Publié le 30 Août 2008

[...]Tous les parents, comme moi-même, qui comptent sur les enfants pour qu'ils reprennent là où eux ont décroché, seront déçus de la façon la plus éclatante.
   Pour cette raison, encore jeune père, j'ai opté pour un accord intermédiaire avec moi-même. Je me suis dit :
l'enfant règle son solde chaque jour. Le parent tient la comptabilité de son enfant : d'un côté, il note les dépenses, les frais alloués ; de l'autre, il impute ses attentes en retour. Mon conseil - et je m'y tiens autant que c'est humainement possible : le parent doit clôturer les comptes tous les jours, en notant pour solde : il a un enfant. Cette joie doit l'indemniser pour tout.
   Pour mon père, la famille était source de telle jubilation qu'on n'aurait pu obtenir ni avec du travail, ni au prix de sacrifices, ni même avec de l'argent. Et je peux affirmer la même chose me concernant. Rien, ni personne ne peut me procurer ce sentiment d'apaisement qui m'enveloppe dans la chaleur familiale. Il est vrai que cette chaleur ne dure pas, qu'il faut songer aux frimas de l'hiver.
   L'enfant ne doit pas compter éternellement sur ses parents non plus : l'hirondelle n'entretient ses petits que jusqu'au moment où ils déploient leurs ailes. Après, elle cesse de leur apporter à manger. Mon père m'a dit une fois, sans doute pendant une longue marche :
    - Vous avez le sang pur, vous devez vous en contenter. Vous n'avez pas à avoir honte de votre père, je n'ai jamais été en prison. Je vous ai élevés sans jamais vous abandonner, ne me donnez rien, je crèverai, donnez à vos enfants ce que vous me devez.
    Je ne connais pas plus grande sagesse. [..
.]

traduction
 : R. T.

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Publié le 29 Août 2008

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Publié le 28 Août 2008

[...]  Il se pourrait que le mouvement se bloque au quart de son parcours, à l'endroit plus fragile déchiré d'une fenêtre carrée où s'introduit, grotesque, un trente et un. Il se pourrait qu'il accélère, pris d'une soudaine folie, caprice giratoire où trois aiguilles se lancent dans une course éperdue, devenant invisibles. Rien de tout cela ne se produit. La ligne saccadée continue de descendre, glisse devant le six inversé, un bâton, une pointe, avant de reprendre l'ascension, de redresser les nombres.

   Simon fait maintenant son âge, le crâne privé de sufisamment de cheveux, le visage balafré de sufisamment de rides pour qu'on néglige son regard perdu et sa rigidité. Lorsque les portes se sont ouvertes, Nathalie l'attendait, vieille dame en chignon et costume empesé. Sans un mot, elle l'a installé dans un nouveau domicile, aux murs un peu moins blancs, aux meubles plus nombreux. Elle lui a offert  le cadeau circulaire, cadran, chiffres romains, tic-tac métallique, le réveil de Karine ou son imitation parfaite.
   Il le place à la hauteur de l'estomac, le maintient de ses deux mains, se recroqueville autour de lui, toujours dans le même coin de la pièce, aussi loin de la fenêtre que de la porte, pour ne pas craindre la lumière crue, l'intrusion des porteuses de plateaux, de balais, de seringues, êtres au regard méfiant, aux gestes retenus, ombres muettes qui se ressemblent toutes, vêtues de blanc, les femmes de sa vie. Dès qu'il baisse les yeux, un mouvement l'entraîne, le décor se modifie, le carrelage fait place à un parquet luisant dont chaque reflet est familier. Dans la pièce aux rideaux inertes, bourdonne un moustique qui ne s'est pas encore posé sur le plafond.
   Deux fois par jour, le disque blanc retrouve son apparence idéale, celle qu'il avait dans la grande demeure, parmi les poupées colorées, deux fois seulement, instants à guetter avec patience, à distendre jusqu'à l'infini. Le quatre n'est qu'effleuré, le neuf rayé par la marque plus longue et la flèche s'arrête un peu avant le onze. Les images cachées se remettent à vivre. C'est l'heure où la poitrine s'assagit, où bras et jambes refusent de battre, où les veines saillent sur le front de Karine. C'est l'heure où le silence n'est rompu que par le battement du temps, où les parents, dans l'ouverture de la porte, le félicitent de son geste par un sourire et un dernier crachat sur la petite garce.

extrait et fin de la nouvelle "L'ancêtre" in Petites tombes en viager, éditions Quorum, 1998 
Ce texte ne cesse de me stupéfier, intact à chaque lecture. Il m'a inspiré une peinture, une des rares dont je ne suis pas mécontente...   

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Rédigé par Flora

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Publié le 27 Août 2008

  
  Plus loin je m'enfonce dans ce retour vers le passé, dans cette séance de spiritisme sans autre accessoire que mon clavier et ce magma en fusion que j'essaie d'explorer au risque de me brûler au passage, plus je ressens ce dont parle Zsigmond Móricz à la fin de son roman autobiographique. Il parle du feu le maintenant en fusion durant les trois mois d'écriture sans répit. Loin de me mesurer à son talent vertigineux, j'ai le sentiment que cette aventure archéologique se nourrit de l'explorateur même. Curieuse sensation que de s'abîmer dans les profondeurs de la mémoire  et de remonter à la surface des vestiges d'émotions éprouvées aux commencements, de les récupérer aussi intactes que possible, telles des amphores grecques prisonnières des fonds de mer qui les protègent. Dans quel état se retrouvera l'archéologue à la fin de la campagne?...
   Noël des débuts du chemin... Je dois avoir 4-5 ans, pas plus. Le sapin est décoré en grand secret par un jeune couple, mes parents. Ils attendent le moment que nous soyons endormis avec mon frère pour s'y atteler, dans la seule pièce chauffée de la maison où se trouvent nos lits d'enfant et le grand lit double des grands-parents. Les jeunes mariés n'ont qu'à se serrer l'un contre l'autre sous l'édredon monumental de la pièce voisine et à gratter le givre à l'intérieur de leur fenêtre pour entrevoir le jour se lever  avec eux.
   Ce jour-là, tout d'un coup, je me réveille en sursaut, par la lumière électrique peut-être, et, dans un demi-sommeil, j'aperçois mes parents en train d'accrocher sur un sapin des décorations confectionnées par eux-mêmes : des noix dorées et argentées, des images découpées, des guirlandes artisanales. Pour nous, les enfants, c'est un ange qui doit apporter le sapin le soir du 24 décembre. Je saurai bien plus tard, à la mort de Saint-Nicolas et du monde merveilleusement crédule de ma petite enfance que c'était une voisine, en longue chemise de nuit en satin rose qui se déguisait en ange et que nous regardions avancer, souffle coupé, avec notre petit sapin à la main... Et le soir où je surprends mes parents dans les préparatifs, je referme les yeux aussitôt pour préserver leur secret et pour prolonger l'enchantement pour moi-même... 
   
la suite suivra...  

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Rédigé par Flora

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Publié le 26 Août 2008

  Cela fait quelques semaines que je tourne autour de ce livre et autour du désir d'en parler avec vous. Je doute fort que quelqu'un ait entendu parler de cet immense écrivain, un monument dans son pays, même si un ou deux de ses romans ont été traduits en français. Il est parmi ceux qui sont les plus difficiles à faire vivre dans une autre langue que le hongrois : son style original a pleinement exploité les possibilités elliptiques infinies du hongrois où les sous-entendus, les suggérés, les ressentis sont aussi importants que les clairement exprimés. De plus, dans certains textes, il a largement puisé dans le dialecte de sa région, ce qui crée une atmosphère extrêmement suggestive, difficilement transmissible dans un français policé ou pire encore, régional quelconque. Finalement, j'ai choisi son roman autobiographique (se terminant à dix ans), le plus "neutre" du point de vue stylistique et surtout, parce que je m'étais lancée dans mes propres balbutiements sur le passé et la conclusion de ce livre m'a touchée en plein coeur. Je vous la livre :
 

... J'entends la voix de mon père et le coeur étouffe la voix.
     J'ai terminé le roman de ma vie.
     Cela fait trois mois que je n'avais plus un seul jour, une seule nuit de repos. Mon cerveau brûlait dans une unique fusion : sans doute jamais le feu ne me consumait à ce point.
     J'ai revécu toute ma vie.
     Et je ne souhaite plus m'occuper de moi.
     Jusqu'à l'âge de dix ans, plus de choses m'étaient arrivées que durant les cinquante ans qui ont suivi. Je pourrais les écrire jusqu'à la fin du monde, jusqu'à la fin de ma vie. A quoi bon. Je ne peux en dire plus à mon sujet.
     Le reste, je l'ai écrit dans les romans. J'aimerais encore quelques confessions en la forme close de la scène, dans les flammes d'un instant en commun avec mes frères humains.
     Et puis, m'allonger un peu dans la lumière douce de l'automne. Alors, je pourrais graver sur ma carte de visite en marbre:
                                                     J'AI VECU.

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Rédigé par Flora

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Publié le 25 Août 2008

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Publié le 23 Août 2008

[...] Paulette avait tellement confiance en lui depuis quarante-six ans... Comment se serait-elle douté ? S'il avait avoué son désir effréné d'aller au cinéma, elle ne l'aurait pas cru. Jamais il n'en avait manifesté l'envie et l'on ne change pas ses habitudes à deux doigts de la mort. Toujours, ils avaient partagé les mêmes activités, les promenades à bicyclette dans la campagne pour recueillir les plantes, les piétinements plus tardifs dans les trente mètres carrés  du jardin, horizon rétréci par l'âge, les rhumatismes.
   Entre eux, dès les premières semaines, les tâches avaient été réparties jusqu'au moindre détail : les deux baguettes de pain que Fernand rapportait dès l'ouverture  de la boulangerie, l'ordre dans lequel se nettoyaient les pièces de la maison, le bain hebdomadaire du vendredi, l'amour du mercredi, les cheveux coupés chaque deuxième lundi du mois. Tout avait basculé lors de la première opération de Paulette, celle de la vésicule biliaire. Abandonné à lui-même, Fernand découvrit les charmes du désordre, de la grasse matinée, des horaires incertains. A la sortie de l'hôpital, il se laissa entraîner par un titre sur une affiche
: Chronique d'une Mort annoncée. 
   Le lendemain puis tous les jours de la semaine, il retourna voir le même film, enchaîna les séances, deux, trois, l'après-midi, le soir. Son attention se concentrait sur la couleur d'une robe, le sillon d'une ride, les courbes d'un nuage, d'un rideau, les angles d'une cheminée. Il aurait été incapable de résumer l'histoire, ni même de situer les personnages, mais il pouvait surprendre le plus féru des cinéphiles en décrivant une paire de chaussures, un parapluie servant d'ombrelle, le crucifix pendu au cou de l'assassin, la forme des dentelles sur les balustres de l'église. Lorsqu'il rentrait chez lui, par une alchimie dont il n'était pas conscient, les peaux, les ombres, quelques sons, le coin d'un ciel trop bleu, tous les objets saisis par sa mémoire s'organisaient pour recréer un univers qui n'avait rien à voir avec Paulette.
   Malheureusement, les suites opératoires furent favorables, les biopsies ne révélèrent aucun cancer. La malade fut autorisée à réintégrer sa maison, encore fragile mais vigilante à tout ce qui troublait l'ordre établi. Il fallut ranger, brosser, épousseter, lessiver, retrouver la rigueur, la ponctualité. Après le déjeuner, la vaisselle rangée, l'herbier prenait place sur la table de la cuisine, ainsi que tout le matériel, les colles, les pinces, les encres, les ciseaux, les plaques de bois et les buvards entre lesquels séchaient les plantes. Fernand recopiait des noms latins, appliquait sur les pages des cadavres de fleurs. Inévitablement, elle lui reprochait d'endommager une pétale, de courber une tige. Il se souvenait que c'était l'heure de la première séance. [...]

Gilbert Millet : "De sinusite en vésicule biliaire" , extrait, in Ennemis très chers,  Manuscrit, 2001

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Publié le 22 Août 2008

   Une effervescence palpable précède cet événement majeur de l'hiver, avec Noël et Nouvel An : on prépare les ustensiles remisés le reste de l'année, on frotte le grand chaudron qui ne sert qu'à ce moment-là et qui attendait au grenier, recouvert de l'intérieur d'une fine couche de graisse pour empêcher la rouille. Les divers récipients destinés à recueillir les morceaux de viande préalablement frits dans le saindoux bouillonnant et que l'on versera dessus pour une conservation "sous vide"; la grande bassine en bois pour malaxer la chair à saucisse hâchée maison avec de l'ail, du paprika en poudre, du poivre, du sel, du cumin  -  tous ces subtils parfums qui lui donnent le goût inimitable et introuvable sur un autre point du globe...
   Le jour fatidique, le boucher, un géant pansu à mes yeux d'enfant, arrive à quatre heures du matin : la journée sera longue! Petit verre d'alcool de prune pour se réchauffer et se donner du coeur à l'ouvrage et il sort ses énormes couteaux  de professionnel qui me semblent étonnamment usés par les années d'exercice de son art. L'élu au sacrifice ne s'inquiète pas, on a l'impression qu'il est déjà résigné, voire fier de remplir ce rôle en échange des soins reçus... Que ressentaient les futurs sacrifiés au sommet des pyramides mayas pour amadouer les Dieux?...
   Les gestes sont habiles et rapides pour éviter les souffrances inutiles. On recueille le sang frais  dans une bassine pour en préparer un petit déjeuner succulent. Ah, je vous vois frissonner d'horreur devant ces "coutumes barbares" mais en allant au bout de la logique de cette sensiblerie à la mode, pourquoi n'hésiterait-on pas de croquer une carotte de peur d'entendre ses cris? La vie d'un végétal serait-elle moins respectable?...
   Bien sûr, on fait revenir le sang dans de l'oignon et de l'ail dorés, juste quelques minutes pour qu'il ne dessèche pas et cela constitue la première pause  déjeuner. La peau du cochon rosit sous la braise  d'une feu de paille (ou d'une brûleur à gaz plus tard, aux temps modernes), les poils et autres impuretés débarrassés, la peau frottée, lavée, brossée plusieurs fois, avant d'ouvrir les entrailles pour récupérer et détailler tout ce qui est consommable. Nous, les enfants sommes associés à la tâche, initiés comme pour les autres domaines de la vie quotidienne. L'épaisse couche de la neige immaculée entoure la scène sous le ciel sans étoiles de la nuit hivernale.

la suite suivra...

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Publié le 21 Août 2008

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Publié le 19 Août 2008

   Le fait de pouvoir dire tout cela dans ma langue maternelle, le hongrois est un plaisir particulier pour moi. Je suis né à Budapest, dans une famille juive, dont la branche maternelle est originaire de Kolozsvár en Transylvanie, la branche paternelle vient du sud-ouest de la région du Balaton. Mes grands-parents allumaient encore la bougie le vendredi soir du Shabbat, mais ils ont déjà modifié leur nom pour une consonnance hongroise et ils trouvaient naturel de considérer la judaïté comme leur religion et la Hongrie comme leur patrie. Mes grands-parents maternels ont trouvé la mort dans l'Holocaust, mes grands-parents paternels ont été anéantis par le pouvoir communiste de Rákosi lorsque l'hospice juif des vieillards a été déplacé de Budapest à la fontière nord du pays. J'ai le sentiment que cette brève histoire familiale résume et symbolise l' histoire des souffrances de l'époque moderne du pays. Tout cela m'enseigne la leçon que le deuil contient non seulement de l'amertume mais aussi d'extraordinaires réserves morales. Etre Juif aujourd'hui, selon moi, c'est de nouveau et avant tout un devoir moral. Si l'Holocaust a engendré une culture aujourd'hui  -  comme c'est le cas indéniablement  -  il ne pouvait avoir qu'un but : que la réalité irréparable donne naissance par la voie de l'esprit à une réparation : au katharsis. C'est ce désir-là qui a inspiré tout ce que j'ai créé.
   Bien que, petit à petit, j'arrive au bout de ce que je voulais dire, j'avoue franchement que je n'ai toujours pas trouvé l'équilibre rassurante entre ma vie, mon oeuvre et le prix Nobel. Pour le moment, je ressens surtout une reconnaissance profonde  -  une reconnaissance pour l'amour qui m'avait sauvé et qui me maintient toujours en vie. Admettons cependant que dans ce parcours à peine saisissable, dans cette "carrière"  -  la mienne  -  il y a quelque chose de bouleversant, d'absurde, quelque chose qu'on ne peut admettre sans être tenté de croire en un ordre transcendent, en une bienveillance, en une justice métaphysique : c'est-à-dire sans tomber dans le piège de se leurrer, ce qui mènerait à l'échec, à l'anéantissement, à la perte de son lien profond et douloureux avec les millions d'exterminés qui n'ont jamais pu connaître la miséricorde. Il n'est pas si simple d'être l'exception ; et si le destin nous a désignés comme tels, il faut nous résigner à l'ordre absurde des hasards qui règnent, avec les caprices des pelotons d'exécution, sur notre vie soumise à des puissances inhumaines et à des dictatures effroyables.
   Tout de même, pendant la préparation de ce discours, il m'est arrivé une chose très bizarre qui, à un certain égard, a rétabli ma sérénité. Un jour, la poste m'a remis une grande enveloppe marron. L'expéditeur en était le directeur du lieu de mémoire de Buchenwald, le docteur Volkhard Knigge. Il a joint à ces voeux une plus petite enveloppe. Il a prévenu de ce qu'elle contenait pour que je n'aie pas à y faire face si je n'en avais pas la force. Dans l'enveloppe, j'ai trouvé la copie du rapport original journalier du 18 février 1945 concernant l'ensemble des prisonniers. Dans la rubrique "Abgänge", c'est-à-dire "déficit", j'ai appris la mort du prisonnier n° de matricule soixante-quatre-mille-neuf-cent-vingt-et-un, né en 1927, juif, ouvrier, Imre Kertész. Les deux données fausses : celle de ma date de naissance et celle de ma profession, ont pour origine le fait que lors de mon enregistrement par l'administration du camp de concentration de Buchenwald, j'ai dit deux ans de plus pour ne pas être classé parmi les enfants et plutôt ouvrier qu'écolier pour paraître plus utilisable.
   Je suis donc mort une fois déjà pour pouvoir vivre  -  et c'est peut-être cela ma vraie histoire. Si c'est ainsi, je dédie cette oeuvre née d'une mort d'enfant aux millions de morts et à ceux qui gardent encore leur mémoire. Cependant, puisqu'il s'agit en fin de compte de littérature, d'une littérature qui représente, selon les arguments de votre Académie, en même temps un témoignage et qui peut servir aussi l'avenir, de plus, selon mes voeux, elle doit surtout servir l'avenir. Car j'ai le sentiment qu'en réfléchissant à l'effet traumatique d'Auschwitz, j'aboutis aux questions fondamentales de la vitalité et de la créativité de l'homme d'aujourd'hui ; et, en réfléchissant ainsi à Auschwitz, de manière peut-être paradoxale, mais je pense plutôt à l'avenir qu'au passé.
         

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