Publié le 27 Mai 2012

 illo Au générique encre noire NEW(...) Le sommeil le saisissait devant le petit écran mais, dans son rêve, l'histoire le poursuivait. Gérard pénétrait dans le hall, demandait à voir sa femme, faisait quelques pas dans le couloir puis hésitait, prenait peur et rebroussait chemin. Grégoire se souvenait de ce dos large qui s'éloignait, une scène tournée trois fois seulement. L'acteur quittait les lieu, un peu voûté. Lui restait. Rien de plus normal. Il était là avant les caméras, ne se contentait pas de passer, pour une séquence cinématographique.

   Un soir, Grégoire se demanda pourquoi le nom de Depardieu, comédien fugitif dont on ne voyait que le dos, figurait en si grosses lettres au générique, une injustice criante pour l'acteur principal. Dès le lendemain matin, il confectionna, à même le mur blanc de sa chambre, un générique honnête. Les huit lettres de son prénom en occupaient le centre.

illo-Au-generique-couleurs_NEW.jpg     Une semaine plus tard, il modifia la ligne réservée au scénariste. Puisque c'était en le voyant que le fugace Gérard décidait de repartir, nul autre ne pouvait prétendre être l'auteur de l'intrigue. Il en était de même pour la réalisation. Grégoire s'en souvenait très bien, au moment de tourner la scène de l'hôpital, celle que les critiques décrivaient comme essentielle, il avait refusé la présence à ses côtés de Thimothée, cet imbécile qui aurait tout gâché. Le voyant se rouler par terre, menacer de priver le film de son jeu émouvant et subtil, le metteur en scène avait compris qui était le maître.

   Le nouveau générique présentait l'avantage de résister aux détergents et aux coups de pinceau. Lorsqu'il était écrit au stylo, Thimothée essayait de l'effacer, chaque jour. Grégoire s'était montré plus intelligent, taillant dans le plâtre des lettres inamovibles. Le docteur Gros lui avait donné raison, remettant en place l'infirmier stupide, même si les mots choisis montraient un décalage étrange avec la réalité.

   "Laissez-lui son générique! C'est un hôpital psychiatrique ici, pas une galerie d'art."

   Un hôpital psychiatrique! Ces médecins ne comprenaient rien au cinéma. 

 

in "Ennemis très chers"  recueil de nouvelles,  éd. Manuscrit  2001

illustrations: R. T. (flora)

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Gilbert

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Publié le 24 Mai 2012

DSC01366 Où se trouve désormais ce "chez moi", ce "home", cet "otthon", pour lequel le français n'a pas d'équivalent en un seul mot?... Connaître l'état de se trouver entre deux chaises n'est pas très réconfortant. Enrichissant peut-être mais pas confortable. On peut facilement se réveiller par terre.

   C'est à peu près le sentiment que j'éprouvais pendant le court séjour dans mon pays natal. Je suppose ne pas être la seule dans ce cas.

   Si je compte bien, j'ai passé à ce jour plus de temps en dehors que dans mon pays d'origine, je m'exprime depuis plus longtemps dans une langue étrangère que je ne l'ai fait dans ma langue maternelle. Tout cela était lié à Gilbert. C'était plus facile quand nous habitions dans un tiers pays: ni chez moi, ni chez lui. Personne n'était avantagé... 

   Puis, il a disparu, mort, évaporé dans le néant. Reste une petite poignée de cendres et beaucoup de présence dans la mémoire. Cette présence me maintient ici. Mon autre moitié m'attire vers le sol qui m'avait mise au monde, vers la langue  -  originale, infiniment riche  -  que j'ai abandonnée en même temps...

DSC02816 S'exprimer dans une langue devient organique lorsqu'on arrive à dépasser un certain stade de balbutiement plus ou moins avancé. Lorsqu'on arrive à trouver le mot juste. Exactement celui qui s'arrache de nos entrailles pour exprimer au plus près ce que nous sommes. C'est ce que je m'obstine à obtenir un jour en français, tentant d'apprivoiser cette belle langue capricieuse, gâtée par tant de géants de la littérature. Langue de l'écriture par excellence! Et mes efforts, même si parfois maladroits, sont éminemment jouissifs!

   Mon autre "chaise", ma langue maternelle? Je dois changer de peau pour qu'elle me laisse l'approcher, me la ré-approprier.

   Suis-je encore chez moi dans mon pays d'origine? Un pays métamorphosé où mes repères vacillent. Le pays où tous parlent ma langue maternelle comme les membres d'une même famille. Observez ce que vous éprouvez quand, à l'autre bout du monde, vous tombez sur un compatriote inconnu que vous n'auriez même pas remarqué chez vous. Un sentiment d'appartenance à la même famille. C'est là que je me sens soudain en lévitation entre deux chaises...

   Peut-on se sentir concerné par deux pays à la fois? J'arrache une branche d'acacia dans la rue de ma mère et j'enfouis mon nez dans la grappe de fleurs lourde du parfum de miel de mon enfance. Je tente une réponse: oui, sans doute, comme on est concerné par le passé et le présent, en même temps.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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Publié le 22 Mai 2012

   Une semaine... Durée bâtarde pour mettre de la distance entre "ici" et "ailleurs". Se ré-acclimater à la terre natale. A l'enfance, aux traces du passé. Si toutefois c'est encore possible...

   Dans la voiture, le trajet est long (1650 km), effectué d'un seul trait, de nuit et sous la pluie, avec des murs ininterrompus de camions, pressés d'avaler de la route avant l'arrêt forcé du week end. Les petites dorment tant bien que mal.

   Chez ma tante, près de la frontière autrichienne, nous faisons halte pour quelques heures. Elle supporte sa maladie avec son stoïcisme habituel, sachant que son temps est compté. Son sourire m'accompagnera toujours, souvenir de mes vacances heureuses, du temps où tout était encore à venir et semblait possible...

DSCN0573.JPG A cinq, nous fondons sur la solitude de ma mère. Solitude mal supportée et qui dure depuis 1995. La mort de mon père la plonge dans le veuvage à 67 ans. Huit ans plus tard, celle de mon frère, encore plus prématurée à 53 ans, lui assène un deuxième coup dur. Elle qui n'a jamais supporté la solitude est bien servie, tellement imprégnée de son malheur que parfois, elle laisse échapper un: "Tu ne sais pas ce que c'est d'être seule!" A moi de lui rappeler que c'est aussi mon cas depuis bientôt 6 ans et que j'avais dix ans de moins qu'elle lorsque cela m'est arrivé... Peine perdue, recroquevillée sur son malheur, refusant de voir les efforts bienveillants de son entourage, elle rumine son aigreur. Culpabilisante car c'est un peu le but, consciemment ou inconsciemment...

   Personnage de roman, ma mère. Un jour, il faudra que je l'écrive. Il n'y a pas de vie sans histoire. Si j'ai un talent, véritablement, pour l'écriture, il faudra que je lui dresse son monument de mots... 

   

 

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoires

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Publié le 11 Mai 2012

DSC01386 

 

Je fuis la grisaille! Le blog va profiter d'un peu de repos, le temps que je prenne un petit bain de jouvence (résultat non garanti!) sur les terres qui m'ont vu naître et grandir  -  oh, pas démesurément, jusqu'à 164 cm environ...

Le bain en question ne s'effectuera probablement pas encore sur cette plage de la Tisza, rivière qui borde le lieu de ma naissance et qui, descendue des Carpates, se jette dans le Danube à quelques 150 km plus loin, à Belgrad... Elle a accompagné mon enfance... Un jour, je la raconterai... A bientôt!

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 7 Mai 2012

Rédigé par Flora bis

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Publié le 3 Mai 2012

Elena NEW Je regarde au fond de la benne où je viens de jeter une bonne trentaine de toiles et de dessins sous-verre. Ils gisent pêle-mêle, écrasés les uns sur les autres, les verres brisés, les toiles éventrées. Un monsieur de passage en sauve deux in extremis. Plus de vingt années de ma vie dans ce tombeau improvisé! Ils tentent une dernière supplique pour m'amadouer. Je résiste. Je leur tourne le dos et je remonte dans ma voiture. Sans un regard en arrière.

   Einstein-bebe_NEW.jpg Objectivement, tout cela n'avait qu'une vague valeur émotionnelle. Et encore, des émotions positives mais aussi beaucoup de très noires. Il faut essayer de faire de la place autour de soi pour se donner un peu d'air. Couper certains liens forts et nocifs. Ces derniers temps, je pense souvent au désencombrement, de mon vivant, afin de libérer les enfants de cette tâche pénible. Peut-être, une façon de me libérer moi-même...

   Cela fait trop longtemps que je me laisse enchaîner par les souvenirs. La vague de nostalgie omniprésente contre laquelle je me battais mollement, tout en me laissant engloutir par sa vase tiède, constituait un refuge douillet contre les intempéries du présent. Il suffisait de poser un regard sur ces objets pour que l'époque de ma rencontre avec eux ressurgisse de façon immédiate et authentique, me replongeant dans les bons et mauvais souvenirs. Les revivre ainsi représentait la preuve que ces années ont vraiment existé. Sinon, j'aurais eu l'impression de les avoir rêvées...

     

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 2 Mai 2012

BD_NEW.jpg

 

Je ne suis pas spécialiste de la bande dessinée. Ni même amateur (au féminin!). Si je me suis égarée deux fois sur ce terrain pour moi glissant, c'est parce que Gilbert m'y avait poussée. Lui-même était un grand amateur, surtout des classiques, et Tintin en premier. Il désespérait de me voir insensible aux lignes claires de Hergé. A la rigueur, j'aimais faire un tour sur le stand des auteurs nouveaux, s'approchant du dessin d'art, s'éloignant du style traditionnel. Les connaisseurs s'échinaient à m'expliquer en vain que chaque auteur était unique, j'ai toujours eu l'impression de me trouver devant un mur constitué des mêmes briques... 

Pour lui faire plaisir, j'ai adapté deux de ses nouvelles (chacune en 4 planches), en me servant uniquement de ses textes. Le seul intérêt consistait pour moi à explorer la vision cinématographique de la BD dans le découpage des séquences, dans la dramaturgie des pages.

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Rédigé par Flora bis

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