Publié le 30 Décembre 2009

   Edouard dévore sa troisième tranche de gigot. Je ne lui ai pas parlé de ma maladie, pour ne pas lui couper l'appétit. La bouche pleine, il dévide des histoires de voyage temporel. Sa spécialité, grotesque aux yeux de beaucoup mais estampillée par l'université. Edouard enseigne la science-fiction. Il en est fier, comme de tout ce qui le concerne, ses chaussettes où trônent des Martiens, les figurines de plastique qu'il accumule dans des vitrines, personnages de La Guerre des étoiles, le vaisseau spatial qui pend au bout d'un ressort sous le rétroviseur de sa voiture, sans oublier ses chemises, achetées par lot de vingt, pour lui permettre d'exhiber, les jours pairs, un ET tendant le doigt vers le ciel et, les jours impairs, une sorte de pieuvre d'un autre monde.
   Oubliant qu'il nous l'a déjà raconté douze fois, le voici résumant un roman de René Barjavel, Le Voyageur imprudent. Remontant dans le passé pour éliminer Bonaparte, Pierre Saint-Menoux, mathématicien du XXe siècle, ne parvient qu'à tuer son ancêtre, avant le mariage de ce dernier. Privé d'un ascendant, il disparaît immédiatement, ce qui est logique: l'ancêtre n'ayant pas eu d'enfants, Saint-Menoux n'existe pas. Mais la logique engendre ses propres failles : si Saint-Menoux n'existe pas, il n'a pas tué son ancêtre. Donc, il existe, voyage dans le passé, assassine son ancêtre, ce qui le prive de l'existence, l'empêche de tuer... Paradoxe temporel. Edouard jubile et reprend du gigot.
   Séverine bâille discrètement. Je sais ce qu'elle pense de mon ami Edouard : il mange trop et sans délicatesse, ayant le mauvais goût  de ne jamais prendre un kilo en dépit des excès ; il parle trop et de sujets stupides, très fier de se comporter en adolescent. Edouard ne veut pas vieillir. Il est persuadé que tout le monde lui accorde trente ans, alors qu'il a dépassé depuis trois ans les quarante-cinq.
   Je ne bâille pas, je rêve. Je me projette dans le passé, à l'origine du monde où je découpe en morceaux l'inventeur du cancer. Certains le nomment Dieu, Zeus, Allah, Yahvé. Je ne crois pas en ces pantins. Je découpe du vide.
   Une migraine m'a tenu éveillé une bonne partie de la nuit. Le myélome n'exclut pas les migraines. Je me demande à quoi il sert... 

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Rédigé par Flora

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Publié le 22 Décembre 2009

MilenaL'année 2009 fatiguée, chargée de nos espoirs déçus ou réalisés
touche à sa fin...
Nous sommes riches, tout au moins, des expériences vécues.
Pour moi, un cycle s'achève, des voyages désormais plus
intérieurs débutent.
J'attends avec une certaine curiosité cette nouvelle orientation : 
tant qu'il y a de l'attente, de la curiosité insatiable, la vie continue !
Je souhaite à tous ceux qui m'ont fait l'amitié de s'arrêter sur ces pages,
souvent d'y rester avec une fidélité émouvante,
que la nouvelle année les comble encore plus des seules richesses
que l'on ne peut nous ôter : la fidèle amitié.
 
 

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Publié le 20 Décembre 2009

Eszti néni
J'ai fait ce croquis la même année que le précédent. Aussi rapidement que le précédent car ma grand-mère avait horreur qu'on fixe son image pour l'éternité... que ce soit par la photo ou par un dessin. Je n'ai presque pas de photo d'elle... Mais ce portrait la rend assez fidèlement. 

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Publié le 17 Décembre 2009

Un des derniers poèmes de Radnóti, deux mois avant sa mort. L'espoir ne le quitte pas de survivre et de retrouver les scènes devenues idylliques du temps de la paix...
Il faut aller au bout de la ligne, à chaque fois, malgré la "déchirure" du milieu...


MARCHE FORCEE

Bien fou celui qui, tombé                  repart et marche avec nous,
qui meurt, errante douleur,                  ses chevilles, ses genoux,
mais lui se remet en route           comme un que porte des ailes,
rester, il n'ose le faire,                            en vain le fossé l'appelle,
si l'on demandait pourquoi,                          peut-être parlerait-il 
de la femme qui l'attend,                 d'un beau trépas plus subtil,
mais c'est encor, le crédule,                  être fou : depuis le temps
sur nos maisons ne circule                 que le vent, le vent brûlant,
les murs ne sont que décombres,      le prunier, brisé, n'est plus,
d'horreur, la nuit familière                est comme un monstre velu.
Que ne puis-je y croire encore !       Ce n'est plus qu'un souvenir,
ce qui fait le prix de vivre,                              la maison où revenir,
notre vieille véranda                               si fraîche où l'abeille rôde
où refroidissaient les pots             tout remplis de reines-claudes,
les derniers feux de l'été,                les fruits nus qui se balancent,
les vergers ensommeillés                              de soleil et de silence,
Fanny qui m'attend si blonde                sur la rousseur de la haie;
à tracer de lentes ombres                                 s'attarde la matinée -
oh oui, c'est possible encore !                La lune est si ronde ! Ami,
attends-moi ! Crie après moi !                Je me relève, et je te suis !

                                                                  
Bor (en Serbie) 15 septembre 1944
                                                                                  traduction: J-L Moreau

ERŐLTETETT MENET

Bolond, ki földre rogyván               fölkél és ujra lépked,
s vándorló fájdalomként               mozdít bokát és térdet,
de mégis útnak indul,               mint akit szárny emel,
s hiába hívja árok,               maradni úgyse mer,
s ha kérdezed, miért nem ?              még visszaszól talán,
hogy várja őt az asszony               s egy bölcsebb, szép halál.
Pedig bolond a jámbor,               mert ott az otthonok
fölött régóta már csak              a perzselt szél forog,
hanyadtfeküdt a házfal,               eltört a szilvafa,
és félelemtől bolyhos                a honni éjszaka.
Ó, hogyha hinni tudnám :                nemcsak szivemben hordom
mindazt, mit érdemes még,              s van visszatérni otthon,
ha volna még! s mint egykor               a régi hűs verandán
a béke méhe zöngne,                míg hűl a szilvalekvár,
s nyárvégi csönd napozna               az álmos kerteken,
a lomb között gyümölcsök               ringnának meztelen,
és Fanni várna szőkén               a rőt sövény előtt,
s árnyékot írna lassan               a lassu délelőtt, -
de hisz lehet talán még !               a hold ma oly kerek !
Ne menj tovább, barátom,              kiálts rám ! s fölkelek !
 

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Publié le 15 Décembre 2009

   En fait, plus que d'inconscience, je souffre d'inertie. Chaque détail de ma vie en apporte la preuve. Ainsi, je continue à résumer, analyser chaque ouvrage que je lis. Dans mes boîtes métalliques s'alignent des milliers de fiches, roses pour les romans français, jaunes pour les étrangers, bleues pour le théâtre, vertes pour les essais. Elles avaient pour fonction de prévenir les trous de mémoire. Tant de livres s'effacent aussitôt lus... Si je dois mourir dans quelques mois, l'argument ne tient plus. Pourquoi continuer ?
   Il y a plusieurs façons d'attaquer un cancer. La chirurgie ? Je ne suis pas opérable. Puisque la moelle est infectée, il faudrait m'enlever tous les os, me ficeler ensuite comme un rôti de dindonneau. Un traitement ? On parle de chimiothérapie, de rayons, sans assurance de succès. L'espoir que les chercheurs déboucheront sur le remède miracle ? Le sida, l'obésité sont plus médiatiques que le myélome.
   Du monde réel, rien à attendre. Je me choisis des guérisons fantasques. Je me métamorphose en rocher. Certes, les pierres sont mortelles. On peut les concasser, broyer, éparpiller piler, pulvériser, dynamiter, on peut les humilier en les glissant dans une façade, derrière un nain de jardin. Si elles survivent à ces déboires, elles finiront dans la débâcle de la terre, lorsque le soleil, ayant brûlé son énergie, se changera en géante, absorbant les planètes. Le roc n'en laisse pas moins davantage de chance qu'un myélome de traverser les siècles. Séverine ouvre des yeux affligés. La mort du soleil la terrorise. Elle pleurerait presque à l'idée que puisse s'effondrer le décor de sa chère réalité. Quand je lui dis qu'elle bénéficiera d'un délai supplémentaire puisque l'extinction du soleil ne nous apparaîtra que neuf minutes après l'événement, en raison du temps mis par la lumière  -  ou son absence  -  pour nous parvenir, elle hausse les épaules.

 Les premières pendules portatives servaient de réserve à parfum. Les belles du XVIe siècle ne se contentaient pas de lire l'heure. Elles dissimulaient leurs odeurs corporelles, dues au manque d'hygiène. Une forme olfactive du temps, comme la madeleine de Proust.  

 

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Publié le 14 Décembre 2009

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Lycéenne, je prends le train quotidiennement à 7 heures du matin, pour aller au lycée de la ville voisine. Le trajet dure une bonne demi-heure, suffisante pour terminer les révisions, compléter un devoir manquant ou, souvent dans mon cas, sortir mon carnet de croquis pour exercer mon doigté sur les passagers du compartiment, au rythme des secousses des wagons parfois rustiques... Ce monsieur, d'une délicatesse infinie, d'une élégance surannée  -  il porte des pantalons de golf, ce qui dans la Hongrie des années 60 est pour le moins anachronique  -  partage nos trajets pendant des années, avec son bienveillant intérêt pour la jeunesse tourbillonnante. Je me souviens qu'il nous initie à l'espéranto dont il me reste une phrase : "Tiris li tiradis, sed li ne povis eltiri..."  Je vous laisse le soin de la traduire et d'expliquer le contexte ! 

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Publié le 13 Décembre 2009

   Retour à Berlin, après les escapades sentimentales de la jeunesse vagabonde. Les années 70... Quand j'y repense, tout s'est terriblement accéléré pour moi ces années-là. 1971 : je rentre de Leningrad, je termine la fac et je commence à enseigner dans un lycée de province comme professeur de russe et de français. J'ai à peine quelques années de plus que certains de mes élèves. 1972 : voyage à Louga, relaté dans le chapitre précédent. 1973 : je rencontre Gilbert et nous nous marions la même année. 1974 : nous partons pour un poste en Algérie, à Constantine où j'enseigne le russe dans un lycée algérien. 1976 : arrivée à Berlin où notre fils naît l'année suivante.
   Notre séjour de six ans à Berlin mérite plus qu'une "messe" ! Nous débarquons dans une cage dorée pour "assistés" par l'armée française, dans la zone nord d'une ville coupée en morceaux façon camembert. Les quatre zones sont symboliquement gérées par les alliés occidentaux et par les Soviétiques pour Berlin-Est. Au moment de notre séjour, la circulation est relativement difficile vers la partie est, surtout pour les membres des forces d'occupation ou assimilés. Nous ne pouvons quitter Berlin-Ouest (sauf par avion) que par les
check-points désignés pour chaque partie : les Français vers l'ouest, vers Hannover. Quant aux incursions dans Berlin-Est, c'est par le fameux check-point Charlie, avec ses chicanes, dans nos voitures à l'immatriculation spéciale (FZ = Französische Zone), munis de nos laissez-passer en quatre langues et seulement pour quelques heures ! A peine suffisantes pour visiter les magnifiques musées ou assister à un opéra ! La pochette que l'on nous délivre avec le laissez-passer contient aussi une sorte de "manuel de survie en milieu hostile" : des dessins représentant les uniformes russes et est-allemands, afin que nous puissions ignorer ces derniers, ne traitant qu'avec les partenaires (même ennemis) des armées alliées, nous calfeutrant dans nos voitures et plaquant la page conforme à la vitre dûment verrouillée : "Je veux parler à un officier soviétique ! ", en quatre langues... Nous avons même quelques jetons est-allemands (le portable est encore inexistant) pour pouvoir appeler au secours les militaires alliés en cas de problème. Une seule fois nous nous en servons comme "arme de dissuasion" lorsqu'un policier est-allemand veut nous taxer tout à fait injustement, sur une place de parking, pour non-port de la ceinture, sans doute pour compléter ses appointements...
    L'ambiance dans les deux Berlin est très différente. Venant de Hongrie puis d'Algérie, nous sommes, bien sûr, moins dépaysés que la plupart des occidentaux qui font un rapide tour dans la partie communiste avec le délicieux frisson de se jeter dans la gueule du loup, de défier un danger largement fantasmé (du moins pour eux), en nous conseillant de bien nous couvrir car il fait nettement plus froid de l'autre côté du Mur...
la suite suivra... 

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Publié le 7 Décembre 2009



VOILIERS

Pour Paul Eluard


Ni ceci, ni cela. Ni les feuillages secs 
Des sourires  fanés, ni les vapeurs d'automne
Pesant sur le pays las de tes rêves de l'aube
N'arrêteront plus le coeur qui se laisse emporter

Le coeur qui s'endort en des terres plus lourdes
Que tous les lourds soupirs de cruels messages
Emporte impassible aux flots âcres des draps
Flots âcres des nuages vers l'avenir des eaux

Dans un pays profond profond pour les yeux
Saisis par les souvenirs d'un départ sans adieux
Sans larmes sans au-revoir.
                                    
(écrit en français,  1924)

Gyula Illyés, figure éminente de la poésie hongroise du vingtième siècle, passe, dès l'âge de vingt ans, quelques années à Paris, suivant des cours à la Sorbonne, publiant en français dans des revues d'avant-garde. Ami d'Eluard, de Cocteau, d'Aragon et de Tzara, il aurait pu devenir un écrivain français comme tant d'autres. Mais il préfère rentrer en Hongrie et prendre la tête des écrivains "populistes". Plusieurs de ses recueils et de textes en prose sont parus en français, entre autres, aux éditions Seghers, Gallimard et dans une Anthologie de la poésie hongroise des éditions du Seuil en 1962. 

 

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Publié le 5 Décembre 2009

II

 Le pavillon des cancéreux portait... le numéro treize. Pavel Nikolaïevitch Roussanov n'avait jamais été superstitieux et il n'était pas question qu'il le fût, mais il ressentit une pointe de découragement lorsqu'il lut sur sa feuille d'entré : numéro treize.                                                                   
 Alexandre Soljenitsyne : Le Pavillon des cancéreux

   Comme beaucoup d'enseignants, de journalistes, cultivateurs, employés de bureau, commerçants, ouvriers, Philibert Tique avait choisi une épouse parmi ses collègues. Il lui semblait toutefois avoir fait preuve d'originalité. Si Séverine Blondeau appartenait au petit monde des lettres, un mur infranchissable la séparait de son futur mari : elle s'était spécialisée dans le naturalisme, en particulier dans l'oeuvre des frères Goncourt, Edmond et Jules, une littérature que Philibert vomissit, ne manquant pas une occasion de la pourfendre dans les articles qu'il consacrait au sujet de son enseignement : A la recherche du temps perdu.
   A ses yeux, les réalistes et tous leurs épigones, naturalistes en tête, voyaient le monde dans sa laideur. Rien ne l'attirait vers les mineurs miséreux, les alcooliques et les dégénérés d'Emile Zola, les paysans avides et les bourgeois obtus de Maupassant.
   "Ces écrivains déraillent. Le prétendu "réel", Proust le démontre, n'est qu'une création mentale. Combray, Balbec, cités fantasmatiques, existent davantage que leurs modèles."
   Le cancer ne fit qu'aviver la polémique. A peine entré dans une nouvelle phase de sa vie  -  Armstrong 3  -  l'universitaire prétendit juguler le mal et sortir vainqueur de l'épreuve, comme le cycliste américain, à coup de volonté. Séverine n'osait répliquer. Elle concédait qu'un bon moral peut jouer un rôle dans une lutte pour la vie ; son air découragé, où Philibert détectait les séquelles de L'Assomoir et de Soeur Philomène, démentait tout espoir.

   *  

  
En apprenant le pire, je n'ai pas craqué. Aucune forfanterie ; simple constat. Mes illusions sont-elles si fortes ? Suis-je assez bête pour ne pas croire à cette mort annoncée ? Ma ligne de vie est d'une longueur à faire pâlir Mathusalem. Je suis la preuve  -  provisoirement  -  vivante de la bêtise des voyantes. On devrait me montrer dans les écoles, les émissions éducatives.
...toute la journée, je la passais dans ma chambre qui donnait sur les belles verdures du parc et les lilas de l'entrée, les feuilles vertes de grands arbres au bord de l'eau, étincelants de soleil, et la forêt de Méséglise. Je ne regardais en somme tout cela avec plaisir que parce que je me disais : "C'est joli d'avoir tant de verdure dans la fenêtre de ma chambre", jusqu'au moment où dans le vaste tableau verdoyant je reconnus, peint lui au contraire en bleu sombre, simplement parce qu'il était plus loin, le clocher de l'église de Combray. 

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Rédigé par Flora

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Publié le 3 Décembre 2009

   Que veut dire "amitié amoureuse"? En tout cas, elle m'a sauvée de l'abîme de chagrin dans lequel l'ultime rendez-vous manqué d'avec Ivan m'avait plongée... 
   Le dernier jour du stage linguistique arrive, les plaies commencent à se cicatriser. L'avion du retour est prévu pour le lendemain matin. Le soir, un feu de camp doit clôturer les six semaines de stage, réunissant élèves et professeurs, Russes et Hongrois, dans la forêt de sapins au parfum enivrant qui entoure la ville de Louga. Juste avant l'événement solennel, un journaliste se pointe à l'accueil à la recherche de professeurs hongrois à interviewer. Je passe par là tout à fait par hasard. L'entretien se déroule tambour battant et s'enchaîne sur la littérature hongroise, la poésie en particulier. Et là, comment bâcler un sujet aussi passionnant pour un feu de camp ? Viktor propose que nous poursuivions la conversation autour du feu. Je me souviens encore de la sensation de la chaleur des flammes qui nous éclairent, suivie de l'accalmie des braises, de nos propos en résonance, alternant silence et échange comme si nous nous connaissions depuis longtemps... Il travaille au journal "Ogoniok" que les initiés reconnaîtront, mais il écrit aussi de la poésie et quelques romans qui attendent au fond de son tiroir que l'étau de la censure se desserre.
   Le élèves se retirent dans leurs chambres et nous n'avons pas envie de nous séparer. Viktor m'invite à poursuivre la promenade dans la forêt majestueuse. Encore aujourd'hui, je me surprends à l'idée de la confiance avec laquelle je le suis ! La même confiance naïve qui accompagne mes jeunes années et miraculeusement, je ne tombe jamais dans un traquenard. Ange gardien, une fois de plus ? Je finirai par y croire...
   J'ai dit la dernière fois que j'étais attirée par les grands bruns. Eh bien, Viktor est blond aux yeux bleus délavés des gens du nord et il est à peine plus grand que moi... Comme quoi...
   Le lendemain, il monte dans le bus pour m'accompagner à l'aéroport. Deux bonnes heures de trajet à continuer la conversation. Avant de m'engager dans le couloir de l'embarquement, nous tombons dans les bras l'un de l'autre, en pleurant ! Pourquoi avons-nous pleuré, subitement, tous les deux, sous l'impulsion de quel pressentiment, je me demande encore aujourd'hui. Il m'écrira des lettres magnifiques. Dans les dernières, il me félicite pour mon mariage avec Gilbert. Le souvenir de cette tendre amitié me réchauffe encore la mémoire...

    

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