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Le blog de Flora

Petite pause de printemps...

26 Mars 2010, 19:35pm

Publié par Flora

Paris-2006.JPGJ'avais juré sur tous les saints que je ne remettrais plus les pieds au Salon du Livre de Paris, ni dans un autre salon, ni cette année, ni après (voir Retour du Salon... ). Je tiens ma promesse, à moitié. Je ne peux résister à la tentation d'y faire un rapide tour demain, sur notre stand où j'exposais assidûment depuis mars 2000, date du premier numéro de la revue Hauteurs. 10 ans de salon, cela crée des habitudes, des connaissances, des amitiés... Surtout, je ne veux pas rater la rencontre avec Imre Kertész, prévue demain à 17 heures. La Hongrie a de nouveau un stand, après une absence de 5 ans. Je ferai un tour chez d'autres, pour les saluer, ceux qui viennent d'Outremer et que je ne rencontrais qu'à cette occasion. Des connaissances, des sympathies, des collaborations sont nées de ces rencontres. Notre stand (Nord-Pas-de-Calais) devenait le lieu convivial où nous passions la semaine et qui donnait l'occasion de découvrir le travail des confrères de la région, leurs soucis et leurs enthousiasmes.
   Je ne renie pas ces 10 années... A présent, j'ai envie de me tourner vers d'autres voyages... 

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attila József (1905-1937) : Surgis de tes profondeurs (Bukj föl az árból)

25 Mars 2010, 19:15pm

Publié par Flora

Voici deux traductions du même poème : les deux sont réussis, les deux ont leurs faiblesses...

                                                   SURGIS DE TES PROFONDEURS 

Mon Dieu accorde-moi la peur.                             Mon dieu, inflige-moi la peur.
J'ai grand besoin de ta colère.                                 -  Ah! j'ai besoin de ta colère  -
Surgis de tes profondeurs.                                       Viens, surgis de tes profondeurs,
Sors-moi du cours du néant.                                    Sors-moi du néant solitaire.

Dénué, qu'un cheval renverse                                  Renversé par tous les chevaux
à peine sorti de la poussière                                     A peine je sors des poussières,
je joue parmi les pointes des tourments                   Je joue mal avec les couteaux
trop fortes pour le coeur d'un homme.                     Des grands tourments qui me lacèrent.

Je prends feu, j'ai fait jaillir                                      Je prends feu et j'ai fait jaillir
une flamme telle un soleil. Prends-la !                     Pareille au soleil une flamme.
Hurle sur moi ton interdiction.                                 Prends-la, hurle-moi d'obéir,
Fais éclater ta foudre. Frappe.                                  Frappe ma main avec ta lame.

Vengeance ou grâce, ô imprime en moi                   Vengeance ou grâce, marque en moi
que ne pas pécher c'est mon crime.                          Que ne pas pécher est un crime.
C'est mon innocence qui me brûle                            Mon innocence brûle en soi
plus que les feux de l'enfer.                                      Plus que l'enfer sur sa victime.

Couché, je me tourne et retourne                              Couché, je me retourne, las,
proie des sauvages mers et bavant.                           Proie des mers d'écume et sauvages.
Je suis seul, prêt à oser tout.                                      Je suis seul, j'ose tout déjà,
Mais plus rien n'a de raison.                                      Mais plus aucun sens ne surnage.

Pour mourir, je retiens mon souffle                           Ton bâton ne me frappant pas
si tu ne m'achèves pas au bâton                                 Je retiens en moi mon haleine
et c'est ainsi que je défie                                            Pour mourir, je la vois là
ton absence au visage humain.                                  Ton absence à figure humaine.

traduction: André Frénaud                                        traduction: László Gara


BUKJ FÖL AZ ÁRBÓL

Ijessz meg engem, istenem,
szükségem van a haragodra.
Bukj föl az árból hirtelen,
ne rántson el a semmi sodra.

Én, akit föltaszít a ló,
s a porból éppen hogy kilátszom,
nem ember szívébe való
nagy kínok késeivel játszom.

Gyulékony vagyok, s mint a nap,
oly lángot lobbantottam  -  vedd el !
Ordíts reám, hogy nem szabad !
Csapj a kezemre mennyköveddel.

És verje bosszúd vagy kegyed
belém : a bűntelenség vétek !
Hisz hogy ily ártatlan legyek,
az a pokolnál jobban éget.

Vad, habzó nyálú tengerek
falatjaként forgok, ha fekszem,
s egyedül. Már mindent merek,
de nincs értelme semminek sem.

Meghalni lélekzetemet
fojtom vissza, ha nem versz bottal,
és úgy nézek farkasszemet,
emberarcú, a hiányoddal !

1937




 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 18.

24 Mars 2010, 10:36am

Publié par Flora

   Jour de migraine. Le front se vrille du côté droit, ce qui me change de l'habituelle douleur à gauche. J'éprouve les sensations du boxeur au lendemain d'un K.O. Ariane y voit le châtiment de Dieu. J'aurais moins mal si je priais... Je connais des boxeurs qui montent sur le ring en se signant et qui en prennent plein la figure. Inutile d'évoquer le sujet devant ma soeur. Elle prétendrait que le vainqueur a fait deux signes de croix.
   Sa rencontre avec Dieu est contemporaine de la première cure de désintoxication. Elle prétend qu'un visage lui est apparu en face de son lit, sur le mur de la clinique. Ni le barbu coutumier, ni le Christ, ni même la douce Sainte Vierge de Lourdes ou Fatima. Un visage androgyne et sans âge. Lorsque Véronique lui a envoyé, depuis la Cappadoce, la reproduction d'une fresque de l'Eglise au Serpent, Ariane a déchiré la carte postale. Une femme, Onophirios, y était représentée, le sexe dissimulé par une plante et le visage couvert d'une barbe. Cette prostituée l'ayant supplié de la préserver des hommes, Dieu n'avait pas trouvé mieux que cette pilosité. Véronique a pensé, sans malice, que l'hallucination de la clinique était une femme à barbe. Elle est morte brouillée avec sa tante bigote.
   C'est la rentrée. Mon premier cours : "Mémoire et décalages dans Le temps retrouvé de Marcel Proust". Rien n'a changé dans l'attitude des étudiants. Je ne suis pas repeint en bleu. Je n'ai pas perdu mes trois cheveux. Ma mémoire n'a pas davantage souffert. Je me souviens très bien des récits de souffrances que je puise dans les romans où agonisent des cancéreux. Parfois, entre deux pages, émerge cette vie réelle où Séverine m'ensevelit : mon père, attaché à son lit d'hôpital, décharné, privé de morphine par un chef de service catholique à outrance, mon père toujours conscient, réclamant à son fils de suspendre l'horreur. Le fils est bien trop lâche...
Certes dans les coulisses d'un théâtre ou pendant un bal costumé, on est plutôt porté par politesse à exagérer la peine, presque à affirmer l'impossibilité, qu'on a à reconnaître la personne travestie. Ici, au contraire, un instinct m'avait averti de les dissimuler le plus possible... A midi, j'ai repris de la purée.

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.... sur les bancs publics, bancs publics... (lavis d'encre)

23 Mars 2010, 12:28pm

Publié par Flora

approche.jpg

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Une histoire simple...

22 Mars 2010, 12:40pm

Publié par Flora

mim-tisme.jpgEst-ce l'âge mûr qui nous entraîne vers la tentation des bilans, des regards en arrière, des envies de faire place nette parmi les souvenirs  -  matériels ou virtuels  -  de notre passé, ces oripeaux défraîchis qui encombreront les générations futures ?...

   Emilienne a régné sur son petit monde quatre-vingt-six ans durant. Un règne tacite, avec de rares et d'autant plus mémorables orages. Une autorité silencieuse mais sans contestation. Un mari brillant dont les velléités de briller avec trop d'éclats sont aussitôt réprimées. Quatre enfants qui filent doux sous les gros yeux maternels laissant rarement échapper un filament de tendresse. Tendresse : signe de faiblesse qu'elle ne s'autorise que dans l'intimité la plus stricte d'une vie conjugale torride qui enchaîne à jamais le flamboyant Lucien.
   Emilienne aime les beaux objets, les beaux vêtements qui durent et les bijoux. Le corps déjà abîmé, le visage dans l'arantèle des rides, lorsqu'elle s'apprête pour une sortie, elle retrouve la séduction de son sourire lumineux. Sa maison est son royaume. Les meubles acquis au fur et à mesure des années difficiles vaincues, trouvent leur place immuable, autant de points de repère rassurants pour les générations futures. Emilienne aime l'ordre et la propreté. Au dehors comme au dedans. Jamais un objet ou un grain de poussière qui traînent. L'encombrant est éliminé sans regret et sans ménagement. Elle ne garde que les souvenirs chargés de mémoire primordiale.
   Emilienne est morte et enterrée. Elle a suivi de peu son Lucien. Sa maison est transfigurée : soixante ans de vie étroitement liée à son homme se disloque. Les objets qui semblaient témoigner à perpétuité, disparaissent pour faire place aux nouveaux locataires. Le désordre encombré remplace l'ordonnancement apaisant.

   Que restera-t-il d'une vie à l'abri du rempart d'un décor que nous nous obstinons à construire brique par brique, durant notre existence ? Ou bien notre vie ne sert-elle qu'à édifier cette citadelle qui volera en éclats dès notre disparition ? Faut-il commencer à éliminer nos traces de notre vivant afin d'empêcher leur profanation ?...

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Attila József (1905-1937) : Je ne savais pas (Én nem tudtam)

20 Mars 2010, 11:21am

Publié par Flora

JE NE SAVAIS PAS

J'écoutais tous ces gens disserter du péché,
C'était pour moi autant de fables. Et le pire,
J'en riais : le péché, quelle idée insensée!
En parler, c'est être trop lâche pour agir.

J'ignorais que mon coeur abritait la tanière
De tant de monstruosités! Moi qui croyais
Qu'il battait pour offrir du rêve, à la manière
D'une maman berçant l'enfant qui s'endormait!

La lumineuse vérité m'apprit bientôt
Que la méchanceté, datée du premier temps,
Se dresse noire dans mon coeur, obscur tombeau.

Moi muet, que ma bouche, en un gémissement,
Dise : je suis pécheur, soyez-le tous sur terre!...
Et je ne serai plus tout à fait solitaire.
                             traduction: Lucien Feuillade

ÉN NEM TUDTAM

Én úgy hallgattam mindig, mint mesét,
a bűnről szóló tanítást. Utána
nevettem is  -  mily ostoba beszéd!
Bűnről fecseg, ki cselekedni gyáva!

Én nem tudtam, hogy annyi szörnyüség
barlangja szívem. Azt hittem, mamája
ringatja úgy elalvó gyermekét,
ahogy dobogva álmait kínálja.

Most már tudom. E rebbentő igazság
nagy fényében az eredendő gazság
szivemben, mint ravatal, feketül.

S ha én nem szólnék, kinyögné a szájam
bár lennétek ily bűnösök mindnyájan,
hogy ne maradjak egész egyedül.

1935


 

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Bribes de mémoire 62. La Sainte-Sophie - Ayasofiya camii

18 Mars 2010, 16:43pm

Publié par Flora

st sophie
Nous visitons Istanbul avec une curiosité avide, aiguisée par nos rêves de la ville légendaire, berceau de tant de grandes civilisations. Je me pose souvent la même question à cet égard : les lieux sont-ils habités ou sommes-nous seuls à les peupler de nos souvenirs, de nos lectures ou de nos rêves ? Byzance, Constantinople, Istanbul  -  rien qu'à énumérer ces grands noms successifs, nous sommes plongés dans les légendes du passé glorieux ! A condition, bien sûr, d'être au courant des événements et de leur répercussion. Je me dis parfois que le quidam ignorant passe avec indifférence près des tranches des colonnes du temple d'Artémis  -  une des merveilles du monde antique  -  qui s'intègrent parfaitement dans l'impressionnante muraille de Constantinople comme simple matériau de construction...
   Notre première visite nous mène à la Basilique de Sainte-Sophie, devenue Ayasofya Camii puis Ayasofya müzesi en 1935. (Aya = Hagia, gr.
saint). La grande place, regroupant les principales attractions touristiques de la ville (Sainte-Sophie, la Mosquée Bleue, le palais de Topkapı) dans un mouchoir de poche est toujours peuplée d'innombrables touristes, de guides improvisés ou de marchands de souvenirs, sans parler des preneurs de tension ambulants... Sous la gigantesque coupole de 56 m de haut et de 30 m de diamètre et au pied des piliers géants, nous mesurons à la fois notre petitesse et la gloire de l'homme capable de réaliser de telles merveilles. Sainte-Sophie, trapue et imposante, construite sur l'ancien temple d'Artémis en 325 sous Constantin, a brûlé plusieurs fois au cours des siècles suivants pour atteindre sa forme actuelle en 537 sur ordre de Justinien qui voulait rivaliser avec le temple de Salomon à Jérusalem. Ambition réussie car Sainte-Sophie devient la plus grande basilique du monde chrétien d'alors. Tout cela au sixième siècle ! Modèle pour les cathédrales romanes et gothiques des siècles plus tard !  A la prise de Constantinople par Mehmet Fatih (le Conquérant) en 1453, la basilique devient mosquée et sera flanquée de quatre minarets plutôt trapus par rapport aux merveilles élancées de Sinan, plus tard. La plus grande partie des mosaïques sur fond doré, des Christ sévères aux sourcils froncés, sera recouverte alors de plâtre et de versets coraniques, pour en être dégagée en 1935 sur ordre d'Atatürk qui en fait le musée d'aujourd'hui.
La suite suivra... 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 17.

17 Mars 2010, 16:49pm

Publié par Flora

IV.

Une 
 fenêtre étroite et grillée, percée très haut de façon qu'on ne pût pas y atteindre, éclairait cette petite pièce claire et sinistre ; et le fou, assis sur une chaise de paille, nous regardait d'un oeil fixe, vague et hanté.
                                              
Guy de Maupassant,  La chevelure.

   Armstrong 3 fut, au début du moins, une période optimiste. Le cancer dont souffrait Philibert Tique n'impliquait, à l'époque, aucune douleur particulière, aucun stigmate physique ; il n'imposait ni hospitalisation de longue durée ni incapacité de travailler ou de mener une vie familiale, amicale. Le malade ne voyait donc en cet envahisseur qu'un adversaire abstrait que des parades intellectuelles suffiraient à abattre. Lance Armstrong symbolisait l'ensemble de ces ripostes. Il figurait le rescapé glorieux, un modèle de courage, preuve vivante qu'une lutte acharnée désarme la maladie. Les anciens rêves de Tour de France n'entraient jamais en ligne de compte, balayés  par une nouvelle vision de l'épreuve, parcours du combattant dont un cancéreux  aux vertus exceptionnelles surmontait les embûches. Philibert Tique avait cessé de cultiver la nostalgie d'une carrière sportive ; le Galibier n'était plus un ennemi ; il défilait, inoffensif, sous les roues de Lance Armstrong.
   Comparer les deux cancers aurait été aussi incongru que de comparer les talents cyclistes. Celui du Français n'était qu'un débutant, anecdotique et anodin. Celui de l'Américain culminait à des altitudes dignes de son palmarès. En 1996, le coureur remporte la Flèche Wallonne. Il a été champion du monde, trois ans plus tôt, a gagné quelques étapes du Tour. Soudain, on détecte en lui une tumeur maligne aux testicules, des métastases au poumon, au cerveau. Chimiothérapie, mutilation chirurgicale, les médecins sont pessimistes. La presse a déjà enterré le patient, gloire éphémère parmi tant d'autres. Bjarne Riis, Jan Ulrich et Marco Pantani, Richard Virenque pour les Français, de nouveaux champions escaladent la une de
L'Equipe, pédalent sur les écrans. Et soudain, l'incroyable : une victoire sur cette maladie qu'on ose à peine nommer, le vélo arraché aux toiles des araignées. Lance Armstrong a maigri, presque cadavérique ; son regard s'est durci. Un déficit en kilogrammes dont il tire avantage dans la grimpée des cols; une capacité hors du commun à subir la souffrance, sans jamais ralentir. Il ne prétendait qu'aux courses d'un jour ? Le voici spécialiste des épreuves à étapes. L'endurance est son arme. Une quatrième place dans la Vuelta 1998 signe l'incroyable retour.  
 

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Amelie Nothomb * portrait (2001)

13 Mars 2010, 12:25pm

Publié par Flora

Nothomb--Amelie.jpgCe portrait a une petite histoire. Pour la préparation du N° 4 de notre revue, nous voulions faire un dossier sur Amélie Nothomb. Je lui ai donc écrit une lettre de ma main, chez Albin Michel, sans trop d'illusion de réponse, vu les "kilomètres" de queue devant son stand lors des dédicaces. A ma grande surprise, quelques jours plus tard, coup de téléphone d'elle et rendez-vous chez l'éditeur pour l'entretien. Nous étions trois à l'interroger sur ses romans pendant plus d'une heure. Nous avons découvert une jeune femme frêle, timide et très chaleureuse. Elle m'a donné une photo pour que je puisse faire le traditionnel portrait pour la revue. Deux lettres ont suivi l'envoi de la revue dont je cite une, très touchante :

"Paris, le 9/5/2001
Chère R. T.,

Bien sûr que je me souviens de vous!
Je viens de lire votre revue avec le plus grand intérêt. Mes félicitations à Gilbert Millet et à Denis Labbé (je leur envoie, à tous les deux, mon plus amical souvenir) pour leurs analyses aussi fines que justes. Il est très agréable de se sentir lue avec tant d'intelligence et de profondeur. Merci.
Quant à vous, R., sachez que j'ai montré à ma mère le splendide portrait de moi que vous m'aviez envoyé (et qui, pour ma plus grande joie, figure aussi dans votre revue)  -  elle l'a tellement aimé qu'elle me l'a tout simplement confisqué afin de l'encadrer et de le mettre dans sa chambre. C'est scandaleux mais finalement, où votre oeuvre pourrait-elle être plus à l'honneur que dans la chambre de mes parents?
Et puis, ce n'est pas trop grave, puisque grâce à la revue, j'en ai un autre exemplaire! Merci pour votre immense talent, chère R.!
Merci à tous! Croyez en mon amitié sincère,
Amélie Nothomb
P.S.: Bon courage pour la suite de vos parutions!"


 

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Endre Illés (1902-1986) * Promenade sur la colline de Gellért

11 Mars 2010, 12:10pm

Publié par Flora

J'ai traduit, il y a peu, un extrait fort, tiré d'un article non moins saisissant de Gyula Illyés (lien vers Endre Illés (1902-1986) * Extraits), sans savoir d'où venait le texte. Gabi, une amie hongroise, connaissance miraculeuse de la blogosphère, a retrouvé et m'a envoyé le livre édité en 1984 en Hongrie. Depuis, je ne cesse de butiner dans ce recueil à la découverte de l'auteur. En voici un autre extrait:

Promenade sur la colline Gellért  (Séta a Gellérthegyen)
   Soleil fatigué, heures de la mi-journée, automne indécis sur la colline. Les rues bâillent, distendues, désertes.
    
Devant les portes, sur les trottoirs, amoncellements de déchets. On a prévu l'enlèvement des encombrants et demain, de lourds camions-poubelles passeront par ici, bringuebalant. J'apprends où l'on boit du champagne, où de la bière. Ce ne sont pas des bouteilles qui s'entassent dans les déchets mais des caisses, éventrées, aplaties, à dix compartiments. Beaucoup de compartiments.
   Sur la rue Somlói, près d'un tas de détritus, une baignoire pour bébé et une poussette. Je ne sais pas si je suis témoin d'un drame, de la mort d'un enfant ou de l'idylle amère du temps qui passe, l'enfant devenu grand, trop grand pour la poussette et la baignoire et l'on n'en voulait pas d'autres.
   Sur la rue Kelenhegyi, une maison avec balcon. De loin, j'aperçois une femme en maillot de bain, accoudée au balcon, la peau dorée avec son maillot deux pièces. Continue-t-elle à exposer sa peau à la lumière devenue fluide? Je m'approche, je passe sous le balcon, elle ne me regarde pas. Elle fixe la route, plongée dans ses rêveries. Se remémore-t-elle le passé? Tire-t-elle des plans sur le présent? Elle doit avoir la quarantaine. Peut-être sonde-t-elle l'avenir. Qui sait?
   Un destin terrifiant attend celui qui vit dans le néant. Celui qui ne peut s'accrocher à un ordre quelconque, même mutilé. A une foi quelconque. Celui qui ne peut s'accrocher à l'idée que la vie vaut malgré tout la peine. Que la vie a un sens même dans une cave obscure  -  alors sur un balcon, en maillot de bain, au soleil et en rêvassant  -  d'autant plus.
   Je me retourne. Comme un mannequin dans une vitrine, la femme reste immobile.
  

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