Publié le 19 Février 2016

Attirances et psychanalyses

J'ai déjà pensé que je serais une proie facile pour la psychanalyse... J'y arrive presque moi-même, admettant qu'il doit y rester quelques zones d'ombres à explorer. J'aimerais même que l'on en éclaire quelques unes pour comprendre d'où viennent les menus mystères. Mais ai-je vraiment envie de découvrir tous les arcanes du destin?... Il en faut, des coins de voiles à soulever...

On pourrait, par exemple, examiner pourquoi on se sent soudain très attiré par l'univers de tel ou tel écrivain ou peintre... Attirance qui disparaîtra pour laisser la place à un autre univers avec lequel on se sentira plus en adéquation. Cela doit refléter des changements mystérieux survenus en nous, plus ou moins à notre insu.

Je me souviens des étapes successives de mes attirances en peinture. Lycéenne, El Gréco me fascinait, avec ses figures étirées dans l'exaltation mystique (alors que moi-même, je me détachais de la foi), ses couleurs vives et contrastées. Sans doute, la tension dramatique qui s'en dégageait faisait résonner une corde sensible en moi. Suivait Modigliani avec ses portraits et ses nus sensuels et en même temps simplifiés jusqu'à l'essentiel. Je me dis que cela devait correspondre dans ma vie à une époque dominée par l'envie d'aller à l'essentiel en supprimant les détails inutiles. Par la suite, j'ai découvert Egon Schiele qui me subjuguait par son courage et sa ténacité d'explorer l'humain jusqu'à l'extrême, sans oublier son prodigieux talent de dessinateur. Un besoin de lucidité dans l'apprentissage de la vie... mais à l'âge adulte bien entamé. Il me laisse toujours éblouie.

Et maintenant? Je n'ai plus un seul "élu" pour admirer. J'en ai plusieurs, des univers disparates, parfois hétéroclites, sans être forcément "adoubés" par un renom universellement reconnu. Serais-je arrivée à me détacher de toute injonction pour assumer enfin mes désirs et mes contradictions?

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #images, #réflexions, #ressenti

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Publié le 13 Février 2016

Valentin, Valentine

Depuis des jours, voire des semaines, St-Valentin envahit le monde de la pub'! Jusqu'à l'indigestion! Cette effervescence insistante est nécessaire pour susciter le goût de la fête, obliger les couples, débutants ou endurcis, à marquer leur attachement indestructible, réel ou espéré. Par là-même, enfoncer les autres, les solitaires, dans leur détresse d'exclus du cercle magique des gens heureux...

La solitude me tient compagnie depuis presque dix ans. Même choisie, elle peut s'avérer pesante, bien sûr. Cependant, je ne suis pas jalouse de ceux qui vont fêter demain: au contraire, je suis contente pour eux, car le bonheur est toujours bon à prendre là où il se niche!

Marquer cette date ne faisait pas partie de nos habitudes: trop insistant, comme les autres jours inventés assez récemment, afin de combler un creux commercial. Il faut bien booster les chiffres d'affaires des fleuristes, des marchands de petits cadeaux, de préférence de couleur rouge et en forme de coeur (même les marmites Creuset s'y mettent!), des vendeurs de chandelles, de sous-vêtements affriolants et les chiffres des restaurateurs!

Pour un jour, une soirée, les couples mettront leurs habits de fête, au propre et au figuré. Ceux que les années n'ont pas encore usés et pour qui le quotidien n'a laissé que des cicatrices superficielles, resserreront les liens et jetteront vers le passé un regard de satisfaction heureuse et considèreront l'avenir avec confiance. D'autres préfèreront ignorer l'échec amer de leurs illusions et passeront le jour scintillant sous un épais silence...

Pour moi, ce sera un dimanche comme un autre.

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 6 Février 2016

Ce matin, je suis tombée sur une lettre de Franz Kafka, extraite de sa correspondance avec Milena Jesenska, sa traductrice, de 14 ans sa cadette. 149 lettres en 10 mois, entre deux rencontres. Le séjour de Kafka dans un sanatorium où il soigne sa tuberculose met de la distance entre eux que les lettres tentent d'abolir.

Impossible de ne pas replonger dans un passé - le mien - qui semble déjà à plusieurs années lumière, où les portables, les SMS et les e-mails n'ont pas encore envahi notre communication... J'ai toujours mené une intense correspondance avec famille, amis et amoureux. Des pages et des pages noircies, écrites avec soin selon la relation qui me liait aux protagonistes. Un pur plaisir pour moi, la plupart du temps, sauf en cas de rupture, de séparation...

Je garde avec moi quelques boîtes remplies de ces lettres qui n'ont pas pris une ride et me ramènent à des décennies en arrière, me rajeunissant dans l'âme par le même sortilège. (Hélas, je ne possède pas celles que j'ai écrites.)

Je me suis demandé ce matin, en quoi consistait la magie de ce "trafic épistolaire"... Certainement, le temps jouait un rôle décisif dans cette sorcellerie, pour utiliser le mot de Kafka. Des jours d'attente, interminables. Le petit clic de la boîte aux lettres, longtemps guetté. L'enveloppe palpée, tournée entre les doigts, l'écriture familière qui, déjà, provoque le frisson délicieux car elle recèle la trace de la main de l'être aimé...

On se cache pour l'ouvrir car il est impensable que quelqu'un puisse surprendre cette intimité tant désirée... On plonge dans la lecture et le monde disparaît alentours...

On lit et relit plusieurs fois, laissant des intervalles s'écouler... Car il ne faut surtout pas répondre à chaud. Ces relectures permettent de mûrir la réponse, lentement, comme les fruits qui se gorgent de soleil...

Pour répondre, on s'enferme à nouveau dans le cercle magique; plutôt, on n'en sort pas... "L'amour, c'est que tu es le couteau avec lequel je fouille en moi", dit Kafka. Sans aller jusqu'au couteau, les mots, la distance permettent aux fantasmes de bâtir de merveilleux châteaux dans les brumes de l'imaginaire avec une audace que la réalité immédiate et crue rendrait impossible!

Il semblerait que notre époque pragmatique ait tourné le dos à ce genre de romantisme chronophage! Tout est à l'accéléré, un speed dating vous laisse peu de temps pour "conclure", peu de place aux fantasmes. Certaines applications sur le portable rendent possible la localisation d'un partenaire compatible et disponible à proximité si l'on a une demi-heure à perdre...

Alors, je retourne à mes vieilles lettres précieusement conservées et laisse à Kafka le soin de conclure dans une de ses lettres à Milena:

"C’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme croît sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres où l’une corrobore l’autre et peut appeler à témoin. (...) Ecrire des lettres c’est se mettre à nu devant des fantômes ; ils attendent ce geste avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. " (traduction: A. Vialatte)
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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions, #souvenirs

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