Publié le 31 Mars 2012

Scarlett-Johansson_NEW.jpg La photo m'est tombée sous les yeux tout à fait par hasard. Scarlett Johansson dans une robe de dentelle couleur saumon qui laisse transparaître sa peau diaphane. Un air du siècle dernier...

   J'ai lu il y a quelque temps que nos souvenirs ne se trouvent pas bien rangés sur des étagères de notre mémoire, mais qu'il faut les recréer à chaque évocation. Quand nous disposons des photos les ayant figés pour (presque) l'éternité, la re-création est plus aisée, plus précise.

   Ma robe en dentelle bleu ciel... En un instant, elle a glissé à la place de Scarlett Johansson. Ma cousine dont le placard regorgeait de bouts de tissus, destinés à répondre à ses inspirations fulgurantes de couturière instinctive (qui la prenaient parfois en pleine nuit), m'avait offert ce bout de dentelle bleue, avec l'étoffe de la même couleur pour la doublure. J'ai dessiné moi-même le modèle, moulant, très simple, pour mettre en valeur la matière. Les cinquante kilos de mes vingt ans permettaient des audaces...

   Vers la fin des années soixante en Hongrie, à l'époque de l'appareil-photo relativement rare et des pellicules en noir et blanc, on ne faisait pas les tonnes de photos qui nous entourent maintenant. L'image était plus rare et plus regardée, tandis que l'homme d'aujourd'hui, enseveli, bombardé en permanence, y jette un coup d'oeil rapide et passe à la suivante...

   Ma robe bleue à la soirée d'étudiants qui était encore réellement dansante... Surtout des slows, nous permettant de timides corps à corps, apprentissage de la proximité de l'autre, "collé-serré" aussi, test efficace pour savoir si on désirait poursuivre l'aventure... Je me vois nettement avec cette robe, ce nuage bleu serré autour de moi, irradiant sans doute de l'attente pleine d'espoir et de soleil de la rencontre merveilleuse possible car je passe d'un bras à l'autre toute la soirée... Sans avoir croisé le prince charmant.

   Il n'existe aucune photo de la robe en dentelle bleue. Ces images désuètes, du siècle passé, survivent uniquement dans ma mémoire et s'évanouiront avec elle, à leur tour... 

    

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 31 Mars 2012

Rédigé par Flora bis

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Publié le 27 Mars 2012

la-visite-copie-2.jpg De temps en temps, il faut bien se jeter à l'eau. Profonde. Sortir dans la rue, tête baissée, à quelque distance des passants, en évitant de les frôler. Ce serait indécent. Quelqu'un d'aussi bancal devrait se cacher pour ménager le regard des gens bien comme il faut.

   Parfois, on croit se souvenir du moment violent de son passage du milieu doux et aquatique à l'air libre, déchirant les poumons. Projeté dans le monde des normaux qui ont tout, bien formaté. Selon les modèles instaurés par eux.

   On passe son temps à essayer de se frayer un petit chemin. Un minuscule sentier, aussi tortueux qu'il soit mais qui avance quand-même. 

   Puis la rencontre. L'autre, son double, son image dans la glace. D'habitude, on n'aime pas son reflet, familier, on éprouve pour lui tout au plus de la miséricorde. Cela aide à se supporter. Mais un double en chair et en os, avec un regard qui entrouvre soudain les portes du monde.

   Dans la bulle de l'intimité. Bien verrouillée de toute part. Dans la bulle, avec son pareil. On peut se regarder, se toucher, sans crainte, sans retenue. S'abîmer dans cette prudente exploration, avancer avec précaution. Puis s'y jeter comme on se jette du haut d'une falaise. A la vie, à la mort. Pas de repli possible, pas de chemin de retour.

   Le médecin a dit: "Vivre, c'est possible, mais en couple, sans parler d'enfant, ça posera problème. Pour ne pas dire impossible, faut pas rêver..." Même pas rêver.

   A partir d'aujourd'hui, les rêves jusqu'alors étouffés dans l'oeuf, éclosent. les interdits tombent, dans la tête et au dehors. Cela donne le tournis. Les stigmates visibles et honteux de la différence deviennent attendrissants, on peut même les caresser. L'autre prend en charge la moitié de la misère de l'existence. Ce brouillon qu'était la vie prend sa forme définitive, mis au propre, sans rature. 

tableau: La visite, huile, R. T. 1993

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 24 Mars 2012

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La soirée d'adieu de Bartók
 En quittant sa petite et fameuse patrie,*
Il s'inclina, lui qui jamais ne s'inclinait,
Et regarda les mains lui faire une forêt:
Pas un public pourtant, mais une troupe amie,

Tout ce camp de guerriers que la musique unie
A la douleur avait levé, aguerrissait.
Amers plus qu'ils n'avaient été, ils apprenaient
Qu'il faut des actes vrais quand monte l'infamie,

Lui opposer la digue faite avec les mains,
Donner à la révolte un nom qui soit commun,
Ouvrir cette prison pour tous, les lèvres closes...

Mais déjà le proscrit s'arrachait de chez lui;
Nous aussi nous faisions presque la même chose,
Avec pour lieu d'exil notre propre pays.
traduit par l'auteur
* allusion à une chanson populaire recueillie par Bartok

Bartók búcsúestje

Indulóban a híres kis hazából,
meghajtotta sosem-hajló fejét.
Nézve a kezek zúgó erdejét,
nem is közönség volt ez – harci tábor,
mely a zenétől s közös bánatától
egyszerre megsejtette erejét,
s ily keserűn már nem érezte rég,
hogy tett kellene most, tett a javából.
A vésznek, amíg lehet, szegni gátat,
közös nevet adni a lázadásnak,
feltörni börtönét és merev ajkát…
De már indult a bújdosó világgá.
S mentünk mi is, ki-ki amerre várt rá
a külön kis hazai hontalanság.

 

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 20 Mars 2012

Redon araignée souriante Il y a quelques jours, je suis tombée sur l'intervention d'André Comte Sponville au Salon de l'Art contemporain de 2009. D'entrée, il remet en cause l'appellation même: autrefois, on disait "beaux-arts". Fallait-il effacer la beauté? Pourquoi les galeries (= le commerce, la spéculation) ont-ils instauré leur diktat au détriment des critiques d'art? Comte Sponville affirme que, contrairement aux sciences, la notion du progrès relève du non-sens dans le domaine des arts. Un artiste n'est pas plus avancé dans la hiérarchie des valeurs simplement parce qu'il est né quelques siècles plus tard. Ainsi, Leonardo da Vinci reste un génie et Daniel Buren est nul, même s'il est plus "moderne".

   Parfois, cela fait du bien d'entendre des propos iconoclastes. Depuis les critiques virulentes contre les impressionnistes, nous sommes tous devenus très prudents avant de descendre en flamme une oeuvre qui, à nos yeux, frise le simple ridicule, la supercherie ou la provocation... Qui ose affirmer à haute voix: "L'empereur est nu ! "?...

   Cependant, je serais beaucoup plus réservée à balayer tout l'art moderne d'un revers de main. Si la chronologie n'établit pas une hiérarchie de valeurs, elle influe sur le mode d'expression. Il est difficilement imaginable de peindre ou sculpter au 21e siècle de la même façon qu'au 15e. L'art se nourrit de son époque, de la sensibilité de celle-ci. De nos jours, les bouleversements surviennent avec une rapidité et une radicalité inouïes: ce qui aurait mis auparavant un siècle à arriver, passe avec fulgurance en une décennie à peine. Pour moi, l'art moderne reflète cet état d'esprit déstabilisé en permanence de notre époque, en recherche perpétuelle de repères...

   L'ennui est que dans le brouhaha des affrontements entre "réactionnaires" et "modernes", le simple quidam qui aimerait comprendre, trouve relativement peu d'arguments concernant les critères qui permettraient de juger la qualité d'une oeuvre. Le goût seul ne suffit pas. Je peux reconnaître la valeur d'un artiste qui ne m'est pas proche. (Par contre, il est improbable qu'un autre me plaise alors que je le jugerais mauvais...) Derrière le succès, on soupçonne les spéculations des galeries omnipotentes, faiseuses et défaiseuses de génies plus ou moins éphémères, et beaucoup de snobisme des acheteurs. (Respect à l'exception!) Ne boudons pas notre sensibilité. Pour moi, l'art est éminemment sensuel: en premier lieu, il doit s'adresser à mes sens et non pas à mes capacités de "conceptualiser" la démarche tortilleuse de l'artiste. Plus une oeuvre nécessite de liasses de feuilles d'explication, plus elle me fait fuir!   

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 13 Mars 2012

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   Non, vous ne rêvez pas! Du moins, moi, ça ne me fait pas rêver du tout! Le bâtiment (dans tous les sens du terme) qui barre la vue sur la Lagune, au bout de la place San Marco à Venise, est bel et bien un bateau de croisière! On pourrait presque jeter la passerelle sur le quai pour que nos chers touristes n'aient pas trop de chemin à faire jusqu'à leurs couchettes et piscines à bord...

   Nous en avons discuté avec notre gondolier. Pourquoi tolérer le ravage de la Lagune par ces monstres à la mode, ces mastodontes pour ploucs "tout-en-un"?... Il nous a dit qu'il y avait eu des pétitions contre. Les croisiéristes ont opposé l'ultimatum: c'est cela où ils éviteraient la ville et ne déverseraient plus désormais leurs hordes friquées en casquettes-bermudas sur les quais...

   La municipalité a abdiqué...

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 12 Mars 2012

images-copie-1.jpeg  La Journée de la Femme est derrière nous... Dans le monde entier, le nom de Simone de Beauvoir représente un des symboles du combat pour la reconnaissance de l'égalité entre les femmes et les hommes. Son ouvrage "Le deuxième sexe" est un choc, un début de prise de conscience pour beaucoup d'entre nous, donc éminemment subversif en son temps sinon actuellement encore... Bien sûr, la meilleure façon de s'imposer dans ce domaine est de relever les défis avec un esprit aussi brillant que le sien...

Notons que le choix des citations n'est jamais dû tout à fait au hasard!


La fatalité triomphe dès qu'on croit en elle.

L'écrivain original, tant qu'il n'est pas mort, est toujours scandaleux.

On ne peut rien écrire dans l'indifférence.

C'est dans l'Art que l'homme se dépasse définitivement lui-même.

La parole ne représente parfois qu'une manière, plus adroite que le silence, de se taire.

Ils se contentent de tuer le temps en attendant que le temps les tue.

La mort semble bien moins terrible quand on est fatigué.


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Rédigé par Flora bis

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Publié le 6 Mars 2012

cahier-rouge_NEW.jpg Page 225. La dernière de mon Cahier Rouge que j'ai cité parfois sur ce blog. Commencé il y a presque 3 ans, le 12 mars 2009, au Salon du Livre de Paris. 225 pages remplies d'une écriture très serrée, légèrement penchée vers la droite, au feutre noir. La couverture a passablement souffert des nombreux voyages qu'il a effectués en ma compagnie, fidèle, partout. Nous ne nous sommes jamais déplacés l'une sans l'autre  -  surtout lui, évidemment!... Sur la couverture rouge, il y a des numéros de téléphone notés à la hâte, des explications sur les voyelles de la langue hongroise et même quelques gribouillis de ma petite-fille Alice  -  preuve que le Cahier restait toujours à portée de main... Voici la dernière note:

4 mars dimanche 2012: je suis assise devant cette dernière page de mon Cahier Rouge. Moment émouvant. Commencé il y a 3 ans, presque jour pour jour, au Salon du Livre de Paris. Le dernier que je pratique activement, sur le stand du Nord-Pas-de-Calais. Comme si l'écriture devait vraiment remplacer désormais toute autre activité. Le début de l'enfermement. En moi. Introspection, exploration. Celle de la langue aussi. D'autres aventures, un jour, j'espère... un peu. Là, 22 h 10, je n'ai même pas ouvert la télé, je savoure le calme, le silence. Mes chéries sont belles, adorables. J'ai été heureuse d'avoir passé tout ce temps avec elles. Mais je suis épuisée... Et je ne le regrette surtout pas! Je me délecte de la liberté de ne pas être sollicitée pendant ces quelques heures! Comment ai-je fait pendant tant d'années?... Si ça continue comme ça, je finirai au couvent, mieux, en ermite... Car au couvent, on a encore des obligations!

Ce cahier touche à sa fin. 3 ans de ma vie, de mes réflexions assez fidèlement consignées. Bientôt, j'en entamerai un nouveau. Ce qui est sûr, c'est que le désir désormais indispensable de l'écriture demeure.

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Et voici le nouveau cahier...  240 pages. Entamé Le mardi 6 mars 2012. Arriverai-je au bout? Et dans quel état? Il contiendra mes élans spontanés  -  comme ça vient  -  et indispensables pour "fixer le temps, du moins s'en donner l'illusion". Il me permettra, comme le précédent, de revenir en arrière, de temps en temps, pour jeter un regard sur ce "moi" de quelques années plus tôt... De vérifier si j'ai "grandi" en sagesse, en sérénité dans ce cheminement vers la fin du voyage. Car le but est un peu cela aussi, inutile de se voiler la face: acquérir le sentiment d'avoir bien rempli le temps qui restait, que ce soit 30 ans, 20 ans ou encore moins... Par bonheur, nous ne le savons pas.

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 5 Mars 2012

un-ete-autour-du-cou-guy-goffette-9782070427062.gif  Ce roman, écrit par un poète, paraît en 2001 aux éditions Gallimard où travaille l'auteur lui-même. Selon ses mots, il a porté cette histoire terrible durant des années avant de la laisser prendre forme. Un hommage aussi à un moment sensible de la préadolescence qu'il évoque avec une justesse délicate.

   Simon, le petit campagnard rêveur de douze ans rencontre les choses de la sexualité d'une façon tellement brutale qu'il en reste marqué, sinon anéanti pour la vie. Monette, de trente ans son aînée, l'envoûte, l'attire à sa perte qu'il pressent, ne l'imaginant pourtant pas. "... s'il m'avait aimé avec sa voix seulement, du bout des lèvres, susurrante et mouillée, câline comme un creux d'herbes moussues, de quoi m'ouvrir lentement au mystère de la femme, au lieu de me jeter sa chair nue à la figure et m'obliger à y boire, la tête maintenue dans le feu du torrent, moi qui ne connaissais que l'eau du robinet..." Le viol commis par une femme, cette double transgression qui détruit à la fois l'icône protectrice de la mère et celle de la jeune fille de ses rêves, laisse un homme solitaire, consumé de l'intérieur, incapable d'éprouver des sentiments...

   Le langage de Guy Goffette est celui d'un poète: déferlante vague poétique qui vous submerge et qui vous éblouit de sa justesse et de sa sensualité. Des phrases interminables, qui d'ailleurs ne se terminent pas, lorsqu'elles sont chargées de cette plainte sans fin d'une vie gâchée: "... si elle m'avait enveloppé en douceur dans sa voix de renarde, traînante comme la steppe, le temps que s'arrondissent au fond de ma gorge l'accent et le souffle, jusqu'à ce qu'ils me deviennent naturels et familiers comme un galet longtemps poli par la mer, le même que celui que je serrais dans ma poche en la regardant, chaud et moite et presque fondant tout à coup, au lieu d'en remettre comme elle avait fait sur la langueur et le rauque d'une sirène de lupanar..."

d'après mon article dans "Hauteurs" N° 13,  mars 2004

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Les mots des autres

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