Publié le 27 Octobre 2012

   Delbe-Photo-266x300Hier soir, comme le dernier vendredi de chaque mois, s'est tenue chez moi la soirée littéraire désormais habituelle de notre association de lecteurs et d'écrivants intrépides. Il en fallait, d'une petite dose de témérité, pour braver la chute brutale des températures, rendues encore plus vivifiantes par le vent du nord... Nous étions près de vingt-cinq à écouter Alain Delbe, venu de Lille avec sa femme, pour présenter son dernier roman paru en septembre: "Sigiriya  Le Rocher du Lion". 

   J'ai déjà eu l'occasion de parler d'Alain Delbe sur ce blog, il y a un peu plus d'un an, quand, au retour d'un bref séjour à Venise, j'ai éprouvé l'envie de relire son premier roman: "Les Îles jumelles" (éd. Phébus, 1994). J'avais l'impression qu'il répondait bien à mes sensations de fraîchement initiée. Comme un miroir?... (lien vers Venise l'inspiratrice ).

   Je me suis chargée de la présentation du livre et de son auteur, en le soumettant à une série de questions qui lui permettaient de révéler la gestation du roman et aussi, de dévoiler son attirance vers les civilistions orientales, l'affrontement entre bouddhisme et hindouisme. Le tout avec le regard de l'écrivain occidental qui sait s'incarner dans ces personnages avec authenticité: tour à tour dans la peau de Dhola, le conteur indien et de Kassapa Ier, le roi de Lanka (Ceylan) au V. s. de notre ère, personnage sensible et nuancé face au pouvoir qu'il veut utiliser au profit de la création, de la beauté.

   Quelques extraits lus par le public même, ont donné une idée du style du roman, une langue riche mais sans fioritures qui nous transporte dans les temps et contrées lointains, sans être artificiellement archaïque, subterfuge que l'on rencontre parfois dans des romans "historiques" et qui sonne souvent faux... couv Sigiriya 0001 NEW (...) "Loin de m'abattre, ce rejet accrut ma volonté de bâtir ma propre ville. Je voulais que sa splendeur effaçât le nom d'Anu, et qu'on oubliât celle-ci comme je voulais oublier mon passé.

   Je m'absorbais dans des rêveries où déjà s'élevaient remparts, flèches et dômes. Des jardins somptueux déroulaient autour de bassins leurs allées emplies de senteurs. Mon père regrettait de m'avoir donné la vie? Eh bien, le sol de Lanka porterait témoignage de mon existence! Ma ville serait un poème de pierre. Si j'avais commis une faute, qu'au moins elle ne fût pas inutile! Que de ce crime jaillît une merveille, pareille au lotus naissant de la vase! Si j'échouais, c'était que je n'avais aucune place en ce monde." (...)

 

Alain Delbe: Sigiriya Le Rocher du Lion, Argemnios éditions 2012   351 pages, 20 €  

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Les mots des autres

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Publié le 25 Octobre 2012

 

Quelqu'un marche sur la cime des arbres

 

Quelqu'un marche sur la cime des arbres

qui allume ton étoile et l'éteint

seul n'a pas peur celui que l'espoir

a totalement abandonné

 

moi j'ai peur j'espère encore

cette miséricorde me garde

la peur ma providence

jusqu'ici m'a fait escorte

 

quelqu'un marche sur la cime des arbres

au moment de ma chute

embrasera-t-il encore à mon

feu une étoile nouvelle


ou me réduira-t-il en un seul

et unique grain sombre

sans faire luire mon âme

sur une étoile naissante

 

quelqu'un marche sur la cime des arbres

on le dit maître de tout grain de poussière

on dit qu'il est l'espoir même

on dit qu'il est la peur même

traduction: Claire Anne Magnès

 

Valaki jár a fák hegyénDownloadedFile

 

valaki jár a fák hegyén
ki gyújtja s oltja csillagod
csak az nem fél kit a remény
már végképp magára hagyott


én félek még reménykedem
ez a szorongó oltalom
a gondviselő félelem
kísért eddig utamon


valaki jár a fák hegyén
vajon amikor zuhanok
meggyújt-e akkor még az én
tüzemnél egy új csillagot


vagy engem is egyetlenegy
sötétlő maggá összenyom
s nem villantja föl lelkemet
egy megszülető csillagon


valaki jár a fák hegyén
mondják úr minden porszemen
mondják hogy maga a remény
mondják maga a félelem


Hargitafürdő, 1994. október 30-31.


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Rédigé par Flora bis

Publié dans #traductions

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Publié le 18 Octobre 2012

Etel néni    Emmi néni... Ma première professeur de dessin, déterminante, de mes 10 à 14 ans... Depuis des années, elle se décompose tout doucement au cimetière où je lui rends visite, en même temps qu'à mon père et à mon frère.

   Emmi néni était ce qu'on appelle une vieille fille... Elle vivait avec ses parents qui, probablement, ne connaissaient pas leur chance d'avoir une fille étiolée d'un amour malheureux, pouvant ainsi se consacrer entièrement à leurs vieux jours... Et à son métier! Professeur enthousiaste, n'économisant ni son temps ni sa peine pour découvrir les talents en herbe parmi lesquels j'étais son plus grand espoir... Déçu avec le temps, bien sûr, car la vie en a décidé autrement. 

   Elle était très croyante, pratiquante aussi, prudemment, selon les circonstances d'une époque communiste qui voulait des pédagogues exemplaires, dans la ligne officielle... Elle a tout de même tenté d'infiltrer en nous quelques gouttes de sa foi fervente, censée nous sauver de l'enfer. Je me souviens qu'elle m'a présentée à ses amis,  -  deux vieilles demoiselles dans la ville voisine, peintres de thèmes religieux,  -  comme son élève la plus talentueuse. Dans la maison encombrée de vieux meubles et de tableaux, de sculptures aux Jésus suppliciés, elles nous ont offert le goûter sur un napperon amidonné. Tandis que je me battais avec ma tasse de chocolat au lait dont la peau m'a toujours plongée dans un dégoût profond, je captais vaguement leurs marmonnements mystérieux autour des sujets clandestins...

   Un après-midi par semaine, Emmi néni réunissait quelques élèves pour un atelier où elle faisait venir des petites vieilles qui posaient pour nous, immobiles, habillées en noir, foulard immanquable sur la tête. Un modèle qui ne bronche pas: idéal pour apprendre le portrait, la figure en général! Je suis tombée en un amour passionné, définitif de la figure humaine! Emmi néni me faisait cadeau de ses tubes de gouache désséchés et je passais des heures à genoux, par terre, à admirer les couleurs féériques, à essayer de les diluer avec un peu d'eau... Je me souviens de ces verts claironnants, de ces bleus d'une profondeur d'océan... du moins, comme j'imaginais l'océan.

   Elle m'a présentée à un peintre qui avait sa petite renommée et qui dirigeait un atelier pour adultes, le soir, dans la ville voisine. Pour ma plus grande joie, nous poursuivions le thème de la figure. Je travaillais vite. Souvent, j'ai fait trois portraits entièrement finis, pendant que les autres peinaient encore sur le premier. L'usage de la gomme était proscrit. Cette contrainte m'a grandement initiée à la concentration accrue, à la virtuosité du regard et à son accord avec la main, ce fil mystérieux qui doit les relier pour arriver à une précision sans faille. J'étais la plus jeune, j'avais 14 ans. Les compliments du maître me plongeaient dans un délicieux embarras: j'en étais avide et, en même temps, j'avais du mal à les encaisser. Cela n'a pas changé les cinquante années écoulées depuis... 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoires

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Publié le 11 Octobre 2012

Capture.jpg Les anniversaires doivent-ils obligatoirement servir de prétextes pour dresser le bilan de l'année écoulée et par là-même, celui de tout le chemin parcouru?... Plus le temps avance, moins je goûte les bilans et, bizarrement, ils s'avèrent d'autant moins évitables. Comme s'ils étaient de petits cailloux semés sur notre parcours, repères indispensables qui nous rassurent: nous n'avons pas rêvé notre vie...

   J'aimerais retrouver mon optimisme congénital, mon insouciance qui me projetait toujours en avant, comme si l'infini m'avait appartenu de tout temps, rien de moins! Reconquérir cette faculté de chasser les idées noires qui encombrent, alourdissent l'existence! J'avais un remède infaillible, introuvable chez les apothicaires ou les guérisseurs de tout poil: me plonger dans des projets comme dans un bain de champagne, revigorant, requinquant (du moins, je l'imagine ainsi, n'ayant jamais pris de bain de champagne!...), dans des rencontres stimulantes qui donnent l'illusion de participer à la vie. Elle est trop courte et précieuse pour la gaspiller à la paralysie née des idées noires!

   Ces derniers temps, le bain de champagne devient plus rare... J'ai l'impression de me trouver à la croisée des chemins ou, pour être plus à la mode, à un rond-point qui m'indique plusieurs sorties: laquelle choisir? Que me réservent ces routes, possibles et inconnues, où mènent-elles?

   Je viens de recopier sur mon ordinateur les premiers cahiers, les premières notes plus ou moins longues, griffonnées ici ou là, depuis le début de 2007, six mois après la mort de Gilbert. Cet événement demeure fondamental dans mon parcours, avec quelques autres: passages d'une étape vers une nouvelle phase de l'existence. Grâce à ces notes, je peux suivre (presque) au jour le jour la lente métamorphose  -  et le rôle grandissant de l'écriture. Apparemment, dès le début je l'ai pressenti ainsi: "Mettre en mots pour y voir plus clair".

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 7 Octobre 2012

Colette vieille Sidonie Gabrielle! On ne l'appelle pourtant que par le seul prénom Colette qui est en vérité, son nom de famille, celui de son père, le capitaine Colette. Depuis son enfance à l'apprentissage des saveurs de sa Bourgogne natale, elle se laisse guider par les sens, les appétits des expériences gourmandes offertes par la vie et qui affleurent dans son écriture.

Et comme j'ai déjà eu l'occasion de le remarquer, on ne choisit jamais les citations au hasard...

 

 

*  Si vous n'êtes pas capable d'un peu de sorcellerie, ce n'est pas la peine de vous mêler de cuisine.

 

*  Une femme se réclame d'autant de pays natals qu'elle a eu d'amours heureux.

 

*  Le visage humain fut toujours mon grand paysage.

 

*  Un moment présent, même terrible, n'est pas toujours vainqueur du passé délicieux.

 

*  Je vis sur le fonds de frivolité qui vient au secours des existences longues.

 

*  Suis le chemin et ne t'y couche que pour mourir.

 

*  Une femme qui reste une femme, c'est un être complet. 

 

portrait de Colette vieille par R. T. (flora)

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 3 Octobre 2012

DSCF1021 L'été  -  si toutefois il mérite ce nom  -  est passé sous le signe de la famille: des jours heureux en compagnie de mes petites-filles et de Mamie (c'est l'autre grand-mère qui a eu cette appellation distinguée; quant à moi, elles m'appellent par mon prénom, tout comme leurs parents  -  il serait intéressant d'étudier les effets psychanalytiques de ce phénomène sur toutes les parties... J'ai quelques idées...). Un temps important a été consacré aux visites de mon neveu et de ma nièce, les deux enfants de mon frère défunt. L'un est arrivé en famille pour dix jours en juillet, l'autre vient de repartir avec son compagnon au bout d'une petite semaine (sur la photo du haut de la Tour Eiffel, avec la lune). Nous sommes restés très proches malgré la distance, et j'ai du mal à réaliser que ma nièce ait passé la quarantaine et que son frère s'en approche... Pour moi, ils restent les deux petites têtes blondes qui s'installaient chez mes parents durant les semaines de nos vacances pour ne rien perdre du temps que nous pouvions passer ensemble. Notre fils a appris le hongrois avec eux, tout comme les rudiments du français leur sont devenus familiers. Ils ont visité la France de nombreuses fois. Désormais, c'est le tour de leurs enfants. Ainsi mesurons-nous le temps impitoyable...

   J'ai (nous avons!) tant parlé pendant cette semaine que le silence dans lequel leur départ me plonge semble une chape de plomb. En même temps, il répare ma fatigue considérable. Cette semaine a été une parenthèse dans les activités de la rentrée déjà bien chargée. Des activités de toute sorte, les unes plus excitantes que les autres, reportées à plus tard. Elles m'attendent maintenant en embuscade: le stress du procrastinateur commence à monter!... 

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Rédigé par Flora bis

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