Publié le 30 Octobre 2015

Ordre et désordre...

Il y a peu, dans ma blogosphère hongroise, nous avons échangé sur le caractère positif ou négatif de la discipline, de l'ordre dans notre vie. En chacun de nous, émergeaient des images de notre enfance, époque mémorable de cet apprentissage qui prenait parfois des allures de domptage.

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer l'obsession de ma mère pour l'ordre autour d'elle, obligeant tous les membres de la famille de l'observer. Selon ses normes à elle. Chasse à la poussière, aux objets qui traînent - vêtements ou autres - se changer de pied en cape en rentrant, etc... Nous étions six à la maison, avec mes grands-parents paternels. Mon père refusait que ma mère travaillât à l'extérieur, et ce veto représentait une éternelle frustration pour elle. J'imagine qu'en dehors d'un net penchant pour l'ordre, son obsession du rangement et du nettoyage reflétait l'envie de compenser un désir refoulé de se réaliser.

J'ai été un enfant obéissant, je crois, souhaitant répondre aux exigences des parents ou des enseignants. Oui, je souhaitais être à la hauteur. Pas pour me distinguer; simplement, ça allait de soi... Je ne les mettais pas en doute.

A l'adolescence, pas de révolte spectaculaire non plus... C'est dans ma tête que ça bouillonnait. La lecture était mon évasion. Je cachais des romans sous le manuel de physique ou de maths, ce qui maintenait à distance la censure grand-maternelle. Les études étaient sacrées! Il ne fallait pas me déranger. En outre, mes notes n'inspiraient pas d'inquiétude.

C'est à cette époque que j'ai attrapé la procrastination qui me poursuivra, je crois, jusqu'à la fin de ma vie. Je ne connaissais pas son nom savant, bien entendu, simplement, j'ai découvert ce sentiment délicieux de repousser les délais, de gagner du temps sur des choses désagréables à faire...

C'est un plaisir ambivalent: il est accompagné d'un stress intense. On sait que chaque instant gagné de cette façon sera payé très cher et que les délais devront être rattrapés au prix des efforts multiples. Rien n'y fait.

A chaque fois que je reçois un courrier officiel, à l'idée de l'archiver à sa place tout de suite, une sensation de grosse fatigue m'envahit... Ranger les vêtements qui s'amoncellent: même détresse. Alors, je les pose, je les empile et les regarde s'agglomérer en monticules qui menacent de s'écrouler... Jusqu'à ce que je range tout, à sa place, en m'épuisant. Quelle libération! Car le poids du désordre, on l'aura traîné tout le temps de l'évasion sur la conscience!

Et le lendemain, ça recommence.

J'ai lu quelque part que le désordre est considéré comme signe de créativité... Alors, dois-je m'en réjouir, en fin de compte, faute de pouvoir m'en défaire?...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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Publié le 24 Octobre 2015

L'art d'être grand-mère

Pendant une petite semaine, je n'étais pratiquement que grand-mère. Ce rôle ne me déplaît pas: je sais que ses plaisirs sont éphémères, qu'ils dureront peu de temps. Ils sont d'autant plus précieux. Certaines personnes en sont effrayées d'avance, pétries d'une sourde angoisse leur insinuant que l'apparition de la troisième génération sonne le tocsin de leur vie... Du moins, de leur fraîcheur relative...

Mes petites-filles sont arrivées dans ma vie au même moment que la solitude. Cependant, dès le début, j'ai bien décidé de ne pas les considérer comme "pansements" à mes douleurs, petits êtres destinés à combler le vide laissé par leur grand-père. Non, elles devaient avoir une place bien à elles. Mais quelle place, au juste?

Les prendre dans mes bras pour la première fois a réveillé irrésistiblement le souvenir de leur père nouveau-né, ce moment étrange où tout d'un coup, on se rend compte de la fin de l'insouciance: désormais, on est responsable d'une autre vie que la nôtre. A chaque instant.

Cette responsabilité incombe surtout aux parents. Moi, je suis là pour le plaisir, la transmission. Je ne suis pas obligée de penser à chaque instant à leur éducation: je peux les gâter un peu, sans toutefois ruiner les efforts des parents. Je n'ai pas besoin de punir: je négocie, j'impose en douceur. C'est plus facile aussi, sur les bases solides établies par les parents.

Et surtout, je possède un trésor: la disponibilité infinie. Le temps qui manque si cruellement à la génération des parents accaparés par la vie professionnelle. Bavardages sans fin, chansons ou coloriages pour lesquels je fournis le dessin sur commande, promenades ou cinéma et beaucoup de rires - la belle vie, quoi!

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions grand-mériennes

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Publié le 13 Octobre 2015

A la frontière...

Je viens de publier une note sur mon blog hongrois, encore sous l'empreinte du jour de mon anniversaire. On a beau se dire que tout cela se passe dans a tête, que c'est un jour comme un autre, que sa solennité dépend en grande partie de nous et de notre entourage. Nous ne recevons pas d'un coup douze mois sur la tête, non: notre lente décrépitude est presqu'imperceptible, du moins pour celui ou celle qui nous aperçoit tous les jours - nous-mêmes...

Nous sommes à mi-octobre: hier, grand soleil, aujourd'hui 7° à peine, accompagné d'un vent glacial. Le moment où nous venons au monde a-t-il vraiment de l'influence sur notre caractère comme les astrologues l'affirment depuis toujours? En dépit de mon cartésianisme rassurant, je suis tentée d'y croire un peu... A la frontière de l'été indien où la saison froide fait des incursions brèves et inattendues pour nous habituer au frimas à venir, nous avons encore la mémoire de l'été dans la peau, tout en nous tournant déjà vers les jours raccourcis. Nous nous préparons à hiberner et guettons les derniers rayons tièdes pour nous requinquer... Je suis un peu ainsi: gaie et optimiste dès que le soleil revient, en proie à la mélancolie sous le ciel gris de plomb. Je me calfeutre avec la nostalgie de l'été autour du cou...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #état des lieux, #ressenti

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Publié le 9 Octobre 2015

Quelques réflexions autour de la notion du désir...

Il y a quelques jours, j'ai participé à une discussion sur le thème du désir. Vaste sujet, très complexe, considéré par les anciens comme une malédiction dont il faut se méfier, voire s'en débarrasser pour éviter l'aliénation!

Il existe des synonymes - souhait, envie, convoitise, besoin - mais ils expriment des nuances qui peuvent sortir du spectre philosophique du terme. En effet, ce qui définit avant tout le désir, c'est son côté irrationnel: l'instinct de possession poussant à la convoitise de son objet, sans jamais atteindre la satisfaction car l'insatiabilité est son autre trait fondamental...

Dom Juan dévaste tout sur son passage mais la première victime est lui-même: éternel insatisfait, il est condamné - damné - à la poursuite de la conquête suivante, puisque l'assouvissement de son désir ne lui procure aucune sensation de satiété...

Il est parfois plus facile de définir le désir par ce qu'il n'est pas: ce n'est pas le besoin qui est plutôt physiologique, tandis que le désir est un phénomène psychique envahissant. Ainsi, moins intenses, plus éphémères, l'envie (j'ai envie d'une écharpe Kenzo...) ou le souhait (j'aimerais posséder un studio avec balcon sur l'océan...) qui n'enchaînent pas notre esprit au point de l'en rendre esclaves.

L'objet du désir doit être difficile à conquérir: la proie facile n'intéresse pas le chasseur obsessionnel. La quête, les obstacles en constituent toute l'attirance. Ainsi, la confrontation avec la réalité ne peut être que décevante: combien de fois avons-nous été étonnés et désenchantés, lorsque la réalité a ouvert nos yeux, déchirant le voile qui permettait de sublimer l'objet de nos soupirs durant des années, voire des décennies?...

Heureusement, certains penseurs (déjà Aristote, à l'inverse de Platon) réhabilitent le désir, en élargissant son sens. Spinoza le place sous le contrôle de la raison et mesure la puissance de l'âme à sa capacité de maîtriser ses désirs passionnels. "Le désir qui naît de la raison ne peut être excessif." Selon Rousseau, il est une des conditions du bonheur: "Malheur à qui n'a plus rien à désirer!" Je ne suis pas loin de pencher dans la même direction. Un Nirvana aseptisé qui prône l'extinction des désirs afin d'atteindre un état de plénitude ne m'attire pas, en dépit d'une promesse d'éternité... Quel ennui! Je préfère ma condition de simple mortelle et choisis la définition de St-Augustin qui réconcilie désir et maîtrise des passions inconstantes et dispersées:

"Le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède."

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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Publié le 4 Octobre 2015

Images lointaines

Sur la photo ci-dessus, une scène de rue à Boursa mais elle aurait pu se dérouler à Istanbul ou ailleurs, de la même façon. J'avais l'habitude, par beau temps, de m'installer en plein air avec une petite chaise pliante et quelques ustensiles pour dessiner au pastel ou à l'encre de Chine. En quelques minutes, des gamins de toute taille s'amassaient autour de moi, béats d'admiration pour la magie du pinceau ou du crayon faisant renaître le paysage ou le portrait de l'un d'eux sous leurs yeux, sur la feuille blanche! Les plus grands canalisaient les plus petits, essuyant, au passage, un nez par-ci, par-là. Toujours, un silence respectueux régnait dans l'attroupement et les gamins restaient cloués sur place jusqu'au trait final. Cela m'a toujours touchée de la part de ces enfants pleins de vie et d'énergie, bruyants et infatigables à courir après un ballon pendant des heures! Parfois, je leur ai fait cadeau d'une esquisse de portrait qui les rendait fiers et heureux.

(à cliquer sur les photos)

Images lointainesImages lointaines

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #souvenirs, #réminiscences

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