Publié le 27 Novembre 2013

Gloire et bonheur

"La gloire est le deuil éclatant du bonheur".

Cette phrase - un concentré raccourci de celle de Mme de Staël: "La gloire elle-même ne saurait être, pour une femme, qu'un deuil éclatant du bonheur" - je l'ai entendue hier soir, dans le magnifique documentaire sur Yves Saint-Laurent. Pierre Bergé nous le raconte, accompagné des images éblouissantes de sa vie, de ses créations. Le grand jeune homme timide et gauche, du haut de ses 21 ans, qui entame le chemin éclatant de la gloire!

Pierre Bergé tisse son histoire, leur histoire, avec calme et lucidité, sur la trame de la liquidation de leur somptueuse collection par vente aux enchères. A travers ses propos, ses regards, transparaît un vide douloureux. Même s'il n'est pas homme à s'abîmer dans un passé nostalgique.

Yves Saint-Laurent, le génie dépressif, l'inquiet, compense son hyper-sensibilité créative par des substances qui le détruisent. Plus il est adulé, plus il se réfugie dans la solitude.

Il a tout, la gloire, la richesse, la création - tout, sauf le bonheur serein.

Cette fameuse phrase console-t-elle quelque peu la foule des médiocres qui aspirent vainement aux fastes de la gloire... Piètre consolation. Vaut-il mieux être le génie d'exception qui se consume dans la création, en côtoyant la folie ou bien faire partie de l'écrasante majorité des quelconques, voire même des honnêtes talents qui poussent laborieusement leur chariot jusqu'au bout d'une existence sans éclats?… A voir.

Gloire et bonheurGloire et bonheurGloire et bonheur

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 24 Novembre 2013

Méditations de fin de novembre

Dehors, de plus en plus frisquet. On se calfeutre pour regarder les arbres se dénuder sous les coups de vent humide.

Les bruits de la fureur du monde pénètrent par écran et ondes de radio interposés: catastrophes, guerres, attentats, folies des hommes… Maladies des proches, des amis, deuils de novembre. Comment faire pour ressentir quand-même un peu de bonheur?...

Pendant des années, je me suis interdit de m'abandonner vraiment aux sentiments de joie - ne parlons même pas de bonheur, ce dernier suppose, à mon sens, un peu de durée. J'avais l'impression que baisser la garde entraînerait aussitôt une sanction, que le malheur n'attendait que ce moment de légèreté pour frapper… Comme s'il fallait mériter le bonheur.

Cela fait sept mois que nous avons enterré ma mère. Il m'arrive encore de stopper net un élan joyeux: "Comment oses-tu alors qu'elle souffre de ton abandon?"… Le dimanche, avec la baisse du jour, point l'angoisse sourde: "Il faut que tu l'appelles, pour l'entendre égrainer ses plaintes interminables contre le monde entier"… Pour essayer de la porter à bout de bras, à 1600 km de distance, impuissante de lui offrir le seul apaisement: ma présence, ma vie...

Cela ne s'efface pas facilement. Il y a des gens qui imprègnent notre vie comme le lierre le tronc d'arbre. L'arracher laisse des cicatrices même si l'arbre respire mieux.

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 20 Novembre 2013

Soirée Márai

Dans deux jours, nous aurons notre soirée littéraire mensuelle. Ce sera mon tour d'accueillir les 20-25 personnes chez moi, pour un moment convivial, chaleureux où je leur présenterai Sándor Márai, écrivain hongrois dont quarante années d'existence et une bonne partie des activités créatives se sont déroulées loin de son pays d'origine… Il a quitté la Hongrie en 1948, au moment de la prise du pouvoir par les communistes, dans le déchirement, ayant compris qu'il lui serait impossible d'écrire et de publier librement. De fait, ses livres ont été interdits jusqu'en 1990, et ce n'est qu'au changement de régime que les lecteurs hongrois ont pu les découvrir ou les lire de nouveau.

Il a dit qu'il ne pouvait être écrivain que dans sa langue maternelle. Il est mort en exil, aux Etats-Unis, en 1989.

Une bonne partie de ses oeuvres sont accessibles en français, aux éditions Albin Michel, ainsi qu'en livres de poche. L'adaptation, créée par Claude Rich, de son roman: "Les Braises" a été un énorme succès théâtral.

Vendredi prochain, c'est à travers ce roman que je le présenterai, ainsi qu'en évoquant le choix difficile de l'exil par le biais de son livre: "Mémoires de Hongrie"...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #littérature

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Publié le 15 Novembre 2013

Vocations précoces

Sur le blog d'une amie, une phrase m'a stoppée net. Elle a cité un conférencier qui dissertait sur l'enfance. Selon lui, il faut prêter une attention particulière aux jeux des enfants entre 9 et 11 ans, car leurs jeux spontanés, leur intérêt pour tel ou tel domaine nous donnent de précieuses indications sur leurs vocations futures.

Je vérifie mon "cas" par un rapide saut de quelques décennies en arrière… Je me vois prise d'une envie soudaine d'inventer des histoires. Je passe des heures sur mon cahier à noircir des pages avec des récits qui ne sont pas du tout des contes de fée! En même temps, j'écris deux pièces de théâtre que je mets en scène avec les copains du quartier, devant le public des familles réuni, forcément ébahi!

Il ne reste pas la moindre trace de ces textes. Il a fallu que j'attende cinquante ans pour que l'envie irrépressible d'écrire m'envahisse de nouveau.

Vers mes dix ans, ma prof de dessin me découvre des talents et cela me donne littéralement des ailes: je me mets à dessiner et à peindre avec frénésie, sans répit...

Jusqu'au moment où il a fallu choisir l'orientation définitive: mon amour pour les langues étrangères me dirige vers l'enseignement du russe et du français. L'écriture, la peinture sont des métiers de meurt-de-faim! On peut les exercer, à la rigueur, comme passe-temps agréables, à la portée de tous… La leçon parentale, le bon sens prudent ont fait leur chemin.

Après la cinquantaine, les premiers engouements refont surface… Une dernière chance?

Alors, faudra-t-il que je me sente enfin légitime?...

(illustration: portrait de mon grand-père, de l'époque de mes 10-11 ans. Je l'ai "déguisé" en gardien de troupeau de chevaux… va savoir pourquoi Mais la ressemblance est certaine)

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 13 Novembre 2013

Nouvelles fleuries

Le jardin commence à capituler sous les assauts sans cesse renouvelés de la pluie: averse drue ou crachin tenace, les roses baissent la tête et s'étiolent. Par bonheur, il reste les fleurs d'intérieur, sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, regardant vers le jardin et savourant leur chance d'être à l'abri.

Celle-ci est de mes préférées. Elle mesurait à peine 15 cm, avec son pot, lorsque Catherine me l'a offerte, il y a une bonne dizaine d'années. Tous les deux ou trois mois, elle est inondée de fleurs! Pourtant, j'avoue que j'oublie l'engrais, la plupart du temps… Tout au plus, je lui verse un peu de marc de café: elle semble l'apprécier. Peut-être bien que les regards pleins d'affection et de reconnaissance que je lui adresse le matin, en préparant mon café, y sont aussi pour quelque chose...

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 7 Novembre 2013

Migrations

J'ai beaucoup déménagé dans ma vie; parfois, d'un pays à l'autre, traversant non seulement le rideau de fer, mais aussi la Méditerranée. Jeune, j'ai vécu ces changements comme le commencement d'une nouvelle étape, la possibilité d'ouvrir une page blanche, de corriger les ratages.

Cela fait 22 ans que j'habite cette maison, dont sept désormais seule. On dit que les murs des maisons absorbent les ondes puissantes des joies et des drames qu'ils enferment. Un jour, un visiteur, habitué à la compagnie des fantômes, s'est arrêté net sur le seuil, prétendant que mon couloir était si "habité" qu'il était incapable d'y entrer… Bon, en ces cas, je retiens mon sourire pour ne pas froisser la conviction intime de certains. Après tout, chacun a le droit de croire ce qu'il veut, ce qu'il peut ou ne rien croire du tout...

Pour ma part, je pense que c'est plutôt notre mémoire qui est peuplée de fantômes et nous ne faisons que projeter le souvenir des bonheurs et des drames liés à un objet ou à un recoin de la maison qui ressusciteront, intact ou apaisé, l'émotion vécue...

S'en aller, c'est quitter ces supports matériels de la mémoire et rendre nos souvenirs de plus en plus évanescents.

La question d'un nouveau déménagement fait son apparition, me poussant vers une "station" inédite qui sera sans doute la dernière… Nouvelle étape qui me modifiera aussi, à coup sûr.

Sans mon jardin et mes rosiers...

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 2 Novembre 2013

Toussaint

Temps de Toussaint, pluie et vent...

La photo ci-contre a été prise à un début d'été, il y a quelques années. Depuis, les plants qui entourent la plaque ont grandi, ils nécessitent une petite taille de temps en temps que j'effectue aux ciseaux.

Longtemps, j'ai hésité à prendre cette photo, comme si j'avais dérobé une intimité. Avec mes petites-filles, nous y allons par beau temps, rendre visite à leur grand-père qu'elles n'ont pas eu le temps de connaître. Nous y laissons un petit caillou, selon la coutume empruntée aux Juifs.

Le marbre de 60 / 60 cm s'appelle "Galaxie". Sur fond d'un bleu-noir secret, scintillent des éclats minuscules. Je me souviens de ma joie quand le marbrier l'a enfin découvert derrière un grand nombre d'échantillons: Gilbert, essayiste et critique de science-fiction, pourra ainsi continuer ses voyages inter-galactiques! Ma première pensée était: il sera content quand je lui raconterai cela en rentrant! J'avançais alors à tâtons sur le no man's land entre l'impossible et la réalité...

Longtemps, Gilbert souhaitait que ses cendres soient dispersées du haut de la cathédrale de Laon. Vers la fin, il s'est choisi une place au cimetière de notre ville. Lorsque, surprise, je lui ai demandé la raison de ce changement, il m'a répondu: "Je veux que l'on puisse me retrouver."

Sur la plaque, j'ai fait graver sa phrase: "Si la réalité existait, il faudrait s'empresser de la faire disparaître."

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #souvenirs

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