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Publié le 12 Mai 2017

Depuis hier soir, je n'arrive pas à m'en libérer l'esprit. 

Les grands malheurs des autres parviennent-ils à nous délivrer des nôtres, du moins à nous décharger d'une parcelle du poids qui pèse sur nous? 

En parler, est-ce que cela enlève de cette charge émotionnelle suffocante?... La personne qui s'est ainsi débarrassée d'un fragment de son histoire en la partageant, s'en est  trouvée manifestement soulagée. Celles qui l'ont écoutée, ploient sous le fardeau de l'indicible horreur.

- Vous avez perdu combien?

- Une dizaine de kilos. Et vous?

- Quinze au moins. Ils vous donnent combien de temps?

- Trois à six mois tout au plus. C'est comme ça. Je suis là-dedans depuis longtemps, vous savez. il faut bien que ça se termine un jour.

- Moi, j'ai commencé à 17 ans. Je me rappelle le sentiment d'horreur en me levant le matin et que tous mes cheveux sont restés sur l'oreiller... Mais bon, on s'habitue à tout. J'en suis à ma sixième opération. 

- Quel âge avez-vous?

- Bientôt 53. J'ai l'impression que chaque fois qu'un coup dur me tombe dessus, ça recommence. C'est mon fils... Il est violeur multirécidiviste  -  j'ai du mal à le prononcer  -  à cause de la drogue et l'alcool... Il a commencé avec sa petite soeur, puis il a fait de la prison à cause d'une petite de 8 ans à la Ducasse... Sa compagne se drogue aussi...

- ...

- Mais le pire, c'était il y a quelques mois... Là il a pris 20 ans...

- ...

- Je n'en dors plus depuis, je ne fais que pleurer toute la nuit. Vous imaginez: il s'est attaqué à sa petite fille d'un an!... Et sa femme qui regardait... Drogués tous les deux... C'est moi qui ai appelé les pompiers; on l'a emmenée en hélicoptère mais il n'y avait plus rien à faire... J'étais avec elle, je tenais dans mes bras ce petit tas de chair en sang, j'ai continué à la bercer même quand elle est morte dans mes bras... Je n'arrive pas à m'en remettre... La psychologue m'a conseillé de m'acheter une poupée: je dors avec, je la serre dans mes bras, je la berce... Ca m'apaise un tout petit peu.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #ressenti, #témoignage

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Publié le 6 Mars 2017

En visitant la Toile, je suis tombée sur l'initiative d'une association rennaise "L'Âge de la tortue" qui m'a séduite d'emblée. 

   Sur la photo, on voit la présentation de leur ouvrage, fruit de 3 ans de travail gigantesque: une "Encyclopédie des migrants" en trois gros volumes, au total 1782 pages... 400 témoignages en forme de lettre adressée à quelqu'un resté au pays... Ces migrants viennent de 104 pays différents. Les lettres sont publiées en leur langue maternelle et aussi en traduction française.

   Les témoins sont recrutés dans huit villes de la façade atlantique française, espagnole et portugaise: de Brest à Gibraltar. Les témoignages nous livrent leur parcours, leur déchirement, leur attachement au pays qui les a vus naître et leur intégration dans un pays d'adoption. Cela ne va pas de soi. C'est aussi un choix qu'il faut ensuite cultiver. Comme le dit une jeune femme nigérienne: un migrant n'est pas forcément "un profiteur du système" mais une source d'enrichissement économique, culturel et humain. 

  Du samedi 4 mars à 18 h, les auteurs ont fait une lecture publique non stop de l'ouvrage à Rennes. Ce marathon de 24 h sera réitéré à travers l'Europe qui a tant besoin d'entendre d'autres paroles que celles de la haine et de la méfiance...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Les mots des autres, #état des lieux ressenti, #témoignage

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Publié le 28 Novembre 2016

   Parfois, on passe de si près d'une catastrophe qu'on a tendance à voir un signe, un avertissement derrière ce sauvetage miraculeux... "Cela ne devait pas se passer ainsi! Qu'est-ce qui a permis d'y échapper avec si peu de dégâts?" Comment ne pas finir par croire à un ange gardien qui veillerait sur nous sans relâche?...

   Ce genre croyance me faisait sourire, avec une certaine indulgence pour les superstitieux. Mon pauvre ange gardien ramait dur pour m'apporter des preuves, inlassablement, de sa présence protectrice. L'épisode déjà relaté sur ce blog de mon périple sur l'autoroute où je m'étais endormie à 130 km/h et me suis miraculeusement réveillée à 10 cm de la barrière centrale, après avoir traversé la file de gauche, m'a déjà ébranlée quelque peu dans mon cartésianisme entêté. Jeudi dernier, l'Ange m'a encore rattrapée, tant bien que mal.

   Je descendais dans ma cave par l'escalier centenaire, sans garde-corps. J'ai raté la dernière marche défectueuse et je me suis lourdement écrasée sur mon côté gauche, dans la poussière, la tête à quelque cm d'un radiateur en fonte. Sonnée, je suis restée immobile, non sans une pensée pour une femme que j'ai connue, qui, pour la même mésaventure, a été retrouvée bien plus tard, en état de décomposition... 

    J'ai tenté de bouger les doigts, pour tester une éventuelle fracture du bras: épaule, coude, poignet ont pris un sacré coup, sans parler du genou en sang... Je me suis roulée dans la poussière pour approcher l'escalier afin de me hisser au moins sur la deuxième marche, pour pouvoir me lever. Impossible de prendre appui sur le bras gauche.

   Le temps m'a semblé infini mais j'y suis arrivée peu à peu. Quand on vit seul, on n'a pas le choix et c'est une puissante motivation. J'ai passé la soirée, la nuit et la journée suivante avec le bras enveloppé dans une serviette mouillée et attaché en écharpe... On se rend compte à quel point on a besoin des deux bras pour la plupart de nos gestes. Mon admiration a encore accru pour les gens qui, par accident, défaut de naissance ou de maladie, doivent faire preuve d'une capacité prodigieux d'accommodement à leur handicap...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #témoignage

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Publié le 1 Juin 2013

Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 7.

Aider à donner la vie, c'est fabuleux. Surtout dans le cadre familial. Certaines fois, les enfants attendaient dans la pièce à côté, et lorsqu'ils entendaient le bébé crier, ils s'impatientaient pour le voir. Une fois la toilette terminée, le bébé emmailloté, je présentais ce petit bout de chou aux frères et soeurs, je trouvais ça formidable! Un jour, un jeune homme m'aborde:

- C'est bien vous, madame Millet? J'ai parlé de vous, il y a peu de temps. Je suis animateur. J'ai raconté aux enfants qu'une sage-femme était venue mettre au monde mon petit frère, qu'elle nous l'a ensuite présenté. On ne vit plus ce genre d'émotions dans les maternités. Moi, j'en ai gardé un émerveillement pour toujours.

Un accouchement est non seulement un acte médical mais aussi un événement familial.

Un métier qui donne autant de satisfactions, il n'y en a pas beaucoup. Certes, il faut être solide. D'abord physiquement, il faut tenir le coup. Puis au début, il y a une petite appréhension quand-même... Donner la vie, c'est la chose la plus extraordinaire. Pendant mes études, au bout d'une dizaine de jours, par groupe de deux, on allait en salle de travail pour assister à un accouchement. Je trouvais ça merveilleux. Plus tard, étant mariée, je me rendais encore plus compte de la beauté d'un sentiment amoureux qui aboutit à cela... C'est curieux, mais au bout de centaines et de centaines d'accouchements, cet émerveillement reste intact: tout d'un coup, ça crie, ça vit, et tu embrasserais tous les gens qui sont dans la pièce. Je pense que si je n'avais pas eu la foi, je l'aurais rencontrée à ce moment-là...

Fin du témoignage. En hommage et en souvenir de ma belle-mère, sage-femme au siècle dernier...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #récit, #témoignage

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