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Le blog de Flora

Rangements et pieds de plomb...

21 Juillet 2012, 11:43am

Publié par Flora bis

   Je ne pensais pas être aussi dépendante du soleil, du moins de la lumière! Depuis de longs mois,  -  excepté la fulgurante et prometteuse semaine de fin de mars  -  nous sommes plongés dans un temps maussade, pluvieux, automnal, avec la température à l'avenant. Le niveau de ma sérotonine doit être au plus bas... J'ai dû épuiser mes réserves. J'ai du mal à bouger, ayant l'impression de traîner des boulets de plomb attachés aux pieds comme les prisonniers des temps jadis...  

   Par contre, au moindre regain du beau temps, l'énergie me revient immédiatement, avec des envies de tout remuer et de rattraper les mois d'asthénie... Hélas, cela retombe aussitôt, faute de carburant... Il n'est pas étonnant d'avoir en tête l'image stéréotypée des Scandinaves moroses, voire suicidaires!

Numeriser0009-copie-1.jpg Ranger un placard encombré des vestiges du passé est particulièrement pénible et lent dans ces conditions. Le temps s'arrête. Je trie les vêtements d'un autre âge qui était le mien il y a quelques années. Tiens, ma robe de mariée que j'ai dessinée moi-même, il y a 39 ans... Un modèle qui devait pouvoir se remettre par la suite. Mais remet-on vraiment une robe de mariée?... 

   Une amie ne cesse de me faire de petites allusions sur les personnes qui restent figées dans le passé, insensibles à la vie qui continue. Sans elles. Cette amie, de ma génération, vient de rencontrer le grand amour, après quelques années de solitude. Bien que je l'aie assurée de ma totale neutralité sur la question (je suis très contente pour elle!), de mon respect du libre choix de chacun, elle insiste... comme pour se justifier, même inutilement. 

   Le deuil a ses stations. Il ne faut pas être pressé  -  ni presser personne  -  à les franchir. Je trie les pulls de Gilbert: ils faisaient tellement partie de son image! Au bout de 6 ans, je vais pouvoir tout débarrasser en les donnant à des gens qui en auront encore l'usage. Débarrasser... ce mot m'agresse encore. On débarrasse les déchets inutiles, encombrants. Lui ne m'encombre pas. Il devient de plus en plus immatériel.

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Françoise Héritier : Le Sel de la vie

16 Juillet 2012, 11:22am

Publié par Flora bis

419rGxAgj8L. SL500 AA300 C'est un petit livre d'à peine 90 pages et il se retrouve parmi les meilleures ventes depuis des mois, faisant un clin d'oeil à des mastodontes à chiffres de la jungle éditoriale! Moi-même je l'ai découvert dans l'émission de François Busnel, "La Grande Librairie". Cette émission, entre parenthèses, commence à asseoir son statut, bien mérité, d'émission littéraire populaire et exigeante, ce qui faisait défaut depuis Bernard Pivot. Je pense avoir compris la raison de son succès (et celle des tentatives avortées jusqu'ici): Busnel aime les écrivains, tout comme son illustre prédécesseur, et il les considère avant tout comme un lecteur averti et non pas leur concurrent...

   Françoise Héritier est une scientifique, anthropologue, professeur honoraire au Collège de France, élève de Claude Lévi-Strauss. Cette petite femme de près de 80 ans, pétillante d'esprit, nous livre une "fantaisie", comme elle la définit, écrite entre le 13 août et le 10 octobre 2011, sous forme de lettres adressées à un ami. C'est quasiment une seule longue phrase, une énumération sans début ni fin, "de sensations, de perceptions, d'émotions, de petits plaisirs, de grandes joies, de profondes désillusions,  parfois... Il faut voir dans ce texte une sorte de poème en prose en hommage à la vie."

   Dans cette énumération en infinitif impersonnel, le portrait de l'auteur se dessine toutefois en filigrane, sa sensualité, son appétit de vivre, sa sensibilité qu'elle partage avec nous, en les élevant au niveau universel. Un extrait (le choix est très difficile!): "... attendre à la terrasse d'un café, se dire qu'il faudrait faire de la gymnastique, penser parfois à respirer profondément, mettre à plat un trombone, monter à la main une mayonnaise ou des oeufs en neige, découvrir un fruit exotique délicieux, se remémorer les patois de son enfance ou des proverbes ou des savoirs, utiliser des mots justes qui surprennent, boire quand on a très soif, n'avoir jamais honte d'être soi..." Je pense que nous pourrions tous dresser notre liste jamais exhaustive, laissant libre cours à l'association des souvenirs. Car nous ne sommes pas seulement des êtres sociaux mais aussi des réceptacles d'émotions imprégnées. Elles ont contribué à construire l'être sensuel et émotionnel que nous sommes devenus. Le Sel de notre vie... Que serions-nous sans cet ingrédient essentiel?...

Françoise Héritier: Le Sel de la vie éditions Odile Jacob 2012

 

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Maison de retraite (encre, plume années 90...)

6 Juillet 2012, 09:27am

Publié par Flora bis

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Magda Szabó: LIBER MORTIS (extrait)

3 Juillet 2012, 18:27pm

Publié par Flora bis

533380_366364856762016_1096005710_n.jpg Magda Szabó que les lecteurs français connaissent surtout depuis 2003, l'année où elle a obtenu le prix Fémina étranger pour son roman "La Porte", s'est éteinte en 2007, à 90 ans, un livre à la main. "Liber Mortis" (Livre des Morts), un journal qu'elle a tenu entre 1982 et 1990, n'est autre qu'un cri de douleur incessante, inspirée par la mort de son mari, l'écrivain Tibor Szobotka, injustement mésestimé et condamné au silence par le régime communiste. Trente-deux ans de vie commune, un amour intense et réciproque la laissent inconsolable. 

 

 (...) Je t'aime. Je dois l'écrire encore, je l'écris sans cesse: je t'aime. Mon amour, mon chéri, ne t'éloigne pas de moi, ne laisse pas la douleur s'atténuer. Que je reste, tremblante, en pleurs, en détresse, celle qui était à toi, qui t'aidait à vivre, qui te tenait la main, qui était tout pour toi et pour qui tu étais tout. Je préfère la souffrance jusqu'à la mort, pourvu que tu m'aimes, pourvu que je puisse t'aimer. Fais-moi signe, il est minuit, je t'attends comme d'habitude. Fais-moi signe. A l'instant, tu as fait tomber une cuillère, tu dois être tout près. Je vais me laver, me brosser les dents, ouvrir le lit, puis j'attends. Peut-être rêverai-je de toi. Je dors si peu, malgré toutes ces drogues, six heures tout au plus, cinq plus probablement. J'ai encore maigri; pourtant, je dois continuer à vivre, trop de travail, de larmes aussi, et pas assez de nourriture. Mais je n'ai besoin de rien, c'est de toi que j'aurais besoin. (...)

traduit par R. T. 

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Faut-il rêver?...

1 Juillet 2012, 20:00pm

Publié par Flora bis

Ortak-y.jpg Hier soir, j'ai enfin pu regarder la rediffusion de "Faut pas rêver" de FR3 qui nous a fait voyager à travers la Turquie... L'occasion de constater à quel point la nostalgie était toujours au rendez-vous, intacte. Après 22 ans...

   Je me souviens de notre départ définitif, en juillet 1990, après un séjour de six ans. Notre voiture surchargée longeait les rives du Bosphore, par une journée ensoleillée. Je regardais la mer, étincelante, sillonnée par d'innombrables embarcations de toute taille, infatigables, et je pensais: il n'est pas possible que je voie ce spectacle que j'aimais tant, sans jamais m'en lasser, POUR LA DERNIÈRE FOIS! Et miracle: quelques minutes plus tard, nous nous sommes aperçus avoir oublié dans l'appartement d'Ata bey dont nous venions de rendre les clés, les sandwichs destinés pour le long voyage! Nous avons rebroussé chemin et ainsi, j'ai pu revoir mon cher Bosphore deux fois encore!

   Nous y sommes retournés six ans plus tard, invités au mariage de deux anciens élèves de Gilbert. Nous avons revisité les endroits jadis familiers, constatant les changements, nous nous sommes replongés dans le fourmillement multicolore et bruissant. L'émotion ne m'a pas lâchée. Cependant, quelque chose manquait pour que la magie puisse pleinement opérer: nous n'étions plus que des "touristes"! Nous étions privés de ce sentiment chaud et délicat de "chez nous". Nous étions de passage. J'ai eu l'intime et douloureuse certitude que je ne pourrais plus retrouver la chaleureuse familiarité avec les gens et les lieux, seulement ses miettes dissoutes dans les vagues de nostalgie qui ne cessent de m'étreindre, sans doute à jamais...

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