Publié le 30 Juin 2010

nemes.jpgNUIT

 

Je n'avais vu pareille nuit

Vu rien de plus noir que ce noir

Un fouet qui cingle est cette pluie

Délivrez-nous du mal ce soir

 

Délivrez-nous du mal ce soir

Je n'avais vu pareille nuit

Du ciel monte un grand cheval noir

 

Le haut du ciel s'épanouit.

Sur ses pas des taches de sang

De sang son fer est tout couvert

L'éclair fait des sillons sanglants

Sous la voûte ils suivent l'éclair

 

Sillons sanglants taches de sang

Je n'avais vu pareille nuit

Un fouet qui cingle est cette pluie

Délivrez-nous du mal ce soir

Délivrez-nous du mal ce soir

traduction : Guillevic

 

 

Éj 

Sose láttam ilyen éjet
Feketénél feketébbet
Ver a zápor szeges ostor
Szabadíts meg a gonosztól
Szabadíts meg a gonosztól
Sose láttam ilyen éjet
Fut a nagy ló fut az égnek
Kivirít a magos égbolt
A nyomába csupa vérfolt
Csupa vérfolt a patája
Fut a villám fut a mélynek
Csupa vércsík a nyomába
Csupa vércsík csupa vérfolt
Sose láttam ilyen éjet
Ver a zápor szeges ostor
Szabadíts meg a gonosztól
Szabadíts meg a gonosztól

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Rédigé par Flora

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Publié le 30 Juin 2010

   Séverine m'accompagne chez le médecin. Une heure d'attente pour de simples ordonnances : avant l'IRM, il faut que je fasse une prise de sang. Il faut aussi que j'achète le produit à injecter dans mes veines, ce jour-là, pour que mon corps devienne lisible et les médicaments à avaler la semaine précédente pour prévenir une allergie. Que de précautions pour un examen réputé sans danger !

   Une heure d'attente pour deux bouts de papier. Le cancérologue aurait pu les joindre à sa dernière lettre mais il veut faire vivre le généraliste. Entre une vieille arthritique et un gamin enrhumé dont la mère mouche le nez toutes les trente secondes, Marcel passe et trébuche sur le pavé de l'hôtel de Guermantes. Cette idée  de la mort s'installa définitivement en moi comme fait un amour. Non que j'aimasse la mort, je la détestais. Mais, après y avoir songé sans doute de temps en temps comme à une femme qu'on n'aime pas encore, maintenant sa pensée adhérait à la profonde couche de mon cerveau si complètement que je ne pouvais m'occuper d'une chose sans que cette chose traversât d'abord l'idée de la mort...

   Radios des jambes. A la recherche du trou dans l'os... L'atmosphère est glacée malgré un petit chauffage électrique. Idéal pour les maux de tête.

Variantes du cadran solaire, des méridiennes longues de plusieurs dizaines de mètres sont tracées sur le sol de quelques églises d'Italie, à Florence, Milan, Bologne ou Rome. Au-dessus, la coupole est percée d'un trou. La lumière s'y introduit et va frapper un point de la méridienne, indiquant l'heure.

   Onze novembre. Les poilus ont gagné. Un million quatre cent mille tués contre un million huit cent mille pour l'Allemagne. Je me laisse pousser la barbe, par pur patriotisme... 

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Rédigé par Flora

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Publié le 28 Juin 2010

Cimeti-re-d-Ey-p.jpgCela fait un bon moment que je caresse l'idée d'évoquer les cimetières turcs. C'est même à Istanbul que j'ai eu la pensée intime de cesser le vagabondage et de m'installer définitivement quelque part  -  ce définitif me semblait longtemps effrayant  -  si je trouve le cimetière où j'aurais envie d'être enterrée. Définitif pour définitif...

   En Hongrie, les cimetières de ma connaissance, à la campagne, n'ont pas l'hostilité de ceux que j'ai rencontrés en France, bétonnés, barricadés derrière des murs hauts. Dans mon enfance, même les dalles étaient rares (et chères), les monticules de terre se couvraient de fleurs, demandant des soins permanents. En Allemagne, j'ai aperçu les "Friedhof" (lieu de paix) protestants où les sépultures se dissimulent dans la pelouse, sans croix dressées, ni de marbres rutilants, reflets de ces vanités terrestres que nous sommes pourtant censés abandonner ici-bas...

   Une promenade au Père Lachaise m'a, pour la première fois, pacifiée avec ces lieux de chagrin. Souvenir d'un jour de printemps doux et lumineux, avec Gilbert. Nous avions la bouleversante impression de rendre visite à des figures abstraites admirées de loin et qui, par cette visite, retrouvaient une réalité familière. Je suis allée chez Modigliani, Molière, Chopin... du moins, en avais-je le sentiment.

   A Istanbul, j'ai beaucoup fréquenté les vieux cimetières, avec mon trousseau à dessins et ma pliante. Accolés aux mosquées, autour des mausolées ou sur les hauteurs de la Corne d'Or comme celui d'Eyüp, mon préféré, j'aimais leur silence, leur accueil discret et bienveillant. Les vieilles pierres tombales titubent sous le poids des siècles, coiffées de fleurs pour les femmes et d'un turban pour les hommes, longtemps signées de l'écriture arabe, tel un ornement. Les dalles  -  quand elles existent  -  laissent une petite ouverture à la terre en leur milieu, permettant à l'âme du défunt de s'échapper pour une petite promenade et pour cueillir les eaux du ciel... Les familles reviennent pour un pique-nique dominical, s'installant sur la tombe dans la joie de partager un événement familial : pas de raison d'en exclure le disparu !

   En matière de lieu de sépulture, ma préférence allait vers une tombe esseulée en plein milieu d'un des carrefours les plus fréquentés d'Istanbul : la mégapole envahissante contournait la pierre dressée comme un point d'exclamation discret mais affirmatif, parmi les autobus fumants et vrombissants, les camions chargés de pastèques et les taxis bruyants. Je me suis dit, frappée de l'évidence : c'est cela que je voudrais pour moi ! Rester au milieu et dans la vraie vie, même au-delà de la mort !

illustration : R.T. lavis d'encre 1989

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Rédigé par Flora

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Publié le 25 Juin 2010

A10-1300J'apprends avec stupeur la disparition de José Saramago, prix Nobel de littérature 1998. Certes, il était âgé (87 ans), malade d'une leucémie depuis des années. La stupeur est due à une rencontre, peu après son prix Nobel, à la Villa Yourcenar, dans les monts de Flandre où le Conseil Général du Nord a créé une résidence pour écrivains européens dans la maison de l'enfance de Marguerite. Il y est venu à l'occasion du titre du docteur honoris causa de l'Université de Lille 3.

   Tous ces honneurs n'ont pas entamé sa légendaire simplicité. J'ai écouté le long texte de son discours de réception de Stockholm, une occasion de parcourir avec lui le chemin le menant au sommet de la gloire littéraire terrestre. Issu d'une famille pauvre du sud du Portugal, il devient serrurier et n'accède à la notoriété qu'à 60 ans, avec son roman "Dieu manchot". Très engagé au parti communiste, il n'a jamais oublié d'où il venait. Dans son discours du Nobel, il a longuement parlé de son enfance, de son grand-père qui réchauffait les portées de petits cochons près de son corps pendant les nuits froides de l'hiver et qui, avant de mourir, se serrait contre chaque arbre de son jardin pour leur dire adieu. De sa grand-mère presque aveugle à la fin de sa vie qui, assise au seuil de sa maison pauvre et tournant son visage vers le soleil disait : "Ce qui m'est le plus plus difficile, c'est de quitter toute cette beauté!"

   Son texte m'a touchée, éveillant de profondes résonances en moi et, obéissant à cet élan d'émotion, je me suis précipitée vers lui en disant : "Monsieur Saramago, je vous remercie!" Il me dit, étonné : "Pourquoi me remerciez-vous?"  -  "Pour l'émotion que vous avez éveillée en moi" et je lui ai parlé de mon grand-père et ses petits cochons... Il m'a regardée simplement dans les yeux : "Vous savez, à ce jour, je n'écris pas un seul mot sans penser à eux." Et nous nous sommes embrassés.

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Rédigé par Flora

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Publié le 17 Juin 2010

Rédigé par Flora

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Publié le 15 Juin 2010

Miniatures.jpgIl y en a qui ne sont pas gâtés par la nature. A une belle créature, on pardonne facilement son bagage intellectuel trop léger. A l'inverse, devant une brillante intelligence, on ferme volontiers les yeux sur quelques imperfections physiques. Cathy cumule les deux handicaps.

   Même dans sa fratrie, elle occupe la dernière place. Ils sont nombreux, ils sont pauvres. Cathy concentre sur elle toutes les tares de ses aïeux. Une tête en forme de poire avec des yeux perpétuellement mouillés, dont les billes mobiles se fixent soudain, avant l'éclat de rire inattendu, découvrant une dentition chevaline et accompagné d'un hennissement suraigu, parfaitement assorti. Ses cheveux rares et ternes, tirés en arrière en une queue de cheval rabougrie pour souligner la poire, n'ont rien pour la sauver.

   Soudain, l'air devient opaque autour d'elle. En classe, on continue à la côtoyer mais avec un soupçon de distance. On lui parle mais avec un brin de pitié teintée de répulsion. Lorsque sa mère passe dans la rue au milieu de sa progéniture, des regards pesants se retournent sur eux. Les yeux de Cathy sont rouges, plus souvent qu'à l'accoutumée.

   Dans les maisons, les enfants tendent l'oreille pour glaner quelques bribes du chuchotis des adultes sur l'événement récent qui a secoué le village. Sur le chemin de halage, un bûcheron a attendu son beau-frère, le facteur, pendant la distribution des retraites en liquide, dans les fermettes alentour. Il ordonne de lui remettre la caisse. Le facteur refuse, tente de l'amadouer : on est en famille, tu deviens fou ou quoi ? Le bûcheron a sa hache sous le bras. D'un geste précis du métier, il tranche d'abord les mains qui s'agrippent à la sacoche. Ensuite, il termine méticuleusement le travail de débit, jetant les morceaux à la rivière profonde et gourmande, accompagnés de la hache.

   Les gendarmes ne mettent pas longtemps à l'arrêter. Perpétuité. Pour lui en prison. Pour Cathy et sa famille, dans le regard des autres. 

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Rédigé par Flora

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Publié le 14 Juin 2010

Petri gyorgy   CURRICULUM MORTIS


Qui ceci, qui cela,

on panique, on rangeotte.

Qui l'eût su, qui l'eût cru,

on dévide sa vie

comme le fil à quenouille.


J'avais l'espoir, dans mon jardin

d'un beau semis de poésie ;

je bricole comme un vieux,

comme un vieux dans l'appenti.


Ce n'est pas ci, ce n'est pas ça

mais autrement, tant pis tant mieux.

Fini, de fin d'été, les soirées fraîches.

Reste Vieillir et Grelotter soudain.

Mais je prends le dernier virage du parcours

familier avant l'arrêt.

Et je sais...


traduction de André Doms

 

Halálrajz
Ki ezt, ki azt.
Rettegünk, rakosgatunk –
Ki hitte volna,
lepergetni életünk,
mint egy spulnit!
Reméltem, rendezett
kiskertben mívelek költészetet;
mint sufniban a vén, teszek-veszek.
Nem így,
másként alakul,
de ahogy, úgy van jól.
Nem adatnak a hűs nyárvégi esték,
csak a hirtelen, hideglelős öregség.
De úgy fordulok be az ismerős uton,
hogy a megállóig már nem. És tudom –

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Rédigé par Flora

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Publié le 11 Juin 2010

   Armstrong 2 touchait à sa fin. Des cellules folles, déjà, étaient à l'oeuvre dans la moelle de Philibert Tique. Il l'ignorait mais ses maux de tête n'allaient pas tarder  à le conduire chez le médecin. Une prise de sang serait prescrite. Ironie du destin, il s'avérerait que les névralgies n'avaient rien à voir avec le cancer. Seul ce dernier intéressait désormais les médecins, reléguant les migraines, jugées psychologiques, au rang d'appendice sans intérêt. Cette attitude provoquait la fureur du patient qui, ne souffrant d'aucune douleur consécutive au myélome, s'étonnait que presque personne ne soigne le seul point de son corps qui l'empêchait de vivre.

   Pour Séverine, les maux de tête de son mari avaient une cause : Véronique. Il y avait deux ans que la rupture était consommée. L'annonce s'était faite en trois temps. Un dimanche, après le déjeuner familial, la jeune fille, qui préparait un diplôme d'ingénieur agronome, avait annoncé sa rencontre avec le grand amour. Ses parents s'étaient réjouis, tout en s'étonnant que leur fille répugne à en dire plus sur l'identité de l'élu et sur le lieu de la future résidence commune. Deux semaines plus tard, alors que les supputations allaient bon train, un coup de téléphone très bref  apporta la moitié de la réponse. Véronique partait vivre en Turquie, en Cappadoce plus précisément. Elle y cultiverait la terre et élèverait des moutons. Séverine fondit en larmes ; elle imaginait Véronique, trimant comme une esclave, le sort de bien des femmes en Anatolie. Philibert Tique démonta ce cliché et tenta de rassurer son épouse. Il parla d'Atatürk qui avait donné le droit de vote aux Turques vingt ans avant que le général de Gaulle ne le fasse pour les Françaises. Tout en déplorant que sa fille ne prenne pas le temps d'achever ses études, il proposait de voir le bon côté des choses : ils allaient visiter la Turquie, un pays fondé sur une riche superposition des cultures. Le second coup de téléphone, une semaine plus tard, le plongea à son tour dans l'océan des préjugés. Le coup de foudre qui exilait Véronique en Asie avait pour origine une femme.

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Rédigé par Flora

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Publié le 9 Juin 2010

Chevelure.jpgAgathe aime les cimetières. A l'ombre des saules pleureurs, l'apaisement chasse le sordide, les bruits et les vapeurs nauséabondes de la ville sont filtrés par les hauts murs. A chacun de ses rares passages dans sa ville natale, Agathe fait le pèlerinage sur les tombes de ses ancêtres comme pour aller à leur rencontre et à celle de son passé.

   Elle refuse la proposition de sa mère de l'accompagner. Elle ne veut pas être distraite, agacée  par son babillage incessant, par son agitation autour des tombes, à désherber, à changer l'eau croupie et les fleurs dans les vases, à les distribuer à chaque défunt selon ses mérites, comme les bons points à l'école.

   Agathe cherche la rencontre non parasitée, d'âme à âme. Sous les dalles, elle a besoin de se représenter les ossements, la poignée de poussière pour que sa mémoire puisse restituer les figures vivantes qui jadis peuplaient sa vie. Il n'y a qu'ainsi qu'elle peut imaginer son propre parcours sous forme de demi-cercle dont elle entame la partie descendante. C'est ainsi que les choses rentreront dans l'ordre, sans révolte inutile, suivant le cours immuable de la vie. Faire partie de l'immuable la rassure.

   Sur une pierre, elle reconnaît, surprise, le nom de Véronique, une camarade de classe. Dix ans déjà qu'elle poursuit sa lente métamorphose, scellée sous le marbre. La quarantaine... Elle était une des plus belles, des plus intelligentes. La mémoire ressuscite ses yeux verts et ses longues tresses jusqu'à la taille qu'elle n'a jamais coupées.

   A treize ans, coup de foudre pour Johann, beau garçon du même âge, devenu plus tard la star de l'équipe de football locale. Ils ne se sont plus lâché la main. On les observait à la dérobée, mi amusés, mi-attendris par ces années de tacites fiançailles à toute épreuve. Ils avaient toujours l'air ailleurs, un peu sonnés, un peu enfiévrés dans leur bulle, indifférents au monde alentour.

   Les études terminées, ils se sont mariés, ont eu des enfants. Une vie sans histoire... jusqu'à ce nom sur la pierre brutale.

   Agathe reprend le chemin de la sortie. Une silhouette athlétique lui barre le passage, balançant son arrosoir à bout de bras. Johann. "Véronique... dix ans déjà... Non, je vis seul... Comment veux-tu...?" 

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Rédigé par Flora

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Publié le 7 Juin 2010

Rédigé par Flora

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