais ce sont les deux années successives passées à Moscou et à Leningrad qui m'ont laissé entrevoir ce qu'était l'hiver digne de ce nom!

   En 1969 à Moscou, la première neige est tombée fin octobre. Le 7 novembre, fête de la Révolution d'octobre 1917, je suis allée voir la démonstration militaire près de la Place Rouge (je n'avais pas l'autorisation d'y pénétrer). Les fusées géantes, chargées sur des remorques interminables, défilaient dans la neige sans interruption, censées rassurer le peuple enthousiaste, et faisant dignement peur aux impérialistes qui guettaient la faille...

   La neige n'a pas cessé de tout l'hiver, jusqu'à fin avril. De nouvelles couches s'ajoutaient aux précédentes, déjà gelées sur des trottoirs jamais dégagés, ni sablés... Nous tombions comme des mouches sur ces patinoires naturelles pendant les 20 min. de marche jusqu'à la fac, dans le matin sombre et glacial. On annonçait parfois -30°...

   Tout le monde se souvient de l'époque des minijupes. Les collants commençaient à faire leur apparition, mais pas en URSS! Même l'usage du pantalon était interdit pour les filles, car jugé indécent, dans notre fac pudibonde! Alors, la partie restée découverte entre un manteau court et les bottes, a beaucoup souffert du froid! Nous enfilions 2-3 paires de bas, les prolongeant par les pantys  multicolores de l'époque, et une fois au chaud, nous "épluchions" les différentes couches gelées et collées à la peau... Ajoutons à cela les provisions portées à bout de bras: par bonheur, le choix était bien mince!

   L'hiver à Leningrad, l'année d'après, était différent. Moins froid, mais à cause de l'ouverture de la ville sur la mer et ses vents chargés de 70% d'humidité, il nous semblait bien plus inhospitalier que le froid sec de Moscou.

   Alors, vous avez toujours autant froid?...


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Rédigé par Flora bis

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Publié le 4 Février 2012

Agnes_Gergely.jpg  FEMME STÉRILE

 

Elle ne connaît pas la gestation.

Sa chair  ne s'ouvre qu'à la passion.

Dans les éclats d'instants du partage

elle en ignore le prolongement,

les étoiles lui parlent autrement,

elle trébuche, trébuche sur le méridien,

se lève puisqu'elle est condamnée à se lever  -

hors d'elle-même

et dans la nuit qui se détache comme un pétale

son image regarde et se défait.

traduit par Anikó Fázsy et André Doms

 


MEDDŐ ASSZONY

 

Nem ismeri a beléköltözést.

Húsa csak szenvedélyre nyílik.

Az osztozkodás törtperceiben

nem tud a folytatásról

másként szólítják meg a csillagok

botlik, botlik a délkörökben

fölkel, mert fölkelni ítéltetett

magából

s a sziromként leváló éjszakából

elporzó önarcképe néz.



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Rédigé par Flora bis

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