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Publié le 28 Août 2017

Lucie, 11 ans

   Bientôt septembre... L'été sera derrière nous, caniculaire même dans le Nord. Et pendant les deux semaines en Hongrie, le thermomètre a fréquemment grimpé jusqu'au 46°...

   La chaleur s'adoucit à présent et nous commençons à apprécier vraiment ses dernières caresses. Les nuits s'allongent. Quelques feuilles sèches des platanes de l'avenue St-Roch voisine arrivent dans mon jardin comme des messagers des mois à venir... Cycles immuables, destinés à nous rassurer de l'illusion de notre éternité.

   Les petites sont parties, après un mois passé ensemble, avec ou sans leurs parents. Temps dense, temps béni que l'on savoure d'autant plus que la partie haute du sablier commence à se vider. Que restera-t-il des années d'une vie si brève? Essentiellement les moments doux et fugitifs des rencontres amicales et la chaleur intense et réparatrice de se serrer l'un contre l'autre familiale. Des échanges, avec ou sans les mots. Des sourires, des regards (mouillés parfois par l'émotion), des douleurs fugaces et des rires libérateurs...

   Tout le reste deviendra mirage, souvent trompeur, toujours évanoui à la fin...

 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réminiscences, #ressenti

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Publié le 10 Août 2017

"Partir, c'est mourir un peu..." dit le poète devenu un illustre inconnu, Edmond Haraucourt (1856-1941), dans son célèbre "Rondel de l'adieu", repris depuis à d'innombrables fois, attribué à des célébrités, tout en oubliant son auteur. C'est ainsi que le poème dépasse son géniteur...

Le facétieux Alphonse Allais l'a complété: "Partir, c'est mourir un peu... mais mourir, c'est partir beaucoup." J'aimerais rester encore...

Je n'avais pas une envie irrépressible de prendre la route puis l'avion, en cette fin de juillet qui me trouvait dans un état de grande fatigue, de surcroît, vers la Hongrie où sévissait une canicule implacable. Mais la perspective de passer une douzaine de jours avec les enfants et la famille de là-bas  -  plutôt, ce qui en reste  -  a été plus tentante. Et je ne regrette rien (pour rester dans la chanson, impérissable). Mes délicieuses petites-filles dont la compagnie est un pur bonheur, mon fils et ma belle-fille et leur délicate sollicitude, ma belle-soeur, veuve de mon frère depuis 14 ans déjà mais toujours aussi chaleureuse et disponible, mon neveu qui porte sur ses épaules les soucis de tout le monde, calme et sensible, drôle et fin, sa femme et son insouciance rieuse, leurs enfants ados, bref, les repas familiaux se succédaient, panachés de promenades et de baignades, en piscine ou au bord sablonneux de la Tisza, notre rivière blonde... Sans oublier quelques acquisitions livresques, nourriture en langue maternelle de la meilleure source, pour l'année à venir.

Mon cahier à spirale fixe cette confrontation toujours empreinte de nostalgie avec la première partie de ma vie:

"... cette maison est imprégnée des fantômes de ma mère, de mon père, de mon frère  -  et de Gilbert aussi  -  ils s'échappent des murs, des fauteuils où leurs empreintes sont encore chaudes, des assiettes en céramique au mur, du lino usagé du sol de la cuisine, des rideaux en dentelle, des poêles à gaz des chambres... Il n'y a qu'ici que ce passé lourd et léger, inconscient parfois, me saute à la figure. Où est le présent et encore plus, l'avenir?... J'ai arrosé la cour. Je m'assois à la petite table ronde en béton, confectionnée par mon père, sous la tonnelle renaissante. Elle est presque brûlante. C'était important de m'asseoir encore ici, avec mon cahier. Il fallait attendre la fin de la journée pour éviter le plein cagnard mais les murs et la table exhalent la chaleur. Je ruisselle... Cette table est inspirante."

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #ressenti, #état des lieux, #réminiscences

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Publié le 5 Juillet 2017

   Je me suis procuré un petit livre de 280 pages, paru chez "L'Iconoclaste" en 2015, écrit par Christophe André et intitulé: "Je médite jour après jour", sous-titré: "petit manuel pour vivre en pleine conscience". Alléchant. Vital même si j'en juge par mon état de stress quasi permanent depuis 4-5 ans... Il faut que je me décide à tenter cette méthode de méditation en pleine conscience dont on dit tant de bien. Il n'y a qu'à observer les visages sereins de Mathieu Ricard ou de Christophe André, sans parler du Dalaï Lama...

  "... comment utiliser la respiration, le corps, la conscience de l'instant présent... faire face à la souffrance, stabiliser ses émotions, construire la paix de l'esprit et du coeur..." Voilà ce qu'il me faut.

   Cela va faire bientôt 11 ans (le 7 juillet) que je fais l'apprentissage de la solitude. Au début, un champ à défricher, terre inconnue excitante, temps presqu'infini à mes pieds après une disponibilité de chaque instant et durant des années... Je découvrais le compagnonnage avec moi-même. Avec une quasi inconnue, dont les envies avaient souvent été reléguées "à plus tard", par elle-même, car le plus urgent, le plus important avaient priorité. Une question de vie ou de mort...

   Lorsque la mort a fini par avoir le dernier mot, elle m'a laissé un champ libre mais aride. Peuplé de fantômes. Peuplé d'amis aussi. Malgré tout, la solitude, il faut la connaître, l'apprivoiser seul(e).

   Cette solitude m'a permis de prendre le temps de suivre les stations du deuil, de cicatriser les plaies. J'avais 58 ans, la mort, la mienne, semblait encore relativement loin, même si elle m'avait fait un rapide clin d'oeil au passage.

   Et maintenant... Le plus souvent, je vis dans un sentiment stressant du temps qui s'enfuit à l'accéléré. Cela me stresse et me paralyse en même temps, me laissant suffoquer d'impuissance. Alors, je tombe sur cette phrase de Montaigne, mon philosophe bien-aimé:

"Je n'ai rien fait d'aujourd'hui.  -  Quoi? N'avez-vous pas vécu? C'est non seulement la fondamentale, mais la plus illustre de vos occupations..."

   Voilà ce que je voudrais ressentir chaque jour qui me reste, en profondeur.

 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions, #ressenti

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Publié le 28 Mai 2017

"Il n'y a réellement ni beau style, ni beau dessin, ni belle couleur: il n'y a qu'une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle." (Rodin)

Je viens de voir le film de Jacques Doillon "Rodin" qui représente le sculpteur au sommet de son art, à 40 ans passés. Je ne veux pas comparer le film avec celui de Bruno Nuytten, admirable, intense, convulsif, dont le personnage central était Camille Claudel, dans le reflet de leur passion révélatrice et destructrice à la fois. Du moins pour elle...

Ici, Rodin habite l'écran et Vincent Lindon habite le personnage. Nous le voyons au travail et en réflexions, les deux en même temps, et presque jamais au repos. Il dit lui-même que l'essentiel du talent réside dans le travail permanent. Sans cesse à la recherche de la vérité de la figure, une vérité au-delà de l'apparence et qu'il faut libérer de la glaise.

Il malaxait la matière, il malaxait ses modèles aussi, pour en obtenir cette vérité-là, ces émotions qui faisaient vivre les muscles et les chairs, et, par leur intermédiaire, les transmettre au spectateur. En modelant, en dessinant, son regard pénétrant ne devait jamais quitter le modèle, ses mains étaient le prolongement de ce regard.

Je me souviens de ma première rencontre avec sa sculpture "en vrai", un face-à-face soudain avec ses "Bourgeois de Calais", sur la place de l'hôtel de ville de Calais, balayée par tous les vents... Un choc émotionnel immense: je me sentais minuscule devant ce groupe d'hommes si vivants! Le socle n'est pas très haut et du coup, il y a une proximité saisissante pour nous transmettre leur vérité si humaine devant le sacrifice. J'avais du mal à les quitter...

Pour moi, son Balzac est peut-être le sommet de son art. Il fait exploser la sculpture académique et ses règles lisses, dépourvues de l'émotion convulsive de la vérité.

Rodin Rodin

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #hommage, #réflexion, #ressenti

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Publié le 18 Mai 2017

Une amie qui, à la cinquantaine, bataillant contre une foule de soucis de santé, ressent la nécessité de dresser le bilan de sa vie. Elle déborde d'énergie, ne tient pas en place, veut transgresser les limites que la maladie lui impose. Impulsive, elle ne supporte pas les contradictions. La question la plus importante qui la tracasse, en ces moments de bilan: "suis-je quelqu'un de bien?"...

Son interrogation m'a surprise. J'imagine que pour chacun de nous, la question qui  surgirait au moment venu serait différente. Je me suis donc penchée sur mon cas. 

Le doute concernant ma bonté ne me tourmente pas. Je me considère assez empathique, voire bienveillante sans toutefois me laisser dévorer, sachant aussi mettre de la distance si nécessaire, quitte à assumer parfois une certaine solitude qui en résulte. Je préfère même donner que recevoir, ce qui est assez ambiguë... Je déteste et fuis les conflits.

Alors, quelle serait ma question à l'heure du bilan? Sans hésiter: "ai-je été assez courageuse pour profiter des possibilités, des chances que la vie m'avait proposées pour ne pas partir un jour avec des regrets?" Réponse: je suis sûre que non. A ma décharge: le destin a pris soin de semer bon nombre d'obstacles sur ma route dans le but d'éprouver si ma nature plutôt stoïque résisterait aux coups qui arrivaient, la plupart du temps, sournois et inattendus... Ah, le Destin! Pour compenser, il m'a gratifiée d'une capacité d'émerveillement qui, bien que pâlissante, ne s'est toujours pas éteinte... 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions, #ressenti

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Publié le 15 Mai 2017

C'est une photo que j'ai empruntée sur le blog de Françoise.

Elle vient de mourir, après un long et pénible calvaire, une bataille héroïque.

Je l'ai connue  -  sans jamais l'avoir rencontrée  -  sur la blogosphère, à mes débuts en 2008. J'ai admiré ses aquarelles, leur liberté, leur légèreté inimitable. Elle travaillait beaucoup le nu, d'après des modèles vivants et c'était cela qui nous a rapprochées. On a échangé beaucoup de mails plus personnels que je garde précieusement. Elle suivait avec une grande fidélité  -  vertu primordiale pour moi  -  mon blog, mes dessins et mes débuts en écriture, toujours généreuse en encouragements. J'aimais son esprit caustique, prêt à l'autodérision. Je l'admirais  -  et elle était pétrie de doutes, tout comme moi, au fond.

Dernièrement, nous sommes devenues encore plus proches. La maladie impitoyable a eu le dernier mot, malgré les défis courageux qu'elle lui lançait. Peut-on souffrir de la perte d'une amie "virtuelle"?... 

Je vous assure que oui. Beaucoup...

Adieu à Françoise Blanc-Dupasquier
Adieu à Françoise Blanc-DupasquierAdieu à Françoise Blanc-Dupasquier

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #ressenti, #souvenirs, #hommage, #mémoire

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Publié le 12 Mai 2017

Depuis hier soir, je n'arrive pas à m'en libérer l'esprit. 

Les grands malheurs des autres parviennent-ils à nous délivrer des nôtres, du moins à nous décharger d'une parcelle du poids qui pèse sur nous? 

En parler, est-ce que cela enlève de cette charge émotionnelle suffocante?... La personne qui s'est ainsi débarrassée d'un fragment de son histoire en la partageant, s'en est  trouvée manifestement soulagée. Celles qui l'ont écoutée, ploient sous le fardeau de l'indicible horreur.

- Vous avez perdu combien?

- Une dizaine de kilos. Et vous?

- Quinze au moins. Ils vous donnent combien de temps?

- Trois à six mois tout au plus. C'est comme ça. Je suis là-dedans depuis longtemps, vous savez. il faut bien que ça se termine un jour.

- Moi, j'ai commencé à 17 ans. Je me rappelle le sentiment d'horreur en me levant le matin et que tous mes cheveux sont restés sur l'oreiller... Mais bon, on s'habitue à tout. J'en suis à ma sixième opération. 

- Quel âge avez-vous?

- Bientôt 53. J'ai l'impression que chaque fois qu'un coup dur me tombe dessus, ça recommence. C'est mon fils... Il est violeur multirécidiviste  -  j'ai du mal à le prononcer  -  à cause de la drogue et l'alcool... Il a commencé avec sa petite soeur, puis il a fait de la prison à cause d'une petite de 8 ans à la Ducasse... Sa compagne se drogue aussi...

- ...

- Mais le pire, c'était il y a quelques mois... Là il a pris 20 ans...

- ...

- Je n'en dors plus depuis, je ne fais que pleurer toute la nuit. Vous imaginez: il s'est attaqué à sa petite fille d'un an!... Et sa femme qui regardait... Drogués tous les deux... C'est moi qui ai appelé les pompiers; on l'a emmenée en hélicoptère mais il n'y avait plus rien à faire... J'étais avec elle, je tenais dans mes bras ce petit tas de chair en sang, j'ai continué à la bercer même quand elle est morte dans mes bras... Je n'arrive pas à m'en remettre... La psychologue m'a conseillé de m'acheter une poupée: je dors avec, je la serre dans mes bras, je la berce... Ca m'apaise un tout petit peu.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #ressenti, #témoignage

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Publié le 24 Avril 2017

   Je viens de regarder dans le détail les résultats du premier tour des élections présidentielles  dans mon département. Quasi dans toutes les communes, le FN arrive nettement en tête.

 Habileté du discours de la patronne? Ce discours au service d'une stratégie efficace pour occuper la place désertée par les partis traditionnels de gauche et pour crédibiliser le personnage de l'héritière d'un patriarche fondateur du parti d'extrême droite en porte-parole de ceux qui se sentent abandonnés de tous... 

      Pourtant, l'alerte a été donné depuis longtemps. Les crises économiques, la mondialisation échevelée qui ne profitait qu'aux plus nantis, les petites gens négligés voire méprisés, avec l'insolence de ceux qui se sentent "intouchables" car ils tiennent le haut du pavé, une Europe dont le beau rêve s'effondre devenant un instrument de plus à oppresser... La révolte maintenue en laisse avec des appâts de mauvaise qualité, du foie gras et du caviar qui n'en ont que l'air, du mousseux à la place du champagne, de l'aumône à la place de la dignité. On s'enfonce ainsi, une bière à la main, dans son canapé devant un Hanouna avilissant: au moins, on vide sa tête, en espérant que son cancer sera encore soigné quelque temps...

   Ils sont nombreux. Qui va s'occuper de leur sort?... Question rhétorique.

   Et pourtant, je ne tiens pas un discours "contre l'élite", si courant aujourd'hui. Il y aura toujours des gens avec plus de talent, plus de courage, d'inventivité que d'autres. L'ambition, pour moi est honorable si elle signifie la volonté d'aller au bout de ses possibilités (sans forcément écraser les autres). Le travail doit être rémunéré, partout, selon son intensité, son utilité ou son originalité. Il faut que la volonté, le talent, le travail puisse donner accès à ce fameux ascenseur social. Que l'éducation, la culture ouvrent les esprits vers la dignité et l'envie de s'élever.

  Utopie?...

 


 

 

 

 

 

 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions, #ressenti, #souhait

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Publié le 17 Avril 2017

   Lundi de Pâques... Du silence, un peu de soleil, le grand calme qui me manquait parfois durant les semaines précédentes mais qui devient vite pesant. En compagnie de ma petite-fille Lucie, puis avec toute la famille: rituel des vacances scolaires. Denrées périssables par l'usure du temps: un jour, les petites seront grandes et moi trop vieille... En attendant, je profite de cette peau de chagrin qui apporte tant de plaisir!

   Un merle à l'aile blessée par les chats baroudeurs des voisins a atterri sur ma terrasse, incapable de s'envoler. Il se cachait sous le vieux sapin de Noël qui attend d'être évacué à la déchetterie. Il courait très vite sur ses pattes fines, testant parfois son aile pendante, puis il se dissimulait sous les buissons. Avec Lucie, nous avons assisté, impuissantes, à ce ballet à l'issue certaine: la nuit tombait, impossible de le mettre l'abri des instincts chasseurs... J'avais l'impression de le condamner à mort.

   Sensiblerie ridicule? Probablement. Le sort des oiseaux est d'être croqués par des chats qui ne sont même pas affamés...

   Surtout s'ils ne peuvent plus voler.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #ressenti

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Publié le 17 Mars 2017

Hier, miracle: 20° au thermomètre! Le ciel est une toile bleu azur tendue au-dessus de nos têtes et le soleil tendre, caressant. Impossible de tenir à l'intérieur où les radiateurs restent en alerte.

Le prunier géant des voisins est couvert de fleurs blanches minuscules mais tellement parfumées que tout le jardin est plongées dans un effluve enivrant au goût de miel ... Les draps flottent sur les fils à linge et s'imprègnent du printemps naissant.

Cela suscite une attente démesurée et irrépressible, un élan vers la vie... Nous faisons partie de cette nature toute-puissante que nous avons beau à essayer de dompter en l'esquintant au passage. Pour le moment, elle tient encore, renouvelant sa générosité. Mais pour combien de temps?...

 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #ressenti, #jardin

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