Publié le 28 Mai 2017

"Il n'y a réellement ni beau style, ni beau dessin, ni belle couleur: il n'y a qu'une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle." (Rodin)

Je viens de voir le film de Jacques Doillon "Rodin" qui représente le sculpteur au sommet de son art, à 40 ans passés. Je ne veux pas comparer le film avec celui de Bruno Nuytten, admirable, intense, convulsif, dont le personnage central était Camille Claudel, dans le reflet de leur passion révélatrice et destructrice à la fois. Du moins pour elle...

Ici, Rodin habite l'écran et Vincent Lindon habite le personnage. Nous le voyons au travail et en réflexions, les deux en même temps, et presque jamais au repos. Il dit lui-même que l'essentiel du talent réside dans le travail permanent. Sans cesse à la recherche de la vérité de la figure, une vérité au-delà de l'apparence et qu'il faut libérer de la glaise.

Il malaxait la matière, il malaxait ses modèles aussi, pour en obtenir cette vérité-là, ces émotions qui faisaient vivre les muscles et les chairs, et, par leur intermédiaire, les transmettre au spectateur. En modelant, en dessinant, son regard pénétrant ne devait jamais quitter le modèle, ses mains étaient le prolongement de ce regard.

Je me souviens de ma première rencontre avec sa sculpture "en vrai", un face-à-face soudain avec ses "Bourgeois de Calais", sur la place de l'hôtel de ville de Calais, balayée par tous les vents... Un choc émotionnel immense: je me sentais minuscule devant ce groupe d'hommes si vivants! Le socle n'est pas très haut et du coup, il y a une proximité saisissante pour nous transmettre leur vérité si humaine devant le sacrifice. J'avais du mal à les quitter...

Pour moi, son Balzac est peut-être le sommet de son art. Il fait exploser la sculpture académique et ses règles lisses, dépourvues de l'émotion convulsive de la vérité.

Rodin Rodin

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #hommage, #réflexion, #ressenti

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Publié le 23 Mai 2017

   Mon jardinet de ville est minuscule mais j'en parle si abondamment qu'on pourrait l'imaginer d'au moins dix fois sa taille! Depuis que la terrasse a mangé un bon bout de la pelouse, il en reste peut-être  -  à la louche  -  à peine 40 mètres carrés... 

   Avec le temps, mon jardin devient indispensable, presque vital à mon bonheur quotidien. Il m'aide à suivre les saisons, m'intégrant aux changements imperceptibles, organiques qui se jouent dans cette nature "mouchoir de poche", devant mes yeux. J'accompagne les premiers frémissements de l'éveil, avec les perce-neige suivies des violettes qui se cachent dans la pelouse à peine dégourdie des gels nocturnes, tout comme les crocus et les muscaris multicolores. A chaque saison son univers. Plus on avance vers la chaleur, plus les couleurs et les espèces entrent dans la danse, passent et se remplacent, afin que le jardin soit toujours en beauté. Je l'accompagne  -  il m'accompagne  -  vers la chute des feuilles, vers l'endormissement hivernal. Je ne peux m'empêcher de filer la métaphore vers la vie humaine, la mienne en l'occurrence.

   Je me demande d'où me vient cette attirance de plus en plus dévorante. Je me souviens des lilas et des fameux rosiers de ma grand-mère, de sa tristesse infinie de devoir s'en séparer lors d'un déménagement. Les femmes de ma famille cultivaient toujours leurs jardins. Il y avait le potager pour la nécessité et le jardin à fleurs pour le plaisir. Pour la volupté, a joie primordiales que la beauté fait naître en nous. Et cette joie, je la lisais toujours dans leurs yeux...

(à cliquer sur les photos pour les agrandir)  

L'atavisme du jardinier...
L'atavisme du jardinier...L'atavisme du jardinier...L'atavisme du jardinier...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #jardin, #état des lieux ressenti

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Publié le 18 Mai 2017

Une amie qui, à la cinquantaine, bataillant contre une foule de soucis de santé, ressent la nécessité de dresser le bilan de sa vie. Elle déborde d'énergie, ne tient pas en place, veut transgresser les limites que la maladie lui impose. Impulsive, elle ne supporte pas les contradictions. La question la plus importante qui la tracasse, en ces moments de bilan: "suis-je quelqu'un de bien?"...

Son interrogation m'a surprise. J'imagine que pour chacun de nous, la question qui  surgirait au moment venu serait différente. Je me suis donc penchée sur mon cas. 

Le doute concernant ma bonté ne me tourmente pas. Je me considère assez empathique, voire bienveillante sans toutefois me laisser dévorer, sachant aussi mettre de la distance si nécessaire, quitte à assumer parfois une certaine solitude qui en résulte. Je préfère même donner que recevoir, ce qui est assez ambiguë... Je déteste et fuis les conflits.

Alors, quelle serait ma question à l'heure du bilan? Sans hésiter: "ai-je été assez courageuse pour profiter des possibilités, des chances que la vie m'avait proposées pour ne pas partir un jour avec des regrets?" Réponse: je suis sûre que non. A ma décharge: le destin a pris soin de semer bon nombre d'obstacles sur ma route dans le but d'éprouver si ma nature plutôt stoïque résisterait aux coups qui arrivaient, la plupart du temps, sournois et inattendus... Ah, le Destin! Pour compenser, il m'a gratifiée d'une capacité d'émerveillement qui, bien que pâlissante, ne s'est toujours pas éteinte... 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions, #ressenti

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Publié le 15 Mai 2017

C'est une photo que j'ai empruntée sur le blog de Françoise.

Elle vient de mourir, après un long et pénible calvaire, une bataille héroïque.

Je l'ai connue  -  sans jamais l'avoir rencontrée  -  sur la blogosphère, à mes débuts en 2008. J'ai admiré ses aquarelles, leur liberté, leur légèreté inimitable. Elle travaillait beaucoup le nu, d'après des modèles vivants et c'était cela qui nous a rapprochées. On a échangé beaucoup de mails plus personnels que je garde précieusement. Elle suivait avec une grande fidélité  -  vertu primordiale pour moi  -  mon blog, mes dessins et mes débuts en écriture, toujours généreuse en encouragements. J'aimais son esprit caustique, prêt à l'autodérision. Je l'admirais  -  et elle était pétrie de doutes, tout comme moi, au fond.

Dernièrement, nous sommes devenues encore plus proches. La maladie impitoyable a eu le dernier mot, malgré les défis courageux qu'elle lui lançait. Peut-on souffrir de la perte d'une amie "virtuelle"?... 

Je vous assure que oui. Beaucoup...

Adieu à Françoise Blanc-Dupasquier
Adieu à Françoise Blanc-DupasquierAdieu à Françoise Blanc-Dupasquier

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #ressenti, #souvenirs, #hommage, #mémoire

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Publié le 12 Mai 2017

Depuis hier soir, je n'arrive pas à m'en libérer l'esprit. 

Les grands malheurs des autres parviennent-ils à nous délivrer des nôtres, du moins à nous décharger d'une parcelle du poids qui pèse sur nous? 

En parler, est-ce que cela enlève de cette charge émotionnelle suffocante?... La personne qui s'est ainsi débarrassée d'un fragment de son histoire en la partageant, s'en est  trouvée manifestement soulagée. Celles qui l'ont écoutée, ploient sous le fardeau de l'indicible horreur.

- Vous avez perdu combien?

- Une dizaine de kilos. Et vous?

- Quinze au moins. Ils vous donnent combien de temps?

- Trois à six mois tout au plus. C'est comme ça. Je suis là-dedans depuis longtemps, vous savez. il faut bien que ça se termine un jour.

- Moi, j'ai commencé à 17 ans. Je me rappelle le sentiment d'horreur en me levant le matin et que tous mes cheveux sont restés sur l'oreiller... Mais bon, on s'habitue à tout. J'en suis à ma sixième opération. 

- Quel âge avez-vous?

- Bientôt 53. J'ai l'impression que chaque fois qu'un coup dur me tombe dessus, ça recommence. C'est mon fils... Il est violeur multirécidiviste  -  j'ai du mal à le prononcer  -  à cause de la drogue et l'alcool... Il a commencé avec sa petite soeur, puis il a fait de la prison à cause d'une petite de 8 ans à la Ducasse... Sa compagne se drogue aussi...

- ...

- Mais le pire, c'était il y a quelques mois... Là il a pris 20 ans...

- ...

- Je n'en dors plus depuis, je ne fais que pleurer toute la nuit. Vous imaginez: il s'est attaqué à sa petite fille d'un an!... Et sa femme qui regardait... Drogués tous les deux... C'est moi qui ai appelé les pompiers; on l'a emmenée en hélicoptère mais il n'y avait plus rien à faire... J'étais avec elle, je tenais dans mes bras ce petit tas de chair en sang, j'ai continué à la bercer même quand elle est morte dans mes bras... Je n'arrive pas à m'en remettre... La psychologue m'a conseillé de m'acheter une poupée: je dors avec, je la serre dans mes bras, je la berce... Ca m'apaise un tout petit peu.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #ressenti, #témoignage

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Publié le 1 Mai 2017

Dans un carton contenant des photos anciennes en vrac, je tombe sur celle-ci, avec des traces d'usure, de chiffonnage par je ne sais qui... En tout cas, avec les traces du temps, témoin impitoyable...

Une petite émotion n'est jamais absente dans ces moments-là... Face-à-face avec soi-même, avec son histoire. D'après le col marin, j'identifie le moment: j'ai 14 ans et je quitte l'école pour le lycée. Les grands changements qui se préparent dans ma vie s'accompagnent de métamorphoses physiques: la frêle fillette se transforme en jeune fille. Passage chez le coiffeur qui me  modèle une coiffure de "grande", plus fluide, moins "obéissante" aux principes de la sagesse...

Le lycée se trouve dans la ville voisine. Je prendrai le train tous les jours, à 7 h, qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige à gros flocons, dans la fraîcheur ou sous le soleil du matin...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réminiscences

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