Publié le 28 Juin 2009

Rédigé par Flora

Publié dans #images

Repost 0

Publié le 27 Juin 2009

[...] La vérité a éclaté au retour du fugueur, onze mois plus tard. Après lui avoir cassé le nez d'un coup de poing revanchard  -  la Renault avait été revendue à Tanger  -  mon père a ordonné au criminel de quitter le déguisement qui le déshonorait.
-  Quel déguisement ? rétorqua Jean-Baptiste, d'une voix aussi plate que son nez. Je suis une femme ; je m'habille en femme.
   Mon père, esprit borné, mit du temps à comprendre. La robe déchirée, le soutien-gorge ôté, apparut clairement l'absence de chiffons. Désormais, mon cousin allait être ma soeur. Jeannette suivait sa personnalité, je l'admettais très bien. Ce qui me désorientait, c'était le vocabulaire. Déjà traumatisé par la contrainte de tenir ma tante pour une mère, je devais maintenant usé du féminin pour désigner un être qu'en dépit de sa sensibilité particulière, de son goût pour le maquillage, j'avais pris l'habitude, en six années d'effort, de considérer comme un frère.
   Les premiers troubles sont apparus lors d'un cours de mathémathiques. J'ai donné du "madame" au professeur barbu. A la sixième erreur, l'administration m'a expulsé, pour trois jours. Motif : mon goût fort malvenu pour les plaisanteries. Deux semaines plus tard, le conseil de classe s'inquiétait de mes faux-cils, dérobés à Gisèle, et de mes glissements lexicaux. A en croire mes devoirs, Napoléon était morte à Saint-Hélène, George Sand prenait pour femme La Fayette, le grenouille appartenait à la catégorie des batraciennes, le subordonné relatif se plaçait derrière son antécédente. Le bulletin trimestriel recommandait de consulter un psychologue.
   De nombreux chèques plus tard, mon thérapeute s'extasiait de mes progrès. Presque guéri, j'admettais que si pierre est un mot féminin, Robespierre ne doit pas être qualifié de tyranne ou de dictatrice, ni Pierre Curie de lesbienne, sous prétexte qu'il vivait avec une Marie. Pour ce dernier exemple, je devais me concentrer. Ma tante venait de quitter mon père pour une lieutenante de police enceinte de son mari, simple gardien de la paix qui ne supportait plus les ordres d'une femme. Le fruits de ces amours policières, vague cousin issu de concubinage, m'était présenté par Gisèle comme un demi-frère !

   L'idée me tentait de la prendre au mot et de couper en deux, dès sa naissance, ce nourrisson superflu. Malheureusement, le marchand auquel j'ai exposé mon désir d'acheter un hache m'a traité de drogué et menacé d'appeler la police. N'ayant aucune envie de voir surgir l'ex-mari de la compagne de mon ancienne mère, je me suis réfugié chez Jeannette. Grâce au nez aplati qui atténuait une part de sa féminité, celle que j'avais connu sous le prénom de Jean-Baptiste avait trouvé un emploi de chauffeur routier à Saint-Amand, ou Sainte-Amande, je ne sais plus très bien. Chaque soir, elle me parlait de Claude, la fillette qu'elle allait adopter et qui, avec la malchance qui me caractérisait, deviendrait peut-être mon neveu.
   L'idée finale m'est venue dans le jardin, un jour de pluie, alors que j'observais des escargots. Je ne supportais plus de vivre dans ce désordre. Devenir hermaphrodite... Trouver mon équilibre, comme Valenciennes, dans une position asexuée... A l'aide d'une couteau de cuisine, j'ai accompli mon oeuvre, choisissant pour agir que le petit aiguille ait dépassé le douze : après-midi est un mot presque parfait, puisque doté des deux genres. Je n'aurais pas cru que la sang coulerait si fort, flot d'encre charriant le masculin qui m'encombrait.
   On a soigné plaies et douleurs, refermé sur moi, hôpital et marronniers. Gastéropode chaste, je vis en paix, presque mort, déjà neutre.

fin de la nouvelle "Sexuellement correct"  in  "Choisir"  éditions Page à Page  1999

Voir les commentaires

Rédigé par Flora

Publié dans #Gilbert

Repost 0

Publié le 25 Juin 2009

 

MILYEN VOLT... 


Milyen volt szőkesége, nem tudom már,
De azt tudom, hogy szőkék a mezők,
Ha dús kalásszal jő a sárguló nyár
S e szőkeségben újra érzem őt.

 
Milyen volt szeme kékje, nem tudom már,
De ha kinyílnak ősszel az egek,
A szeptemberi bágyadt búcsuzónál
Szeme színére visszarévedek.

 

Milyen volt hangja selyme, sem tudom már,
De tavaszodván, ha sóhajt a rét,
Úgy érzem, Anna meleg szava szól át
Egy tavaszból, mely messze, mint az ég.

 







JE NE ME SOUVIENS PLUS...


Je ne me souviens plus comment elle était blonde

Mais je sais que les champs sont blonds quand c'est  leurs temps ;      
Et quand chargé d'épis, vient l'été flamboyant,
Je revois sa blondeur dans cet or qui m'inonde.


Je ne me souviens plus du vrai bleu de ses yeux ;
Pourtant lorsque les cieux s'entrouvrent en automne,
Lorsque septembre fait ses adieux monotones,
Je revois en rêvant la couleur de ce bleu.


Je ne me souviens plus dans sa voix quelle soie,
Mais pendant que les prés soupirent au printemps
La chaude voix d'Anna m'appelle et je l'entends,
Au fond lointain des cieux où le printemps se noie.


                                                       traduction: László Gara

 

Voir les commentaires

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

Repost 0

Publié le 24 Juin 2009

   Angelina, notre mystérieuse Bulgare qui partage notre chambre nous entraîne vers des aventures insolites. C'est une belle fille aux cheveux longs et soyeux, aux yeux très noirs. Son appareil dentaire n'altère en rien sa beauté ni son caractère entreprenant. Elle a 3-4 ans de plus que nous mais avec le temps, nous apprenons à nous méfier de chacune de ses affirmations. Elle dit que son père est diplomate ayant été en poste à Moscou et qu'il a laissé, après son départ vers un autre poste, ses deux filles dans de vagues études de philologie. Sa mère est française, retournée en France après le divorce. Angelina vient de quitter les quartiers "ghetto" du corps diplomatique pour notre antique "Arche de Noé". Cependant, elle garde de nombreux contacts avec ces milieux-là et entend nous en faire profiter, Marie et moi.
   Il est difficile d'imaginer, à l'aune des temps modernes, les deux filles de 22 ans que nous sommes, avec l'innocente naïveté de collégiennes  -  et encore, celles des petites classes ! Il n'y a que notre curiosité qui surpasse notre naïveté. Angelina nous amène chez ses amis diplomates indonésiens. Nous sommes ainsi invitées dans des soirées indonésiennes ! A l'entrée de l'immeuble, devant l'immanquable cahute avec le policier armé et frigorifié dans le frimas russe, Angelina nous conseille d'éviter de parler russe. Nous sommes reçues avec chaleur et courtoisie dans ces soirées dansantes insolites où la langue de la communication est le russe ou l'anglais (que nous ne parlons pas). Est-ce le vocabulaire russe très limité de nos hôtes qui nous donne l'impression que décidément, les Indonésiens sont très énigmatiques... Lubis, la quarantaine dégarnie est de Sumatra. Il manifeste une irrésistible attirance pour Marie, ses cheveux blonds, ses yeux bleus et surtout, il est fasciné par les sourcils qui se touchent ! La sympathie semble réciproque et dure toute l'année de notre séjour à Moscou et même l'année d'après, à Léningrad d'où nous revenons en visite de quelques jours et logeons chez Lubis, en tout bien tout honneur. Quant à moi, mon "flirt" est un authentique prince de Java, longiligne autant que Lubis est replet, et très fin pianiste, danseur aux allures de félin. Je me souviens de son regard indéchiffrable derrière des paupières à peine fendues. Chose inimaginable de nos jours : je chaperonne Marie dans ces rendez-vous galants, tout comme elle me servira de confidente dans d'autres circonstances. Autres temps, autres moeurs... Tout simplement, nous avons grandi moins vite que les filles de maintenant et cela, sans l'ombre d'un jugement nostalgique de ma part...
la suite suivra... 
 

Voir les commentaires

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

Repost 0

Publié le 21 Juin 2009



"La solitude est
une  tempête                                                                                         

qui arrache toutes nos branches mortes."   
                                                             (Gibran)                                                       



"Au fond, c'est ça, la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre
la métamorphose, car elle arrive toujours." 

(August Strindberg)  


illustrations : R.T.                              

Voir les commentaires

Rédigé par Flora

Publié dans #réflexions, #citations

Repost 0

Publié le 17 Juin 2009

   Dezsö Kosztolányi, une des figures éminentes de la littérature hongroise de l'entre-deux-guerres, poète, journaliste, romancier et traducteur est né à Szabadka (Subotice dans l'actuelle Serbie). Il mène une vie boulimique d'écriture dans tous les genres, fin styliste, ami de Thomas Mann, président du Pen Club hongrois. En 1932, la France lui décerne la Légion d'Honneur. Il meurt à Budapest, quatre ans plus tard, d'un cancer, trop tôt, prématurément...
 Son meilleur roman, "Pacsirta" (Alouette), traduit par Adam Péter et Maurice Regnaut, paru en français en 1991 dans la remarquable collection des éditions Viviane Hamy, est écrit en 1923.  Dans la monotonie de la province, pendant la courte absence de leur fille de 36 ans, un vieux couple se rend compte soudain de leur vie gâchée. En voici un extrait:

 
-  Ce qu'elle peut être seule, a chuchoté Akos en regardant fixement devant lui, ce qu'elle peut être seule.
-  Elle revient demain, a dit la femme en affectant l'indifférence. Demain soir elle sera là. Elle ne sera plus seule. Allez, viens, couche-toi.
-  Tu ne comprends pas, a répliqué le vieux avec animosité. Ce n'est pas de ça que je parle.
-  Alors c'est de quoi ?
-  De ce qui me fait mal ici, et il se frappait le coeur. De ce qui est ici. De ça ici. De tout.
-  Viens dormir.
-  Je ne dormirai pas, a dit Akos sur un ton de défi. D'accord ou non, je ne dormirai pas. L'heure est venue et je veux parler.
-  Alors parle.
-  Elle, nous, nous ne l'aimons pas.
-  Qui ça, nous ?
-  Nous.
-  Mais comment peux-tu dire une chose pareille ?
-  C'est comme ça, a crié Akos et de la main, tout comme il avait déjà fait, il a donné un grand coup sur la table. Nous la haïssons. Nous la détestons.
-  Tu es fou ?, a crié la femme, toujours couchée.
   Et pour décontenancer sa femme, pour la scandaliser, Akos a haussé le ton et sa voix s'est cassée, il glapissait.
-  Ce que nous souhaiterions, c'est de ne même plus l'avoir sous les yeux, comme en ce moment. Et nous n'aurions même pas de regret, si la pauvre, à cet instant même, venait à...
   Il n'avait pas prononcé le terrible mot. Mais c'était encore plus terrible ainsi que s'il avait pu le prononcer.
   La femme a sauté du lit, elle s'est dressée devant lui comme pour faire obstacle au scandale. Elle était devenue aussi pâle qu'une morte. Elle  a voulu répondre quelque chose, mais le mot est resté dans sa gorge, elle se demandait, toute hors d'elle qu'elle était, si c'était possible ou non, cette monstruosité que son mari venait de suggérer. Elle le fixait avec stupeur.
   Akos ne disait plus rien.
   Sa femme aurait pourtant aimé qu'il se mette alors à parler. Elle aurait même souhaité qu'il dise tout, absolument tout. Elle sentait que l'heure était venue de cette grande, de cette définitive explication à laquelle elle avait toujours pensé, mais en croyant toujours qu'elle n'aurait peut-être après tout pas lieu, du moins pas avec elle et pas en un pareil moment. Elle s'est assise en face de lui, tremblant de tout son corps, mais bien décidée en même temps, et curieuse aussi, d'une certaine façon, curieuse un peu tout de même. Et quand son mari a repris la parole, elle ne l'a pas interrompu.
   Akos a continué ainsi :
-  Allons quoi, est-ce que ça ne serait pas mieux ? Pour elle aussi, la pauvre. Comme pour nous. Qu'est-ce que tu peux savoir, toi, de tout ce qu'elle a déjà souffert ? Il n'y a que moi qui le sais, il n'y a que mon coeur de père. Et c'est ceci, et c'est cela, on est tout le temps à chuchoter derrière son dos, à dire du mal d'elle, à se payer sa tête. Et nous, maman, ce que nous avons déjà souffert, nous. Une année, une autre, nous attendions, nous espérions, le temps passait. Nous pensions que c'était simplement les aléas de la vie. Nous nous disions que tout finirait par aller mieux. Mais c'était toujours pire et ça le sera toujours. Toujours.
-  Pourquoi ?
-  Pourquoi ? Akos aussi a posé la question, puis d'une voix à peine audible il a répondu : Parce qu'elle est laide.
    

Voir les commentaires

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

Repost 0

Publié le 16 Juin 2009

   Masculin ? Féminin ?  Je n'ai jamais su choisir. Quand se présente un piège, oasis, azalée, j'opte pour le mutisme. Depuis que je sais qu' amour change de genre au pluriel, je vis chaste, insensible. J'habite Valenciennes. Une chance, tant je redoute les villes sexuées, Le Quesnoy, La Bassée, La Madeleine, Le Cateau...
   Tout cela s'est mis en place avec beaucoup de lenteur. Lorsque ma tante est devenue ma mère, je m'en suis accomodé. Je n'avais pas le choix. A huit ans, il est rare de contrôler sa vie... La vérité, je l'ai découverte très tard. Aux yeux de mes parents, conformistes obstinés, un fils unique constituait une anomalie. Ils se sont acharnés à me donner une soeur, un frère, quelque chose qui me sauverait d'un égoïsme pervers.
   Bien qu'essayées dans l'ordre, de la première page à la dernière, les positions du Kamasutra n'ont pas conduit au nirvana procréateur. Il fallut faire appel à des méthodes moins naturelles. Sperme en paillettes, éprouvettes, pipettes, ma cadette à venir sentait la pharmacie et le laboratoire... Nul ne savait encore qu'elle deviendrait plurielle. Après bien des nausées, souffrances, foetus interrompus, la surprise est venue : une horde de quadruplés allait fondre sur moi.
   Aux pieds de Marie-Madeleine, pécheresse dont le sourire m'inspirait la confiance, j'ai fait brûler des cierges. Toutes mes économies y sont passées. Un jeune fonds d'honnêteté m'empêchant d'expédier des fumées trop gratuites, j'ai acheté un caramel, afin de prélever un supplément d'argent dans un tronc. La sainte n'a su m'offrir qu'une réponse ironique, métamorphose des soeurs en avortons stupides, rapidement éteints au fond de leur couveuse. Ma mère se serait désespérée de ces décès rapides. Elle était morte dans l'accouchement.
   Au traumatisme de mon trop net succès s'est ajoutée une nouvelle vie, à quatre rues de chez moi. Inconsolable deux mois durant, mon père avait trouvé à sa belle-soeur, divorcée de fraîche date, le charme acidulé de son aînée de deux ans. Il pouvait évoquer ses appétits sexuels, son faible goût pour les tâches ménagères. Il présenta notre déménagement comme une chance offerte aux deux enfants. La solitude de Jean-Baptiste, douze ans, fils unique et chétif de Gisèle, s'unirait à la mienne.
   Tout de suite, j'ai détesté l'interdiction qui m'était faite d'employer le mot "tante". Dès que je m'y risquais, je subissais une gifle. Je devait dire "maman" ; je ne pouvais m'habituer à ce titre usurpé. Serrant les dents, je contournais l'obstacle, évitant les occasions de parler à Gisèle, résistant à l'envie de donner du "tonton" au veuf joyeux qui me servait de père. Ce n'était qu'un début. Le pire était à venir et je ne parle pas de ce grand hôpital entouré de marronniers, comme un cimetière, un monument aux morts. [...]

début de la nouvelle "Sexuellement correct" publiée dans le recueil Choisir  éditions Page à Page  1999

Voir les commentaires

Rédigé par Flora

Publié dans #Gilbert

Repost 0

Publié le 15 Juin 2009

Rédigé par Flora

Publié dans #images

Repost 0

Publié le 13 Juin 2009

  Notre premier grand voyage vraiment dépaysant nous mène en Asie Centrale, en Ouzbékistan. Nous décollons de Moscou, encore enneigé, un peu avant minuit, pour atterrir dans le printemps ouzbek à Samarkand. N'ayant jamais quitté la Hongrie auparavant, je savoure le dépaysement total !
   Nous sommes logés dans des foyers d'étudiants, désertés pendant les vacances scolaires. Les 2-3 garçons de notre groupe assurent héroïquement le rôle de gardes du corps auprès de la quinzaine de filles : nos hôtes nous mettent en garde contre les velléités de promenades après le coucher du soleil, même accompagnées ! Il est vrai que le vernis du régime communiste qui prône l'égalité de la femme est assez mince dans ce pays à l'écrasante majorité musulmane qui pratique ouvertement certaines coutumes ancestrales. Ainsi, lorsque nous demandons la signification des 3-4 foulards noués autour de la taille des petits vieux barbus, aux costumes traditionnels, on nous répond sans sourciller que c'est le nombre d'épouses qu'ils possèdent ! Et pourtant, la loi interdit la polygamie... Les belles brunes aux longues tresses et aux robes bariolées sont des biens précieux. Ceci dit, elles vont désormais à l'école, même à l'université. Le dentiste qui soigne ma rage de dent à Boukhara est une femme. Impitoyablement, elle perce l'abcès sous ma lèvre spectaculairement enflée, et pour tout soin post-opératoire, elle ramasse un peu de poudre carmine de permanganate répandue au fond de son tiroir et elle me le donne dans un bout de papier journal !... Fallait-il avoir une santé résistante à toute épreuve ! Le traitement s'avère efficace et l'abcès guérit rapidement, sans l'ombre d'un antibiotique !
   Nous découvrons les vestiges féeriques d'une culture jadis florissante, l'observatoire de Tamerlan, les mosquées imposantes aux coupoles et murs recouverts de céramiques multicolores où la représentation de l'homme est bannie : restent les motifs floraux et géométriques dans une harmonie époustouflante. Nous visitons une école coranique à l'intérieur de la mosquée : enfants et adolescents sagement agenouillés devant leur Coran à déchiffrer inlassablement.
   Souvenir romantique : à mon grand étonnement, et malgré ma rage de dent à peine soignée, le fils du président de l'université, un de nos accompagnateurs, m'invite à me présenter sa soeur, geste sans doute propre à gagner ma confiance... Je suis reçue avec une extrême gentillesse dans une chambrée de filles qui me déguisent en "ouzbétchka", en costume et petit bonnet traditionnels multicolores. Le beau jeune homme m'invite à une promenade à la soirée tombante... Ma naïveté légendaire balaye toute méfiance et je pars avec lui, encostumée, ma rage de dent en voie de guérison spectaculaire, pour déambuler dans la vieille ville aux habitants retirés dans leurs maisonnettes trapues. Il ne trahit pas ma confiance et je garde un souvenir attendrissant de cette balade autour de l'étang, sous les arbres en fleurs, dans la tiédeur parfumée de la nuit de Boukhara...
la suite suivra...  

Voir les commentaires

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

Repost 0

Publié le 9 Juin 2009

   Cela faisait un bon moment que j'avais envie de tirer au clair mes sentiments envers la pratique des blogs. Phénomène planétaire, invention géniale, interactivité, créativité aux possibilités quasi illimitées  -  et beaucoup de déchets aussi concernant le niveau du langage, l'importance du sujet et l'illustration du propos. Mais c'est bien cette liberté sans bornes, sous le voile de l'anonymat ou à visage découvert, qui donne la légitimité non censurée d'être mauvais ou génial, dilettante ou professionnel, intimiste émouvant ou détaché froid. C'est une véritable explosion de l'expression individuelle, privée jusque là de la place publique ! Il faut donc accepter l'ivraie parmi les bons grains et trier vous-mêmes...
   Il y a quelques jours, j'ai lu un commentaire véhément contre les dilettantes qui s'y croient, et, après quelques vagues cours de dessin, ils affichent l'étiquette "artiste", bien visible, sans l'ombre d'un doute (qui est pourtant le signe élémentaire d'un début d'artiste véritable  -  tout comme l'humilité...). Pourquoi s'énerver ? Cela n'enlève rien à un authentique talent, le contraste le rend même plus visible pour les connaisseurs et "l'imbécile heureux" est au moins heureux  -  et ce n'est déjà pas si mal par les temps qui courent!
   Cependant, j'en arrive à l'aspect le plus "piégeux" du blog. On lance sa bouteille à la mer. Même ceux qui ne l'avouent pas, attendent un écho, un dialogue enrichissant. Des amitiés virtuelles se créent, souvent sous pseudonyme, sans quasiment rien connaître de son interlocuteur que son propos. Je suis frappée par la sincérité sidérante de quelques blogueurs, par le ton qu'ils utiliseraient rarement avec leurs proches. Est-ce plus facile sous le masque de l'anonymat ? Je débarque dans la vie virtuelle des inconnus, sans y être invité et nous devenons presque des familiers ; puis, ni vu ni connu, je reprends ma valise sur la pointe des pieds. Personne ne me reprochera mon infidélité, pas de scène déchirante... Tout est virtuel mais le piège se situe justement là.
    Lorsque nous quittons la réalité pour nous réfugier dans ce virtuel douillet, nous nous faisons facilement prendre dans cette toile-là. L'addiction s'installe. Quelques jours sans commentaires ? Le sentiment cruel de l'abandon point à l'horizon. Suis-je devenu si inintéressant que personne ne daigne s'arrêter sur mes bafouilles ? C'est aussi le danger que Imre Kertész, écrivain hongrois met en évidence dans son discours de réception du Nobel (toutes proportions gardées, bien évidemment !) : on commence à écrire en fonction de l'attente supposée d'un public virtuel. Autant dire que c'est le meilleur moyen de se tirer une balle dans le pied !
   Un seul remède : s'entraîner à garder son ego dans sa poche, rester fidèle à soi-même et le reste viendra  -  ou ne viendra pas... C'est encore une méthode de mon cher maître Epicure en personne qui donne une foule de bons conseils pour se préserver des souffrances inutiles ! Gardons les pieds sur terre parmi les amis bien réels pour partager les bons et les mauvais moments et cela n'empêchera pas les incursions enthousiasmantes sur la blogosphère !

Voir les commentaires

Rédigé par Flora

Publié dans #réflexions

Repost 0