Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Flora

La photo de mariage

31 Mai 2010, 12:21pm

Publié par Flora

Cortege-1.jpgLa photographie trône sur la commode Louis XV dans son cadre doré. Elle commence à jaunir légèrement : la mariée en blanc et son époux tout frais, la dominant d'une tête, regardent dans la même direction, émus, conscients de l'importance de l'événement.

   Un premier enfant conçu dans la fièvre d'une nuit de noces tant attendue : le moment de débrider enfin leur sensualité longtemps contenue dans les sangles d'une ferveur catholique sincère. La virginité représente un gage sérieux des deux côtés, apprentissage commun, et le piège de la loterie ne les effleure même pas ! Ca ne peut que marcher !

   Lucien est fils d'une mère en adoration devant son enfant unique et d'un père doux rêveur qui enfouit en profondeur les cauchemars de quatre années de tranchées, entamés à Verdun, parfaits au Chemin des Dames, se consolant parmi ses fleurs et laissant à sa femme l'autorité de porter la culotte. Quant à Emilienne, autre enfant unique qui souhaite se libérer de la tutelle d'une mère souffreteuse et d'un père taiseux, elle est fière de posséder un diplôme d'infirmière et un permis de conduire, un des premiers accordés à une femme. 

   La lutte pour la domination, corps à corps au propre et au figuré, s'installe aussitôt le mariage consommé. Lucien, fort de l'auréole de l'adoration maternelle, ne peut qu'attendre la même vénération de la part de sa femme. C'est mal connaître la discrète Emilienne ! Sous l'apparente tiédeur, couve un volcan possessif. Dès le départ, elle fixe ses conditions : continuer d'exercer son métier d'infirmière et maintenir à distance les ardeurs d'une belle-mère à qui elle a "volé" son fils ! Lucien est crucifié entre les deux femmes mais il n'a pas le choix : il ne peut désormais se passer des étreintes torrides et savantes d'Emilienne...

   Les années passent. Ensemble, plus de cinquante au compteur. Oubliés les orages, la vaisselle jetée à la figure de l'autre, les suppliques à genoux pour déverrouiller la porte de la chambre. L'orgueil de Lucien se mue en quelques grognements édentés du vieux lion secouant sa crinière miteuse pour la forme. Emilienne savoure sa victoire finale en silence, déplaçant avec difficulté son corps alourdi qui a su garder intact son pouvoir  sur les sens désormais affadis de Lucien. Main dans la main, ils s'acheminent vers le caveau familial...

 

illustration : "Cortège", huile, détail  R.T.

Voir les commentaires

Pour la fête des Mères... (huile, 2000, détail)

30 Mai 2010, 11:44am

Publié par Flora

Cortège 2 détailIl n'y a pas de raison que la fête n'arrive qu'un seul jour par an...

Voir les commentaires

Bribes de mémoire 67. Parcourir la Turquie

29 Mai 2010, 10:05am

Publié par Flora

Sumela.jpgSuméla... Monastère en ruines, sculpté dans la falaise, roche verticale au bord de la mer Noire...

   Nos voyages à travers la Turquie ! Des centaines et des milliers de kilomètres. Nous avons écumé cette Asie Mineure tant convoitée durant des millénaires. Couches superposées de civilisations successives, vagues déferlantes de conquérants chassant les précédents et anéanties par les suivants... Tremper ses pieds dans le Tigre et l'Euphrate, ça vous ramène dans les temps prébibliques !

   Civilisations lointaines et mystérieuses, difficiles à déchiffrer dans les stèles rongées par le temps, comme les Hittites du 14-13 siècles avant JC. Les Lydiens et leurs sarcophages sur pied ou les tombes creusées  dans la falaise friable surplombant Amasya (dont le nom me restera à jamais associé à notre modeste "Konfor Palas" comme son nom ne l'indique pas, avec ses draps déchirés mais propres et ses toilettes communes inapprochables...), Ani, l'ancienne capitale du royaume d'Arménie qu'un tremblement de terre a littéralement rasée. Le mont Ararat dont nous suivons les flancs enneigés, sans pouvoir découvrir l'arche de Noé...François au Nemrut FrançoisLes ruines d'Ishak paşa, somptueuse résidence en ruines du gouverneur  du sultan au 17e siècle, à quelques kilomètres de la frontière iranienne, près de Doĝubayazıt, sur la route de la soie... Le lac de Van, avec, en son milieu, la petite île d'Akdamar qui abrite les vestiges d'une église arménienne du 10e siècle... La volupté de l'air printanier et les amandiers en fleurs au milieu du lac bleu, entouré de sommets enneigés... Non loin, le mont Nemrut (Nemrut daĝı), plus de 2000 métres, avec un tumulus de 50 m qu'Antiochus I s'est offert veillé par des sculptures géantes de plus de 10 mètres, décapitées par un tremblement de terre... La Cappadoce et la côte égéenne, la Méditerranée avec leurs sites somptueux et leurs souvenirs inoubliables, auxquels l'accueil des habitants, partout, prête son âme...

Voir les commentaires

László KÁLNOKY (1912-1985) * Extrait des notes d'un artiste forain

27 Mai 2010, 12:16pm

Publié par Flora

 

 

EXTRAIT DES NOTES D'UN ARTISTE FORAIN


Farine, couleurs, nous barbouillons notre visage,

nous nous jetons dans la sciure en culbutes, 

nous laissons l'autre avoir honte pour nous, 

nous pirouetteurs, nous comédiens,

jusqu'à trouver enfin,

cet équilibre instable dont

le prix est un compromis âpre.


Il s'écoule comme l'action sur la scène,

il s'écoule comme le temps de la mansuétude,

il s'écoule comme les pourparlers du soir,

il s'écoule comme l'exécution au petit matin,

il s'écoule comme l'eau de la pluie sur le mur,

il s'écoule comme sur le miroir sans regard le crachat.


traduction : Maurice Regnaut

 

 

 



EGY MUTATVÁNYOS FELJEGYZÉSEIBŐL

Arcunkat liszttel, festékkel bekenjük,

a fűrészporban bukfencet vetünk,
hagyjuk, hogy más szégyenkezzék helyettünk,
és piruettezünk, komédiázunk,
hogy végre megtaláljuk
az ingatag egyensúlyt, aminek
fanyar megalkuvás az ára.
*
Lefolyik, mint színpadon a cselekmény,
lefolyik, mint a türelmi idő,
lefolyik, mint az esti tárgyalás,
lefolyik, mint a hajnali kivégzés,
lefolyik, mint esővíz a falon,
lefolyik, mint vak tükrön a köpés.


Voir les commentaires

Maria l'Antillaise * fusain (2010)

26 Mai 2010, 10:30am

Publié par Flora

marial'antillaise

Voir les commentaires

Violette

25 Mai 2010, 11:06am

Publié par Flora

Violette mérite son prénom : reflet de ses beaux yeux. Elle est l'enfant tardive des parents aimants, attendris par ce cadeau inespéré des années de découragement qui les laissent exsangues. Lorsque la fillette arrive enfin, comme par surprise, elle hérite des grands-parents, en guise de parents...

   De plus, ils ne sont pas beaux... Disgracieux même. Vieux et disgracieux. On peine à imaginer leur jeunesse, deux solitudes qui se rencontrent, deux laideurs qui se reconnaissent. On devine leurs familles se mobilisant pour préparer le terrain afin que la rencontre ait lieu : elles s'occupent de l'assortiment. Les deux protagonistes n'ont pas grand-chose à dire : lorsqu'on est habitué à son image dans la glace, on connaît ses chances infimes pour rencontrer la passion. On scrute son reflet à la dérobée, avec le secret espoir de découvrir un léger mieux et on finit par lui tourner le dos. Définitivement. Il faut se caser, à la limite, et l'ambition s'arrête là. Au moins faire comme tout le monde : un mariage, une maison, des enfants... si possible.

   Violette ne voit pas la laideur de ses parents, leurs dents de travers qui rappellent un fagot mal assemblé, enchevêtré, dépassant de la bouche même refermée. De ce point de vue, ils sont bien assortis. Pendant longtemps, elle ne s'étonne pas de leur âge non plus, jusqu'à ce que, vers 8 ans, une camarade de classe ne lui assène, dans un délicieux frisson de faire du mal : "Tu n'es qu'une enfant adoptée !"

   Violette éclate en sanglots, sans bien comprendre le sens de la phrase maligne. L'intonation, le rictus moqueur sont éloquents. Elle s'agrippe aux cheveux de la malfaisante, arrache le ruban artistiquement noué et ajoute un coup de pied dans le tibia.

   Les parents parviennent à la consoler, à la convaincre. Ils trouvent même des ressemblances, en guise de preuves. Le sujet ne refait plus jamais surface. Violette vit avec ses vieux parents jusqu'à ses 40 ans, les enterre et commence enfin sa vie d'adulte. Avec, comme seules compagnies, un chat obèse et la bouteille de rouge... 

 

 

Voir les commentaires

Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 24.

24 Mai 2010, 09:34am

Publié par Flora

   Edouard devait passer hier soir. Nous l'attendons encore. Estelle a dû le retenir. Pour qu'il oublie le coup de téléphone quotidien, il faut qu'il file le parfait amour ou qu'un nouvel accès de dépression s'abatte sur lui. J'étais à l'origine de la crise précédente. Un de ses plaisirs consiste à me faire passer pour son père, en dépit des onze ans qui nous séparent. Lorsque le libraire de la place de la Sorbonne a lâché ingénument "Je vous aurais donné le même âge !", Edouard est sorti de la boutique sans un mot, blanc et décomposé, s'est engouffré dans le métro sans un au revoir. Quinze journées dans le noir et de fortes doses d'antidépresseurs ont ponctué cet épisode.


C'est vers la fin du Moyen-Âge qu'apparurent les horloges à automates. La plus ancienne orne la cathédrale d'Exeter et date de 1284. Elle a deux ans de plus que celle de la cathédrale Saint-Paul à Londres, huit ans de plus que celle de la cathédrale de Canterbury. En France, la première horloge à automate orne la cathédrale de Sens, en 1292. Puis viennent Beauvais, Nevers.

 

   La guerre est déclenchée. C'est du moins ce que je lis sur le visage de Séverine. Je n'ai pas fait preuve de finesse, je suis prêt à l'avouer. Il en allait de ma survie. A force de voir notre maison laonnoise sur un guéridon de la salle à manger, vide de tout habitant, le sentiment m'est venu que la maquette avait été construite afin qu'un agent immobilier s'en empare à ma mort, argument de vente original et fuite de mon épouse loin du cimetière où je vais me dissoudre. J'ai surtout compris qu'en réduisant notre existence à des murs de bois, Séverine, au-delà de son désir de maîtriser la réalité, faisait éloge d l'immobile,de la matière. La vie, pour elle, n'était que superflu. Le temps était banni. 

Voir les commentaires

Bribes de mémoire 66. Mon "bakkal", mon "kasap", mon "baklavaci"

18 Mai 2010, 18:12pm

Publié par Flora

grand-bazar-1.jpgJ'ai toujours été étonnée par l'usage abondant des pronoms possessifs par les Français : mon boucher, mon coiffeur, mon député, jusqu'à l'infini... En hongrois, j'ai été habituée à la simple désignation, sans m'approprier les choses et les personnes. L'esprit collectiviste qui m'a nourrie aurait-il déteint sur la langue ? On pourrait imaginer le contraire : les dépossédés résistent en s'appropriant les choses par la grammaire... En réalité, je pense que ces phénomènes sont beaucoup plus profonds et plus anciens.

   Toujours est-il qu'à Istanbul, ces possessifs me semblent très pertinents et j'apprends à en user et abuser...  Mon bakkal (épicier), mon kasap (boucher), mon çiçekçi (fleuriste  -  pron. "tchitchektchi"), voire mon baklavacı (marchand de baklava), la liste est sans fin. Il faut avouer que la corvée des courses quotidiennes crée des liens auxquels l'accueil chaleureux de la plupart des commerçants donne des contours d'authentique sympathie.

   Le bakkal est une véritable institution. Je finis par me dire qu'ils ne dorment jamais, car à toutes les heures, y compris vers minuit, on en trouve d'ouverts. Un jour, les autorités ont voulu instaurer la fermeture du dimanche et des jours de fêtes. Eh bien, mon bakkal attend, malheureux, derrière son rideau de fer et me fait signe par un judas qu'il me servira en cachette... De toutes les tailles, dans ces cavernes d'Ali baba on trouve le nécessaire pour la vie quotidienne. La farine, le sucre en vrac, dans de grands sacs de jute, avec un chat somnolant paisiblement dessus. Les ménagères, pour s'économiser les étages sans ascenseur, font descendre un petit panier au bout d'une corde, par la fenêtre, avec, au fond, la liste des courses, accompagné d'un cri perçant : "Bakkaaaal!" Comme il y a une boutique tous les 20-50 mètres, les provisions ne tardent pas à remonter, avec la facture, tandis que l'argent refait le chemin inverse. J'ai vu voyager ainsi au bout de la corde, des chaussures à cirer à l'intention du cireur installé au pied de l'immeuble, des parapluies ou des casseroles à retaper pour des réparateurs ambulants.

   Mon kasap, outre le fait qu'il vend une excellente viande (qu'il pèse avec l'os et les déchets à enlever par la suite), pour me faire patienter, il m'offre non seulement le thé habituel mais aussi un sandwich à l'occasion et une fois, il a même proposé de partager son güveç (ragoût cuit en pot de terre)!

   Que dire des çiçekçi épris de la beauté de leurs bouquets qui n'hésitent pas à vous en offrir un, en plus de votre achat! Des gestes de ce genre m'enchantent et rendent la vie quotidienne à Istanbul plus que vivable, humainement chaleureuse...

 

Voir les commentaires

Ágnes Nemes Nagy (1922-1991) : Glace

17 Mai 2010, 10:23am

Publié par Flora

GLACE


Comme en hiver dans le lac les roseaux,

En moi lentement le monde se glace

Et parmi les roseaux se figent et s'entassent

Un pan de ciel, une image, un rameau.

Si je croyais en toi tu rouvrirais

Silencieusement tes paumes chaudes

Qui deviendraient petits soleils là-haut,

Au-dessus du lac et de tout l'hiver.

La glace et l'écume alors bougeraient,

Tous les objets à la fois brilleraient,

Comme des poissons tous ils bondiraient.

traduction de Guillevic

 

JÉG

Belémfagy lassan a világ,
mint téli tóba nádbugák,
kis torlaszokban ott ragad
egy kép, egy ág, egy égdarab –
ha hinnék Benned, hallgatag
széttárnád meleg tenyered,
s az két kis napként sütne fönn
a tél felett, a tó felett,
hasadna jég, mozdulna hab,
s a tárgyak felszökellve mind
csillognának, mint a halak.

Voir les commentaires

Méditation dans la mosquée * lavis d'encre (1989)

13 Mai 2010, 16:05pm

Publié par Flora

Ulu camii

Voir les commentaires

1 2 > >>