Publié le 9 Juillet 2010

ocean.jpgJe souhaite à vous tous un bel été ensoleillé (sans canicule)

à la plage ou à la montagne,

en visite culturelle ou en stage macramé,

ou simplement dans votre jardin, enfin,

à regarder pousser vos fleurs

ou vos tomates! 

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Rédigé par Flora

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Publié le 6 Juillet 2010

gilbert és én szentesenMarquer les anniversaires ne veut pas dire obligatoirement que le reste du temps, nous évacuons l'événement ou les personnes de notre mémoire mise en congé. Bien au contraire, ce sont plutôt nos morts qui, par miséricorde, s'éloignent de nous à une vitesse sidérale et nous devons gratter nos plaies pour raviver la douleur dans sa violence bienfaisante... et c'est une épicurienne qui l'affirme. 

Le 7 juillet signifie pour moi cette mémoire de tout instant, renforcée et concentrée en un seul jour : celui, capital, de la rencontre avec la mort. A travers celle de Gilbert, absurde, énigmatique, prémices d'un vide sidéral à combler, la mienne propre a fait ce jour-là un signe rapide et à peine perceptible, pour ne plus me lâcher, modifiant à jamais ma sensation de la vie. Comme si je devais apprécier chaque jour dans la plénitude du dernier. C'est un sentiment à la fois exaltant et douloureux. Obligation presque de ne pas perdre un temps devenu très précieux, conscience de devoir accomplir des choses éternellement ajournées par paresse ou par couardise. Qu'ai-je à perdre à les tenter ?  Un renom inexistant et non convoité ? Risquer le ridicule si j'échoue ? La belle affaire ! A ce stade, même le ridicule cesse d'être ce couperet définitif. Les tenter non pas pour obtenir l'approbation, le succès ou l'admiration, moteurs puissants des actions humaines à visée éternelle... Plutôt pour le plaisir de l'accomplissement de soi, pour le goût d'une compréhension plus profonde et plus globale d'un passage fugace parmi les vivants.

Ce sont eux, les vivants, forcément, qui se préoccupent du devenir de leur passage sur terre... Le souvenir qu'ils laisseront ne les concernera plus, une fois le parcours accompli. Ils ne le maîtriseront pas. Cette glorieuse incertitude donne à l'action humaine son caractère fragile, aléatoire et grandiose à la fois.

A ce jour, j'aurai passé plus que la moitié de ma vie avec un homme qui l'a marquée non seulement par la relative longueur de cette durée. Trente-trois ans. Je ne saurai jamais quelle aurait été ma vie sans cette rencontre où le hasard est devenu destin, avec les mots d'Alain Badiou. Destin qui est non seulement le mien mais aussi celui de mon fils, sa femme et leurs enfants, leur vie engendrée ou modifiée par le même hasard. Et la chaîne continuera pour leur descendance qui n'existerait pas non plus sans cette rencontre fortuite...

(photo très amateur, prise l'année de notre rencontre)

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Rédigé par Flora

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Publié le 2 Juillet 2010

Cercueil-illo.jpgAllez, j'y vais... puisqu'il faut bien y aller ! Par cette chaleur insoutenable, j'ai du mérite ! Plus qu'il n'en a eu, lui, durant les quarante-huit ans que nous avons passés ensemble. Non, pas ensemble, côte à côte...

   Si j'attends encore, les fleurs seront bonnes à jeter. L'eau est déjà tiède dans le seau, pourtant, je viens de le remplir et d'y poser les fleurs. De toute façon, elles ne tiendront pas la journée...

   Ca fait douze ans que je vais le voir aussi souvent que je peux. Plusieurs fois par mois, en tout cas. Le regard des voisins n'est pas la seule raison : une tombe mal entretenue et on se retrouve sur le bout de la langue du village ! Toutes ces mégères grasses qui n'ont rien d'autre à faire pour meubler la vacuité de leur existence... Je préfère soigner l'image du couple uni qui ne s'est jamais donné en spectacle. La respectabilité même... Cependant, il y a autre chose.

   J'étais trop jeune quand nous nous sommes mariés, à peine 17 ans. Lui, onze de plus. Je ne voulais pas encore me marier. Mais la vraie raison, personne ne devait la connaître. Personne ne voulait l'entendre non plus. Je n'étais pas amoureuse.

   Même maintenant, j'ai du mal à prononcer ces mots, comme si l'aveu à haute voix leur conférait un écho si assourdissant que tout le monde serait au courant, y compris les morts.

   Ma mère s'en était-elle doutée ? Les femmes possèdent un sixième sens pour cela. En tout cas, elle ne s'en souciait guère : l'essentiel était de se débarrasser de moi avec bonne conscience, me confiant à ce jeune homme sérieux et jovial qui semblait très épris.

   Rien ne m'attirait en lui : alors que je rêvais de grands blonds aux yeux bleus, il était petit et brun, couvert de poils noirs et frisés, sauf la tête dont il cachait la calvitie avancée sous un béret.

   Il a tout fait pour attirer mes faveurs que je rendais inaccessibles sous des airs de vierge effarouchée, alors que je voulais tout simplement lui faire payer son entêtement de m'épouser sans amour... Bien sûr, j'étais flattée d'être fiancée devant les filles de mon âge, tout en espérant que la nuit de noce n'arriverait jamais...

   Quarante-huit ans côte à côte... On se fait à tout... à toutes les corvées... Maintenant qu'il m'en a libérée, bizarrement, je me mets à le regretter. Ces fleurs que je m'impose figurent la dette pour le sentiment que je lui ai refusé jusqu'au bout...

texte et illustration : T. R. (alias flora)

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Rédigé par Flora

Publié dans #microfictions

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