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Le blog de Flora

Un coup d'oeil dans le rétroviseur (micro-fiction)

30 Janvier 2012, 17:28pm

Publié par Flora bis

repos Cela se passa le plus banalement possible, dans le taxi de Georges. Sarah, les cheveux ruisselants de pluie, se réfugia dans la vieille Ford arrivée miraculeusement sous les réverbères. Du chauffeur, elle ne perçut que le large dos légèrement voûté et l'abondante chevelure grisonnante. Plus tard, dans les bouchons du périphérique, distraits, ses yeux se posèrent sur les mains qui tenaient le volant. Elle nota machinalement l'absence de l'alliance. Au même moment, elle saisit le regard dans le rétroviseur.

   Une main droite, énergique, rassurante qui tient la barre, sans tergiverser, sans se poser de questions inutiles... On peut s'y abandonner avec confiance, libérée des soucis passés, présents, futurs. Pour jouer un instant avec l'idée. Comme une vague envie de renouveler sa garde-robe. Un trouble inhabituel s'empara d'elle, une bouffée de fébrilité qu'elle n'avait pas ressentie depuis longtemps... Fuyant le regard insistant dans le rétroviseur, elle se détourna vers le flot anonyme des voitures, tentant d'apaiser le fourmillement au creux de son estomac.

   La pluie avait cessé sous les arbres de sa rue. Georges se précipita pour ouvrir la portière, Sarah le laissa faire, telle la baronne que l'on raccompagne chez elle. Comme par miracle, elle trébucha. Georges la rattrapa par réflexe, par envie aussi de la serrer dans ses bras.

   Elle jeta un rapide coup d'oeil vers la fenêtre du deuxième étage, cherchant machinalement  -  et avec un zeste de mauvaise conscience  -  l'ombre de son mari derrière le rideau. Personne. "Il est tellement sûr de me retrouver, pensa-t-elle, qu'il ne m'attend même pas." Elle revit la silhouette replète, les quelques cheveux restants, en bataille au sommet du crâne, les yeux enfoncés dans les coussinets de graisse, le pantalon de velours côtelé et le gilet avachi de grand-père avant l'heure, sans parler de l'accessoire le plus familier: la paire de charentaises éculées... "Il fait partie des meubles, du décor, au même titre que le plaid sur le canapé, songea-t-elle, élément inamovible que l'on ne voit même plus... Le dîner m'attend au coin de la table, en face de la télé. Ainsi, il ne sera même pas nécessaire de faire la conversation. Après, comme parfois, très rarement, à la suite du brossage des dents rituel, je me glisserai sous la couette, essayant d'éviter le bras distrait qui tentera de m'attirer vers lui..."

   Avec précipitation, elle remonta dans la voiture. "Où vous voulez", dit-elle.

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Ruminants...

27 Janvier 2012, 12:16pm

Publié par Flora bis

piriti-utca_NEW.jpg Depuis toujours, je passais les vacances d'été chez mes grands-parents maternels, à l'autre bout du pays. Quelle que soit la distance, l'autre bout est quand-même l'autre bout, même dans un petit pays! Sans doute que nos ratios  se modifient à l'échelle du pays que nous habitons...

   Tout était différent dans ce coin perdu, près de la frontière autrichienne. Après la Grande Plaine, où la seule bosse de mon horizon était constituée par la digue de la Tisza, la grande rivière paresseuse et par endroit capricieuse qui longeait le gros bourg où je suis née, dans ce minuscule village à trois-quatre rues, les douces collines enchantaient mon regard. Muché (comme on dit dans ch'Nord cher à mon coeur d'adoptée) dans des forêts d'acacias et de chênes, il demeurait invisible et il fallait emprunter des routes connues des seules initiés, pour y parvenir. Avec la calèche tirée par deux superbes chevaux de mon oncle, nous arrivions de la gare, tels des hôtes de marque! Et le conte de fée démarrait immanquablement, tous les ans, avec le même enchantement au rendez-vous.

   Adolescente, on me confiait la garde de la vache de ma tante: signe de grande confiance! Une vache ne m'était pas tout à fait exotique, nous en possédions quand j'étais petite mais je n'ai jamais eu à m'en occuper. Ainsi, garder la vache de ma tante faisait partie de la grande bouffée de liberté de mes vacances d'été.

   Moi qui n'ai jamais été matinale, je me levais allègrement avec le soleil, vers 5 heures du matin. Je respirais la douceur de l'air, encore frais de la rosée et des premiers rayons du soleil presque timides. Pieds nus  -  mon grand plaisir estival  -  je suivais la vache jusqu'à la pâture: elle connaissais le chemin par coeur. Elle broutait à sa guise toute la journée, me laissant tranquille sur la couverture dans l'herbe odorante, avec mon bouquin et les tartines démesurées de ma tante. J'aimais son côté imperturbable, elle m'enseignait sa philosophie en harmonie avec la nature. Avec le soleil pâlissant, on prenait le chemin du retour. Elle pressait le pas, avide d'être soulagée par la traite du soir. Immanquablement, elle retrouvait la maison dont la porte grande ouverte nous attendait...

* illustration: une de mes aquarelles de 1962, peinte là-bas, à 14 ans...

   

   

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"Vivre..." * quelques citations

23 Janvier 2012, 17:20pm

Publié par Flora bis

photo.jpg Vivre! La grande affaire! Elle nous concerne tous, tout le temps qu'elle nous préoccupe. L'homme, cet animal doué de conscience, sait qu'il est vivant et aussi qu'il mourra... Généralement, il trouve le laps de temps entre les parenthèses de la naissance et de la mort injustement court, une fulgurance. Parfois, il échafaude des subterfuges pour pallier à son angoisse devant sa disparition inéluctable: une âme immortelle, la métempsycose, voire la réincarnation... Tout sauf le néant! Et pourtant, je crains qu'il ne faille s'y résigner. Et cela donne encore plus de valeur à l'instant présent.

Voici quelques célèbres pensées autour de ce thème (la sélection n'est jamais due au hasard):

 

* "Notre grand et glorieux chef-d'oeuvre c'est vivre à propos." (Montaigne)

* "Vivre, c'est lutter contre les démons du coeur et du cerveau. Ecrire, c'est prononcer sur soi le jugement dernier."  (Ibsen)

* "Dans la poésie, la vie est encore plus vie que la vie même."  (Bielinski)

* "La vie est un travail qu'il faut faire debout."  (Alain) 

* "Il faut vivre comme on pense, sinon tôt ou tard on finit par penser comme on a vécu."  (Bourget)

* "Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant."  (Montaigne)

* "Si vous voulez vivre longtemps, vivez vieux."  (Satie)

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Comme une corde au cou...

21 Janvier 2012, 20:10pm

Publié par Flora bis

illo-pour-Aquarelles.jpg Il y a des jours où, engluée dans mes retards, mes impuissances, je languis après une plage de temps libre, en pensant à tout ce qu'elle me permettrait de réaliser d'exaltant, d'appétissant, d'indispensable si, pelotonnée dans le silence, je pouvais enfin y accéder, sans que rien, ni personne ne m'en empêche! Puis, quand cela arrive enfin, la possibilité, littéralement me paralyse... Et une histoire ancienne, obsédante, refait surface.

   Dans la nouvelle maison où nous emménageâmes en janvier 1957, il y avait une pièce qui me donnait des frissons. J'y entrais avec réticence, oppressée par des pesanteurs maléfiques. L'ancienne propriétaire nous conta son histoire.

   Elle nous vendit la maison héritée de ses parents. Son père était revenu de la guerre avec un handicap lourd mais invisible: un obus avait explosé près de lui, ne laissant aucune égratignure mais une obsession indélogeable: une envie de se pendre... 

   Il fit de nombreuses tentatives mais la famille aux aguets l'en empêcha toujours au dernier moment.

   Un samedi, sa femme et sa fille vaquaient à leurs occupations, se préparaient pour le marché. Le père mit son costume du dimanche, le noir qu'il gardait pour la messe, en disant qu'il allait bavarder avec des amis sous les platanes.

   De retour à la maison, la fille poussa la porte de la chambre mais celle-ci restait coincée par un obstacle lourd. Par la fenêtre latérale, elle aperçut la grande silhouette droite du père, vêtue de noir, se tenant debout sous une corde nouée à la poutre, le visage envahi par une clarté jubilatoire, soulagé, libre. Il était mort, debout. Pétrifié à l'idée de pouvoir enfin accéder à son désir obsédant. 

 

P.S. après quelques commentaires, il m'a semblé nécessaire d'ajouter ces précisions: le caractère unique et "original" de cette histoire réside dans le fait que justement, il ne s'est pas pendu! Il a bien noué la corde à la poutre mais il n'a pas eu besoin de se la mettre autour du cou. Son coeur s'est arrêté, pétrifié sous l'effet de la grande émotion qu'enfin, personne ne pourrait l'empêcher de réaliser son désir obsessionnel. Et il est resté debout, oui... Histoire vraie, racontée par sa fille qui l'a découvert. C'est bien pour cela qu'elle me hante...

   

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Vieux carnet de croquis (1962)

18 Janvier 2012, 17:24pm

Publié par Flora bis

 

B.-nagyanya.jpg 

Il m'arrive d'exhumer mes vieux carnets de croquis dont les dessins les plus anciens s'effacent tout doucement car je les ai faits au crayon gras, sans les fixer.  Ce dessin représente ma grand-mère maternelle et je l'ai fait en été 1962: j'avais donc 14 ans.

Je n'ai jamais eu la prétention de loucher vers l'éternité... Ni vers la notoriété. Aucun encouragement des profs, des peintres, des amis, celui de ma mère surtout qui me plaçait sur le piédestal de sa fierté, n'y faisait. Je n'arrivais pas à y croire et cela dure toujours.

Le regard admiratif du père faisant défaut? Peut-être bien. Pourtant, si j'ai reçu un don, c'est de lui que je le tiens. Avec l'âge, je découvre même de plus en plus de proximité avec son tempérament ("Heureusement pour toi", dit ma mère...). Je n'ai subi aucune brimade de sa part. Seulement, RIEN NE SEMBLAIT L'IMPRESSIONNER... Pas même mon prétendu talent... 

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Extrait du cahier rouge... qui touche à sa fin

15 Janvier 2012, 15:50pm

Publié par Flora bis

Chemin-initiatique-copie-1.jpg    

Ces quelques notes ont été prises il y a bientôt 2 ans... Rien de nouveau sous le soleil!  Je les retranscris telles que je les ai jetées sur la page, à la hâte, sans dictionnaire ni correction. Tant pis pour les imperfections ou les fautes: un journal de bord "léché" est une triche...

4 février 2010

Depuis ma dernière note, nous avons même changé d'année! Ce n'est pas l'envie qui me manquait de me saisir de ce cahier et du feutre pour me soûler "du mot juste", du moins de sa tentative. Un décembre épuisant, effervescent qui m'a laissée exsangue mais heureuse de me laisser bousculer encore: j'imagine trop facilement une vie étriquée, compassée, douillette mais puant la naphtaline... sinon le moisi?... Alors, je préfère, tant que je peux encore, la bousculade occasionnée par le passage intempestif de mes petites-filles ou d'un dîner entre amis. Mon problème, ce poids infini d'inertie qui me maintient dans un immobilisme crasse! J'ai tant de choses à faire, tant d'envies que, en fin de compte, ne sachant pas par où commencer, je reste paralysée et je ne bouge plus... Et le temps s'enfuit inexorablement, me laissant engluée dans des tâches et des objets inutiles, accumulés...

5 février 2010

Dois-je être fière de moi, après l'exploit d'hier d'être allée faire un tour à la déchetterie et d'avoir traduit le poème de Radnóti: "Tétova óda" pour Mu? Deux heures  de boulot réel pour être suspendue le reste du temps sur l'écran de mon Mac... Addiction totale; il faut que je m'en arrache car je sens les effets du trou noir du Net, du virtuel dont les contacts faussement réconfortants mais totalement irréels et éphémères m'enferment petit à petit dans une bulle illusoire. Il faut que je retrouve le chemin du réel, du moins celui de l'écriture et du dessin, des échanges de vive voix. Briser ce cocon douillet mais somme toute stérile. Allez, je vais nettoyer le bureau de Gilbert!...

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János Pilinszky (1921- 1981) * TROIS COURTS POÈMES

14 Janvier 2012, 19:50pm

Publié par Flora bis

Pilinszky Janos  DÉTRÔNEMENT

 

Nous passons à ton cou, écrite sur une pancarte,

ton histoire.

traduction: Maurice Regnaut

 

TRÓNFOSZTÁS

 

Táblára írva nyakadba akasztjuk

történeted.

 

 

 

FINAL

 

Moi, je me tiens peut-être au milieu.

C'est peut-être le soir. Peut-être le crépuscule.

Une chose est sûre: il se fait tard.

traduction: Guillevic

 

VÉGKIFEJLET

 

Magam talán középre állok.

Talán este van. Talán alkonyat.

Egy bizonyos: későre jár.

 

 

IN MEMORIAM F.M. DOSTOÏEVSKI

 

Inclinez-vous. (Il s'incline jusqu'au sol.)

Levez-vous. (Il se dresse.)

Enlevez la chemise, le caleçon.

(Il les enlève tous les deux.)

Regardez-moi en face.

(Il se retourne. Regarde en face.)

Rhabillez-vous.

(Il se rhabille.)

traduction: Guillevic

 

IN MEMORIAM F.M. DOSZTOJEVSZKIJ

 

Hajoljon le. (Földig hajol.)

Álljon föl. (Fölemelkedik.)

Vegye le az ingét, gatyáját.

(Mindkettőt leveszi.)

Nézzen szembe.

(Elfordúl. Szembanéz.)

Öltözzön föl.

(Fölöltözik.)

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Oeuvre de Gilbert * Le mépriseur (roman, extrait)

12 Janvier 2012, 17:07pm

Publié par Flora bis

Le-m-priseur.jpg (...) Pourquoi est-il si difficile de se lever? Pourquoi faut-il que le corps désobéisse aux volontés du coeur, aux ordres de l'esprit, au point de se raidir, d'adhérer au meuble dont il devient dès lors impossible de s'évader? Il a décidé de s'approcher, moment qu'il s'interdisait si longtemps, par sagesse, par pudeur aussi, ne le méritant pas, et voici que la douleur le cloue au fauteuil, marionnette grotesque dont les fils se seraient rompus ou le manipulateur absenté.

   Il a beau s'arc-bouté aux accoudoirs, bander les muscles de ses bras pour entraîner le tronc, libérer les jambes et leur permettre d'exercer un peu plus de force, la chair et les os se rebellent, ne sachant plus se plier, possédant déjà la froide fixité de la mort et il reste empêtré dans les coussins de plumes, pris aux filets de leur fallacieuse douceur.

   Il a choisi le gris, un des volumes qu'il connaît le mieux pour y avoir été contraint, de longues heures, en son enfance, et dont il n'a voulu retenir que les histoires les plus pittoresques: bambin que l'on menace de trancher, cités enflammées, statue de sel, multiplication des pains. Plus tard, beaucoup plus tard, une curiosité nouvelle l'a poussé vers ces quatre tomes et surtout vers les deux premiers, les plus foisonnants, ceux d'un patriarche dénudé devant son fils, un soir d'ivresse, de filles privées de mâles et soûlant leur père pour s'accoupler avec lui. Comment ne pas s'agenouiller devant tant de perversité?

   Il a choisi le gris et peu à peu l'apprivoise, essoufflé de tant d'efforts mais hypnotisé par les phrases que l'on a tracées à son intention tout au long de la muraille, comme sur la tombe d'un pharaon. Le bras se hisse vers la proie si haut perchée que le dos doit se redresser, à la limite de la rupture. (...)

 

in  Gilbert Millet "Le Mépriseur"  éditions Manya  1993

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Sylvain Tesson: Dans les forêts de Sibérie

7 Janvier 2012, 20:19pm

Publié par Flora bis

poster_146823.jpg Dès que j'en ai entendu parler, une envie irrésistible m'a attirée vers ce livre. Un journal de bord, jour après jour, des six mois de retraite de l'auteur au bord du lac Baïkal (le plus grand réservoir d'eau douce de la planète, avec ses 31500 km2, une pureté et une profondeur unique à 1630 m, un lac vieux de 25 millions d'années...). De février en juillet, en Sibérie, on vit surtout l'hiver, à - 33°, dans une cabane de pêcheur de 3 m sur 3, en rondins de bois, avec un poêle en fonte pour tout confort, à condition que l'on coupe son bois... Le lac gelé à plus d'un mètre de profondeur, sert de voie de circulation. Pour pêcher, il faut tailler un trou dans la glace. A 30 km à la ronde, pas de voisin. Des visites, très rarement, de quelques pêcheurs ou géologues, aussi "sauvages" que lui, pour vider quelques verres de vodka ou de thé. Des traces d'ours parfois, histoire de ne pas se faire oublier. Et surtout, un paysage grandiose, changeant et toujours merveilleusement renouvelé.

   Des cahiers vides à remplir, une caisse d'une bonne soixantaine de livres à déguster. Une rencontre avec soi-même. L'écrivain globe-trotter Sylvain Tesson, à 37 ans, en éprouve un besoin irrésistible: "J'ai atteint le débarcadère de ma vie. Je vais enfin savoir si j'ai une vie intérieure."

   La "cabane" devient un symbole, un concept philosophique. "La cabane est le lieu du pas de côté." Posséder le temps, c'est acquérir la liberté. Courir à travers l'espace est une fuite en avant. Une course effrénée devant l'angoisse de la confrontation avec soi-même, avec sa finitude. "Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et soudain, on ne sait même plus qu'il est là." Ce qu'il cherche, c'est l'apaisement par la conquête d'une liberté intérieure, la seule véritable. "Pour parvenir au sentiment de liberté intérieure, il faut de l'espace à profusion et de la solitude. Il faut ajouter la maîtrise du temps, le silence total, l'âpreté de la vie, et le côtoiement de la splendeur géographique. L'équation de ces conquêtes mène en cabane."

   L'ermite qu'il devient se détache progressivement du monde, pour constater avec stupeur et un certain effroi: ni mes biens ni les miens ne manquent... Dans la solitude, les pensées prennent de l'ampleur, rien ni personne n'entrave leur jaillissement, leur approfondissement, jusqu'à la conclusion ultime: "Qu'elle est légère, cette pensée! et comme elle prélude au détachement final: on ne se sent jamais aussi vivant que mort au monde!

   Est-on obligé de s'installer au bord du lac Baïkal, dans un  froid de gueux, pour conquérir sa liberté? Bien sûr que non. "On peut trouver le silence dans ses voûtes intérieures", même au milieu d'une grande ville.

   Moi qui ai tant de mal à me décider pour regagner mon lit, le soir, j'attendais le moment des retrouvailles avec le livre de Sylvain Tesson. Comme un rendez-vous jubilatoire avec des idées qui faisaient écho à mes propres préoccupations, confirmant ce qui était en gestation lente et incertaine au fond de moi, depuis le début de la solitude, imposée par la mort de Gilbert et choisie ensuite. Par nécessité de la rencontre avec soi-même. Les notes quotidiennes: un autre écho justifiant ma graphomanie somme toute récente. Une nécessité de fixer le temps, du moins s'en donner l'illusion, ai-je noté dans mon "cahier rouge" il y a deux ans. Sylvain Tesson, graphomane talentueux et expérimenté le dit bien mieux: "J'écris un journal intime pour lutter contre l'oubli, offrir un supplétif à la mémoire. Si l'on ne tient pas le greffe de ses faits et gestes, à quoi bon vivre: les heures coulent, chaque jour s'efface et le néant triomphe. Le journal intime, opération commando menée contre l'absurde. J'archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l'existence." 

Un précieux réconfort, dans la recherche du sens des choses qui m'arrivent...

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Dans le monde merveilleux des bisounours...

2 Janvier 2012, 19:24pm

Publié par Flora bis

DSCN0194 Je me moque... Notre époque m'intime la posture distante, pour ne pas dire cynique, en tout cas lucide, face aux débordements des "bons sentiments". Et pourtant, je me surprends à tomber dans le piège de l'émission mensuelle de Frédéric Lopez qui prétend vouloir nous apprendre à être heureux, du moins lâcher prise devant les émotions positives. 

   J'avais vu quelques unes des émissions de la série "En terre inconnue", j'avoue même avoir écrasé des larmes à certains passages. Je suis persuadée que l'émotion violente qui nous étreint naît de notre propre histoire, même si nous ignorons son origine. Quel événement ou image nous soutire des larmes? Ce n'est absolument pas anodin...  Pour ma part, je suis assez insensible aux manoeuvres intentionnelles s'attaquant à mes glandes lacrymales. Par contre, je me fais cueillir à peu près immanquablement par un beau geste gratuit ou l'expression d'une sincérité démunie. Il y a quelques années, un reportage à la télé a présenté quelqu'un, tout juste sauvé de noyade. On voyait la victime grelottant dans des couvertures, cherchant à remercier son sauveur. Celui-ci a déjà disparu... C'est le geste qui compte et non la récompense. 

   Pour en revenir à Frédéric Lopez, son cas semble assez unique dans le monde audiovisuel où chaque effet est commercialement calculé. J'espère que le succès croissant  -  et le gain d'Audimat  -  ne dénaturera pas son enthousiasme.

   Le sympathique expert en nos neurones qui le seconde et qui nous distille ses savants conseils en thérapie du bonheur, nous recommande la tenue régulière d'un cahier dans lequel noter les événements de la journée ou simplement, ce qui passe par la tête... Je peux vous confirmer, moi qui ai commencé cet exercice inconsciemment, poussée par un sentiment d'intime nécessité voici quatre ans déjà, que ça marche! Ce cahier m'accompagne partout, me rappelle à lui par un manque lancinant si je le néglige. Il m'a grandement aidée, j'en suis persuadée, à traverser les stations douloureuses du deuil, m'a réconciliée avec la solitude en en ouvrant les perspectives vertigineuses et m'a menée aux plaisirs jouissifs et dévorants de l'écriture. Dans ma langue d'adoption. 

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