Publié le 31 Mai 2009

En 1903, Ady fait la connaissance de Léda (anagramme d'Adél). Adèle Brüll est de cinq ans son aînée, elle s'ennuie dans un mariage terne. Rapidement, elle devient le symbole de la Femme pour le jeune poète provincial, la Femme fatale, la femme aux accents de Paris qui lui apprendra tout. Leur liaison souvent orageuse dure huit ans.

SUR LE SOMMET D'UNE ROCHE SAUVAGE

Sur le sommet d'une roche sauvage,
Nous voilà seuls, raidis et chancelants,
Nos corps serrés et serrés nos visages.
Nul pleur, nul cri, nul mot même hésitant,
Un souffle, un seul : la chute nous attend.

Des liens de chair et de sang nous protègent
Tant qu'ils sont là, noués solidement :
La peur bleuit nos lèvres à présent.
Embrasse-moi et le silence émerge,
Dis un seul mot : la chute nous attend.


                                   Adaptation de Chris-France Revol



VAD   SZIRTTETÖN   ALLUNK

Vad szirttetön mi ketten
Allunk árván, meredten,
Allunk összetapadtan,
Nincs jajunk, könnyünk, szavunk :
Egy ingás és zuhanunk.

Véres hùs-kapcsok óvnak,
Amig összefonódnak :
Kékes, reszketö ajkunk.
Mig csókolsz, nincsen szavunk,
Ha megszólalsz : zuhanunk.


                                                     1906 

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Rédigé par Flora

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Publié le 29 Mai 2009

   Il repose à Craonne, fidèle à la chanson qui sonne la révolte :
       
                                                    C'est à Craonne, sur le plateau,

                                                    Qu'on doit laisser sa peau.

 
   Rétif à Dieu, il habitait un ancien presbytère. Hostile à l'uniforme, aux boucheries qu'il symbolise, il résidait en un lieu où le militarisme connut des heures de gloire, lors de cette guerre que l'on dit Grande, parce que les cadavres s'y comptèrent par millions. Des paradoxes faciles à expliquer : la vigilance était dans sa nature. Il exerçait sa veille dans les lieux exposés.
    Comme décor de sa vie, Yves Gibeau avait choisi la forêt des cimetières, français et allemands, qui cernent le Vieux-Craonne et Cerny-en-Laonnois, villages rasés où suintent les cicatrices de trous d'obus et de tranchées, où rôdent les fantômes des gueules cassées, des mutilés, des humiliés, des multiples cadavres venus du fond de la Bretagne ou d'Afrique, de Cochinchine ou du Berry, de Prusse ou de Poméranie, cette terre si fertile qui fut gorgée de sang.
    Un territoire rebelle, car il vivait debout.
   En 1917, sur le Chemin des Dames, le général Nivelle impose une offensive absurde qui s'achève en massacre. Des fantassins, ceux que l'on persiste à appeler "poilus", se rebellent. C'est à Craonne, sur le plateau, qu'éclate la mutinerie, comme dans la chanson, écrite deux ans plus tôt.
         
                                                    Mais c'est bien fini, on en a assez,

                                                    Personne ne veut plus marcher.
  
   Marcher au pas, Yves Gibeau n'y est jamais parvenu. Il semblait pourtant destiné à une vie d'obéissance. Très tôt, son père l'avait enrégimenté, faisant de lui un enfant de troupe : Allons z'enfants. La Seconde Guerre mondiale le vit sous l'uniforme puis prisonnier en Allemagne, comme beaucoup d'autres. Fort de son expérience des mouvements du troupeau, il choisit le contraire : la dignité solitaire. La révolte de l'écrivain. Sur le monde, il posait un regard lucide. Les titres de ses romans disent l'essentiel sur la bassesse des hommes que, pourtant, il ne parvenait pas à mépriser : Les gros sous, Mourir idiot. Il préférait La ligne droite.

    Yves Gibeau. Un écrivain, un homme debout. Un insoumis lucide, qui connaissait très bien La Chanson de Craonne :
           
                                                    Car nous sommes tous condamnés
                                                    C'est nous les sacrifiés.

"Picardie, autoportraits"  recueil collectif, éditions de la Wède et Centre International Jules Verne, 2005

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Publié le 28 Mai 2009

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Publié le 27 Mai 2009

   Nous nous adaptons rapidement à la vie en étroite communauté, pour ne pas dire promiscuité. La cité U que je viens de quitter en Hongrie était flambant neuve mais nous étions deux fois quatre pour un ensemble de deux chambres séparées d'un long espace bureau-étude.
   Ici, tout est vieillot et les habitudes sont différentes. Un long couloir dessert les chambres où sont logés étudiants africains, tchèques, polonais, hongrois, panachés de Russes. Les Ouzbeks se regroupent entre eux après le virage. Les fumets de mouton excessivement gras de leur festin de fin de semaine nous soulèvent le coeur. La dizaine de chambres de notre virage a une seule cuisine en commun, avec une cuisinière qu'il faut guetter et prendre d'assaut si on veut préparer un petit dîner. Et surtout, ne pas quitter des yeux la moindre papinette (cuillère en bois) si on veut la retrouver... Une fois par mois, chaque chambre, à tour de rôle, doit accomplir la corvée du ménage qui consiste à évacuer les déchets de cuisine sobrement accumulés dans un coin et à laver le sol du local et tout le couloir ! Notre logement d'étudiants en Hongrie nous semble un hôtel de luxe à côté, sans parler des récits de nos camarades ayant fait un séjour linguistique en France et qui nous décrivaient leur chambre où ils étaient logés seuls !  Luxe inimaginable ! Ceci dit, la chaleur du troupeau a quelque chose de rassurant et on apprend à ajuster ses exigences à celles des autres !

   Le plus dur est de nous accommoder aux toilettes communes où les cabinets sont bien séparés mais dépourvus de portes ! Ainsi, un rapide coup d'oeil vous permet de trouver la place libre... Pas d'abattant, l'usage veut que l'on se perche au-dessus de la cuvette. Après quelques semaines de "pas le choix" qui est un puissant élément d'acclimatation, nous acquérons l'habileté d'équilibristes de nos voisines russes qui ont l'habitude de lire leur journal dans cette délicate position, pendant ce temps perdu ! Le phénomène ne concerne pas exclusivement notre antique Arche de Noé, il se vérifie, avec des variantes selon la couleur locale des républiques visitées, dans tous nos voyages à travers l'Union Soviétique !
la suite suivra... 

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Publié le 25 Mai 2009

Eygalières, 10 mai 1967

(extraits d'une longue lettre dans laquelle J. Pilinszky se pose la question de l'émigration)

[...] Je n'ai jamais cherché à jouer un rôle quelconque. Mais comme cela m'est tombé dessus, il faut bien que je l'endosse. Seulement, je crains de ne pas pouvoir l'assumer chez moi, et l'émigration constituerait la seule suite et fin que j'ai encore à ma disposition.
   Si je m'expatrie, le fait de disparaître dans l'indifférence et l'anonymat ne m'est point menaçant. Pour longtemps, je me considèrerais plutôt en liberté.
   Personne ne peut être poète en dehors de son pays. [...] Comme Vous le dites : je ne suis que poète, homme   -  et non pas un saint. Dans ma situation, chez moi, je suis arrivé au bout de mes forces. Comme celui qui porte un poids trop lourd, et tout d'un coup, il ne sent plus ni le poids ni ses bras. Soudain, il prend peur, comprenant qu'il va tout lâcher. [...]
   Si je rentre, je ne vois rien d'autre devant moi que la fidélité de la chute libre et la miséricorde de Dieu.
    L'émigration a ses avantages et ses inconvénients. Ma mélancolie restera intacte. Un sentiment de dérobade me tourmentera aussi, sans aucun doute. C'est avec une angoisse incessante que je suivrai ma famille de loin. S'ils essuient des brimades, pourrai-je leur venir en aide, en faisant intervenir la radio Europe Libre ? S'ils sont malades, pourrai-je les soutenir matériellement ?  [...]
   Bien sûr, la liberté à l'occidentale ne serait pas dépourvue de dangers et de souffrances non plus. Comme quelqu'un qui a trop longtemps désiré une chose et lorsqu'il peut enfin tendre la main pour l'atteindre, il s'aperçoit que sa main est inerte. Tout ce que je vois à l'occident, je perçois comme un luxe douloureux, y compris même les monastères. En même temps, ce luxe me remplit d'effroi  -  du vertige paralysant de la liberté. Est-il possible que je ne puisse plus circuler que dans des couloirs de prison ?
[...] Et la boucle est bouclée. Que je rentre ou non, je dois agir à l'aveuglette  -  en remettant ma vie et ma décision à la miséricorde de Dieu. Et pourtant, en ce moment même, je me sens abandonné de Dieu qui ne dit rien. Serait-ce le début de ma chute ? Ou bien au contraire : le début d'un aboutissement ? [...]
 
traduction R.T.  "Recueil des lettres de J. Pilinszky" éd. Osiris Budapest 1997 (Pilinszky János összegyüjtött levelei, Osiris Kiadó Budapest 1997) 
     

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Publié le 23 Mai 2009

   Le village occupe le plateau, terre de blé, de betteraves. Le lac repose à ses pieds, dans la verdure. Plage, bateaux, un plan d'eau comme il en existe tant. Ce lac, pourtant, joue à mes yeux le rôle de la madeleine de Proust. Enfant, j'y étais conduit par mes parents. Nous y faisions du pédalo, nous marchions sur les berges. N'aimant pas l'eau, je ne me baignais pas. C'est sans doute pour cette raison qu'adulte, je n'y suis jamais retourné. Monampteuil était sorti de mon esprit.
    Je n'étais pas le seul  à perdre la mémoire. Le parc nautique de l'Ailette avait pris le dessus, détourné le public. Perte de renommée. C'est le hasard qui m'a rendu Monampteuil. Une carte de l'Aisne tombe sous mes yeux. J'y retrouve les itinéraires des randonnées cyclistes de l'adolescence. Des noms renaissent, communes que mon vélo traversait, où je n'ai sans doute jamais posé le pied : Pargny-Filain, Chevregny, Urcel, Chavignon, Monampteuil... Je me souviens qu'en 1956, alors que j'étais allé souhaiter la bonne année à mon arrière-grand-père, nous fûmes bloqués sur le plateau par un verglas soudain, incapables de regagner Laon. Deux jours de vacances imprévues à la ferme. Je me souviens qu'un avion, un jour, s'écrasa dans le lac, que son pilote périt. Je me souviens...
   La nostalgie n'est pas mon fort. J'aime me moquer de tous ces gens qui décorent le passé de grâces surnaturelles, parce qu'ils ont vieilli, que leur enfance figure un paradis perdu. Dans les gravières proches de Monampteuil, on trouve des coquillages, fossiles d'un temps où la Picardie gisait au fond de la mer. Faut-il, en regardant le lac, rêver du temps béni où ses eaux composaient l'océan ? Passé pour passé, je préfère celui qu'on recueille avec précaution, dans les archives, dans les bibliothèques. Sous la terre également. Mon instituteur du cours élémentaire première année était archéologue, spécialiste d'un passé lointain, paléolithique, néolithique. Il amenait en classe des pierres taillées, polies, qu'il avait recueillies, nous expliquait leur fabrication, leur maniement, la vie des hommes préhistoriques. J'ai retiré de ces leçons un amour de l'histoire qui tente d'approfondir les mystères de nos origines, de comprendre d'où vient l'homme, quelles vicissitudes il a traversées. J'en ai gardé de même un goût pour le progrès. Jamais je n'éprouverai l'envie de retourner dans les cavernes, de chasser le gibier avec des pointes de silex. Au feu de bois, je préfère les douceurs du chauffage central, un bon livre à la main.

"Picardie, autoportraits"  recueil collectif   

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Publié le 19 Mai 2009

  "Deuil donc, avec un point d'interrogation à la fin. Je me demande ce que veut dire ce mot. Je me demande s'il existe vraiment, déjà. Est-ce possible, rationnellement possible, de laisser une tristesse, un vide, un manque derrière soi ? Sans se retourner en plus ? A partir de quand (de quoi?) est-ce qu'on tourne une page ? Et comment on fait si on n'a pas envie de la tourner ?" 

  Chère Leyla, je ne vous connais que virtuellement et vous avez approximativement la moitié de mon âge... Je lis vos lignes ce matin et j'ai l'impression soudain que vos questions sont les mêmes que celles que je m'étais posées il y a peu de temps. Ai-je la certitude de pouvoir y répondre, déjà ? Je n'en sais rien moi-même; en tout cas, je tiens au moins un bout de début de réponse...

   Le deuil... la grande question qui cesse d'être abstraite soudain, dès que nous y sommes confrontés. Les livres savants (je les ai évités), bourrés de bons conseils de psys vous en expliquent les étapes et vous aident à faire le travail. Je déteste l'expression travail de deuil qui s'apparente dans ma tête au bagne. Je dirais plutôt apprivoiser la douleur du manque, du vide. 
   Il y a toutes sortes de deuils comme toutes sortes de pertes. Les étapes se ressemblent, la longueur et la profondeur peuvent différer.
   J'en ai connu plusieurs et de nature différente. Le dernier en date a débuté il y a trois ans, à la mort de Gilbert. De la sidération où la mort, soudain, devient réalité à jamais énigmatique, sous vos yeux, pour se métamorphoser en un VIDE total et incommensurable, niché dans tous les compartiments de votre vie, un silence à n'en plus finir qui prend la place de la tragique effervescence des premiers jours, pour vous habituer petit à petit à vous regarder dans les yeux et à partir même à la découverte de cette personne  -  vous-même  -  que vous n'avez jamais eu le temps de connaître... Je me suis dit que de ce tête-à-tête forcé, une bonne surprise pourrait peut-être sortir.
   J'ai pris la ferme décision de ne rien fuir. Difficile de remettre les pieds au théâtre où les pas de Gilbert étaient si imprégnés ? Raison de plus pour prendre un abonnement. Difficile de relire ses articles en cours et restés inachevés ? C'est à moi de les terminer : nous avons tellement travaillé ensemble. Le plus dur était d'apprivoiser la maison, chargée de tant d'histoires, heureuses et douloureuses. De notre maison, elle devait devenir ma maison. Pendant quelques semaines, je n'ai pas pu la quitter. Des semaines très importantes dans ce face-à-face initiatique. Apprivoiser. Jusqu'au jour où elle a cessé  d'être hostile et de renvoyer l'image du vide. Alors, je pouvais la quitter et y revenir. Ce n'est que plus tard que le "miracle" que vous évoquez ou implorez, s'est expliqué consciemment : Gilbert, je l'ai intégré en moi et, de par ce "miracle", il a cessé de désigner les vides et les manques, il est partout où je suis, toujours avec moi, pas besoin de l'évoquer exprès, ni d'aller sur sa tombe en quête de souvenirs. Il ne m'empêche pas d'avancer, bien au contraire, il me transmet sa formidable énergie. 
   Chère Leyla, je ne sais pas si je vous ai donné une piste. En tout cas, votre questionnement m'a donné l'occasion de formuler quelques mises au point pour moi-même et je vous en remercie...   

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Rédigé par Flora

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Publié le 17 Mai 2009

Rédigé par Flora

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Publié le 15 Mai 2009

   Je tiens un journal, quasiment au jour le jour, avec le charme des impressions sur le vif, dans un style télégraphique, en hongrois assaisonné de phrases en russe  -  couleur locale  -  comme si j'éprouvais déjà la nécessité de fixer le temps. Un cahier pour les dix mois à Moscou (nous l'écrivons même en grande partie à deux voix avec Marie) et un autre pour les six mois de Leningrad. Je les ai maintenant avec moi. Souvent, je les enfouis dans mon "capharnaüm" du deuxième étage, éloignant le danger de m'y plonger avec délice et le remords de perdre mon temps dans ces vagues nostalgiques somme toute stériles. Il suffit que je les ouvre pour retrouver, intacte, la jeune étudiante de 22-23 ans que j'étais alors, les sentiments qui m'agitaient et qui n'ont pas pris une ride avec la fraîcheur de leur impitoyable et candide sincérité.
    Malgré ce document précis, ce n'est pas la peine de me lancer dans une tentative de restitution chronologique. Je préfère les flashs qui éclairent capricieusement telle ou telle image figée par la mémoire. Des impressions qui remontent à la surface.
   Nous sommes une quinzaine d'étudiants hongrois, majoritairement des filles pour deux garçons (ils sont toujours peu nombreux en fac de lettres). L'habit de frères anges gardiens est tros gros pour eux, personne n'a envie qu'ils l'endossent. Le vieux bâtiment où nous sommes logés est à deux pas du métro. A l'entrée, un cerbère veille à ce que tous les passages soient filtrés. Nous devons présenter nos cartes d'étudiants avec photo, même au bout d'un an, alors qu'il nous voit passer plusieurs fois par jour. Même les mains glacées sur les provisions par moins 30° dehors : le règlement est sacré ! Les visiteurs éventuels doivent déposer leurs cartes ou papiers d'identité et le N° de la chambre où ils se rendent afin qu'il puisse les rappeler à l'ordre d'évacuer les lieux avant minuit dernier délai.
   La décoration de la chambre nous semble tellement rustique que nous l'agrémentons immédiatement des rideaux et d'un tapis pour la rendre plus douillette. Une fois par semaine, deux fils se tendent à travers l'espace pour sécher notre petite lessive, à tour de rôles, et les visiteurs de notre Natacha, grande allumeuse devant l'éternel, doivent jongler pour traverser ce labyrinthe. Au-dessus de mon lit en fer, des posters de Jimmy Hendricks et des reproductions des icônes de Roubliov, en bonne entente, ne dérangent qu'une prof de la fac, venue nous rendre visite. Je refuse de les décoller.
 

la suite suivra... 

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Rédigé par Flora

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Publié le 12 Mai 2009



CONTRE TON SEIN.
..

Contre ton sein oublie un jour de me serrer,
          Moi qui suis à toi tellement !...
Aussitôt les voleurs me viendront enlever
          Et toi qui rêvais, l'air content,
Tu t'effondreras en pleurs sur ce canapé.
Songeant au fol orphelin si loin échappé.

Si à chaque instant tu ne me câlines pas,
          Criant : être à toi quel bonheur !...
A ton ombre voûtée un jour tu confieras :                        HA NEM SZORITSZ...
          Me voilà seule avec ma peur.
Alors pour ton amour nul fil ne fileras :                    Ha nem szoritsz ùgy kebeledre,
Un faux-fil aura fait pour toujours ton malheur.       mint egyetlen tulajdonod,
                                                                             engem, mig álmodol nevetve,
Si tu ne m'étreins pas, si tu ne me dévores,             szétkapkodnak a tolvajok
          Me battront les arbres, les eaux,                   s majd sirva dölsz a kerevetre :
Les montagnes. C'est en enfant que je t'adore,        mily árva s mily bolond vagyok !
          Comme lui je suis ton bourreau,
Et ce palais où tu te baignes dans l'aurore                Ha minden percben nem kecsegtetsz,
Je viendrai l'obscurcir, ce sera mon tombeau...        hogy boldog vagy, mert nekem élsz,
                                                                             görnyedö árnyadnak fecseghetsz,         
 texte français : Lucien Feuillade                            ha gyötör a magány s a félsz.
                                                                             Nem lesz cérna a szerelmedhez,
                                                                             ha ùgy kifoszlik, mint a férc.
                            
                                                                             Ha nem ölelsz, falsz, engem vernek
                                                                             a fák, a hegyek, a habok.
                                                                             En ùgy szeretlek, mint a gyermek
                                                                             s épp olyan kegyetlen vagyok :
                                                                             hol fényben fürdesz, azt a termet
                                                                             elsötétitem  -  meghalok.
                                                                                                                               1937







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