Publié le 29 Janvier 2014

Petites méchancetés sur les critiques  -  la vengeance des écrivains

On entend souvent que le critique littéraire est un écrivain raté. Il est, certes, plus aisé de critiquer une oeuvre que de la commettre...

Toutefois, je ne jetterais pas le bébé avec l'eau du bain: un bon critique à l'oeil aiguisé, capable de déceler les défauts et les qualités d'une oeuvre avec la distance nécessaire d'avec ses goûts personnels, est très utile aussi bien pour l'auteur que pour le lecteur.

De nos jours, il vaut mieux ajouter la nécessité de son indépendance vis-à-vis des maisons d'éditions, loin de tout soupçon de complaisance et de renvoi d'ascenseur...

Voici quelques perles venant d'écrivains vengeurs:

* "Demander à un écrivain ce qu'il pense de la critique, c'est demander à un réverbère ce qu'il pense des chiens." (John Osborn)

* "Critiques: le plus sale roquet peut faire une blessure mortelle. Il suffit qu'il ait la rage." (Paul Valéry)

* "Je ne réponds pas d'avoir du goût, mais j'ai le dégoût très sûr." (Jules Renard)

* "Je n'ai jamais lu un livre avant d'en faire le compte rendu, cela donne trop de préjugés." (Sydney Smith)

* "Les paroles s'envolent, les aigris restent." (Patrice Delbourg)

* "Guêpe: emblème de la critique... L'aiguillon sans le miel." (Anonyme)

* "Le critique sait tout, voit tout, dit tout, entend tout, touche à tout, remue tout, mange tout, confond tout, et n'en pense pas moins." (Erik Satie)

(recueillis par Eric Momus in "Je hais les écrivains", éd. du Rocher)

(Ill. photo Google)

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #citations

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Publié le 26 Janvier 2014

Petite histoire de poisson et de pêcheur débutant...

Je me suis offert un petit bouquin (comme si je n'étais pas encore assez envahie!...), une sorte de "calendrier éternel" autour "des plus belles premières phrases" de la littérature.

Alléchant! Certains prétendent qu'il faut particulièrement soigner le début d'un roman, surtout, dans le cas d'un premier manuscrit de l'écrivain débutant à la pêche d'un éditeur.

Aussitôt, l'image d'un magnifique hameçon surgit devant mes yeux intérieurs, flottant dans l'eau opaque des milliers de prétendants à la gloire éphémère et, un poisson indécis, déjà rassasié, tourne autour, avec une seule envie: qu'on lui donne faim!

Ce premier barrage passé, la cause est loin d'être gagnée: un futur lecteur est bombardé de titres, de couvertures et de résumés accrocheurs, d'articles de presse plus ou moins complaisants, de plateaux de télé promotionnels! En France, deux fois par an (en septembre et en janvier) plus de 500 romans paraissent, sans compter les publications intermédiaires. Vertigineux! Dans ce choix chaotique, émergeront quelques dizaines de vedettes ou de chanceux qui arriveront à attirer de la lumière. D'autres auront leur petit succès d'estime dans le cercle intime, familial ou amical, voire un peu plus s'ils connaissent quelques journalistes de la presse locale ou régionale.

Alors, notre pauvre pêcheur débutant? Il travaille surtout ses premières phrases car il sait que le poisson-éditeur croulant sous des manuscrits - tous chargés du message: "Attention, chef d'oeuvre!" - n'ira pas plus loin...

Voici la phrase du 21 janvier de mon calendrier. Elle donne furieusement envie de poursuivre la lecture:

"Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon."

En version originale:

"Все счастливые семьи похожи друг на друга, каждая несчастливая семья несчастлива по-своему."

(Lev Tolstoï: Anna Karénina)

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #littérature

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Publié le 22 Janvier 2014

Forces vives et tas de cailloux

Je ne sais pas ce que donneraient ces "petits tas de cailloux" amassés par-ci, par-là sur mon blog... Je sais, en tout cas, ce que je ne veux pas qu'ils deviennent: un texte pompeux et sentencieux à la Chr. B., le grand souffrant devenu dispensateur de service de la recette du bonheur à petit prix, chantre des choses tellement minuscules du quotidien (une marguerite dans le pré, un peintre en bâtiment qui sifflote en décollant le papier peint...) qu'on les voit à peine. Et lui qui s'écoute religieusement, à déverser ses rasades de "belles phrases"... On sent le terrible contentement de soi, cette forme de sérénité trompeuse à laquelle je voudrais échapper à tout prix!

Par ailleurs, serais-je irrémédiablement larguée - ainsi que je l'ai toujours été - sans jamais faire partie des conquérants, des performants, des "efficaces", ceux qui dépassent tout le monde d'une tête sinon plus, qui marchent triomphalement sur les autres, les yeux fixés sur leur sacro-sainte réussite? A vrai dire, cela ne m'a jamais tentée. Il faut bien des perdants de naissance, sinon, de qui triompheraient les forces vives? J'espère qu'ils sont heureux, au moins. Parfois, la crainte m'effleure qu'ils ne sacrifient l'essentiel pour des mirages, condamnés à les poursuivre inlassablement, par angoisse de les voir disparaître. Sans jamais s'arrêter pour se poser d'autres questions que celles qui règlent la prochaine étape de la course.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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Publié le 17 Janvier 2014

Le retour de l'envie...

"Il n'y a pas de honte à préférer le bonheur"... J'ai souvent écrit cette phrase de Camus sur mes cartes de voeux de cette année, comme un mantra qui se doit de déclencher le changement... S'extirper de la gangue du désespoir, s'élancer à l'assaut des nouveaux défis... Encore et toujours...

Comme souvent, je puise l'envie dans mes racines. Je regarde cette vieille photo, en particulier le petit garçon, sixième en comptant de gauche, derrière un gros bouquet de fleurs blanches. Premiers communiants... Selon mes calculs, cela doit se passer en 1928-29... Il est sérieux, les yeux écarquillés, intrigué par l'appareil mystérieux, recouvert d'un drap noir qui dissimule aussi le photographe. On demande de ne plus bouger, en attendant le petit oiseau qui va sortir de l'appareil. Il y a effectivement un flash aveuglant - mais d'oiseau, point!

Je reconnais ce regard avide de comprendre, resté cependant calme et serein, en attendant voir... Inutile de se précipiter. Curieux mais difficilement impressionnable. Faisant avant tout confiance à son propre jugement. Dix-huit ans plus tard, prêt à tous les sacrifices pour épouser la jeune fille qui naîtra cette année 1928, à l'autre bout du pays.

Mes parents.

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 8 Janvier 2014

Début d'année

Je relis mon précédent article: je ressens cette ambiance de fin d'année, de fin d'époque qui s'étire avec son horizon bouché, son angoisse permanente: quelle mauvaise nouvelle va encore tomber avec la sonnerie du téléphone, le signal de la boîte e-mail?... Il faut dire que 2013 n'est pas seule à être incriminée: cela remonte à l'année d'avant, déjà. Mêmes causes, mêmes angoisses. En concentrées, accélérées.

Je disserte sur les étapes. Quelle différence, finalement, entre ces années, ces mois et ces jours, césures que nous installons délibérément dans l'écoulement très subjectif du temps?... Pourquoi les quelques instants pendant lesquels 2013 deviendrait 2014, changeraient la couleur de nos jours et enlèveraient enfin la chape des deuils successifs, nous aidant à apprivoiser les pertes des êtres irremplaçables?

Oui, je crois que nous pouvons y contribuer. En nous autorisant, peut-être à accepter l'inacceptable, à nous approprier la présence de ces disparus, les portant intimement en nous, afin que nous ne nous en éloignions jamais.

Sans que leur perte demeure un tourment insoutenable.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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