Publié le 23 Février 2014

Le pouvoir des mots...

Extraordinaire pouvoir des mots! Nos réunions autour de la littérature ont lieu tous les mois, depuis sept ans maintenant. Qu'il neige, qu'il vente, qu'il fasse beau (plus rarement), les fidèles se réunissent chez Mu, Richarda ou moi, pour écouter les mots des poètes, des écrivains, des théâtreux...

J'écris "fidèles" comme s'il s'agissait de messes étranges où l'on se presse à la recherche d'une spiritualité qui offrirait une échappatoire à la grisaille du quotidien. A l'époque où les distractions sont commerce florissant - souvent moyen puissant pour abrutissement massif - un besoin d'authentique refait surface. En dépit des pronostics défaitistes qui prévoient régulièrement la disparition de la littérature, ces moments de recueillement autour des mots nous font du bien.

Nous choisissons un thème ou un auteur autour duquel s'organise la lecture. En ce qui me concerne, je suis sans doute la mieux placée dans l'assemblée pour parler de la littérature hongroise, si peu connue en France ou de la littérature russe que je ressuscite des brumes lointaines de mes études d'antan... Dans ces cas, je n'hésite pas à donner un échantillon de la sonorité de la langue d'origine, si importante pour la poésie en particulier.

Vendredi dernier, la soirée s'articulait autour des textes qu'on aurait aimé inspirer ou écrire... Choix difficile! Chacun arrivait avec sa petite liasse de feuilles et nous nous lancions la balle à tour de rôles. Parfois, l'émotion tremblait dans l'air...

"... Car l'automne est là. On gaule les noix et les murs de la chambre

filtrent le goutte-à-goutte du silence

libère la tourterelle rêveuse sur ton épaule

les feuilles tombent et dans le gel qui approche

le champ roide s'écroule

entends-tu le silence de la chute?

Ô ma douce, gardienne des saisons, je t'aime!

ô jamais n'aimerai d'autre que toi."

(Miklós Radnóti: "Poème d'amour" extrait trad. R.T. et M.V.)

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #littérature

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Publié le 19 Février 2014

Mon père

Le 18 février, hier, mon père aurait eu 92 ans. Il est tombé soudain, après avoir préparé le café du matin. Son coeur s'est arrêté, après quelques années de fatigue intense qui faisaient ressembler ses électrocardiogrammes à des montagnes russes déréglées...

C'est arrivé le 4 novembre 1995, le même jour qu'à Yitzak Rabin. J'avais l'impression que ce dernier l'avait injustement éclipsé pour le monde entier. Sauf pour moi et quelques autres personnes. Il n'avait que 73 ans.

Nous nous ressemblions trop pour que cela ne génère des disputes sans fin à mon adolescence. Chacun de nous voulait avoir le mot de la fin. C'est lui qui l'a eu.

Une foule d'images se bousculent dans ma tête. Gros plans sur un détail, sensations lointaines et si vivantes pourtant. Il faudrait des dizaines et des dizaines de pages.

La phrase de ma mère comme une habitude: "Demande à ton père, il le saura." Et il savait nous dépatouiller des devoirs de maths et de physique piégeux, dessiner le paysage d'hiver avec l'étang gelé pour illustrer la rédaction, fabriquer un traîneau pour les glissades et réparer les queues de casseroles... En hiver, il confectionnait des corbeilles en osier et des balais qu'il vendait au marché. Sans parler des citrouilles au goût du miel, cuites dans le fourneau construit savamment de ses mains, que les clients venaient chercher à la maison.

Il vivait, respirait au rythme de la nature. Il aimait cette fatigue-là, après une journée torride bien remplie, où "tomber de fatigue" est à prendre au pied de la lettre. Et le sommeil profond est un grand réparateur.

C'était un conteur hors pair. Il m'a donné, entre autres, le goût des histoires.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoire

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Publié le 15 Février 2014

Elle a attendu la Saint-Valentin et s'en est allée, discrètement comme elle a vécu ses 102 années... Fanni, la muse et veuve de Miklós Radnóti, l'immense poète hongrois de la première moitié du vingtième siècle. La photo ci-jointe est usée, à peine visible. Elle a été retrouvée dans la poche du pardessus de Radnóti, avec ses derniers poèmes, deux autres photos d'elle, sa dernière lettre qui contenait une prière implorant la protection de Dieu pour son mari dans les souffrances du camp de travail... Cette prière n'a pas été entendue: on a retrouvé le corps du poète dans une fosse commune, à la fin de la guerre. Assassiné.

Etrange et magnifique pouvoir de la poésie! Par sa force et sa beauté, elle lui a ménagé une place de choix aux côtés de son poète de mari, dans l'immortalité...

 

Miklós Radnóti (1909-1944) : Ode à peine (Tétova óda)

Publié le 11 Février 2010 sur ce blog

Miklós RADNÓTI : ODE A PEINE

 

Depuis quand je me prépare pour te révéler

la galaxie secrète de mon amour

je cherche une seule image, l’unique, l’essentielle.

Tantôt bruissante, déferlante en moi, tu es comme l’existence

tantôt immobile et éternelle

tel un fossile dans la pierre, pétrifié.

L’opacité soyeuse de la lune frémit au-dessus de ma tête

la nuit reste à l’affût de rêves minuscules qui s’échappent.

Et je ne peux toujours pas te dire

cette sensation en moi provoquée

par ton regard protecteur sur ma main qui écrit…

Les images ne valent rien. Elles surgissent, je les jette.

Et demain, je recommence tout

car je n’ai que le verbe

et ce que vaut mon poème en moi

d’une poignée de cheveux au dernier de mes os.

Tu es fatiguée, je le ressens aussi, la journée fut longue -

que dire de plus ? le regard des objets s’entrecroise

et chante ta louange, un morceau de sucre
résonne, la goutte de miel retombe

sur la nappe comme une perle d’or,

le verre à eau vide tinte seul.

Heureux de partager ta vie. Aurai-je encore le temps

de dire sa joie dans l’attente de ta venue?

L’obscurité floconneuse du songe te frôle

elle s’envole puis se pose sur ton front.

Tes yeux mi-clos me font signe encore

tes cheveux se dénouent, se répandent comme une flamme,

et tu t’endors. L’ombre allongée de tes cils frémit.

Ta main s’alanguit sur mon oreiller, branche assoupie de saule,

et par toi, je m’endors aussi, habitant du même monde.

Et j’entends venir jusqu’à moi la métamorphose

de toutes les lignes mystérieuses, fines et sages

de ta paume fraîche.

traduction: Rózsa Tatár avec la collaboration de Muriel Verstichel

Fanni s'en est allée...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #poésie

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Publié le 14 Février 2014

Pour la Saint-Valentin

Pendant longtemps, je n'ai pas entendu parler de la fête de Saint-Valentin. De plus, nous n'aimions pas cette façon qu'a le marketing commercial à vous forcer la main, en créant artificiellement des fêtes de tout, pour combler les creux du trafic.

Je n'aurai jamais fêté la Saint-Valentin. Tant pis.

Bien sûr, la plupart de ces artifices finissent par "prendre": comment résister aux injonctions de déclarer votre flamme, flamboyante ou pâlissante, à votre amoureu(x)se, aux promesses d'une soirée romantique, au moins une fois l'an? De souffler un peu sur la braise qui réchauffera les coeurs assoupis par la routine du quotidien?...

Rien que pour cela, bonne Saint-Valentin à tous!

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #voeux

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Publié le 9 Février 2014

Un dimanche matin fait de petits riens...

Parfois, le soleil risque un coup d'oeil frileux sur le jardin, trempé, balayé par des coups de vent violents. J'y ai même accroché du linge à sécher: j'aime bien l'odeur de fraîcheur qui en émane lorsque je le rentre dans la maison calfeutrée.

Le camélia est couvert de boutons... Si l'hiver, le vrai, le glacial se décide à s'installer tardivement, il n'y aura pas de fleurs, pour la troisième année consécutive. Les boutons tomberont, noircis, stériles.

Je traîne en pyjama jusqu'à pas d'heure dans la matinée, comme les lève-tard aux nuits raccourcies... Je n'ai plus de compte à rendre à personne. Consolation appréciable qui devient rapidement une parcelle de liberté jalousement gardée.

Je suis en train de décrire un week end solitaire, fait de petits riens. Dans un rythme qui me rappelle certains films tournés au ralenti, comme dans un brouillard voulu poétique... mais il est peut-être seulement lugubre.

Parfois, l'étroitesse apparente de cette petite vie m'effraie... Pourtant, je m'y sens installée comme dans un repos réparateur après une vie trépidante et épuisante. Je savoure le calme, les caresses des rares rayons de soleil sur des détails familiers.

J'ouvre mon frigo pour me laisser tenter par un carrelet fraîchement acquis. Pendant que les petits légumes mijotent doucement "à l'étouffée", je monte à la salle-de-bains et j'ouvre la fenêtre de ma chambre sur l'avenue bruyante pour humer la couleur du jour...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #ressenti

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Publié le 5 Février 2014

"Du bonheur, un voyage philosophique"

Le bonheur... Vaste mirage! Chacun a son petit avis sur la question, selon son tempérament ou ses expériences. Nous avons tous éprouvé, au moins une fois dans la vie, cette poussée d'endorphines, appelées aussi "hormones du bonheur", (fabriquées par l'hypothalamus et dont l'effet est proche des opiacés) qui nous a hissés momentanément sur un petit nuage...

Les artistes se sont emparés du sujet dans tous les domaines de la création. Il faut constater cependant que son manque sert plus souvent de source d'inspiration que son trop-plein! Le romantisme a fait son pain béni des histoires malheureuses et des torrents de larmes... Quand la souffrance est belle, le bonheur semble presque vulgaire!...

Une époque cynique nie son existence. Parallèlement, elle donne naissance à une quête désespérée...

Qu'en pensent d'éminents philosophes à travers les millénaires? Épicure à la recherche de "la vie heureuse" (ou "sage"), Bouddha ou Spinoza, notre Montaigne qui en décrit la pratique, la mettant à la portée de l'homme ordinaire qu'il prétend être, et beaucoup d'autres encore...

C'est le sujet du livre de Frédéric Lenoir, infatigable sondeur de notre vie intérieure, à la recherche de la sérénité qui pourrait bien être un sens moderne de la vie.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Les mots des autres

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