Publié le 29 Avril 2010

UN BEAU JOUR


C'est toujours la cuiller en fer blanc égarée,

c'est le paysage bric-à-brac de la misère que je cherchais,

dans l'espoir qu'un beau jour

m'inondent les pleurs, avec douceur m'accueillent

la vieille cour, le silence du lierre,

notre maison, son chuchotement.


Toujours,

je désirais toujours rentrer chez moi.

traduction : Maurice Regnaut

 


EGY SZÉP NAPON


Mindíg az elhányt bádogkanalat,
a nyomorúság lim-lom tájait kerestem,
remélve, hogy egy szép napon
elönt a sírás, visszafogad szeliden
a régi udvar, otthonunk
borostyán csöndje, susogása.

Mindíg,
mindíg is hazavágytam.
 

 

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Rédigé par Flora

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Publié le 28 Avril 2010

Tour-de-Galata-copie-1.jpgPlutôt que de faire acte de présence dans les cocktails officiels où l'on défile, avec un sourire figé, devant les poignées de main de l'ambassadeur, tout en étant parfaitement conscient de sa transparence, puis on erre des heures durant avec un verre à la main, les jambes de plus en plus tétanisées, échangeant quelques banalités dans le brouhaha inaudible pour être interrompu à tout bout de champ par un autre désoeuvré, l'essentiel étant d'être vu  -  à ces vanités superficielles, j'ai toujours préféré les repas ou autres réunions en petite comité où l'on échange vraiment sur le fond  -  ou l'on joue aux cartes, tout simplement ! A l'étranger, l'un et l'autre sont habituels. Je me souviens de la soirée du Bicentenaire de la Révolution Française au Palais de France, à Istanbul. J'ai fabriqué un noeud papillon tricolore pour Gilbert, afin d'être à la hauteur de l'événement. L'ambassadeur, le regard embué et légèrement titubant, tient cependant le coup pendant l'interminable défilé des invités. Le clou de la soirée est un spectacle suivi d'un feu d'artifice dans les jardins du Palais, encastré dans les immeubles touffus de Beyoĝlu, avec quelques pétards égarés aux alentours...

   A Istanbul, j'aime par-dessus tout me fondre dans la foule piétonne, dense partout, en dépit du grand nombre de véhicules. Avec un sac contenant des ustensiles sommaires pour dessins à l'encre de Chine, une petite pliante, je m'installe où l'envie me prend : dans les jardins, au pied des monuments, dans les cimetières, dans les mosquées, au quartier pittoresque d'Arnavutköy, le village des Albanais. Jamais personne ne m'a importunée. Je pense même avec tendresse aux multiples signes de respect et d'encouragements que je reçois des passants en permanence. Combien de "Kolay gelsin !" ("que la peine te soit légère" - à peu près...) ou de sourires échangés ! Je me souviens d'un groupe de gamins de toute taille, dans le quartier de Fatih : pieds nus, couverts de poussière, une bonne dizaine se presse autour de moi. Les plus grands canalisent les plus petits, les maintenant à un mètre, leur essuyant le nez. Aucun ne bouge jusqu'à l'ultime trait du dessin, suivant le mouvement de la main, bouche bée, avec une attention soutenue. A la fin , j'en "croque" quelques uns, leur faisant cadeau de leur portrait...

La suite suivra...

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Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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Publié le 25 Avril 2010

jmlNous nous sommes rencontrés avec Jean-Marie à Istanbul. Ce portrait date de la fin des années 80, l'époque du "confessionnal de Cihangir", c'est-à-dire mon "atelier" où les amis venaient poser pour que je fixe leur image en peinture pour l'éternité... Cela a abouti à une exposition au Consulat de France.

Jean-Marie est un globe-trotter et un remarquable photographe, sans oublier un joli coup de plume qui agrémente ses souvenirs de voyage. Je l'ai poussé à ouvrir son blog il y a peu et je vous invite à le visiter:

http://jmlacharpagne.over-blog.com 

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Rédigé par Flora

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Publié le 23 Avril 2010

P1000375.jpg   Il est d'usage sur les blogs de marquer le passage du 10 000-ème visiteur unique... Alors, il est passé hier et j'en suis ce matin à 10O14. Je ne sais pas qui il est, naturellement, mais j'en suis toujours aussi étonnée : ce blog existe depuis juillet 2008 et même si je ne bats pas de records mirobolants affichés sur mon hébergeur   -  mon but est plutôt qualitatif, sinon il serait truffé de pubs, de contacts facebook, twitter et autres gadgets dernier cri  -  je me sens gâtée d'avoir suscité autant d'intérêt sans traiter de sujets people, de recettes exotiques, de l'art des points de croix ou du graveleux... 

   40007 pages lues... Soyez tous remerciés pour le partage de mes "obsessions" : les textes de Gilbert que je voudrais continuer à faire vivre et offrir à la lecture de ceux qui sont passés à côté de l'édition confidentielle de ses oeuvres. La littérature hongroise, trésors originaux injustement méconnus dont la traduction constitue un exercice excitant et jouissif. La rédaction de mes souvenirs, appel du passé, envie (limitée) d'inventaire ou désir de les laisser en héritage à mes petites-filles (ou à leurs parents s'ils le désirent) et dernièrement, les essais de micro-fictions, défi à relever dans cette merveilleuse langue française que j'ai adoptée et qui, j'espère, m'adoptera aussi pour que je puisse la "plier" à mes désirs, en la ressentant "de l'intérieur", de façon créative et non seulement lisse et correcte, ce qui serait un minimum.

   Quelques images de cet autre domaine qui reste du rêve inachevé, qui aurait peut-être pu être le mien véritable si... Il y a beaucoup de "si" qui m'ont empêchée de me consacrer vraiment et entièrement à l'art, domaine dans lequel je suis condamnée à rester une éternelle dilettante... Mais les regrets tardifs et éternels ne sont pas dans ma nature : ce qui m'intéresse avant tout, c'est d'avancer sur mon chemin avec curiosité, émerveillement pour cette unique et merveilleuse aventure qu'est la vie. Merci à vous tous. 

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Rédigé par Flora

Publié dans #réflexions

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Publié le 21 Avril 2010

   Dans le train qui m'emmenait à l'université, j'ai relu Cité de verre de Paul Auster. Un homme parcourt New York en prenant soin que sa marche trace un message secret. Si j'avais du courage, j'arpenterais quelques trottoirs de Paris. En choisissant des rues qui forment "myélome", ma nouvelle signature...

   Vaccination contre l'hépatite B. Première piqûre. Indolore et sans effets secondaires.

  Sèverine vient d'acquérir une nouvelle maison. Deux étages, une taille démesurée pour un seul couple. Au rez-de-chaussée, un salon, une salle à manger et la cuisine. La salle de bain à l'étage et deux chambres, dont la plus grande réservée à l'enfant, une fille absente dont les jouets liliputiens s'alignent sur des étagères, dont les vêtements de poupée débordent de l'armoire pour se répandre sur le lit, parsemés de colliers, de bracelets à peine visibles. Au second étage, les bureaux des parents, murs tapissés de livres nains.

  La maison de Sèverine est éventrée, comme toutes les autres. La propriétaire doit pouvoir embrasser d'un regard toutes les pièces. Réplique d'une maison que nous habitions en banlieue avant de nous installer à Paris, l'objet prend place sur une commode, entre la chaumière normande, maison natale de Sèverine, et le chalet que nous avons loué, quatre années de suite, sur les hauteurs de la Clusaz, pour la grande joie de Véronique. Ces miniatures, les meubles qui les habitent, mon épouse les fait construire par un menuisier, sur des plans qu'elle dessine avec soin. Nous en sommes à sept. Leur présence la rassure, comme les romans des frères Goncourt. Ce désir pernicieux de croire en la réalité, au point de la figer.

  Autrefois, j'étais fier de pouvoir faire plusieurs choses à la fois, tenir une conversation et écouter les nouvelles à la radio, écrire en savourant un opéra, regarder la télévision en préparant mes cours, lire un ouvrage philosophique en subissant les reproches de Sèverine, assassiner ma fille tout en croquant une pastille de menthe. Autrefois... Le mal de tête réduit mes capacités, me recroqueville autour de la douleur. Vais-je devenir légume ? 

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Rédigé par Flora

Publié dans #Gilbert

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Publié le 19 Avril 2010

ja.jpg  POSE TA MAIN


Là sur mon front

Pose ta main

Comme si ta main

Etait ma main


Serre-moi fort

Comme à la mort

Comme si ma vie

Etait ta vie


Et aime-moi

Comme à bonheur

Comme si mon coeur

Etait ton coeur

  traduction: Francis Combes


 

 

POSE TA MAIN


Là, sur mon front,

Pose ta main.

Sois comme si

C'était ma main.


Prête à tuer,

Veille sur moi.

Sois comme si

C'était sur toi.


Et aime-moi

Dans le bonheur :

Comme si toi

C'était mon coeur.

texte français de Guillevic, d'après Ladislas Gara

 

TEDD A KEZED

 

Tedd a kezed 

homlokomra,

mintha kezed

kezem volna.

 

Úgy őrizz, mint

ki gyilkolna,

mintha éltem

élted volna.

 

Úgy szeress, mint

ha jó volna,

mintha szívem

szíved volna.

           1928.


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Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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Publié le 17 Avril 2010

Num-riser0003-copie-2.jpgAnneli. Sans savoir d'où il lui était arrivé, elle porte son prénom légué par des parents fantaisistes comme un bijou rare. 

   Elle est tout en contrastes, Anneli. D'un corps qui, à première vue, ne fait rêver personne, émane un halo de légèreté inexplicable : ses rondeurs, du coup, cessent d'être des lourdeurs et la font se mouvoir comme sur des coussins d'air !

   De règle générale, si l'on vous fait, d'entrée, un compliment sur vos "beaux cheveux", méfiez-vous ! C'est que, charitablement, on veut passer le reste sous silence... Anneli en a beaucoup entendu, de louanges sur sa magnifique tignasse, envahissante, indomptable qui s'étend comme un buisson ardent sur ses épaules. Et des yeux d'un bleu aussi profond que le lac Baïkal... avec un nombre considérable de victimes s'étant penchées imprudemment sur ce miroir ! Disparus, corps et âmes. Car Anneli ne peut être attirée par un homme que s'il demeure inaccessible. Elle considère d'emblée ses chances de séductrice tellement inexistantes que le premier soupirant venu est aussitôt frappé de mépris : ne manque-t-il pas de goût à ce point, est-il lui-même dépourvu de tout attrait pour s'intéresser à elle ?

   Les années passent dans l'attente vaine d'un miracle. Elle se décide de se marier comme on prend le dernier train. L'élu est un brave homme, loin d'un prix de beauté mais au moins, on ne risquera pas de le lui voler. De ce côté, elle peut dormir tranquille. Elle sera privée de maternité mais elle a déjà fort à faire à gérer ses propres angoisses.

   Personne ne sait  -  et le principal intéressé encore moins  -  qu'elle porte en elle le souvenir d'un sentiment aussi secret que dévastateur. A la manière d'une balle logée dans le corps, inopérable. Ce fantôme a survécu à tous les naufrages, bien dissimulé dans un repli de sa mémoire.

   Son mari la libère, en mourant à 77 ans, aussi discrètement qu'il l'a accompagnée durant les 25 ans de vie sans extases. Le fantôme n'attend même pas la fin du deuil pour surgir de son antre. Anneli se surprend à faire sauter les verrous, elle compulse l'annuaire, saisit le téléphone. L'élan se brise sur ce point. Le jeune homme beau comme un dieu, avec sa peau hâlée et ses cheveux tellement noirs qu'on les aurait crus bleus nuit, avec son corps mince et souple, lui apparaît soudain grand-père bedonnant, le crâne lisse et la peau tavelée, l'haleine chargée de cigarettes et les dents jaunies... A quoi bon ?... Elle repose le combiné. Les souvenirs ne sont-ils pas plus beaux que la réalité ?... 

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Rédigé par Flora

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Publié le 14 Avril 2010

Rédigé par Flora

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Publié le 13 Avril 2010

   Le jazz  -  Philibert Tique ne le découvrit que très tard, bien après le retour en Amérique de Steve King  -  s'était incrusté à son insu dans chaque cellule du lycéen laonnois. Le jazz et surtout ses rythmes. Jamais plus Philibert ne pourrait écouter une musique ordinaire, fut-elle de Mozart, Beethoven ou Schubert, sans la sentir infirme des "cadences de Louis", comme il finit par les appeler ; jamais plus il ne se lèverait sans écouter en boucle dans la salle de bain, comme d'autres le font pour les informations, I wonder, I wonder, I wonder, cet emblème d'Armstrong 1, sans revoir la main noire de Jane King poser le disque sur la platine, une main animée par le plaisir qu'elle allait déclencher, ce don du ciel : sentir se mettre en mouvement chaque parcelle de l'âme.

   Adulte, Philibert s'était demandé ce qui avait précédé, de son obsession pour le temps ou de son goût pour le jazz. Etait-il devenu un spécialiste de Proust parce que Louis Armstrong et quelques autres avaient fait germer le rythme en lui, le transformant en métronome instinctif qui claquait des doigts en cadence, agitait le pied, secouait la tête ? Fallait-il penser, au contraire, qu'il n'avait été sensible aux avances musicales de Jane King que pour la bonne raison que quelque chose en lui, une obsession du temps qui pulse, ronge et détruit, germait dans son corps depuis la conception ? A ce débat théorique, il n'apportait aucune réponse. Sans doute l'inné, un sens particulier du temps, de ses rythmes mortels, s'était confondu avec l'acquis, la chance de croiser, dans le désert de Laon, une famille capable de l'éveiller à un autre monde, de transcender, pour quelques temps, sa terreur de la mort en goût pour une musique de vie. 

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Rédigé par Flora

Publié dans #Gilbert

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Publié le 11 Avril 2010

 nagy laszlo      

QUI PORTERA L'AMOUR ?

Une fois mon existence à jamais absorbée,

Qui donc vouera un culte au violon du grillon ?

Qui soufflera du feu sur les branches frappées de givre ?

Qui donc ira s'écarteler sur l'arc-en-ciel ?

Qui donc en pleurs enlacera des hanches rocheuses

Pour les changer en champs qui mollement ondulent ?

Qui câlinera des cheveux, des artères

Ayant racine dans des murs ?

Qui donc enfin élèvera des cathédrales d'injures

À des croyances ravagées ?

Une fois mon existence absorbée à jamais,

Qui donnera l'épouvante aux vautours ?

Qui portera sur l'autre rive

L'Amour qu'il tient entre ses dents ?

traduction : Guillevic

 

KI VISZI ÁT A SZERELMET

 Létem ha végleg lemerűlt

ki imád tücsök-hegedűt?

Lángot ki lehel deres ágra?

Ki feszül föl a szivárványra?

Lágy hantú mezővé a szikla-

csípőket ki öleli sírva?

Ki becéz falban megeredt

hajakat, verőereket?

S dúlt hiteknek kicsoda állít

káromkodásból katedrálist?

Létem ha végleg lemerűlt,

ki rettenti a keselyűt!

S ki viszi át fogában tartva

a Szerelmet a túlsó partra!

Le 12 avril, jour de la naissance du poète Attila József est traditionnellement le Jour de la Poésie en Hongrie. Je marque ainsi à ma manière somme toute modeste, ce jour où beaucoup feuilletteront des recueils, écouteront des récitations de poésies en Hongrie, puisant dans le réservoir inépuisable de cette véritable richesse nationale.  

 




 

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Rédigé par Flora

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