Publié le 31 Janvier 2011

a-36-1.jpgVendredi dernier (28 janvier) a eu lieu la première soirée de lecture de la nouvelle année, chez moi, pour présenter le romancier  Dezső Kosztolányi à travers deux de ses livres : Alouette et Anna la Douce. 

   Kosztolányi, le poète, le traducteur, le journaliste, le romancier, fin styliste... impossible de donner une image complète de son oeuvre multiple en une seule soirée. Pendant sa relativement courte existence (1885-1936), il a beaucoup écrit, comme dans l'urgence, pressentant peut-être obscurément le peu de temps qui lui était imparti. Je cite Sándor Márai à ce sujet : "Kosztolányi créait quotidiennement un petit chef-d'oeuvre, parce qu'il lui fallait vivre. Or, son travail lui permettait tout juste de gagner son pain. (...) Pourtant, ce qu'il écrivait ainsi, comme de la main gauche, et toujours à la hâte, était d'une absolue perfection. (...) Le secret de cette perfection résidait peut-être dans le fait qu'il manquait de temps pour "peaufiner" ces écrits." 

    Cinq-six personnes lisaient les extraits que j'avais choisis pour illustrer mes propos durant une heure et demie. Je suis toujours très touchée par les gens qui se rassemblent à ces soirées mensuelles (je ne suis pas la seule organisatrice, nous sommes trois à nous relayer), qu'il neige, qu'il vente, qu'il pleuve, le pouvoir magique des mots et du partage réunit des fidèles (une quinzaine) et des occasionnels (qui, souvent, deviendront des fidèles à leur tour...), souvent venus de plusieurs dizaines de kilomètres, autour de la poésie, de la prose et du théâtre, sans compter la table sur laquelle chacun dépose quelque chose à boire ou à manger que nous partageons ensuite, dans un joyeux brouhaha qui se prolonge jusqu'à 1 ou 2 heures du matin... Bien sûr, cela demande des efforts de préparation, non seulement du sujet mais aussi des lieux et du rangement qui suit...  Cependant, le plaisir d'offrir de la découverte et le partage de ses amours effacent la fatigue lorsque les visiteurs repartent avec des étoiles dans les yeux...

sur ce blog, des extraits :

Dezső Kosztolányi (1885-1936) : Anna La Douce (Édes Anna)

Dezsö Kosztolányi (1885-1936) *Alouette (Pacsirta)

Dezsö Kosztolànyi : Alouette (roman, fin)

Editions Viviane Hamy 

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Rédigé par Flora

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Publié le 27 Janvier 2011

elele 2 0001 NEW L'autre jour, en fouillant mon capharnaüm préféré, je suis tombée sur le numéro d'octobre 1989 de la revue mensuelle turque "Elele", périodique sur papier glacé pour femmes qui traite de tous les sujets, de la psychologie à la société, en passant par la mode, la culture, l'astrologie et même la sexologie... A ma grande surprise, une des journalistes francophone de la revue m'a téléphoné pour me proposer de participer à un reportage dans la série "Dünya kadınları ve mutfakları" ("Femmes et cuisines du monde"), dont j'étais censée occuper le troisième volet.

   Ceux qui me connaissent dans la vie, savent que je n'ai jamais été un cordon bleu, même s'il m'arrivait de faire illusion parfois, aux grandes occasions; hélas, je suis dépourvue d'imagination dans l'art de la cuisine... Je déplore ce handicap, ce manque de vocation car c'est une tâche dont il faut s'acquitter, alors, autant le faire avec plaisir et créativité!

elele-plats_NEW.jpgLe photographe et la journaliste ont débarqué dans notre salon de Cihangir, avec tout le matériel, appareils photos, projecteurs et le "parasol", sans oublier le magnétophone. J'avais déjà préparé tous les plats, il ne me restait plus qu'à me maquiller, à m'habiller pour la photo... Pour peu, je me serais sentie comme la star en herbe qui reçoit son premier intervieweur... Heureusement, il me restait assez de sens de dérision pour m'amuser à l'idée de représenter la cuisine hongroise avec ma mince vocation!

   A la fin de la séance, il ne nous restait plus qu'à finir les plats en compagnie de toute l'équipe. Pour être honnête, ils se sont régalés avec la soupe aux boulettes de foie de volaille et à la crème fraîche, le poulet au paprika avec ses petites pâtes faites à la main et pour finir, les crêpes aux noix et au fondant chocolat... Ce n'était pas vraiment hypocalorique mais délectable...

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Rédigé par Flora

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Publié le 25 Janvier 2011

Pause.jpgC'était le grand amour, le très grand, le fusionnel comme on ne peut tomber dedans qu'à l'adolescence, l'âge où l'on ne calcule rien puisqu'on ne connaît encore rien à la comptabilité. Une certaine innocence où l'on imagine l'éternité dans le regard de l'autre. Les parents observaient les deux enfants qui n'en étaient plus vraiment, avec une bienveillance attendrie par leurs propres souvenirs, avec une certaine envie aussi, parfois.

   Ce n'était plus l'époque des grands tabous, les murs infranchissables des interdits : tout le monde trouvait normal que les amoureux inséparables passent la nuit chez l'un ou chez l'autre, au gré du hasard ou de l'envie.

   L'annonce de l'arrivée du bébé ne fut pas non plus un traumatisme. Les futurs grands-parents étaient plus excités que les jeunes géniteurs et ils assuraient à l'unisson de se charger des subsides nécessaires. L'aspect matériel de la vie n'a jamais été un casse-tête, il n'y avait aucune raison que cela le devienne.

   Corinne allait sur ses dix-huit ans. A certains moments rares, restée seule à regarder les contours de plus en plus arrondis de sa silhouette dans la glace, une angoisse inexplicable la saisit : est-ce normal, tout ce bonheur sans nuage qui s'annonce comme une autoroute ensoleillée se perdant dans l'infini?... Par une sourde et nébuleuse intuition, elle se mit à souhaiter une crainte, une sorte d'alarme, destinée à écarter toute menace dont elle n'avait même pas idée.

   La sonnerie du téléphone, ce matin-là, ne fut pas la même. Elle annonça la fin du monde. Le corps désarticulé de Benoît gisait parmi les débris de la voiture. Corinne ne sut rien des deux mois qui restaient jusqu'à la naissance du bébé. Elle les passa dans un état de coma éveillé. Le petit être vorace fixait le visage triste se penchant sur lui et, petit à petit, il apprit à se faire discret, comme pour prendre sa part à l'affliction de sa mère.

   Des années passèrent. Parents et amis se mirent aux amicales pressions de convaincre Corinne à continuer la vie... "Vingt-cinq ans... pense à l'enfant qui a besoin d'une figure paternelle bien vivante... et toi, d'une présence autre que fantomatique..." Corinne vécut ces injonctions comme la violation de son monde qui ressemblait désormais à un sanctuaire dédié à la mémoire de Benoît. Ce monde était verrouillé mais rassurant. Benoît y conserverait son sourire éternellement jeune, ainsi que l'intensité de leur passion. Entrouvrir la porte de ce sanctuaire pour laisser passer un intrus serait une trahison qui la plongerait au plus profond de sa culpabilité de survivante...   

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Rédigé par Flora

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Publié le 20 Janvier 2011

Rédigé par Flora

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Publié le 18 Janvier 2011

Pour mon blog hongrois, j'ai emprunté chez Bottle (http://bottle.eklablog.com) l'dée d'un petit inventaire nostalgique à la Georges Perec, histoire d'envoyer au fond de la mémoire de minuscules sondes spatiotemporelles, afin qu'elles remontent à la surface quelques lambeaux d'impressions lointaines. J'ai longtemps hésité pour une variante en français... Pour ceux qui lisent mon blog français, ne serait-ce pas un rappel à Tintin, au scoubidou ou aux carambars, voire Capitaine Flam, G.I. Joe ou Emilie Jolie qui créeraient l'écho, plutôt que l'évocation de mes références hongroises inconnues...? La tentation est forte cependant... et comme disait Oscar Wilde : "Le seul moyen de se délivrer de la tentation, c'est d'y céder."

   Entretemps, tout en essayant de cerner le sujet, j'ai repensé aux premiers mois de notre rencontre avec Gilbert. En discutant, nous nous sommes rendu compte que, nés à la même époque, à quelque 1600 km de distance (mais séparés du "rideau de fer" tout de même...), nous n'avions quasi aucune référence en commun concernant notre enfance! Ecole de garçons - école de filles pour lui, classes mixtes pour moi; je ne connaissais ni Tintin ni Astérix et pour lui, Petőfi, Kossuth représentaient des noms de rues et de places dans chaque localité. Alors, nous avons entrepris l'apprentissage de la culture de l'autre au quotidien... 

Je me souviens du goût des tartines au saindoux, parsemé de paprika écarlate en poudre, des tranches de saucisson épicé au petit déjeuner

Pour lui, il était impensable de déroger aux tartines au beurre et à la confiture de grand-mère

Je me souviens des grands gâteaux crémeux confectionnés par ma mère ou ma tante, pour des repas du dimanche pantagruéliques...

Pour lui, la reine de tous les gâteaux était la tarte aux pommes (parmi beaucoup d'autres, étant très gourmand). J'avoue l'avoir trouvé du premier coup plutôt modeste... Ce n'est qu'avec le temps que j'ai appris à l'apprécier à sa juste saveur...

Je me souviens, dès l'enfance, des goûts intenses, salés, poivrés, épicés pour que ça tienne au corps...

 Pour lui, du moins au départ, c'était une épreuve : les papilles en feu, il ne sentait plus les goûts... Par contre, j'ai mis du temps à déceler les finesses d'une blanquette de veau, l'ayant trouvée au début d'une fadeur sans pareille

Je me souviens des retrouvailles familiales, amicales dans l'effusion des émotions, des embrassades, des rires et des larmes

Pour lui, la tradition familiale (et nationale) a enseigné la retenue dans l'expression des émotions... Plutôt corsetés, les sentiments se devinaient dans le regard, les non-dits. C'est moins fatigant mais quelque peu déstabilisant...

 

Voilà un échantillon, loin d'être exhaustif...

 

 

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Rédigé par Flora

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Publié le 15 Janvier 2011

Le-m-priseur.jpgAu moment où il braque son arme vers la serrure, prêt à tirer, le verrou claque enfin et le panneau s'écarte, livrant un demi-visage en chignon blanc, lunettes abaissées sur le nez pour mieux voir au-dessus, réseau de rides où peut se lire la mort, méfiance dans les yeux et début d'un effroi. Pour éviter le cri dont la vue du revolver va accoucher, il a le réflexe de décliner son grade mais surtout de se précipiter à l'intérieur. La petite femme s'est plaquée contre le papier peint à fleurs, de la race rampante, incapable de révolte, déjà rompue et résignée, borborygmes qu'il ne cherche pas à apaiser, parce que rien n'a de sens devant tant de veulerie.

   Sans s'expliquer, il inspecte les pièces une à une, suivi du chevrotement, renverse les objets, dégage en coups de pied rageurs tout ce qui s'aventure sur son chemin. L'appartement est petit, mesquin, meublé, comme les vaincus aiment le faire, d'un étalage hétéroclite, tapissé de photos où les sourires émiettés se crispent depuis des siècles en illusion de bonheur. Famille comme la sienne... La télévision est en marche, le son poussé au maximum, présentateur visqueux bavant à douce voix sur des enfants craintifs que leurs parents admirent. Ce contentement de soi, joint au marmonnement à son côté et au chant discordant d'une fillette, lui irrite l'oreille. Il se retourne sur cet être fripé aux mains serrées, endormi depuis toujours dans le fauteuil encore creusé de sa présence, berçant ses rêves d'un autre âge. Le pistolet durcit dans son poing, se veut clément, prêt à cracher ses balles, à abréger l'agonie, dans un sublime élan de bonté, à évacuer ce décombre qui déjà ne vit plus.

   Mais ce serait trop doux. Elle ne mérite pas une telle clémence, cette vieille claquemurée dans son caveau à en pleurer, qui n'a rien demandé, qui ne sait pas supplier parce qu'elle n'a pas encore assez souffert ou imagine que la souffrance est son lot. Le péché sera plus grand de la visser à son écran, entre deux ronflement, momifiée sous les photos qui la dénoncent, mariée jaunie au bras d'un moustachu, fillette enrubannée devant un arbre de Noël, ombre sépia sur un tandem conduit par son mari, décomposé depuis vingt ans sous les bouquets qu'elle lui apporte. Déjà, il a saisi la poignée, satisfait du tourment que son inaction crée, prêt à se jeter sur d'autres jeux, à épuiser d'autres malheurs.

extrait du roman Le Mépriseur, éditions Manya, 1993 

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Rédigé par Flora

Publié dans #Gilbert

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Publié le 12 Janvier 2011

Voici les accords finals de la symphonie : fin du vertige, apaisement.

L'éloge de la matérialité peut choquer les âmes sensibles pour qui la poésie ne franchit pas la barrière de la peau et doit parler de la beauté visible et de l'âme invisible...

Mais devant les lois vertigineuses et pures du cosmos notre existence terre à terre bégaie...

La femme à qui s'adresse ce poème est une presque inconnue, rencontrée par hasard et très brièvement, devenue symbole de la femme aimée. Certains prétendent que c'est la grande Absente, cette mère impossible à aimer qui n'a cessé de l'abandonner... Mais cet analyse nous mènerait beaucoup plus loin...

 

Comme des caillots

De sang, ces mots

Tombent devant toi.

L'existence bégaie.

Seules parlent purement les lois...

Mes organes industrieux qui m'enfantent de nouveau

Chaque jour se préparent déjà, je le sais,

A se taire à jamais.

 

Mais ils clameront tous, jusqu'à l'heure de ma fin :

Ô toi qui fus choisie parmi la multitude

De deux milliards d'être humains,

Ô toi l'unique! Ô toi doux berceau!

Vivante couche! Puissant tombeau!

Accueille-moi dans ton sein!

 

(Ce plein-cintre du petit jour, comme il est haut!

Des armées brillent au coeur de ces métaux.

Mes yeux sont éblouis par la vive clarté;

Je suis perdu, je crois, 

Et j'entends mon coeur battre de l'aile et claquer

Au-dessus de moi.)

 

                 Chanson subsidiaire

 

Le train m'entraîne. Je viens te rejoindre.

Dès aujourd'hui, qui sait, je peux t'atteindre...

Alors le feu de mon front s'éteindra.

Mais, tout bas, peut-être, tu me diras :

 

"Va donc prendre un bain; j'ai ouvert l'eau tiède,

Pour te sécher, voilà une serviette.

Si tu as faim, la viande est à chauffer.

Ton lit est toujours où je suis couchée."

traduction: Jean Rousselot


Ode (Óda)

Ode (Óda) 2-3.

Ode (Óda) 4.

 

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Rédigé par Flora

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Publié le 7 Janvier 2011

Vieux-et-sa-muse.jpgRidicule... Il frétille comme un poisson dans le filet... Il y est, d'ailleurs, dans le filet de cette blondasse, vulgaire et scandaleuse! Ou alors, il n'y a que moi qui la trouve vulgaire... Parce qu'elle est plus jeune et plus fraîche que moi, qu'elle traîne derrière elle un parfum de nouveauté que je n'ai plus depuis vingt ans...

   Regardez-le! Le jeune coq d'antan qui commence à se déplumer, ses ergots moins acérés, sa crête plus pâle... Peut-il encore faire le roi de la basse-cour, devant lequel les poules se courbent, dociles? Moi, avec trois grossesses derrière moi, mère-poule vieillissante, les plumes quelque peu défraîchies, la croupe enrobée et les formes distendues, je ne tiens pas la rampe avec l'autre, plus pimpante et qui ne l'a jamais vu, hirsute au saut du lit ou mal rasé, faire le mourant à cause d'une angine ou d'une sciatique! Qu'est-ce qu'elle a de mieux que moi? Certes, quelques années, quelques usures en moins... Même pas la fraîcheur, plutôt l'inédit! Veut-il éprouver son pouvoir de séduction avant la fermeture des portes ? 

   Je sers les petits fours avec le sourire, la fée du logis irréprochable qui a trimé depuis la veille pour que tout brille, que tout soit parfait pour fêter la promotion de Monsieur... Enjouée avec tout le monde, y compris la jeune rivale qui étincelle dans le regard enveloppant de mon mari... Elle ne peut s'empêcher de me gratifier de quelques oeillades condescendantes comme celle qui a déjà gagné la bataille et peut se permettre un peu de miséricorde pour les perdantes...

   Dès le début de la soirée, je le trouvais bizarre. Lui qui enfilait son survêtement et ses pantoufles éculés à peine le seuil de la maison franchi, cette fois-ci gardait son pantalon et ses chaussures de ville, ostensiblement, me réclamant avec quelque nervosité une chemise fraîchement repassée... La fameuse petite voix alarmante s'est mise à susurrer dans mes oreilles. Je l'observais de loin, d'abord avec étonnement puis ravalant mes larmes brûlantes de dépit et d'humiliation. Je l'observe toujours à faire le beau devant sa jeune collègue, célibataire, la trentaine à peine, la working girl dans toute sa splendeur, en contraste éclatant avec la bobonne que je suis devenue à force de servir les caprices de toute la maisonnée... Je le vois, avec le trac du jeune homme à son premier rendez-vous, mais ce trac ne s'adresse plus à moi... Il a rajeuni. Il brille de ce petit feu intérieur qui m'est si familier d'un passé lointain...

   Le ciel m'est tombé sur la tête... Je me sens pillée, dépossédée... Je ne le reconnais pas. Je n'ai jamais imaginé mon mari en train de lorgner sur une autre femme! Tout comme pour moi, il n'existait aucun autre homme depuis les vingt ans que nous nous sommes rencontrés. Nous nous connaissions si bien! Trop bien, peut-être?...    

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Rédigé par Flora

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Publié le 4 Janvier 2011

Num-riser0008.jpgJ'ai vu une discussion intéressante le 30 décembre dernier sur la 5 qui m'a mis du baume aux bleus de l'âme passagers. Frédéric Lenoir (philosophe, historien des religions), Marc Jolivet (humoriste), Jean Viard (CNRS) et Philippe Gabilliet (science en gestion, vice-président de la Ligue des Optimistes de France !) échangeaient au sujet du pessimisme collectif des Français, plus précisément, sur un sondage où ces derniers déclarent être majoritairement plutôt heureux dans leur vie privée et avoir en même temps une vision sur le monde et sur l'avenir de leur pays noire de noire... Les quatre participants au débat étaient d'accord sur tous les points : le contraire de l'optimisme n'est pas vraiment le pessimisme mais la résignation...

   Être optimiste, à notre époque de cynisme ambiant est mal vu; au mieux, on vous regarde avec condescendance pour le "bisounours" que vous êtes par ces temps qui sèment l'angoisse collective : les informations vous bombardent de catastrophes ininterrompues, devenues "proximités", faisant irruption jusqu'à votre canapé où vous regardez béatement votre écran... Pire encore : on vous culpabilise si vous ne réagissez pas, votre conscience est sans cesse sollicitée de compassion, d'indignation... Petit à petit, le monde extérieur à votre cocon devient menace permanente pour votre relatif bien-être et cette menace sourde s'infiltre même derrière vos barricades sous forme de ce que vous mangez, de ce que vous respirez : impossible d'y échapper! Et voilà le résultat : des gens qui habitent un des plus beaux pays du monde, un des plus libres aussi, envié par beaucoup qui se bousculent pour venir y vivre, ces citoyens globalement heureux broient du noir! Certes, beaucoup de personnes ont de réels motifs d'angoisse au quotidien : travail dur ou qui manque, fins de mois difficiles, maladies graves... Mais ils ne sont pas la majorité des consommateurs assidus des anxiolytiques!

    Je me souviens de mes jeunes années dans un régime communiste où l'optimisme était de rigueur, une ligne politique. On vous a ôté tous les soucis : vous n'étiez au courant de rien, sauf de ce qu'on voulait bien vous apprendre. Un enfant est insouciant de la même manière. En échange, le chômage, l'angoisse de l'avenir étaient inconnus. Pas de frustration à l'occidentale non plus pour envier les richesses inaccessibles et étalées sans pudeur : un nivellement logeait tous à la même enseigne.

   Gilbert s'agaçait de mon optimisme inné et incurable, il le traitait d'inconscience, tandis que lui-même n'aurait été que lucide... La conclusion de la discussion citée plus haut allait dans mon sens : l'attitude stoïcienne est non seulement bénéfique à l'individu mais constitue un comportement citoyen. Le pessimisme conduit à la résignation, à la lamentation stérile, alors que l'optimiste réagit pour améliorer les choses, à commencer autour de lui-même. La vie est si courte, si fulgurante : si nous ne cultivons pas nos capacités de nous réjouir de la multitude de petits bonheurs à notre portée et qu'il faut savoir remarquer, nous arriverons en fin de parcours les mains et le coeur vides...

   Je vous souhaite donc de chausser de temps à autre ces lunettes roses pour ne négliger aucun beau moment qui s'offre à vous... 

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Rédigé par Flora

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