Publié le 29 Juin 2011

Âge mûr Je me considérais comme un mari modèle. Après vingt-cinq ans de vie sans faille, aux côtés de la même femme, je me suis vu avec une auréole autour de la tête, ce matin, en me rasant devant la glace de la salle de bain. J'ai aussi fait le constat de mon reflet: un homme de cinquante ans, avec des cheveux fatigués qui avaient du mal à dissimuler les plages désertes et que le gris commençait à dominer... Les traits enflés, quasi disparus dans les joues rebondies, hérissées de poils gris, des valises sous les yeux... Un sourire crispé dévoilait les dents jaunies par les cigarettes... Mon regard a continué l'impitoyable exploration, glissant sur le cou, disparu dans les épaules, le dos voûté et enveloppé, la ceinture de graisse enrobant si généreusement la taille que j'avais du mal à apercevoir le bout de mes pieds... J'étais effaré!

   En un éclair, j'ai pris conscience que j'allais dans le mur. Les vingt-cinq dernières années ont défilé en quelques secondes sous mes yeux, comme si j'avais feuilleté un album de photos. Le fringant jeune marié sur le parvis de l'église, sous une pluie de grains de riz, dans le crépitement des appareils-photos... L'euphorie des premiers temps avec Cécile où je me croyais l'homme le plus chanceux de la terre! A-mou-reux! Ma femme était la plus belle, la plus appétissante, en dormant, au réveil, décoiffée, les yeux bouffis de sommeil ou pomponnée, je ne me lassais pas de la regarder, de la toucher.

   Deux enfants, avec deux ans d'écart. Les grossesses ont effacé sa taille de guêpe mais pas mes sentiments! Ronde comme une pomme, elle était encore à croquer! Elle a abandonné son travail pour mieux s'occuper des enfants. Je n'en étais pas mécontent: une maison est incomparablement plus accueillante avec une fée au logis! Une gardienne du foyer afin que la chaleur en reste toujours diffuse... Je ne me suis pas préoccupé un instant de savoir si elle était comblée. Je l'estimais telle et cela suffisait à me rassurer.

   Depuis ce matin, l'image impitoyable de la glace me poursuit. Mon regard glisse sur Cécile, sans s'arrêter. Ma femme est-elle devenue un meuble, au même titre que le fauteuil Voltaire qui m'accueille pour mes somnolences devant la télé? Usé mais confortable... s'accommodant à la forme de mon corps, le moulant presque... Je n'ai pas besoin de la regarder, l'image mentale me suffit. Je sais que ses cheveux sont tirés, que deux rides amères enserrent sa bouche, tirant vers le bas la commissure des lèvres... Au fond, je n'ai pas envie de la regarder. Elle me renvoie l'image de ma propre déchéance. 

dessin: R. T.  

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Rédigé par Flora

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Publié le 25 Juin 2011

Jardin.jpg Il est intéressant, du moins pour moi, de revenir au début de mon "genre de journal ", entamé le 2 mars 2008 au salon du livre de Bondues, près de Lille. La lassitude s'installe face à ces bains de foule incontournables pour la promotion de notre revue qui entre dans sa neuvième année. Jadis, j'aimais ces occasions de rencontres avec les lecteurs et les auteurs. Cette année-là, la deuxième où je fais mon apprentissage forcé de la solitude, au point de commencer à y prendre goût, l'envie de quitter ces vaines agitations fait son chemin en moi.

2 mars 2008:  Il ne faut jamais se déplacer dans un salon sans son calepin. Il y a toujours de longs moments détestables de vacuité  qui volent votre vie. Je n'ai plus le courage, l'enthousiasme communicatif de mes débuts pour accrocher le chaland indécis, lui lancer l'hameçon et le ferrer pour qu'il reparte, ébloui, avec un, deux voire plusieurs livres sous le bras. S'il n' y a plus l'éblouissement au monde, il est temps de partir. Je suis entre deux chaises, entre deux mondes, entre deux langues, entre deux identités, entre deux états aussi: avec et sans Gilbert. Je ne suis plus avec et pas encore sans. Il m'envahit tant. J'ai tellement peur qu'il ne cesse de m'envahir... Je m'accroche au mot "sérénité" en espérant de cet état si convoité qu'il m'apporte les réponses. Comment y arriver?... Quelqu'un qui danse, le nez en l'air, au bord du précipice, en évitant soigneusement de regarder sous ses pieds... Oui, c'est assez juste. On sait bien qu'il y a le précipice, mais on fait comme si... Ca peut durer mais l'équilibre est ténu. (...)

illustration: R. T. peinture à l'huile

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Rédigé par Flora

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Publié le 22 Juin 2011

9782070130184 Une amie connaissant mon goût pour les langues étrangères et pour les questions d'identité qui s'y attachent, m'a offert ce beau petit livre. J'ai plongé dedans avec un appétit aiguisé et l'espoir de comparer mon expérience à celle d'un Japonais, mon semblable à plusieurs égards:

* une langue d'origine très éloignée du français

* même génération

* la découverte du français à l'école et choisi pour sa séduction

* un(e) conjoint(e) français(e) dont on épouse aussi le pays

* culture multiple, identité multiple

   La différence  -  notable!  -  réside dans nos parcours. Il est devenu un brillant spécialiste du 18ème siècle français, titulaire d'un doctorat et professeur d'université, en passant par la rue d'Ulm. Une grande différence existe aussi dans nos approches: la sienne est très méthodique, passant par un travail acharné, tandis que la mienne est plus instinctive, plus empirique, voire ludique, même si la lecture et plus tard l'écriture y jouent un rôle primordial.

   Curieusement, plus il pénètre les secrets et les innombrables nuances de la langue française, plus il prend conscience de l'originalité de sa langue maternelle, ainsi mise à distance. Il se rend compte également du vaste champ de liberté que l'expression en français ouvre devant lui, parallèlement au sentiment d'étouffement, d'engoncement dans les traditions, ressenti en japonais. "Le plaisir éprouvé dans la recherche d'une liberté possible au sein même des limitations prescrites par la langue française est incommensurable." Je l'éprouve encore tous les jours...

   Au-delà d'une soif de la découverte, c'est l'amour, l'éternel émerveillement devant le pouvoir des mots qui l'animent. Grand admirateur de Rousseau, il ressent sa présence hors du temps, retransmise par les seuls mots: "Ils sont là, près de moi, frais, massifs, tenaces et souverainement présents; les mots ne vieillissent pas, ils vivent plus longtemps que leur frêle émetteur. La chair passe, le verbe reste. Un des passages les plus poétiques du livre... 

   Reste la question de l'identité. Il est évident que l'on ne sort pas indemne d'une telle expérience. Agota Kristof, l'auteur du Grand cahier, traite le français de "langue ennemie" (L'Analphabète) car il tue à petit feu sa langue maternelle, le hongrois. Depuis longtemps, j'ai l'impression moi-même qu'en m'exprimant dans une langue ou une autre, je change de peau, d'identité en quelque sorte, que ce n'est pas la même personne qui s'exprime en hongrois, en français ou en russe... On peut légitimement se poser la question si entre toutes ces chaises, on ne se retrouve pas par terre, si on ne perd pas finalement l'essentiel?...

    Akira Mizubayashi cite Nancy Huston, une anglophone devenue écrivain francophone, après avoir succombé à un séjour linguistique: "L'acquisition d'une deuxième langue annule le caractère naturel de la langue d'origine  -  à partir de là, plus rien n'est donné d'office, ni dans l'une, ni dans l'autre; plus rien ne vous appartient d'origine, de droit et d'évidence." Je ne sais pas si vous saisissez l'aspect vertigineux de cette affirmation: c'est le sol qui se dérobe sous vos pieds, le socle de votre existence qui vacille...

   A. Mizubayashi développe cette idée pour y trouver la définition de son identité: "Le jour où je me suis emparé de la langue française, j'ai perdu le japonais pour toujours dans sa pureté originelle. (...) J'ai appris à parler comme un étranger dans ma propre langue. Mon errance entre les deux langues a commencé... Je ne suis donc ni japonais ni français. Je ne cesse finalement de me rendre étranger  à moi-même dans les deux langues, en allant et en revenant de l'une à l'autre, pour me sentir toujours décalé, hors de place. Mais justement, c'est de ce lieu écarté que j'accède à la parole: c'est de ce non-lieu que j'exprime tout mon amour du français, tout mon attachement au japonais. Je suis étranger ici et là et je demeure."

Akira Mizubayasi, Une langue venue d'ailleurs, éd. Gallimard  2011,  coll. "L'UN ET L'AUTRE" dir. J-B Pontalis

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Rédigé par Flora

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Publié le 19 Juin 2011

   Étrange envie lancinante qui m'oblige à retourner quelques années en arrière... La cause en est: ces vieilles photos exhumées d'un album sans âge. Une amie a proposé sur son blog un jeu plus bouleversant qu'il n'y paraît: le "SI". Quels étaient ces carrefours qui impliquaient un choix, déterminant la suite de notre vie? Que se serait-il passé si nous avions fait un autre choix? Y a-t-il eu des événements indépendants de notre volonté qui auraient pu se dérouler autrement, donnant ainsi une direction radicalement différente à ce qui suivait?

eskuvoi-kep-egyedul_NEW.jpg Le fond du problème: hasard ou nécessité... Avons-nous le choix ou tout est-il écrit d'avance? Notre "choix" est-il pure illusion car gouverné par la prédestination? A un moment, pouvons-nous donner volontairement un coup de volant violent à notre vie?  En fin de compte, sommes-nous libres, ne serait-ce qu'un instant de notre parcours?

   En ces temps de bac philo, ce sont des interrogations à la mode... Finalement, tout est question de point de vue: tout dépend si j'observe le cours des événements depuis le départ ou à l'arrivée. Au point du départ, plusieurs possibilités s'ouvrent devant nous, mais au moins deux: "oui" ou "non". A l'arrivée, il n'en reste qu'une... Alors, tout dépend de l'endroit où je me place.

eskuvoi-kep_NEW.jpg Repenser à tous ces "carrefours" est vertigineux... Que se serait-il passé si j'étais entrée au lycée des beaux-arts au lieu de choisir les langues étrangères? Si, à la place du français, j'avais opté pour le groupe des latinistes? Si Gilbert avait rejoint le lycée de Toronto au lieu d'atterrir en Hongrie? Si son premier poste avait été confirmé? Si j'étais partie à Grenoble pour l'année scolaire, avant son arrivée dans le lycée où j'enseignais?... Et si un de mes nombreux et assez inoffensifs flirts avait abouti avant notre rencontre? 

   Aurais-je pu choisir autrement ou était-ce le destin? En tout cas, ces photos désuètes, fixant nos vingt et quelques années juvéniles, prises dans un atelier de la ville n'existeraient pas...

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Rédigé par Flora

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Publié le 17 Juin 2011

"Jamais une erreur les mots ne mentent pas"

Paul Éluard

Les morts se suivent..  -  Tu imagines? Madame de Rénal sort de chez elle pour aller au cinéma, au supermarché ou chez le coiffeur et son regard tombe sur un panneau publicitaire: "Lotissement Rouge et Noir. Pavillons clef en main. Crédit personnalisé sur quinze ans. A partir de 899 francs par mois, sous réserve d'acceptation du dossier par La Môle Investissements. Pour tous renseignements, contacter l'agence Sorel, 8 route de Besançon." Non mais, tu imagines?

   Il n'imaginait pas vraiment, victime de l'irrésistible envie de dormir qui s'emparait de lui après l'amour. On l'avait pourtant prévenu: pas question de sommeiller. Si Martine Dumont, peu suspecte de nymphomanie, couchait avec la plupart de ses élèves, c'était par incapacité à suspendre son cours. Il lui fallait en permanence un auditeur et aucun homme ne résistait à ce régime plus de quelques semaines. Il se redressa sur un coude, aussi fourbu qu'après la seule partie de rugby de sa carrière, une partie qu'il avait achevée sur un brancard, piétiné dès la première mêlée.

-  Autre exemple: l'été dernier, j'ai visité Thèbes, la cité d'Oedipe, de Jocaste et du Sphinx. Pas la moindre trace de grandeur mythologique. Pas la moindre ruine grecque. Une bourgade triste, à l'architecture miteuse. J'ai passé la nuit dans une pension pompeusement baptisée "Antigone", entre l'hôtel "Socrate" et le restaurant "Zeus". Tu veux bien me gratter le dos? Tu es gentil! Crois-moi, si l'Antigone de Sophocle avait connu ce taudis, elle se serait crevé les yeux, comme son père, ou se serait enterrée vivante, pour ne pas voir ça.

   Lui gratter le dos! Un mois avant l'examen final, il ne risquait pas de refuser, évidemment. La malchance, comme d'habitude... Déjà, à l'école primaire, les punitions lui pleuvaient sur la tête et les coups de règle sur les doigts, alors qu'il n'osait pas ouvrir la bouche ou lever un sourcil. Cette fois encore, il suivait attentivement la leçon, notant chaque parole, prêt à tout apprendre par coeur. C'était pourtant sur lui qu'elle s'était abattue, à la fin de l'heure. Et il grattait avec constance, de bas en haut, de haut en bas, tâchant de ne pas succomber au flot anesthésiant dont elle l'abreuvait.(...)

in "Les morts se suivent et se ressemblent", éditions Manya, 1992 

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Rédigé par Flora

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Publié le 12 Juin 2011

Promis à Françoise, les 6 dessins avec lesquels j'ai participé à l'expo du groupe de peintres et sculpteurs semi-amateurs, dont je fais partie. Sans prétention, pour le plaisir...

(photos encore plus "amateurs", à la hâte!)

 

DSCN0448

 

DSCN0447

 

DSCN0449.JPG

 

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Rédigé par Flora

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Publié le 11 Juin 2011

Nemes Nagy Agnes
LE SOLEIL S'EST COUCHÉ
Le soleil s'est couché. Non. Il est là.
On dit qu'il s'est couché mais le firmament
tient encore dans le creux de sa main cet autre
soleil, qui lui ressemble à s'y méprendre,
tel ce corps de verre du sablier
d'où s'est déjà écoulé le réel.
Et près de nous, des battements de lampes
vacillant sur les câbles électriques,
musique de métal des fils
que seul le vent commande.
Jeu de cache-cache
avec soi-même,
appels répétés:
ce sont déjà d'autres langages,
à cause d'eux, il faut faire vite.
                         traduction: Guillevic

  Lement a nap
Lement a nap. De nem. Még látható.
Csak voltaképpen ment le, még az égbolt
tenyéröblében tartja ezt a másik,
megtévesztésig hasonló napot,
akár egy homokóra felső
üvegcsészéjét, melyből már kipergett
a voltaképpeni.
És lent a lámpák csattogásai
a drótkötélen imbolyogva,
a huzalok e természeti hangja,
mit nem vezérel más, csupán a szél.
Ezek már más beszédek,
ezek az önmaguk mögé
lecsúszó helyettesitések,
a vissza-vissza integettetések,
ezekkel már sietni kell.

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Rédigé par Flora

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Publié le 10 Juin 2011

Dans ma blogosphère hongroise, le sujet de la sagesse avait fait surface pour un temps. Cela m'a donné envie de cueillir un petit bouquet de citations à ce propos. Il existe beaucoup de réflexions célèbres de la plume d'auteurs souvent au crépuscule de leur vie qui, ayant amassé suffisamment de matière pour en tirer de l'enseignement, nous dispensent abondamment de leur sagesse... A nous de forger la nôtre, cependant. Je dédie cette note à mon amie Mireille qui reconnaîtra notre conversation d'hier si elle passe par ici...

"Le secret d'une bonne vieillesse n'est rien d'autre que la conclusion d'un pacte honorable avec la solitude." (Gabriel Garcia-Mârquez)

"Je cherche l'or du temps." (André Breton)

"Le sage est celui qui ne pense point l'être" (Nicolas Boileau)

"Je pense comme une fille enlève sa robe" (Georges Bataille)

"Le sage doit chercher le point de départ de tout désordre. Où? Tout commence par le manque d'amour" ( Mo-Tseu, 5e s. av. J.C.)

"Le gain de notre étude, c'est en être devenu meilleur et plus sage" (Michel de Montaigne)

    et pour finir:

" Il n'est pas difficile de nourrir des pensées admirables lorsque les étoiles sont présentes." (Marguerite Yourcenar) 

 

 

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Rédigé par Flora

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Publié le 5 Juin 2011

DosWilly J'ajuste la couverture sur les genoux d'Edmond. Le corps volumineux et inerte cueille les ultimes rayons du soleil d'automne. Rayons pâles, à peine tièdes. Tout est en ordre: le verre d'eau avec la paille, le transistor qui diffuse de la musique en sourdine et le coussin à fleurs soutenant la tête.

   Je me reproche la hâte avec laquelle je quitte la maison et son atmosphère lourde. A l'image de ma vie. Dehors, je prends une profonde respiration, comme une bouffée de liberté. Quarante ans déjà...

   Rien ne rendra ma jeunesse, je ne retrouverai jamais Hilke, la blonde appétissante avec ses fossettes et ses yeux de biche qui, à dix-huit ans, avait succombé aux pressions amoureuses de son fiancé, évaporé dès l'instant où l'existence d'un bébé devint manifeste... Fille-mère de la honte! Avec cette tare, je ne pouvais compter que sur la charité d'un homme. Si cela n'avait tenu qu'à moi, j'aurais assumé avec dépit mon petit garçon qui me regardait avec les grands yeux bleus de mon fiancé fantôme. Pour ma mère, j'étais la tache sur la réputation familiale qu'elle essayait de sauvegarder tant bien que mal, en élevant seule, veuve, ses quatre filles.

   Pas un jour ne passa sans ses exhortations pour que je me trouve un mari. De guerre lasse, je décidai d'en finir avec ses sermons. Un soir je rentrai en prononçant cette unique phrase: "Ca y est, je me marie le mois prochain." 

   Edmond, je ne le regardai véritablement que ce soir-là, pour la première fois, lorsque sa question arriva, au moment opportun de mon exaspération. "Tu cherches un mari? Je suis là."

   C'était un homme épais avec son tablier blanc, massif derrière son comptoir, à manier avec aisance les couteaux de différentes tailles, dans les effluves appétissantes des saucisses et des boudins, jambons dodus et pâtés alléchants. Je le soupesai tout entier, sa quarantaine solitaire, son crâne dégarni avec le crayon planté derrière son oreille droite, ses bras poilus dépassant de la veste grise.

   Une fille "en main"   -  c'est l'effet que cela me faisait. Pour rassurer ma mère. Pour me donner de la respectabilité dans le patelin.

   J'honorai le contrat avec loyauté. De son côté, il éleva mon fils  et m'aima à sa façon. Pour moi, l'amour demeura du domaine du devoir conjugal dont je m'acquittai les dents serrées, en attendant que ça passe... Le vrai, celui dont les fugaces reflets faisaient leur rappel, par moment, dans les yeux de mon fils, s'était depuis longtemps évanoui dans un passé sans mémoire...

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Rédigé par Flora

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