Publié le 28 Février 2013

yourcenar.jpg Marguerite de Crayencour est née d'un père originaire de la Flandre française et d'une mère Belge (qui meurt dix jours après sa naissance). Elle est élevée par ce père austère qui lui fait réciter des textes grecs et latins dès le plus jeune âge... Le château familial, au Mont Noir à Saint-Jans-Cappel a été restauré et transformé par le Conseil Général du Nord, en résidence d'écrivains européens.

Marguerite Yourcenar est naturalisée américaine en 1947 et elle s'installe avec sa compagne Grace Frick à Mount Desert Island, dans le Maine où elle décède en 1987.

Elle est la première femme à être admise parmi les membres de l'Académie Française, en 1980.

Elle est l'auteur de nombreux essais et de romans, d'oeuvres autobiographiques, dont Mémoires d'Hadrien, L'Oeuvre au Noir, Archives du Nord, Souvenirs pieux etc.

 

* Nous nous croyons purs tant que nous méprisons ce que nous ne désirons pas.

 

* Tout bonheur est une innocence.

 

* On choisit son père plus souvent qu'on ne le pense.

 

* On ne doit plus craindre les mots lorsqu'on a consenti aux choses.

 

* La philosophie épicurienne, ce lit étroit, mais propre.

 

* Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'oeil intelligent sur soi-même.

 

* Il n'est pas difficile de nourrir des pensées admirables lorsque les étoiles sont présentes.

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 25 Février 2013

Yvette NEW (...) Mes études ont pris fin en même temps que la guerre. Je suis d'abord revenue chez mes parents à Laon; cela faisait longtemps que je ne les avais pas vus. Avec les bombardements, la gare, la poste, l'hôpital avaient été démolis, il n'y avait aucun moyen d'avoir des nouvelles. Pendant longtemps, je ne pouvais même pas savoir si j'avais encore des parents...

   J'avais le choix de travailler dans une maternité ou dans un hôpital, mais je voulais m'installer à mon compte: je rêvais d'être indépendante. J'ai donc mis une pancarte sur la porte. (...)

    Les quartiers de la ville étaient en grande partie sinistrés, les habitants s'étaient réfugiés à la campagne, et il fallait y aller! Et en vélo! J'ai acheté un vélo d'occasion, sans dérailleur. J'ai trouvé une maison à louer, fort sinistrée, la plupart des pièces avaient des trous dans le plafond. Mon père a emprunté une voiture à cheval, nous l'avons chargée de quelques meubles: une armoire, un poêle, une table, trois chaises, et j'ai emménagé. Ma mère était affolée, me voyant partir toute seule là-bas, mais mon père, une fois de plus, m'a soutenue: "Tu as une chance, prends-là!"

   Alors, je me suis installée. C'était le début de l'hiver. La première nuit, j'ai été appelée pour un accouchement. Je suis sûre qu'au moins deux tiers des accouchements se déclenchent la nuit! Les vieilles dames disaient: "C'est normal, ils sont faits la nuit!", ce qui n'est pas une explication rationnelle...

   Aux accouchements, il fallait ajouter les soins infirmiers. L'hôpital étant sinistré, on gardait les malades le moins longtemps possible. (...) De toute façon, nous devions savoir faire des perfusions aux femmes en salle de travail, des piqûres, des intraveineuses, des pansements, des suites de couche... En ce temps-là, les antibiotiques n'existaient pas. La Sécurité sociale a été instaurée par le général De Gaulle dès 1945. Les gens vraiment nécessiteux avaient droit à l'assistance médicale gratuite. Tout cela faisait beaucoup de travail. (...)

à suivre

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 23 Février 2013

DSCN0943.JPG Il faisait très froid hier soir à Valenciennes! Le vent du nord balayait les rues, chargé de promesses de neige... La grippe et d'autres maladies font des ravages, et pour couronner le tout, la zone scolaire vit ses derniers jours de vacances! 

   Pour toutes ces raisons, j'ai attendu la soirée avec quelques angoisses: serions-nous une petite poignée présente, les 6 personnes qui s'étaient engagées pour faire la lecture des textes courts sélectionnés (et écrits) par moi-même?...

   Vers 20 h, arrivage en plusieurs groupes frigorifiés de vingt-deux personnes! Chargées de tartes au maroilles, de quiches, de salades, de gâteaux et de boissons, de quoi nous réchauffer le corps, une fois l'esprit rassasié! J'avais déjà poussé les meubles, rassemblé les chaises et préparé les assiettes en carton. Le gâteau sur la photo (au départ, trois fois plus long!)  -  ma contribution  -  préparé la veille, attendait au réfrigérateur.

   J'ai déjà eu l'occasion d'en parler sur ce blog: depuis la survenue de ma "graphomanie" somme toute récente (2006-07, la mort de Gilbert et les années qui suivent), l'envie de partager mes textes devient de plus en plus impérieuse, en lutte permanente avec mes réticences congénitales de me mettre en avant, de prendre des risques de la chute... En même temps, le temps passe à une vitesse sidérante: je ne dois plus tellement attendre avec les prises de risque si minuscules soient-elles... A mesure que je prends de l'âge, ledit risque diminue: qu'ai-je à craindre; après la soixantaine, ce n'est pas le ridicule qui tue le plus sûrement...

   Nous avons entendu dix-neuf micro-fictions, elles ont toutes été publiées auparavant sur ce blog. Les entendre lues par des lecteurs inspirés  -  qu'ils soient ici aussi remerciés!  -  a été émouvant, tous les plumitifs vous le diront...

   Un peu plus d'une heure de lecture, suivie du joyeux partage des victuailles et des conversations amicales et chaleureuses jusqu'à minuit passé: voilà une belle soirée d'hiver dans le Nord! 

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 20 Février 2013

   Dans notre revue littéraire "Hauteurs" n° 13 (mars 2004), j'ai recueilli et retranscrit le témoignage d'une sage-femme qui a commencé ses activités à domicile, juste après la deuxième guerre mondiale. En relisant l'entretien (j'ai supprimé mes questions), j'ai décidé d'en publier des extraits sur ce blog. Il se trouve que cette sage-femme a été ma belle-mère... 

 

 Yvette NEW  Mes études de sage-femme à Reims ont coïncidé avec la guerre. Les Allemands occupaient l'hôpital Maison Blanche qui s'est retrouvé dans ce qui est aujourd'hui le musée, près de la basilique Saint-Remy. Il y avait donc un nombre de places très limité. (...) Que d'acharnement pour en arriver là!

   Ma mère avait blêmi en apprenant ma décision:  "Ma fille, tu ne sais pas de quoi tu parles!"

   En ce temps-là, on disait encore aux filles de seize ans qu'on achetait les bébés! Quand mon père est rentré de son travail  -  il était mécanicien, conducteur de locomotive,  -  elle lui a dit:  "J'ai demandé à Yvette ce qu'elle voulait faire, et tu te rends compte de ce qu'elle m'a répondu: sage-femme!" 

   Mon père m'a regardée: " Je crois que tu as raison, ça doit être un beau métier!"

   Je connaissais la sage-femme qui m'avait mise au monde. Elle disait: "Dans ce métier, on n'a pas de patron!" Être responsable de soi, prendre les choses en main... Et puis, étant fille unique, j'ai toujours souhaité avoir des frères et soeurs et pour moi, un bébé avait beaucoup de prix. Les deux raisons conjuguées ont abouti à ce choix. 

   Les études ont duré deux ans, de 1942 à 1944. A part les vacances, à savoir une semaine à Noël, une semaine à Pâques et un mois en été, il fallait obligatoirement loger sur place. On avait sa demi-journée de repos, une fois par semaine et une vraie journée une fois par mois. Nous étions tous les jours dans le service. (...)

   Dans le dortoir, nous étions huit. Il y avait l'électricité, mais pour le chauffage, c'était un poêle à bois au milieu du dortoir et aussi dans la salle de travail; il n'y avait pas de chauffage central. De temps en temps, quand le bois manquait, nous allions, à deux, en chercher dans le parc et nous ramenions quelques bûches dans nos tabliers. (...) 

à suivre

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 18 Février 2013

Vieille-dame-a-la-clinique-2.jpg 

 

J'ai rencontré cette belle vieille dame à l'hôpital où j'ai continué à "croquer" les gens, pour accélérer le cours du temps. J'étais encore lycéenne, à l'époque, et me retrouver "enfermée" pendant l'été dans une chambre d'hôpital a été très pénible... Avec infiniment d'envie, je regardais les passants par la fenêtre: ils se promenaient insouciants, "en liberté", dans la tiédeur de la fin de journée estivale...

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 16 Février 2013

images-copie-1 (...) Le passé remonte par volutes de parfums, agréables la plupart du temps. Comme si la perception primordiale des odeurs précédait les autres sens et qu'elle s'effacerait la dernière, comme une preuve ultime de notre animalité. Cependant, comment rendre ce souvenir par des mots? Comment faire sentir les saules aux troncs tortueux, à l'aspect de momies  desséchées qui, miraculeusement, donnent naissance à des branches frêles, au vert tendre, dès l'explosion du printemps? Comment traduire cette indicible douceur subite de l'air, dans laquelle on a envie de se fondre, avançant, les narines frémissantes, pour se gorger des arômes païens de l'éveil de la nature...

   J'essaie d'imaginer la personne qui lirait ces lignes, pour éviter les ellipses trop hermétiques. Quant à ce qui pourrait l'intéresser ou non, c'est une autre question. Là, je crois qu'il ne faut écouter que son inspiration: si l'on commence à spéculer sur les attentes d'un hypothétique lecteur, on se tire une balle dans le pied.

Unknown-copie-1.jpeg J'aimerais partager les odeurs des saisons, celle de l'hiver, maigre et âcre, presque coupante. Celle de l'automne, des feuilles mortes et du maïs chevelu: on se cache dans les feuilles arrachées, à la senteur inimitable, mélange des têtes mûres dorées et du début de la déliquescence... Parfois, tiédeur tardive d'une nature qui se prépare à l'hibernation, qui rougit la flore mais qui souffle du froid humide sous la chaleur des feuilles en décomposition. (...) 

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 4 Février 2013

 

 

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OCTOBRE, L'APRÈS-MIDI

 

Fanny sous le chêne auprès de moi sommeille

et depuis qu'elle dort tant de glands sont tombés

que pour elle je me chamaille avec tout ce brave feuillage:

elle m'a dit en m'embrassant de veiller sur son repos.

 

Mais le soleil lorgne à travers la dentelle des branches,

de sauvages guêpes chantonnent alentour avec furie.

Et le feuillage à coups de glands répond, réplique:

Un gland qui tombe appelle l'autre, ils ne peuvent rester sur l'arbre.

 

Fanny s'éveille et ses yeux pleins de sommeil sont bleus

et belles ses mains comme les mains d'une image sainte;

elle a soin d'apaiser ma querelle avec les feuilles et caresse

ma bouche, et pose un doigt sur mes dents mordeuses pour dire:

 

"Ne parle pas". C'est ainsi que naît le nouveau silence

et là-haut, fille du silence, une sifflante pluie

de six jours qui chasse les glands et sur nous

épingle, comme un crêpe noir, novembre.

 

traduction: Jean-Luc Moreau

 

 

OKTÓBER, DÉLUTÁN

 

Mellettem alszik a tölgy alatt Fanni,

s mióta alszik, annyi makk hullt a fáról,

hogy minden jámbor lombbal veszekszem érte,  -

mikor átkarolt, kérte, őrizzem pihenését.

 

De a nap kacsingat át fodrán a lombnak,

vad darazsak dudolnak körül haraggal.

És a lomb makkal felel és feleselget,

hulló makk makkot kerget, nem tud a fán maradni.

 

Fanni fölébred és álmos szeme kék,

keze oly szép, mint szentkép keze és gonddal

békít a lombbal, végigsímit a számon

s ujját ott tartja három harapós fogamon még,

 

hogy ne beszéljek. Így készül az új csend

és a csendből odafent sziszegve eső

hatnapos esső, mely elmossa a makkot

s mint fekete szallagot, úgy köti ránk a novembert.

 

1934. okt. 3.

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 2 Février 2013

Flaubert 

 

 

Il n'y a pas longtemps, j'ai reçu en cadeau de Muriel un petit livre caustique, plein de verve, de dérision, courte anthologie de bons mots qui épinglent les "écriveurs, écrivistes, écrivants, écrit-vents, écrivagues, écritiques; écrivoques, écriphages et autres écrimoires." (Claude Roy) Les critiques, les éditeurs, les académiciens, les poètes en ont pour leur grade, par leurs confrères, bien entendu. Jalousie ou regard juste? Ce dernier l'est bien moins lorsqu'il s'agit de sa propre production...

 

 

 

Chateaubriand: connu surtout par le beefsteak qui porte son nom.  (Flaubert)

 

Prodigieuse existence que celle de Cocteau: à sauter dans tous les trains en marche depuis 1906, on comprend que le coeur ait cédé!  (Paul Morand)

 

Duras n'a pas écrit que des conneries. Elle en a aussi filmé.  (Pierre Desproges)

 

Théophile Gautier: c'est l'huître dans une perle.  (Léon Daudet)

 

Hugo, sacerdoce, a toujours le front penché  -  trop penché pour rien voir, excepté son nombril.  (Charles Baudelaire)

 

Lamartine: un esprit eunuque, la couille lui manque, il n'a jamais pissé que de l'eau claire.  (Gustave Flaubert)

 

Henri de Régnier: quel homme charmant! Courtois, distingué, généreux, affable, décoré, d'une honnêteté scrupuleuse... je sais bien qu'il y a ses poèmes, mais que voulez-vous, personne n'est parfait.  (Laurent Tailhade)

 

 Voltaire a des patins. Il excelle à glisser sur toutes les surfaces. Il voit le fond, mais sans y pénétrer.  (Joseph Joubert)

 

Claudel, c'est du music-hall pour archevêque.  (Henri de Montherlant)

 

 

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