Publié le 31 Janvier 2016

Odilon Redon (1840-1916)  *  Extrait de son Journal

J'aime les écrits intimes, journaux de bord, correspondances, mémoires... J'aime les lire - et les pratiquer. Face à son cahier, stylo feutre à la main qui court avec souplesse sur la feuille blanche immaculée (ambiguïté assumée: est-ce la main ou le stylo qui court?), le diariste se recentre autour de ses réflexions, ses sensations, librement, dans l'élan spontané des mots qui affluent, attrapant au vol ceux qui semblent les plus justes.

J'ouvre le Journal d'Odilon Redon au hasard, à la page 105.

"Le talent est, après tout, le pouvoir acquis de faire fructifier des dons naturels; les notions de l'expérience nous y aident, l'amour des Maîtres aussi, mais j'entends ceux que nous aimons, et non pas ceux que nous choisissons. Certains artistes de mon temps, que j'ai vu débuter avec promesse, se sont perdus pour avoir choisi les Maîtres qu'ils devaient aimer. Leur intelligence les a perdus dans la recherche du bien et du mal; ils ont touché au fruit défendu.

Il faut aimer naturellement, indolemment, pour la joie, pour celle que nous recevrons un jour, comme une grâce. Et c'est proclamer la nécessité du loisir.

Le loisir n'est pas un privilège; il n'est pas une faveur; il n'est pas une injustice sociale: il est la nécessité bienfaisante par quoi se façonnent l'esprit, le goût, le discernement de soi-même."

(Odilon Redon: A soi-même Journal 1867-1915 éd. José Corti1961 4e tirage 2011)

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #citations, #réflexions

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Publié le 25 Janvier 2016

"Je savais que le bien comme le mal est affaire de routine,

que le temporaire se prolonge, que l'extérieur s'infiltre au-dedans,

et que le masque, à la longue, devient visage."

(Marguerite Yourcenar: "Mémoires d'Hadrien")

Des masques... Je crois que nous en portons tous. Les plus faciles à déceler, ce sont ceux des acteurs: à la fin du spectacle, sous les applaudissements, leurs visages tout d'un coup changent d'aspect. Jusqu'alors, ils donnaient l'impression de porter celui de leurs personnages incarnés. En saluant le public, ils retrouvent le leur, comme "dénudé".

Dans la vie "réelle", dans la société, au travail, entre amis, jusque dans la famille peut-être, nous revêtons nos masques adéquats. Celui que les circonstances exigent de nous. Le gendarme qui vous contrôle sur la route, porte le masque de l'intransigeance, le psychanalyste demeure neutre et impénétrable, l'amuseur de service à la télé garde la grimace permanente de la bonne humeur. Notre sourire jovial dissimule nos rancoeurs refoulées afin de préserver les bonnes relations entre amis. Et la famille? En principe, c'est le terrain qui nous autoriserait le plus à être nous-mêmes. En réalité, ce n'est pas si simple. Je peux garder mon sourire joyeux pour cacher les tempêtes d'angoisse qui sévissent au fond de moi, pour ne pas inquiéter ceux que j'aime. Les enfants en premier lieu, car ils réagissent souvent en sismographes ultrasensibles...

Alors, pour faire tomber ce masque protecteur - qui peut devenir une prison - il faut s'abandonner. Ce n'est pas facile! A certains moments, un drame, une dispute, un cataclysme font tomber les murs de protection. Parfois, cet abandon de soi jusque là verrouillé survient dans une relation amoureuse si la confiance est gagnée. Plus rare que l'on n'imagine. C'est pour cette raison que la trahison est si douloureuse...

Seul(e) devant sa glace, fait-on tomber le masque? Je n'en suis pas sûre. Pas toujours, du moins.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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Publié le 17 Janvier 2016

Soleil d'hiver

La météo nous prédit le début du vrai hiver: verglas, neige, des degrés en dessous du zéro. Après tout, rien de plus normal pour un mois de janvier.

Pourtant, je ne peux m'empêcher d'y penser avec une certaine angoisse. Je me vois arpenter les trottoirs glissants, à petits pas crispés et prudents comme les petites vieilles craignant la chute fatale qui les clouerait sur leur fauteuil pour le restant de leurs jours... Où est la jeune femme qui affrontait les frimas sans crainte, la neige épaisse et gelée pendant des mois, sans même écouter les présages anxiogènes de la météo...? A quoi bon coller l'oreille religieusement, plusieurs fois par jour, sur les prévisions, alors qu'il suffit de regarder par la fenêtre pour savoir le temps qu'il fait! Quant le à prévoir, cela ne changera en rien le déroulement des choses, mise à part l'anxiété générée à l'avance.

Le soleil est bas mais il gagne quelques minutes de rabiot tous les jours. Je contemple sa progression sur les statuettes de la cheminée, passant sur l'élégante aiguière en cuivre sur la petite table ottomane, souvenirs d'Istanbul qui me ramène immanquablement vers la boutique de Kato dans le Grand Bazar, m'allégeant en même temps d'une trentaine d'années...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #réminiscences

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Publié le 7 Janvier 2016

Premières phrases 2.

Début d'année, débuts de romans...

Et si c'était les mêmes promesses, parfois si trompeuses?...

Les premières phrases sont très importantes, par moments accrocheuses, souvent pleines de promesses. Elles sont appelées à stimuler notre imaginaire, à l'inciter à aller plus loin, à ouvrir la porte (les pages) vers le monde merveilleux de l'histoire promise par l'auteur du livre. Il arrive qu'elles installent un pan du décor qui se compose devant nos yeux intérieurs et nous démarrons le film...

* "A Tanger, l'hiver, le café Hafa se transforme en un observatoire des rêves et de leurs conséquences."

(Partir, 2006 Tahar Ben Jelloun)

* "Erika Ewald entra discrètement, sur la pointe des pieds, comme quand on arrive en retard."

(L'amour d'Erika Ewald, 1904 Stephane Zweig trad. N. Taubes)

* "Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses et les gens qui les rendirent les plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur."

(Le Flâneur des deux rives, 1918 Guillaume Apollinaire)

* "Le matin du samedi 9 janvier 1993, pendant que Jean-Claude Romand tuait sa femme et ses enfants, j'assistais avec les miens à une réunion pédagogique à l'école de Gabriel, notre fils aîné."

(L'Adversaire, 2000 Emmanuel Carrère)

* "Je souhaiterais que mon père et ma mère, ou même tous les deux, car ils y étaient en conscience également tenus, eussent songé à ce qu'ils faisaient quand ils m'engendrèrent."

(La Vie et les Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, Laurence Sterne 1759 trad. A. Hédouin)

* "Des deux entrées du café, elle empruntait toujours la plus étroite, celle qu'on appelait la porte de l'ombre."

(Dans le café de la jeunesse perdue, 2007 Patrick Modiano)

* "Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé."

(Zazie dans le métro, 1959 Raymond Queneau)

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #citations

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Publié le 3 Janvier 2016

2016 est arrivé...

Le monde est éminemment subjectif... Nous sommes le 3 janvier: un jour comme un autre.

En principe.

Seulement, nous savons que c'est le troisième jour d'une Nouvelle Année.... Nouvelle année, nouvelle ère! Nous nous accordons des chances vierges pour corriger quelques manquements, quelques ratages. Du moins, dans les intentions. Cela durera ou pas, nous essaierons. Nos décisions nous serviront de moteur, pour un temps. L'essentiel, c'est de positiver, n'est-il pas vrai?

Je me suis immergée dans le bain de champagne du bonheur des retrouvailles avec les enfants, en compagnie des parents de ma belle-fille. Dans leur appartement près de la Baie de Somme, faisant fi du temps venteux, du rhume carabiné qui me coupait le souffle, seuls comptaient la bonne ambiance détendue, bien rodée de notre équipe de sept, les plaisirs du palais et les bons rires des parties de cartes! Nos regards émerveillés sur les petites qui deviennent grandes au fil des années et nous nous empressons de profiter de leur présence avant qu'elles ne nous échappent vers leur vie d'adolescentes et d'adultes!

Je suis revenue, mes batteries morales rechargées pour un temps de ces étreintes ardentes et bienfaisantes qui réchauffent la vie solitaire. Mes poumons rabougris se sont gonflés de l'air vivifiant de la Baie, balayée par un vent puissant venu de la mer. Les infinies nuances du gris au vert amande douce se reflétaient dans l'eau oubliée des rigoles à marée basse. Seuls quelques chasseurs et leurs chiens foulaient les fonds mis à nu de la Baie de Somme.

Que la Paix règne sur la Terre!

Que la Joie soit dans tous les coeurs!

Que l'Amour règne parmi les hommes!

Voeux pieux ou pas, douce utopie qui n'a pas la moindre chance de se réaliser, n'empêche qu'ils demeurent nos souhaits fondamentaux, les plus ardents! Pour tous les gens de bonne volonté.

2016 est arrivé...
2016 est arrivé...2016 est arrivé...
2016 est arrivé...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #voeux, #souhait, #balade

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