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Publié le 12 Avril 2015

Aujourd'hui, c'est le jour d'anniversaire d'Attila József qui est, pour beaucoup, le plus grand poète hongrois du vingtième siècle. Il a vécu 32 ans, mort sous un train le 3 décembre 1937.

Le jour de son anniversaire est instauré Journée de la Poésie en Hongrie.

Devenu icône, mythe, le moindre détail accessible de sa courte vie est disséqué, étudié; des témoins partageant ce parcours trop vite interrompu s'attirent un lambeau d'éternité en en dévoilant un bout intime. Des passions se déchaînent, en se l'appropriant.

32 ans, c'est trop tôt pour mourir. On ne peut s'empêcher de regretter nombre de chefs d'oeuvre jamais écrits, d'imaginer la maturité en marche pour une création apaisée... Peut-être. Mais les étoiles filantes finissent rarement en retraités paisibles, radotant sur les grandes leçons à dispenser aux ouailles admiratives...

 

(ÉN, KI EMBERKÉNT...)

Én, ki emberként vagyok, élve, boldog,

mint olyan dolgok, mik örökre szólnak,

hadd kiáltom szét az egeknek újból -

Flóra, szeretlek!

 

 

Ajkaidról lágy lehü, száz varázslat

bűvöl el, hogy hű kutyaként figyeljem

könnyű intését okos ujjaidnak,

mint leszek ember.

 

 

Flóra, karcsú, szép kehely, állsz előttem,

mint csokor van tűzve beléd a mennybolt,

s napvirág felhők, remegő levél közt

hajlik az estnek.

 

 

Lelkemen szöktet, paripán, a képed,

épp csak érintvén vizeket, mezőket.

Két szemedből fűre, bogárra, tiszta

értelem arad.

 

 

Este van, mindent körüláll a csillag,

lásd, a mindenség aranyos kalitka,

benne itt vagy, én csevegőm, oh itt vagy,

rabmadaracskám!

 

 

MOI SI HEUREUX...

Moi, si heureux en tant qu'homme vivant,

Moi tels les mots parlant pour l'éternel,

Ah! que je crie au ciel, comme toujours:

Ô ma Flóra, je t'aime!

 

 

Un souffle doux et mille sortilèges

De toi m'ont fait ton chien obéissant;

Tes sages doigts, le signe qu'ils m'adressent

Me font être homme enfin!

 

 

Toi, belle et large coupe, tu es là,

Le ciel en toi est un bouquet de fleurs,

Fleurs de soleil, nuages, feuilles vives

Contre le soir se penchent.

 

 

Mon âme, destrier, tu la chevauches:

Les eaux, les champs, à peine il les effleure!

De tes beaux yeux couvrant herbes, insectes,

Jaillit la raison pure.

 

 

C'est le soir, tout autour sont les étoiles,

Vois l'univers, cette cage dorée...

Et comme elle t'enferme, ô mon petit

Oiseau emprisonné!

 

(traduction: Lucien Feuillade)

 

Lectures recommandées en français:

"Esprits nomades" - site très riche de Gil Pressnitzer (http://www.espritsnomades.com/sitelitterature/jozsefattila/attilajozsef.html)

"Attila Jozsef: Aimez-moi L'Oeuvre poétique" éditions Phébus 2005

Attila Jozsef, étoile filante... (1905-1937)

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Publié le 9 Novembre 2014

Le 9 novembre 1944, Miklós Radnóti, un des plus grands poètes hongrois du vingtième siècle tombe sous les balles de la milice qui accompagne la marche forcée des prisonniers juifs. Il est enseveli dans une fosse commune et on le retrouvera bien plus tard, avec son carnet contenant ses derniers poèmes dans la poche de son pardessus. Il a 35 ans.

Septième églogue

(...)

Le camp est endormi - le vois-tu, mon amour? - l'air est froissé de rêves;

un qui ronfle là-bas sursaute et puis se tourne sur la planche étroite et déjà

se rendort, et son visage rayonne. Assis là je suis seul éveillé;

je sens la cigarette à demi fumée dans ma bouche au lieu du goût de tes baisers,

et point ne vient le sommeil qui soulage,

car je ne sais plus ni mourir, ni vivre sans toi désormais.

Lager Heidenau, dans la montagne au-dessus de Zagubica, juillet 1944

(traduction: Jean-Luc Moreau)

Hetedik ecloga

(...)

Alszik a tábor, látod-e drága, suhognak az álmok,

horkan a felriadó, megfordul a szűk helyen és már

ujra elalszik s fénylik az arca. Csak én ülök ébren,

féligszítt cigarettát érzek a számban a csókod

íze helyett és nem jön az álom, az enyhetadó, mert

nem tudok én meghalni se, élni se nélküled immár.

Lager Heidenau, Zagubica fölött a hegyekben, 1944 július

photo d'identité retrouvée dans sa poche lors de l'exhumation de la fosse commune

photo d'identité retrouvée dans sa poche lors de l'exhumation de la fosse commune

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Publié le 22 Septembre 2014

"Les chefs d'oeuvre murissent non seulement sur les murs et les étagères. Dans notre esprit aussi, sans que nous ayons besoin de les revoir, les relire. Le vrai Musée imaginaire est toujours avec nous, dans notre cerveau; notre imagination les retouche sans arrêt, et eux - comme en retour - nous dévoilent ainsi leur nature et leurs secrets, et en même temps, nous gratifient généreusement, tels les malades aisés récompensant leurs médecins."
(Gyula Illyés: Dans la barque de Charon")

"A remekművek nemcsak a falon s a polcon érlelődnek. Elménkben is, anélkül, hogy újra kellene látnunk, olvasnunk őket. Az igazi Musée Imaginaire állandóan velünk van, az agyunkban; képzeletünk szüntelenül retusálja őket, ők viszont - mintegy viszonzásul - egyrészt most fedik csak föl természetüket s titkaikat, másrészt méltóan csak most jutalmaznak meg bennünket, egyidőben, olyan formán is, mint a módos betegek az orvosaikat."
(Illyés Gyula: Kháron ladikján")

Une citation de Gyula Illyés

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Publié le 9 Mai 2014

   "Je sentais les odeurs du crayon. Je les ai senties une par une; l'odeur du vernis, celle du bois taillé, celle de la mine de plomb friable. Je sentais même les odeurs du canif, une par une; celle, métallique, de la lame, celle du manche en corne et même l'odeur de ce que j'avais coupé auparavant.

   Et les minutes étaient pleines de la même manière. Je jouissais du temps, j'avais faim et soif de la moindre de ses parcelles et cela, non seulement avec l'unique organe de l'odorat mais avec tous les vingt mille autres.

   Et j'étais capable de percevoir le temps. Et je connaissais sa valeur. La valeur de chaque heure? Celle de chaque instant. (...)" 

 

"Éreztem a ceruza illatait. Külön-külön valamennyit; a festék illatát,

a megfaragott fáét, a porló grafitét. A bicsak illatait is éreztem; egyenként

ezen is a penge vasáét, a nyél szarujáét és hogy előzően mit vágtam vele.

És éppen így voltak telítve a percek is. Az időt éppígy élveztem; így

éheztem-szomjaztam minden darabkájára s nemcsak azzal az egy szagló

érzékszervemmel, hanem mind a húszezerrel.

S föl is tudtam fogni az időt. És értékét is tudtam. Minden órájának?

Minden pillanatának. (...)"

 

 

 

Gyula Illyés: Dans la barque de Charon (extrait)

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Publié le 19 Avril 2013

246481_10150994923234855_482038796_n.jpg Il existe plusieurs versions de ce poème en français. A chacun en choisir la sienne. Ceux qui connaissent le hongrois, une fois de plus, constateront que, décidément, "traduction = trahison", le poème n'obéit qu'à sa propre musicalité, profondément ancrée dans sa langue d'origine...

 

A szél, a hab, az agy

 

A szárnyalást, a madarat

a szél, a céltalan eszelte ki.

 

A halakat

a habjai gyötörte tenger.

 

A táncot, a verset, a dalt

az észnélküli

végtelenség-dobálta ember.

 

      

Le vent, le flot, le cerveau

 

L'envol, et l'oiseau ont été

imaginés par le vent, l'inutile.

 

Les poissons,

par la mer tourmentée par ses flots.

 

La danse, le poème et le chant

par l'homme irraisonné,

balloté par l'infini.

               traduction: László Pödör

 

 

Le vent, le flot, l'esprit

 

L'envol et l'oiseau sont nés,

par le vent fol inventés.

 

Les poissons,

de la mer tourmentée par ses flots.

 

La danse, le chant, le poème,

de l'homme irraisonné,

que l'infini ballotte.

           traduction: Anne-Marie de Backer

 

 

Le vent, l'écume, le cerveau

 

Le vol, l'oiseau

ont été inventé par le vent inconscient.

 

Les poissons par les eaux

de la mer blessée d'écumes.

 

Danse et poème et chant

par l'homme sans cerveau

quel'infini consume.

        traduction: György Tímár

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Publié le 4 Février 2013

 

 

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OCTOBRE, L'APRÈS-MIDI

 

Fanny sous le chêne auprès de moi sommeille

et depuis qu'elle dort tant de glands sont tombés

que pour elle je me chamaille avec tout ce brave feuillage:

elle m'a dit en m'embrassant de veiller sur son repos.

 

Mais le soleil lorgne à travers la dentelle des branches,

de sauvages guêpes chantonnent alentour avec furie.

Et le feuillage à coups de glands répond, réplique:

Un gland qui tombe appelle l'autre, ils ne peuvent rester sur l'arbre.

 

Fanny s'éveille et ses yeux pleins de sommeil sont bleus

et belles ses mains comme les mains d'une image sainte;

elle a soin d'apaiser ma querelle avec les feuilles et caresse

ma bouche, et pose un doigt sur mes dents mordeuses pour dire:

 

"Ne parle pas". C'est ainsi que naît le nouveau silence

et là-haut, fille du silence, une sifflante pluie

de six jours qui chasse les glands et sur nous

épingle, comme un crêpe noir, novembre.

 

traduction: Jean-Luc Moreau

 

 

OKTÓBER, DÉLUTÁN

 

Mellettem alszik a tölgy alatt Fanni,

s mióta alszik, annyi makk hullt a fáról,

hogy minden jámbor lombbal veszekszem érte,  -

mikor átkarolt, kérte, őrizzem pihenését.

 

De a nap kacsingat át fodrán a lombnak,

vad darazsak dudolnak körül haraggal.

És a lomb makkal felel és feleselget,

hulló makk makkot kerget, nem tud a fán maradni.

 

Fanni fölébred és álmos szeme kék,

keze oly szép, mint szentkép keze és gonddal

békít a lombbal, végigsímit a számon

s ujját ott tartja három harapós fogamon még,

 

hogy ne beszéljek. Így készül az új csend

és a csendből odafent sziszegve eső

hatnapos esső, mely elmossa a makkot

s mint fekete szallagot, úgy köti ránk a novembert.

 

1934. okt. 3.

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Publié le 4 Décembre 2012

pim foto 37 kC'est le dernier poème de Attila józsef, écrit 9 jours avant sa mort, chez ses soeurs dans la petite pension au bord du lac Balaton.

..."le 3 décembre, dans la soirée, il quitte silencieusement la maison pour une brève promenade. Les jours précédents, il a reçu la visite de quelques amis, a fait ses adieux par lettre à quelques autres (...). Avant de franchir le seuil, il lance aux siens cette simple phrase, qui continuera de résonner longtemps dans la mémoire de sa soeur Jolán  -  et aujourd'hui dans la nôtre: "Si je tardais, laissez la porte ouverte..."

    Dans la petite gare voisine, un train de marchandises est à l'arrêt. Attila se couche sur le ballast entre deux roues, pose son cou et sa main droite sur le métal froid  -  ce fer qui toujours eut pour lui le goût de la mort... Personne, dans la nuit tombée, n'a remarqué sa présence. Peu de temps après, le train s'ébranle...

   Horreur pure que cette dernière image d'un homme qui à ce point se punit: punit cette tête trop pleine de visions, coupable de l'avoir fait poète; punit la main à plume qui l'a si loyalement servi. Une mutilation qui devait, selon l'injonction d'un cauchemar récurrent, le réduire enfin à rien. A ceci près que l'oeuvre, en cette heure vouée au châtiment, était pour jamais écrite; et que nous continuons à y entendre, par delà la mort, un coeur battant." (Georges Kassai et Jean-Pierre Sicre, éditions Phébus, 2005) 

 

VOICI QU'ENFIN J'AI TROUVÉ MA PATRIE

Voici la terre où mon nom s'écrira

Sur mon tombeau sans qu'on me l'estropie,

Si veut m'enterrer qui m'enterrera.

 

Le sol me prend comme une tirelire

Puisqu'aussi bien le vieux sou que je suis,

Ce pauvre sou de fer, qui le désire,

Ce vieux sou de guerre au jour d'aujourd'hui?

 

Nos anneaux de fer, qui donc en a cure?

De bien beaux mots on y grava pourtant:

"Droit", "Sol", "Monde nouveau". La guerre dure.

Les anneaux d'or sont bien plus éclatants.

 

Je suis resté seul pendant des années,

Puis des gens vers moi sont venus nombreux

Dire qu'être seul c'est ma destinée.

Avec eux pourtant j'eusse été heureux.

 

Ainsi vainement a passé ma vie.

Sur moi je regarde et, je le vois bien,

J'ai fait le bouffon de façon suivie,

Ma mort non plus ne peut servir à rien.

 

Le printemps, l'été sont beaux, qui le nie?

L'automne est plus beau; quand l'hiver est fait

Pour qui n'espère un foyer, la famille

Que pour autrui, mais pour soi plus jamais.

1937

traduction: Guillevic, d'après Ladislas Gara

 

IME, HÁT MEGLELTEM HAZÁMAT...

a földet, ahol nevemet 

hibátlanul írják fölébem, 

ha eltemet, ki eltemet.

 

E föld befogad, mit a persely,

Mert nem kell (mily sajnálatos!)

a háborúból visszamaradt

húszfilléres, a vashatos.

 

Sem a vasgyűrű, melybe vésve

a szép szó áll, hogy új világ,

jog, föld.  -  Törvényünk háborús még

s szebbek az aranykarikák.

 

Egydül voltam én sokáig.

Majd eljöttek hozzám sokan.

Magad vagy, mondták: bár velük

voltam volna én boldogan.

 

Így éltem s voltam én hiába,

megállapíthatom magam.

Bolondot játszottak velem

s már halálom is hasztalan.

 

Mióta éltem, forgószélben

próbáltam állni helyemen.

Nagy nevetség, hogy nem vétettem

többet, mint vétettek ellenem.

 

Szép a tavasz és szép a nyár is,

de szebb az ősz s legszebb a tél,

annak, ki tűzhelyet, családot

már végképp másoknak remél.

 

(Bizarrement, dans la traduction, il manque l'avant dernière strophe... La voici traduite littéralement: "depuis que je vis, j'essaie de tenir en place dans le tourbillon. Ridicule, mais je n'ai pas fait plus de mal aux autres qu'eux ne m'avaient fait")


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Publié le 25 Octobre 2012

 

Quelqu'un marche sur la cime des arbres

 

Quelqu'un marche sur la cime des arbres

qui allume ton étoile et l'éteint

seul n'a pas peur celui que l'espoir

a totalement abandonné

 

moi j'ai peur j'espère encore

cette miséricorde me garde

la peur ma providence

jusqu'ici m'a fait escorte

 

quelqu'un marche sur la cime des arbres

au moment de ma chute

embrasera-t-il encore à mon

feu une étoile nouvelle


ou me réduira-t-il en un seul

et unique grain sombre

sans faire luire mon âme

sur une étoile naissante

 

quelqu'un marche sur la cime des arbres

on le dit maître de tout grain de poussière

on dit qu'il est l'espoir même

on dit qu'il est la peur même

traduction: Claire Anne Magnès

 

Valaki jár a fák hegyénDownloadedFile

 

valaki jár a fák hegyén
ki gyújtja s oltja csillagod
csak az nem fél kit a remény
már végképp magára hagyott


én félek még reménykedem
ez a szorongó oltalom
a gondviselő félelem
kísért eddig utamon


valaki jár a fák hegyén
vajon amikor zuhanok
meggyújt-e akkor még az én
tüzemnél egy új csillagot


vagy engem is egyetlenegy
sötétlő maggá összenyom
s nem villantja föl lelkemet
egy megszülető csillagon


valaki jár a fák hegyén
mondják úr minden porszemen
mondják hogy maga a remény
mondják maga a félelem


Hargitafürdő, 1994. október 30-31.


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Publié le 11 Septembre 2012

Unknown-1.jpeg Les visiteurs de ce blog connaissent le nom de l'écrivain hongrois Sándor Márai, mort en exil en 1989, un des écrivains importants du vingtième siècle européen. Il a quitté la Hongrie après la venue au pouvoir des communistes mais la langue hongroise est restée sa patrie. Ses livres y étaient interdits jusqu'au changement du régime. J'ai déjà publié plusieurs extraits de son livre "Mémoires de Hongrie" sur ce blog. Son roman "Les Braises", publié aux éditions Albin Michel en 1995, a été au départ d'un succès fulgurant à travers le monde, un roman écrit en majeure partie sous forme de dialogues. La confrontation entre les deux personnages, Conrad et le général, a été adaptée à la scène par Claude Rich et jouée par lui-même en compagnie de Bernard Verley, en 2003. 

 

 (...) En effet, nous vieillissons tout doucement, dit le général. Tout d'abord, c'est notre joie de vivre et de voir nos semblables qui s'émousse. Peu à peu, le sens de la réalité prédomine en nous. Nous pénétrons mieux le sens des choses et nous assistons avec ennui à la succession des événements qui se répètent. Le noter est déjà un signe de vieillesse. 

(...) Puis, c'est le corps qui se met à vieillir. Pas non plus brusquement... d'abord, c'est notre vue qui baisse, puis c'est notre estomac ou notre coeur... ou, éventuellement nos jambes commencent à se sentir fatiguées. Oui, la vieillesse avance lentement; elle s'étend peu à peu à notre âme. Elle est encore pleine de désirs nostalgiques et de souvenirs, elle recherche encore la joie. Quand elle renonce aussi à désirer et à espérer, il ne reste plus que les souvenirs et la vanité de toutes choses. Arrivé à cette étape, on est réellement, irrémédiablement vieux. (...)

traduction: Marcelle et Georges Régnier

 

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Publié le 3 Juillet 2012

533380_366364856762016_1096005710_n.jpg Magda Szabó que les lecteurs français connaissent surtout depuis 2003, l'année où elle a obtenu le prix Fémina étranger pour son roman "La Porte", s'est éteinte en 2007, à 90 ans, un livre à la main. "Liber Mortis" (Livre des Morts), un journal qu'elle a tenu entre 1982 et 1990, n'est autre qu'un cri de douleur incessante, inspirée par la mort de son mari, l'écrivain Tibor Szobotka, injustement mésestimé et condamné au silence par le régime communiste. Trente-deux ans de vie commune, un amour intense et réciproque la laissent inconsolable. 

 

 (...) Je t'aime. Je dois l'écrire encore, je l'écris sans cesse: je t'aime. Mon amour, mon chéri, ne t'éloigne pas de moi, ne laisse pas la douleur s'atténuer. Que je reste, tremblante, en pleurs, en détresse, celle qui était à toi, qui t'aidait à vivre, qui te tenait la main, qui était tout pour toi et pour qui tu étais tout. Je préfère la souffrance jusqu'à la mort, pourvu que tu m'aimes, pourvu que je puisse t'aimer. Fais-moi signe, il est minuit, je t'attends comme d'habitude. Fais-moi signe. A l'instant, tu as fait tomber une cuillère, tu dois être tout près. Je vais me laver, me brosser les dents, ouvrir le lit, puis j'attends. Peut-être rêverai-je de toi. Je dors si peu, malgré toutes ces drogues, six heures tout au plus, cinq plus probablement. J'ai encore maigri; pourtant, je dois continuer à vivre, trop de travail, de larmes aussi, et pas assez de nourriture. Mais je n'ai besoin de rien, c'est de toi que j'aurais besoin. (...)

traduit par R. T. 

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