Publié le 30 Septembre 2009

Rédigé par Flora

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Publié le 29 Septembre 2009

   Nous sommes logés dans un des immeubles impersonnels du quartier des étudiants de plusieurs facultés. Ce stoudgorodok  (abréviation, parmi les innombrables autres, tellement prisées par l'ère soviétique, de stoudiéntcheski gorodok  = petite ville - quartier - d'étudiant) se trouve dans une partie relativement neuve de la ville, tellement récente que les finitions laissent à désirer. Une amie y fait une sorte de pèlerinage quinze ans plus tard et elle me dit : "Tu ne me croiras jamais ! Pour accéder aux immeubles, il faut toujours traverser les mêmes terrains vagues avec les mêmes trous remplis d'eau et enjambés par des planches, tout comme de notre époque !" Et nous savions tous que ces terrains vagues avaient vocation d'y rester pour l'éternité, comme nous croyions le régime inébranlable...
   Ce n'est pas l'antique Arche de Noé de notre Oussatchovka de Moscou, ce qui n'empêche pas que je fasse connaissance, pour la première fois de ma vie, avec des vampires. En effet, dès que j'éteins ma lampe de chevet, je me fais littéralement dévorer par des punaises !... Comme je n'en ai jamais vu auparavant, je cherche un ennemi invisible, au visage inconnu et qui ne se manifeste que dans le noir. Au bout de plusieurs semaines de calvaire, je dors avec ma lampe allumée. Il y a bien les "brigades de désinfection" qui passent régulièrement, harnachées, encagoulées comme la police scientifique des feuilletons de télé mais cela n'a  d'autre effet que de déclencher la migration des vastes populations de punaises vers les chambres encore intactes !
   A bout de nerf, je m'en plains à une de mes profs de fac. Elle me conseille un bon vieux produit qu'il faut diluer dans de l'eau. Inutile de dire que je l'emploie concentré, le versant avec rage dans les interstices du bois de mon lit renversé, ainsi que dans les plinthes. En effet, j'apprends au passage que les bestioles logent dans du bois ! Et encore, elles choisissent leurs victimes : mes deux colocatrices russes sont indemnes ! Mon sang exotique, sans doute...
   Pour finir et en épargnant les détails de cette extermination massive, l'opération est couronnée d'un succès total et j'aurai la paix jusqu'à la fin de notre séjour. La vie à Leningrad commence à prendre des couleurs agréables.

la suite suivra...

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Rédigé par Flora

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Publié le 26 Septembre 2009

  Lors des événements solennels, à la radio et plus tard à la télé ou dans la "vraie vie", j'ai souvent entendu et même chanté l'hymne national, jamais galvaudé. Ce qui reste cependant le souvenir le plus vif de mon enfance, c'est le moment après le douzième coup de minuit annonçant la nouvelle année qui commence immanquablement par l'hymne, sur fond du drapeau rouge-blanc-vert flottant sur l'écran de la télé  -  et toute la famille l'écoute debout!
 L'auteur de son texte en huit strophes est Ferenc Kölcsey (1790-1838) en 1823. Sa musique date de 1844, composée par Ferenc Erkel. Même le régime stalinien, férocement anticlérical, n'a réussi à changer son statut d'hymne national. On chante habituellement la première strophe.
                                                   
                                                
                                                      
Isten, áldd meg a magyart                                                 Bénis le Hongrois, ô Seigneur,
Jó kedvvel, böséggel,                                                       Fais qu'il soit heureux et prospère,
Nyùjts feléje védö kart                                                    Tends vers lui ton bras protecteur
Ha küzd ellenséggel,                                                         Quand il affronte l'adversaire !
Balsors akit régen tép                                                       Donne à qui fut logtemps broyé
Hozz rá vig esztendöt,                                                      Des jours paisibles et sans peine ; 
Megbünhödte már e nép                                                     Ce peuple a largement payé
A mùltat s jövendöt !                                                          Pour les temps passés ou qui viennent. 
                                                                                                                 trad. Jean Rousselot 
link  
lien vers une interprétation sur youtube et une autre version dans les commentaires!

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Rédigé par Flora

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Publié le 24 Septembre 2009

[...] Pendant quelques secondes, dans un arrachement de tous les muscles, il regagnait un peu de terrain sur le barbu. L'instant d'après, il renonçait à le rejoindre, comme si le maillot jaune et mauve avait été cause de tout. La fatigue lui brouillait l'esprit, il en était conscient, mais pas au point d'endormir sa frayeur. A la sortie d'un virage, deux nouvelles victimes l'attendaient, un homme et une femme, une tenue vert-pomme déchirée dans le milieu du dos et une blanche, dépourvue de souillures, la balle ayant percuté la nuque et emporté le sommet de la tête. Un peu plus loin, ils étaient trois, puis deux encore, dont un enfant, atteint en plein visage.
    Arnaud ignora autant que possible ces corps meurtris, ainsi que les suivants, litanie multicolore couchée dans les flaques d'eau. Dans son slalom, il s'épongeait le front, consultait frénétiquement sa montre, curieusement devenue rouge, multipliait les hypothèses. Alors qu'il s'époumonait depuis près de cinq heures, Villesous refusait d'apparaître à l'horizon. Le halètement avait repris derrière son dos et le martèlement des semelles sur le sol, bruit amplifié, démesuré, comme si tous les gisants se relevaient à son passage afin de le poursuivre...
    La banderole surmontait la chaussée, au bout de la ligne droite, une improbable banderole qui aurait dû être tendue sur la grand-place, en face de la mairie ou de l'école, et qui s'agitait en plein vent, dans le paysage rouge de l'affiche. A quelques mètres de la toile, les rayures mauves oscillaient d'un talus à l'autre, incapables de maintenir le cap ou signifiant par ces détours qu'elles repoussaient Arnaud hors des délais. Soudain, le mouvement se suspendit, frappé d'une impuissance subite. Le corps massif se recroquevillait, se désarticulait. Il s'écroula, privé de barbe ainsi que de mâchoire.
   Au passage de la ligne, Arnaud pencha le buste, à la manière d'un spécialiste du cent mètres. Ses jambes refusaient de le porter. Il se trouva emporté dans une culbute, atterrit avec lourdeur au pied d'une balustrade. Des bras surgis de nulle part le relevèrent, sous les applaudissements d'une foule invisible, le juchèrent sur le podium où glapissait le grand homme brun. La coupe du vainqueur brillait entre ses mains et, dans le miroitement du métal, Monique pleurait de joie, un fusil à la main.
fin de la nouvelle "Le marathon" in "Petites tombes en viager"  éditions Quorum  1998  illustration : T.R.

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Rédigé par Flora

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Publié le 23 Septembre 2009

Françoise  -  Gordes   1958

"Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre"   -  pourrions-nous appliquer ce vers de Beaudelaire, avec Sollers, aux photos de nu de Willy Ronis, éternel jeune homme qui vient de nous quitter à 99 ans. Ses femmes nues deviennent lumineuses dans son regard et nous ne pouvons que nous laisser emporter par cette vague d'émotion, de sérénité et de tranquille simplicité. Elles ne posent pas : elles se laissent vivre. Willy Ronis nous transmet son émerveillement du quotidien, sublimé par son regard...   

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Rédigé par Flora

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Publié le 21 Septembre 2009

Rédigé par Flora

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Publié le 20 Septembre 2009

   Un an est passé depuis ma photo d'étudiante moscovite... Mes cheveux ont poussé. Je suis à Leningrad pour six mois, à l'Institut Pédagogique Herzen, derrière Nevski Prospekt. En effet, le système a été modifié depuis l'année d'avant : on n'envoie plus en stage linguistique d'un an les étudiants en russe de la quatrième année, mais ceux de la cinquième et pour six mois seulement. Ainsi, à cheval sur les deux régimes (non obligatoires), je profite des deux. Ma nostalgie pour la Russie et pour la vie d'étudiant pleine d'aventures insolites et de dépaysement est trop grande pour refuser une telle opportunité.
   Nous débarquons, après une escale à Moscou qui nous fend le coeur, dans l'hiver inhospitalier sur la Neva. Mon journal témoigne des premières semaines difficiles où je n'ai qu'une envie, c'est de retourner dans la chaleur  moscovite ! Je ne peux même pas imaginer d'aimer un jour cette ville froide, à l'atmosphère humide et au vent pénétrant. La température est loin des - 30° de Moscou, mais le vent gorgé d'humidité rend l'air beaucoup plus glacial. Ville hautaine dans la prétention de ses marbres, de ses palais surgis des marécages de l'estuaire de la Neva, par la volonté de son tzar, personnage hors du commun et fascinant, Pierre le Grand. La ville a alors deux siècles et demi, aristocratique, majestueuse, érigée par les plus grands architectes français et italiens de l'époque, incarnant la volonté farouche et sans concession de Pierre Premier de se tourner vers l'Occident. Il nous manque la chaleur provinciale de l'immense village qu'est Moscou. Nous nous promenons dans un gigantesque musée, un peu délabré certes, mais un musée quand-même ! J'ai six mois devant moi pour l'apprivoiser, pour m'y attacher et pour rencontrer le grand amour en la personne d'un beau et ténébreux Bulgare...

la suite suivra...  

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Rédigé par Flora

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Publié le 19 Septembre 2009


       



      DECEMBRE
      (in
Calendrier)

A midi le soleil
Est une pleine lune argentée
Qui perce à peine les nuages.
Et la brume est un oiseau lent.
Pendant la nuit la neige tombe.
Il y a dans le noir le frôlement d'un ange.
Toujours plus près, toujours sans bruit,
La mort vient à travers la neige.
                        

                                 traduction : T. Gorilovics




     DECEMBER
   
   Délben ezüst telihold
   a nap és csak sejlik az égen.
   Köd száll, lomha madár.
   Ejjel a hó esik és
   angyal suhog át a sötéten.
   Nesztelenül közelit,
   mély havon át a halál.
                         
                        1941. február 11.
  

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Rédigé par Flora

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Publié le 18 Septembre 2009


CERCUEIL



Pour se sentir vivant, rien de tel qu'une petite larme versée sur un cercueil.







(avant de choquer définitivement le lecteur fidèle ou surtout, occasionnel qui n'est pas habitué à l'humour noir de Gilbert, je précise que le dessin n'est pas mon autoportrait... Il n'y a que lui, se sachant condamné, qui avait le courage de regarder la mort en face et de la défier avec de l'humour. Et n'avait-il pas raison nous concernant, des vivants en sursis, dans le confort relatif de notre ignorance de l'heure fatidique?...)



AUTOMNE

L'automne le déprimait. Toutes ces feuilles qui tombaient contre sa volonté, le Président Moulet ne pouvait le supporter, habitué à ce que les gens, les choses lui obéissent, contrôlant les conseils d'administration comme un maréchal règne sur ces troupes, achetant tout et tout le monde pour satisfaire le moindre caprice. Cette année-là, il prit une décision : les milliers de feuilles de son parc seraient collées aux branches. Et comme leurs couleurs décadentes indiquaient trop la mort sournoise qui guettait sous ses fenêtres, il les fit repeindre en vert.

Illustration : R.T.   Gilbert Millet : "Miniatures"  éditions Editinter  1999

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Rédigé par Flora

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Publié le 17 Septembre 2009

Rédigé par Flora

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