Publié le 30 Novembre 2012

 

 

triolet-1.jpg On connaît mieux "Les yeux d'Elsa", chantés par Aragon et Jean Ferrat, que l'oeuvre littéraire de la Muse...

Elsa Kagan est née à Moscou, soeur de Lili Brik et belle-soeur du poète Maïakovski, tous deux se suicident... En 1919, Elsa part à Paris où elle se marie avec André Triolet, un officier français dont elle divorcera deux ans plus tard, tout en conservant son nom. En 1928, elle fait la connaissance d'Aragon: ils se marient dix ans plus tard. Ils participent à la résistance. Auteur de romans et de nouvelles, elle est la première femme à obtenir le prix Goncourt en 1945.

 

* Les hasards de notre vie nous ressemblent.

 

* Être bilingue, c'est un peu comme d'être bigame: mais quel est celui que je trompe?

 

* L'écriture, c'est comme la palpitation du coeur, cela se produit.

 

* Traduire des vers ou aller chez le dentiste, ça revient au même: on a mal, on s'embête, et le résultat c'est quand-même toujours des chaussettes reprisées.

 

* Le silence est comme le vent, il attise les grands malentendus et n'éteint que les petits.

 

* Créer est aussi difficile que d'être libre.

 

* J'arrive au temps des échéances. J'ai dépensé ma vie qui n'est jamais qu'un prêt et qu'il faut rendre à la mort usurière.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #citations

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Publié le 26 Novembre 2012

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   J'ai une certaine aversion contre le snobisme des titres non traduits. Soi-disant pour ne pas les fausser! Bizarrement, les défenseurs de ces pratiques ne sont si exigeants qu'envers les titres en anglais! (de plus, le titre original de ce film est: "En kongelig affaere", en danois...)

   Mais venons-en à notre film danois. Deux heures vingt de pluie, de pénombre, d'austère château royal qui s'apparente à une prison. Et de fait, il est une prison pour la reine Caroline Mathilde, jeune princesse ignorante des choses de la vie, instruite vaguement par sa grand-mère au sujet des devoirs qui l'attendent envers son époux, un roi étrange dont on suggère qu'il est fou... Aujourd'hui, on dirait "bipolaire", peut-être.

   Un Danemark du dix-huitième siècle où le peuple vit dans la misère, ravagé par les épidémies comme dans la plupart des pays de l'Europe de cette époque. Les idées des Lumières, venues de France, sont considérées comme dangereuses par la noblesse craignant pour ses privilèges. Elles font leur apparition par l'intermédiaire d'un médecin allemand, Johann Friedrich Struensee, nommé médecin personnel du roi.

A-Royal-Affair---Mikkel-Boe-Folsgaard-copie-1.jpgLes acteurs sont excellents, couronnés de prix dans divers festivals dont Cannes. Ma préférence va à Mikkel Boe Folsgaard, dans le rôle du roi Christian VII.  Il est époustouflant de justesse à incarner ce personnage qui oscille en permanence entre faiblesse, intelligence fulgurante et folie déconcertante.

   Sans détailler les périples du trio que forment le couple royal et le médecin, les bouleversements survenus en quelques huit mois et le dénouement tragique auquel le spectateur s'attend depuis le début, j'aimerais éclaircir pourquoi j'ai été captivée d'un bout à l'autre. Certes, j'ai un penchant pour les films que les admirateurs des "007" jugent ennuyeux à mourir (j'avoue même que, bizarrement, le bruit et la fureur m'endorment au bout d'un quart d'heure). Je me souviens d'avoir suivi à la télé, fascinée, durant des semaines, les épisodes d'un polar danois dont un producteur américain n'aurait fait qu'une bouchée de 50 minutes!

   La lenteur... J'en viens à faire son éloge... Dans un monde qui nous impose un rythme échevelé dans tous les domaines, cela fait du bien de s'attarder sur un visage, scrutant la naissance d'une émotion  -  et en la matière, les Danois excellent! Les ambiances, les images figées, les gros plans nous approchent de l'essentiel. C'est le contraire de l'esprit "zapping", des agitations et grimaces qui donnent le tournis et sont destinées à masquer une possible zone de réflexion. L'étourdissement est très commode, lorsqu'on ne souhaite pas ouvrir les yeux! Ou qu'on est incités à ne pas le faire...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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Publié le 25 Novembre 2012

images-1   Je l'ai tué, oui. Je n'avais pas d'autre issue. Prise au piège comme un rat. Des années de torture, physique et mentale. Je l'ai poussé dans l'escalier, il s'est empalé sur son couteau. Le couteau long et effilé avec lequel il me menaçait quelques minutes auparavant.

   Je ne sais pas si j'arriverai à reconstituer le puzzle qu'était ma vie avant... Avant quoi? Cela ne s'est pas déclenché d'un seul coup. Histoire banale de tant de femmes, de tous les âges et de toutes les conditions.

   Comment se fait-il qu'il ait trouvé, avec une précision instinctive et diabolique, toujours le même point pour taper? Laisser tomber son poing serré, façon "poing américain", entre les omoplates, sur les deux mêmes vertèbres... Ou alors, sur le crâne, maintenu par les cheveux, de l'autre main qui en arrachait des touffes... A genoux ou couchée par terre... En position d'esclave.

    La haine ou plutôt le mépris me brûlent encore le visage, par volutes successives qui montent. L'humiliation est une maladie durable dont on a du mal à se dépêtrer. Pas même au prix d'un "homicide involontaire"... Involontaire? Pas si sûr. Disons que j'ai saisi le coup de pouce du destin. Le dernier sursaut désespéré pour m'arracher du piège.

   Le jury m'a acquittée. Je reste une terre brûlée, aride à jamais.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #microfictions

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Publié le 21 Novembre 2012

 (...) Ses parents sont morts à une semaine d'intervalle, l'un attendant l'autre, l'autre se hâtant de rejoindre l'un, vieux couple inapte à se séparer, réuni par la fosse et les vers qui les rongent sous les couronnes vernissées. Le voici errant dans la maison qui lui échoit, grande demeure de son enfance, qui n'est plus sienne depuis longtemps et ne l'a peut-être jamais été.

Le-m-priseur.jpg   Ces meubles, il les a déjà vus, ces photos punaisées, encadrées, les couleurs, les allées rectilignes, bordées de fleurs soigneusement entretenues jusqu'au dernier jour, déjà senti ces effluves d'antan, et la fraîcheur des arbres, hospitalière aux générations. Jusqu'à la tonalité de l'air et la lenteur des choses qu'il retrouve inchangées, circonscrites au cercle étroit et bien-pensant de la famille.

   Parce que son esprit s'est modifié, plus libre sans doute mais plus creux et plus vide qu'une statue de fer blanc, aucun de ces signes ne possède plus le moindre sens, la moindre dose de malignité, ni les cartes postales illustrées de madones ni les témoignages accablants du nourrisson obèse, avili de nudité sur un pompeux coussin, qu'il va se hâter d'étouffer aux flammes de la cheminée, avec l'enfant au brassard blanc, innocent sous une arcade romane. (...)

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Gilbert

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Publié le 18 Novembre 2012

Rédigé par Flora bis

Publié dans #images

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Publié le 14 Novembre 2012

PHOTO 33317 apx 500    Cela s'est passé il y a au moins vingt-cinq ans... 

   En poste à Istanbul, nous sommes en vacances à Laon. Après une soirée de cinéma à Reims, nous entamons les 50 km du retour. Digne d'un mois de juillet dans l'Aisne, il tombe des cordes sur la route nocturne. Nous devisons tranquillement à propos du film, je rêvasse en regardant les ombres profondes du paysage, lorsque j'entends un cri affolé: "Le camion! Le camion!..." En face de nous, deux énormes phares du mastodonte qui a quitté sa trajectoire et fonce sur nous. Gilbert n'a le temps que de donner un violent coup de volant vers la droite. Le bas-côté trempé nous envoie au fond du fossé qui borde la nationale à cet endroit. Le camion disparaît dans la nuit. La R 18 break s'assoit sur son coffre, le mouvement me semble très lent et presque doux comme un mouvement de valse...

   Hébétés, nous nous extrayons de la voiture et remontons la pente raide et glissante, à quatre-pattes parmi les orties, éclairés juste par les phares restés allumés. Tout d'un coup, une moto s'arrête à côté de nous: deux petits jeunes en descendent et, de main de maître, ils prennent la situation sous leur commandement. Ils stoppent une camionnette, puis un gros semi-remorque, ils barrent la route nocturne, balayée par le déluge. Ils envoient la camionnette chercher un câble de remorquage dans les environs, tandis qu'ils guident le semi-remorque pour qu'il puisse se mettre en travers de la route et remonter notre voiture, disparue dans le fossé, de tout son long...

   Cela dure presque deux heures sous la pluie battante. Tout le monde est trempé. Nous sommes spectateurs impuissants des manoeuvres. Les petits jeunes, un garçon et une fille d'à peine vingt ans, en vrais chefs d'orchestre, dirigent les opérations jusqu'au bout. Nous échangeons quelques mots à la fin. Ils sont en partance pour Annecy, leur lieu de vacances, à plusieurs centaines de kilomètres de là. Sans hésitation, ils nous ont offert deux heures de leur route, sous le déluge. Sans autre récompense que nos remerciements. Sans même nous laisser leurs noms. Cette nuit-là, nous ne savons pas encore que vingt-cinq ans plus tard, nous habiterons, nous aussi, leur chaleureuse terre du Nord... 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoires

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Publié le 7 Novembre 2012

   Ma dernière note remonte à la fin d'octobre. Depuis, plus de 3400 km de route derrière moi... Dans la tête, la distance est encore plus importante.

photo.JPG Sur cette photo, trompeuse, le lendemain de notre retour de Hongrie. Avec un peu de retard, j'improvise un dîner d'anniversaire pour Alice et moi: nous avons 10 jours d'écart  -  plus quelques années... Pour les enfants, il faut préserver la gaieté, c'est la fête!

   Le poids écrasant que constitue l'état subitement dégradé de ma mère ne me quitte pas. On a beau faire appel au bon sens, arguments que moi-même trouverais raisonnables concernant d'autres personnes: le choix que j'ai fait il y a près de 40 ans de partir avec Gilbert comportait cette éventualité... Mais voit-on aussi loin à 25 ans? Veut-on le faire, tout simplement?

   L'autre argument que l'on expose est le suivant: à chacun sa vie. Les enfants sont appelés à quitter leurs parents et lorsque ces derniers ne sont plus en mesure de s'assumer, la société prend le relais, en monnayant ses services. C'est l'effondrement de tous mes principes, de toute mon éducation. C'est le triomphe de l'individu sur la solidarité familiale, quitte à payer par la solitude, à son tour. D'où le conflit moral, la culpabilité écrasante que je vis...

   De toute cette souffrance, une leçon émerge et se renforce: me préparer à temps pour m'assumer jusqu'au bout, sans laisser peser sur les enfants ce poids difficile à porter. Ma solitude, somme toute récente, je l'ai assumée, je l'ai bien remplie, et c'est déjà un premier pas sur ce chemin difficile mais enrichissant... De là à préjuger l'état de grabataire, se préparant au grand départ, ce serait péremptoire...

     

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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