Publié le 30 Décembre 2011

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Une année est derrière nous, ou presque... Ces compteurs, rythmés par les étoiles et par ce qui en dépend, inventés par l'homme pour se créer des repères spatio-temporels et pour ne pas se laisser happer par le vertige d'une existence éphémère dans l'infini, nous installent dans notre petit monde fabriqué sur mesure, avec nos petits rituels journaliers, annuels, vitaux... Nous les habillons de fêtes ou de deuils, de noir et blanc ou de couleurs chatoyantes, nous les attendons ou les subissons: c'est notre vie... 

Avec le temps, nous nous rendons compte que nos forces diminuent et cela nous incite à nous lancer dans une aventure différente, non moins excitante, à la mesure de nos possibilités changeantes, celle de la réflexion. Que de matière accumulée durant des années! Nous donner les moyens "d'en tirer la substantifique moelle"  -  quel luxe dans l'existence! Sylvain Tesson s'est retiré dans une cabane de pêcheur au bord du lac Baïkal, pour 6 mois (je suis en train de le lire, j'en parlerai bientôt). Mais il est d'avis que chacun de nous peut trouver sa cabane magique, même en plein coeur d'une grande ville!

 

Je souhaite à chacun de mes chers visiteurs, amis virtuels inestimables,

une très belle année 2012!  

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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Publié le 24 Décembre 2011

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A tous mes visiteurs fidèles ou occasionnels,

je souhaite une très belle fête de Noël!

Que ce jour (re)devienne le moment privilégié

d'une joie partagée 

de nous retrouver ensemble, tout simplement.

La fête de ce lien, de cet élan vers l'autre... 


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Rédigé par Flora bis

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Publié le 19 Décembre 2011

en-es-ocsi-4-es-2-evesen_NEW.jpg C'est une bien vieille photographie, un peu usée, retrouvée dans le portefeuille de mon père, après sa mort. Jamais elle ne le quittait. Sur la photo, mon frère et moi, au début des années cinquante. Une vingtaine de mois nous séparaient, mais grand costaud, il m'a rapidement rattrapée, puis dépassée en taille.

   Nous avons grandi ensemble. Jusqu'à l'adolescence, nous étions presque inséparables. A partir de ce moment-là, nos fréquentations, nos intérêts pour les études  -  ou leur manque  -  nous ont orientés dans des directions très différentes. Il s'est marié à 20 ans, alors que j'étais encore à la fac. Père de famille un an plus tard, alors que moi, j'ai encore attendu 6 ans... 

   Je suis partie vivre à l'étranger avec Gilbert. Nous nous retrouvions pendant les vacances d'été et nous essayions de renouer les fils de la complicité de notre enfance, en remémorant les souvenirs. Mais je me suis rendu compte avec un regret lancinant que je ne le connaissais pas vraiment... Nos discussions restaient à la surface des choses, en évitant l'essentiel.

   Sa passion pour les chevaux datait de l'enfance, de nos vacances chez mes grands-parents maternels. Notre oncle possédait deux chevaux avec lesquels il venait nous chercher à la gare, à quelques kilomètres plus loin, en calèche! Début d'un véritable conte de fée qui durait tout l'été et pendant des années! Mon frère passait le plus clair de son temps avec les chevaux. Devenu adulte, dès qu'il a pu, il s'en est procuré deux; des poulains naissaient fréquemment...

   Il a beaucoup travaillé. Grand fumeur, son coeur s'est arrêté net un jour de l'été torride de 2003. Il lui manquait un mois et demi, pour atteindre ses 54 ans...

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoires

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Publié le 15 Décembre 2011

Poste-restante.jpg (...) Les candidats à une mort violente ne manquaient pas: une fermière avait médit sur ses parents; un mari trompé avait accusé son père de jouer les amants; une camarade de classe avait obtenu de meilleures notes que lui grâce aux culottes "petit bateau" qui aguichaient l'instituteur. En les éliminant, il ferait oeuvre de salubrité publique et ne serait pas le seul à se réjouir: certains laisseraient en héritage une soupière de pièces d'or, une maison, une veuve appétissante. La disparition d'agriculteurs gourmands en subventions soulagerait le budget européen. La bouilloire vint interrompre ses réflexions. L'eau de son infusion  était prête.

   Il tendit la main vers le gaz puis suspendit son geste. La flamme le ramenait vingt ans plus tôt, un 5 juillet. La fumée s'élevait, parallèle au clocher. A cause d'elle, il avait cloué Marie Brennevent sur un autel. Les bigotes tenaces continuaient de fréquenter l'église. A chaque enterrement, on se bousculait, tandis qu'il attendait devant la porte. Pour ses parents, il n'y avait pas eu de service religieux. On les savait athées; on n'avait pas poussé l'audace jusqu'à en faire de bons cadavres bénis à coup de goupillon.

   Il éteignit le gaz. Deux images flottaient devant lui, la tombe dépourvue de croix de ses parents et la bombe incendiaire dans le cercueil de Joël Sureul. Elle exploserait au moment de l'absoute, dans l'église trop petite pour la foule des curieux. Pour guetter le grand bruit, il prit de la hauteur. La grille rouillée grinça sous la poussée. Le cimetière était désert. Le caveau des Montlieu, une construction massive, ornée d'angelots en jupettes moussues et d'une madone décapitée, déclencha son fou rire. Les prochains locataires des lieux gisaient dans la paille d'une de leurs granges. Notre-Dame de la Treille avait perdu deux paroissiens. (...)

Gilbert Millet: "Ennemis très chers" recueil de nouvelles, éditions Manuscrit,  2001

illustration: R.T. (alias Flora)  

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #Gilbert

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Publié le 11 Décembre 2011

La campagne électorale s'annonce impitoyable, les champions du ring et leurs lieutenants se préparent à un match sans merci où tous les coups sont permis. Les places sont chères mais apparemment assez lucratives pour que ça vaille la peine de se laisser étriper au passage.

  Eva Joly n'est pas "mon poulain". Pourtant, je suis sensible à la polémique qui s'installe autour de son accent norvégien, indigne d'un hypothétique président de la république. Cela dissimule à peine le sentiment qu'il y a des vrais Français, attestés par des livrets de famille irréprochables, sans tache, depuis plusieurs générations. Avec, parfois, un français pauvre et boiteux, certes, mais sans accent étranger. 

Paris 2006 On me dit souvent, avec gentillesse, que j'ai "un charmant accent, d'où vient-il?" D'autres, comme Jean-Vincent Placé, sénateur "vert", adopté à l'âge de 7 ans, n'a pas l'ombre d'un accent coréen, il est pourtant ouvertement moqué par le F.N. Son accent est inscrit sur son visage, indélébile. Combien de peaux noires ou "basanées" suscitent l'interrogation muette de la part de certains, sur leur légitimité?...

  Eva Joly a choisi la France, par amour pour un homme, tout comme moi (et non pas inversement: choisi un homme pour gagner la France  -  la vie est bien plus compliquée que cela! Pendant 14 ans, j'ai même demandé à mon mari d'habiter un tiers pays, afin d'être à égalité...). A l'âge adulte, il est plus difficile de gommer un accent. A vrai dire, je ne fais pas non plus l'effort nécessaire. Par contre, jusqu'à la fin de mes jours, je travaillerai à l'amélioration de la pratique de cette langue merveilleuse, si injustement maltraitée parfois par ses héritiers authentiques. Et cela sans obligation. Par pur plaisir.

   Pendant mon séjour d'étudiante en URSS, j'ai découvert avec stupeur la carte d'identité d'une amie. Гражданство: советское (Citoyenneté: soviétique)  Национальность: еврейка  (nationalité: juive)... La France, terre d'accueil généreuse plus que beaucoup d'autres, assure par sa constitution l'égalité entre ses citoyens, sans distinction des origines. Cela fait maintenant 21 ans que nous sommes revenus définitivement en France, Gilbert ayant quitté les postes successifs à l'étranger. Il a trouvé sa dernière demeure dans le Nord. J'aimerais croire que mon choix d'être Française (sans renier pour autant 25 ans de passé hongrois, une langue, une culture, les gènes de mes ancêtres) se fonde sur un rapport d'égalité et non de subordination. "Dois-je m'estimer heureuse?"  -  et je le suis, parce que je le veux et le sens ainsi et non pas par obligation, comme le pauvre à qui on jette l'aumône... J'aimerais croire que j'ai apporté ma petite contribution.

   Dans l'atmosphère délétère et suspicieuse qui se développe depuis ces dernières années, il est bon de rappeler qu'un pays a quelques soucis à se faire si personne n'a plus envie de venir s'y installer... 

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Rédigé par Flora bis

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Publié le 10 Décembre 2011

Jozsef Attila MIÓTA ELMENTÉL

Mióta elmentél, itt hűvösebb

a sajtár, a tej, a balta nyele,

puffanva hull a hasított fa le

s dermed fehéren, ahogy leesett.

 

A tompa földön öltözik a szél,

kapkod s kezei meg-megállanak,

leejti kebléről az ágakat,

dühödten hull a törékeny levél.

 

 

Ó, azt hittem már, lágy völgyben vagyok,

két melled óv meg észak s dél felől,

a hajnal nyílik hajam fürtjiből

s a talpamon az alkonyat ragyog!...

 

Soványan űlök, nézem, hogy virítsz,

világ, kóró virágja, messziség.

Kék szirmaidban elhamvad az ég.

A nagy szürkület lassan elborít.

(1928)

 

DEPUIS QUE TU ES PARTIE

 

C'est depuis que tu es partie que sont plus froids,

Ici, le seau, le lait, le manche de la hache,

Et que le bois fendu s'affaisse et se détache.

Vois-le tomber, livide et tout roide à la fois!

 

Sur le sol sourd, le vent dans ses habits s'engage,

Il recherche sa proie, s'arrête, fouille et tranche.

Et de son tourbillon précipite les branches.

Frêle, la feuille alors bronche et tombe avec rage.

 

Moi, dans un doux vallon déjà je me croyais...

L'aube neuve épousait mes cheveux qui ondulent,

La plante de mes pieds brillait au crépuscule,

Et du Nord et du Sud tes seins me protégeaient.

 

Je suis assis, chétif... toi t'épanouissant,

Monde lointain, fleur de chiendent... Je te regarde.

Dans ton coeur bleu un ciel de cendre se hasarde;

Moi langé par le soir qui tombe immensément...

traduction: Lucien Feuillade 




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Rédigé par Flora bis

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Publié le 6 Décembre 2011

Rédigé par Flora bis

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Publié le 2 Décembre 2011

solitude-2.jpg  Toute la famille cotisa pour offrir à Armelle le voyage de sa vie. Elle n'avait jamais franchi les frontières du pays. A quarante ans, elle avait tiré un trait sur ses rêves d'adolescente, mari, enfants, promenade au bord de la mer, cheveux au vent, peau bronzée, exposée aux caresses du soleil... A d'autres caresses non plus, d'ailleurs.

   Sa vie lui convenait. Petite vie étriquée mais rassurante. Pas de vagues sentimentales, elle s'en était fait une raison et elle finit par trouver sa tranquillité enviable. Pas d'enfant à consoler, à soigner, ni à stresser des résultats scolaires, des retards et des absences. Enveloppée dans un silence apaisant, son appartement, son cocon, garni de livres et de tapis d'orient dont elle n'avait jamais vu les pays d'origine, la mettait à l'abri de tout soubresaut émotionnel. Les montagnes russes des émois lui arrivaient en seconde main, filtrés par les bruissement des pages de sa bibliothèque.

   Ce voyage pour Marmaris, elle le prit comme une violente intrusion dans sa tranquillité. De quel droit veut-on la sortir de son cocon? Elle n'avait jamais "découché". Imaginer une nuit sur un oreiller inconnu, dans des draps qu'elle n'avait pas repassés, sur un lit que d'autres avaient moulé avant elle! D'abord, où se trouve ce Marmaris?...

   Elle atterrit au bord de la mer sous un soleil que d'autres auraient appelé radieux. Elle pensait: implacable, la suite logique de l'intrusion. La pension qui l'hébergeait était tenue par une vieille dame et son fils. Une seule chambre d'hôte, un café vieillot mais d'une grande propreté. Même le sol était passé à la chaux, la blancheur épousant harmonieusement le bleu azur des portes et des fenêtres. L'aspect presque monacal de sa chambre la rassura un peu.

   Les premiers jours, elle posait ses balises, les poussant plus loin au fur et à mesure. Le petit village de pêcheurs plongeait dans la Méditerranée. Ciel et mer s'estompaient dans l'infini de l'horizon. Petit à petit, la méfiance d'Armelle céda aux caresses du soleil. Le soir, elle prenait son repas à la pension, avant de s'installer sous le figuier du jardinet, un livre à la main, savourant la douceur de l'air, les couleurs et les parfums exhalés par les fleurs fraîchement arrosées.

   Ce jour-là, le cinquième après son arrivée, subitement et un peu distraitement aussi, elle dut détacher les yeux de l'histoire torride de L'amant de Lady Chatterley. Un bras lui tendit une tasse de café fort. Elle émergea difficilement du roman, et ce bras musclé en constitua le prolongement. La peau hâlée du jardinier anglais, lisse qu'elle imagina douce et tiède... pour la première fois de sa vie, elle eut envie de la sentir sur la sienne.

   Un trouble inconnu l'envahit. Elle prit la tasse et sa main toucha celle de l'autre. Le regard tenace la força de lever la tête. Les yeux noirs reflétaient le même trouble, la main emprisonna la sienne. Le café brûlant se renversa sur sa robe légère... 

 

Épilogue: Armelle ne regagna plus jamais sa Normandie natale. Elle vit dans la petite pension de la côte turque qui reçoit à désormais une dizaine d'hôtes. La peau dorée d'Armelle s'épanouit sous les caresses insatiables de Nedim.

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Rédigé par Flora bis

Publié dans #microfictions

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