Publié le 21 Septembre 2012

Rédigé par Flora bis

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Publié le 17 Septembre 2012

Cortège 2 détail Samedi après-midi... En rêvassant mais sans enthousiasme, je pousse le caddy dans les rayons de la supérette du coin. Tout d'un coup, des éclats de voix perturbent le silence: les rares chalands se regardent, incrédules. Une fillette de 4-5 ans, pour son malheur, dirige son mini-caddy vers la "mauvaise" rangée. Le père, énergumène sur les nerfs, est en train de la "corriger", d'abord avec des hurlements, puis des coups en renfort...

   Je m'appuie sur mon caddy car je me sens très mal. J'ai du mal à supporter la violence, en particulier envers plus faibles sans défense. Dans mon enfance, je n'ai jamais essuyé la moindre fessée ni de gifle. Je ne les pratiquais pas non plus sur mon fils, enfant, ni sur mes petites-filles. Ce genre de spectacle me met au bord du malaise: nausée, vertige, tremblements...

   Avec quelques clients, nous nous regardons, abasourdis, impuissants. Il est délicat d'intervenir, dangereux même parfois. Les invectives continuent, l'énergumène entraîne la fillette vers des rayons latéraux, lui promet des "punitions" à la maison. Mon sang ne fait qu'un tour: j'imagine un traitement encore plus sévère à venir. J'abandonne mon caddy et me lance vers eux: il faut que je fasse quelque chose avant de m'effondrer!

   Je pose ma main sur son bras et je lui parle tout bas (de toute façon, le moindre son a du mal à franchir ma gorge): "Monsieur, vous n'avez pas besoin de prouver à votre fille avec des coups et des hurlements que vous êtes le plus fort: ça saute aux yeux! Ne croyez-vous pas qu'il serait plus efficace de lui expliquer calmement ce que vous voulez?" Il se défend (mais étonnamment, il baisse la voix): "Vous n'avez pas idée à quel point elle est intenable! Il faut qu'elle comprenne qui commande! Elle nous a couverts de honte quand la maîtresse nous a convoqués car elle avait mordu ses petits camarades!" J'insiste: "Vous ne pensez pas qu'elle ne fait que reproduire la violence dans laquelle elle baigne à la maison?" Je laisse ma main sur son bras et ce geste de quasi compassion freine quelque peu son agressivité. Il veut me convaincre en disant que lui, il a été un enfant modèle qui n'osait même pas bouger quand sa mère le lui ordonnait. Je me dis: voilà la réaction en chaîne...

   Ils sont partis en silence. Quelques personnes sont venues me parler. Mon malaise a mis des heures à se dissiper. Je ne ressens aucun soulagement. Ce n'était qu'un bref répit dans la vie de la fillette (et combien d'autres!) qui, de toute la durée de notre échange (retranscrit ici en grandes lignes) n'a cessé de me fixer avec ses grands yeux bleus...

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 13 Septembre 2012

Rédigé par Flora bis

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Publié le 11 Septembre 2012

Unknown-1.jpeg Les visiteurs de ce blog connaissent le nom de l'écrivain hongrois Sándor Márai, mort en exil en 1989, un des écrivains importants du vingtième siècle européen. Il a quitté la Hongrie après la venue au pouvoir des communistes mais la langue hongroise est restée sa patrie. Ses livres y étaient interdits jusqu'au changement du régime. J'ai déjà publié plusieurs extraits de son livre "Mémoires de Hongrie" sur ce blog. Son roman "Les Braises", publié aux éditions Albin Michel en 1995, a été au départ d'un succès fulgurant à travers le monde, un roman écrit en majeure partie sous forme de dialogues. La confrontation entre les deux personnages, Conrad et le général, a été adaptée à la scène par Claude Rich et jouée par lui-même en compagnie de Bernard Verley, en 2003. 

 

 (...) En effet, nous vieillissons tout doucement, dit le général. Tout d'abord, c'est notre joie de vivre et de voir nos semblables qui s'émousse. Peu à peu, le sens de la réalité prédomine en nous. Nous pénétrons mieux le sens des choses et nous assistons avec ennui à la succession des événements qui se répètent. Le noter est déjà un signe de vieillesse. 

(...) Puis, c'est le corps qui se met à vieillir. Pas non plus brusquement... d'abord, c'est notre vue qui baisse, puis c'est notre estomac ou notre coeur... ou, éventuellement nos jambes commencent à se sentir fatiguées. Oui, la vieillesse avance lentement; elle s'étend peu à peu à notre âme. Elle est encore pleine de désirs nostalgiques et de souvenirs, elle recherche encore la joie. Quand elle renonce aussi à désirer et à espérer, il ne reste plus que les souvenirs et la vanité de toutes choses. Arrivé à cette étape, on est réellement, irrémédiablement vieux. (...)

traduction: Marcelle et Georges Régnier

 

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 9 Septembre 2012

   On pourrait me rétorquer que mon indéfectible nostalgie est à remiser aux oubliettes d'une époque révolue... Depuis mes quelques années de pratique dans l'enseignement, les élèves, l'école, la société ont changé...

   Certes. Je reste pourtant persuadée que le fondement demeure: la transmission. Nous exerçons le métier le plus privilégié: notre matière première est l'humain, à l'âge le plus malléable. Notre influence, bonne ou mauvaise, peut s'imprimer pour la vie.

   Qui n'a pas gardé le souvenir d'un prof au rôle déterminant pour son avenir? Passons sur l'effet néfaste d'un sadique qui peut priver l'élève de la confiance en lui-même, pour toujours. Gardons plutôt en mémoire l'image lumineuse de ceux qui ont su éveiller notre curiosité, notre soif de découvertes, notre capacité de réflexion. 

Unknown.jpeg J'ai plusieurs fois revu le film de Peter Weir: "Cercle des poètes disparus". Immanquablement, au moment des adieux de M. Keating, l'inoubliable Robin Williams, lorsque, un par un, les élèves montent sur les tables, je ne peux retenir mes larmes... Pourtant, ceux qui me connaissent, savent que je préfère maîtriser mes émotions. Je ne suis pas loin de penser que les adieux de John Keating expriment mes propres adieux au métier que j'aimais tant et que j'ai dû quitter trop tôt...

   "Qu'est-ce qu'un bon prof?" demande le dossier du Nouvel Observateur de la semaine. Je pense que, outre le niveau irréprochable de ses connaissances, il doit transmettre son enthousiasme pour sa matière. Celui qui va en classe comme au bagne, ne saura jamais insuffler le moindre intérêt pour son sujet.

   Je n'ai jamais aimé les relations copain-copain avec les élèves. Le prof ne doit pas être celui à qui l'on tape dans le dos. Chacun à sa place, sur les bases d'un respect mutuel. Je n'ai jamais humilié un élève, convaincue qu'un enfant à qui on répète qu'il est bête et incapable, finit par y croire et ne fait plus aucun effort. Au contraire, je me suis efforcée de trouver des motifs d'encouragement, même en mettant de mauvaises notes quand il le fallait...

   Un autre moment émouvant reste gravé dans ma mémoire, indélébile: sur le livre des condoléances, à la maison funéraire où reposait le corps de Gilbert, j'ai trouvé ces quelques lignes, à l'orthographe quelque peu hésitante: "A celui qui m'a fait découvrir et aimer Le Grand Meaulnes... Vives reconnaissances d'un collégien de Vieux-Condé"... 

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 7 Septembre 2012

gilbert.jpgLa nouvelle dont j'ai tiré l'extrait ci-dessous, avait été publiée dans le recueil: "Ennemis très chers" paru en 2001 aux éditions Manuscrit. De l'intérieur, nous suivons le glissement du personnage, Jacques Delamarre, vers la folie...

Du travail d'orfèvre. 

 

(...) Cinq habitants de son immeuble, un couple et trois rejetons, mauvaise graine d'extraterrestre qui ne se privait pas de casser des carreaux en jouant au football, s'appelaient Lavenue! Un article au début, le "s" mué en "e", le camouflage était primaire. Un voisinage aussi préoccupant fit naître l'inquiétude et bientôt la terreur. Le 20 mars 1998, quand il fit part à Gabrielle de son désir de déménager pour Vrévillemont, village où le décès d'un vieil oncle l'avait fait hériter d'une masure, elle poussa de hauts cris. Quelques minutes plus tard, elle criait déjà moins. Il faut savoir mettre fin à une scène de ménage.

   A Vrévillemont, Jacques Delamarre fut accueilli comme un Martien, un étranger dont il valait mieux se méfier. Chaque soir, assis dans le noir, sur le canapé du salon, devant une bouteille de vieux marc, la boisson des Martiens, malgré le "s" changé en "c", il se remémorait cette froideur à son égard et finissait toujours par rire. Si les villageois avaient su qu'il arrivait de la quatrième planète...

   Remettre en état la maison de son oncle lui avait demandé des mois d'un labeur écrasant. De la même façon qu'il avait creusé seul le trou dans la cave, lors de la première nuit, il n'avait fait appel, pour les autres travaux, à l'aide de personne. Aide-toi, l'espace t'aidera, telle était sa devise. Maçonnerie, menuiserie, plomberie ou électricité, rien ne l'empêchait de se consacrer à sa sécurité, tâche prioritaire. Le bottin, vieil allié, permit de constituer une liste des villageois, de débusquer un nom suspect: Vendre.

   Au-delà des trois premières lettres, le lien avec l'ennemi était évident. "Vendre" était le raccourci de Vendredi, un mot d'origine latine, "Veneris dies", le jour de Vénus, celui de la disparition de Gabrielle. Tout concordait, jusqu'au mois choisi pour l'enlèvement de sa femme: Mars! Une nouvelle façon de le narguer. (...) 

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Rédigé par Flora bis

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