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Publié le 26 Août 2016

J'aimerais revenir sur les deux grands chocs émotionnels, artistiques, visuels des vacances, subis avec un bonheur intense, au mois d'août. J'ai même ressenti un certain rapprochement entre les deux vécus cathartiques bien que de nature, d'époque et de genre très différents.

Le premier, la visite du Leopold Museum de Vienne, contenant la plus grande collection particulière des oeuvres d'Egon Schiele, un de mes peintres préférés. Au départ grand admirateur de son aîné Gustav Klimt (1862-1918), Schiele ne cesse de le défier, de l'interpréter à sa façon, révolutionnant la peinture du début du vingtième siècle. Plutôt qu'une palette foisonnante, Schiele exploite son génie de dessinateur. Ses paysages découpés, tranchés, ses figures crispées dans une angoisse profonde, dramatique suggèrent l'ambiance du début du siècle, celle des années de guerre qui entraîneront l'écroulement de la monarchie habsbourgeoise, l'effondrement d'un monde crépusculaire, ainsi que la mort des deux grands peintres.

Une nuit d'orage, le seul qu'on a eu en trois semaines, j'ai visionné avec mon fils le film hongrois, primé à de nombreuses fois dont à Cannes et aux Oscars, Le Fils de Saul. Il n'est pas resté assez longtemps sur les écrans des cinémas "grand public" pour que je puisse le voir à sa sortie. Je n'ai pas voulu lire les comptes-rendus élogieux afin de garder un regard vierge. J'étais plutôt méfiante à cause des choeurs des louanges: j'avais peur que le film ne soit pas à la hauteur des attentes suscitées.

Non seulement il l'a été, mais le choc s'apparentait à une véritable déflagration émotionnelle. Au-delà de la photo, du son, de la mise en scène qui ne vous lâchent pas pendant une heure et demie, vous êtes happés dans cet univers déshumanisé. J'ai noté à la hâte dans mon carnet de bord:

"...lumière blafarde, vie de cloportes qui courent dans tous les sens pour survivre. Prolonger une vie misérable. On ne "voit" pas les horreurs, on les "devine" ce qui est sans doute pire. La force de la suggestion. Bribes des voix, bruits incessants d'usine en marche, claquement des machines qui vous broient, celui des portes qui se referment sur vous. Silhouettes hagardes de cloportes en survie souterraine. La fuite obsessionnelle avec l'enfant mort sur l'épaule: en lui offrant un enterrement digne au lieu du four crématoire, il se rachèterait un lambeau d'humanité... La couleur apparaît avec la vision finale de l'enfant polonais, juste avant la rafale des mitrailleuses. Les arbres élancés, jeunes, verts se referment comme un rideau..."

Grande respiration, après 90 minutes en apnée.

Tuer le maître... Klimt: "Le Baiser" ,  Schiele: Le cardinal et la nonne" ,  "Le Fils de Saul" (à cliquer sur les images pour les agrandir)Tuer le maître... Klimt: "Le Baiser" ,  Schiele: Le cardinal et la nonne" ,  "Le Fils de Saul" (à cliquer sur les images pour les agrandir)Tuer le maître... Klimt: "Le Baiser" ,  Schiele: Le cardinal et la nonne" ,  "Le Fils de Saul" (à cliquer sur les images pour les agrandir)

Tuer le maître... Klimt: "Le Baiser" , Schiele: Le cardinal et la nonne" , "Le Fils de Saul" (à cliquer sur les images pour les agrandir)

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #peintures, #souvenir, #ressenti

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Publié le 23 Avril 2016

Anniversaire

Aujourd'hui, je pense à ma mère.

Cela fait trois ans qu'elle est morte, hospitalisée subitement, et moi, j'étais loin, à plus de 1600 km.

Un an avant, pendant l'été, elle m'a dit tout d'un coup: "Viendras-tu au moins me tenir la main au moment de ma mort?"

Question brutale qui cachait un reproche à peine déguisé, figure de style qu'elle affectionnait quand elle n'allait pas bien et qu'elle supportait mal que je ne souffre pas bien visiblement, coupable d'être partie loin, de l'abandonner... Comme elle l'avait fait en son temps, sans jamais l'avoir accepté.

Plongée dans la culpabilité, j'ai du mal à faire la paix avec elle, avec moi-même...

Je tourne autour de la blessure comme autour d'une plaie mal cicatrisée.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #souvenir, #réminiscences

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Publié le 25 Juillet 2014

Juillet meurtrier...

Depuis le 11 juillet dernier, je ne suis pas revenue sur mon blog. Deux semaines très chargées en émotions qui mûrissaient cependant, depuis des mois déjà... Entre espoirs et désespoirs, cinq mois d'intenses souffrances et d'infaillible courage. Richarda est partie.

Horrible périphrase qui veut masquer la réalité crue que l'on refuse de voir. "Partir où?" ai-je demandé au médecin qui m'annonçait 8 ans plus tôt, un début de juillet aussi torride que celui-ci, que Gilbert était en train de partir... Cette fois encore, nous sommes démunis, incrédules... Comme à chaque fois que la mort s'annonce et nous oblige à la regarder en face, projetant notre propre fin devant nos yeux aveuglés par l'illusion de notre éternité...

Richarda était mon amie, ma soeur, fidèle en toute circonstance. Pourtant, je ne la connaissais que depuis dix ans à peine. Elle avait joué dans une pièce de Gilbert. La vague connaissance s'est muée en amitié quand je me suis retrouvée dans le tunnel de la solitude. Elle savait se rendre disponible pour soulager les souffrances des autres. Humains et animaux.

Par deux fois, elle a mis en scène et joué mes textes, encourageant l'auteur en herbe que j'étais. Mis en scène et mis en valeur.

Chacun de nous garde une image d'elle, parfois différente, nuancée par les souvenirs. Reste en commun son rire contagieux, son énergie, l'éclat de son sourire.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #souvenir

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Publié le 7 Juillet 2013

7 juillet, une date à part

Ce jour, depuis des années, je dépose virtuellement un petit bouquet de mots sur la tombe de Gilbert. J'ai commencé ce blog le 6 juillet 2008. Cela faisait alors deux ans que j'avais entamé mon apprentissage de la vie solitaire, après trente trois années d'une vie à deux que les épreuves ont rendues très intenses.

Lorsque je relis, sur ce blog, les notes de 7 juillet, je retrace les stations du deuil, depuis la douleur vive des débuts que les mots aident à atténuer progressivement. Sept années qui ne m'ont pas libérée pour autant. Je ne crois point qu'il existe un au-delà où les défunts nous attendraient... Je ne suis pas nourrie de tendances morbides qui me feraient préférer la compagnie des morts à celle des vivants, je n'ai aucune tentation de guetter des signes, ni de faire tourner des tables. Lorsque l'on nous conseille de "laisser partir les morts", je me méfie: que veut-on dire par là? Qu'il existe des "entités" (dont je doute fort), que nous retenons, en les intégrant trop fort dans nos pensées, nos chers défunts dans un monde qui n'est plus le leur; que nous les obligeons à errer, en quelque sorte, en les empêchant de regagner une dimension inconnue, celle de la quiétude de l'éternité.

La cartésienne que je suis au fond de moi, me dit que j'ai tout simplement besoin de ces points de repère du passé qui m'empêchent, moi plutôt, d'errer, perdue dans le monde des vivants. Sa bataille - notre bataille - contre la maladie, la fin inéluctable prédite dès le début, me sert encore et toujours d'exemple, de colonne vertébrale dans les moments de découragement. Il m'a légué le plaisir des mots. J'y ajoute l'émotion qu'il fuyait, se réfugiant dans l'humour noir. Je suis le cours du temps.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoire, #réflexion, #souvenir

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Publié le 7 Juin 2013

Hommage à Mehmet Güleryüz

L'image de Mehmet Güleryüz, célèbre peintre contemporain, effondré sur la place Taksim à Istanbul, victime de la brutalité de la police contre les manifestants à main nue me choque profondément. Même si quelque 25 années se sont écoulées depuis que je ne fréquente plus son atelier de Cihangir, je le reconnais bien, en dépit de sa barbe et cheveux blancs, à 75 ans, en ce vieil homme à terre...

Nous sommes arrivés à Istanbul en 1984. Je cherchais un atelier où travailler en groupe, d'après modèle vivant. L'atmosphère des ateliers me semble très stimulante: une énergie insaisissable y circule qui décuple ma capacité de concentration. J'aime le contact des autres, surtout des meilleurs qui poussent à me dépasser.

Je me souviendrai toujours de la première fois où j'arrivais dans la grande salle, munie d'une estrade entourée de chevalets, avec une quinzaine de personnes de tout âge abîmées dans une profonde concentration: l'ambiance que je recherchais et qui m'a tant manqué! Mehmet a parcouru les quelques dessins que j'ai apportés à sa demande et il m'a dit que je n'avais rien à faire avec le groupe. Enthousiaste, il a ouvert son bureau et m'y a installée, en disant que je pouvais travailler sur ce que je désirais...

Désemparée, je tournais en rond dans le bureau comme dans une cage. Je pensais avec envie aux autres qui pouvaient s'inspirer du modèle, belle femme d'un certain âge, modèle professionnel pour les écoles de beaux-arts, une Grèque qui arrondissait ses fins de moi en posant nue dans des ateliers privés.

J'ai toujours aimé le travail d'après modèle, ce processus énigmatique où un lien invisible s'établit entre l'oeil et la main: le premier se remplit de l'image qui se transforme en une vision intime et par des canaux mystérieux, elle aboutit dans la main qui reproduit l'image fidèle, filtrée par l'émotion personnelle du peintre... Au bout d'un quart d'heure, je suis retournée dans la salle, pour y revenir quatre années durant...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #souvenir

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