Endre Illés (1902-1986) * Extraits

Publié le 28 Janvier 2010

Ces quelques extraits se trouvent cités dans l'article de Gyula illyés dont j'ai traduit précédemment le début. Je ne sais pas d'où ils sont tirés : l'auteur ne mentionne pas le titre. Les extraits illustrent "l'élément poétique" d'une prose. En lisant, j'ai été frappée par l'acuité du regard, de la justesse des mots pour exprimer ce que nous ressentons d'indicible dans pareille situation. Que tout le monde est appelé un jour à affronter. Il y a quelque temps encore, je ne sais pas si j'aurais été capable de le traduire... Peut-être.
A quoi sert la littérature ?...

   Pourquoi éprouvons-nous ce sentiment étrangement beau en nous penchant sur un endormi ?
   Parce que nous avons le pouvoir de le réveiller. Je me suis toujours penché sur un endormi avec le bonheur de ce pouvoir.
   Pourquoi les hommes considèrent-ils la mort comme la soeur du sommeil ?
   Parce qu'ils espèrent le réveil. C'est pour cette raison que nous saisissons tout de suite la main du mort, que nous l'appelons, que nous lui caressons le visage, pour qu'il se réveille. Comme tant de fois auparavant.
   Pourtant, derrière la peau, la cage thoracique, l'os frontal, il n'y a plus de coeur qui batte, de cerveau vivant autonome, d'yeux, de poumons qui se soulèvent  -  plus rien. Le visage du mort est comme une peinture : je vois les lèvres, le front, les paupières mais aucun n'a de prolongement vers l'intérieur. Plus de bouche qui prolonge les lèvres, de réflexe léger qui appartienne aux genoux, plus de pensée derrière le front. Le mort n'a plus de mots, de tissus, son corps n'est plus sillonné de nerfs, de vaisseaux, il n'a plus d'estomac, de foi, de palais, il devient un état unique : il dort, tandis que tout se mélange en lui. Les frontières intérieures, les membranes sont rompues.
...
   Je ne me souviens pas combien de temps je suis resté assis près d'elle*, morte, étendue sur le lit. Je savais bien que dès le moment où je préviendrais quelqu'un, le monde ferait irruption, les autorités, les gens. Ils me la prendraient. Nous ne serions plus jamais en tête-à-tête.
   Je n'arrivais pas à me lever. Je repoussais l'instant où je serais obligé d'avertir le monde.

  
Cela a duré dix minutes ou une demi-heure. Un temps rempli d'invraisemblance, de certitude et d'effroi juvénile. Je savais tout et je ne comprenais rien. 

* le hongrois ne distingue pas le masculin/féminin de il ou elle. Ainsi, on peut garder un certain aspect universel, une l'ambiguïté que je devais cependant rompre en français... 

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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litteratus 31/01/2010 12:05


Quel texte ! que je suis heureuse de l'avoir lu : il touche à ce qu'il y a de plus mystérieux en nous : la mort reste un questionnement !


Flora 31/01/2010 16:58


Je suis encore une fois très heureuse de la résonance créée par ce texte en vous, chère Litteratus, experte en grands textes littéraires comme votre blog en témoigne!
Ce texte répond à la question "à quoi sert la littérature?"... 


mich 31/01/2010 04:06


j'ai oublié de noté le lien - désolé

pour vous Flora:
Vita-interjú Illés Endrével
Dialógus a Törtetőkről
à compter de la page 18
http://www.szinhaz.net/pdf/1969_04.pdf


mich 31/01/2010 03:59


pour vous Flora:
Vita-interjú Illés Endrével
Dialógus a Törtetőkről
à compter de la page 18

______________
je vois que ma note INFO-1 semble perdue!
alors je recommence (mais sans le lien que je ne retrouve pas!!):

Le déménagement de Endre Illès, traduit du hongrois par. Roger Richard
édition Corvina
- pièce de théâtre -

(et je vous redis merci Flora pour vos fils sur Illyés et Illés)


mich 31/01/2010 03:34


pour info -2
vu là http://www.bibl.u-szeged.hu/henri/litter3.html

ILLÉS, Endre

- Un grand publiciste transylvain: Sigismond Kemény - Nouvelle revue de Hongrie, Bp, oct. 1940, pp 311-316.

- Passent les années, les amours restent - trad. Mihály Gergelyi, Le P.E.N. hongrois, Bp, 1984, ndeg. 25, pp 57-59.


Flora 31/01/2010 17:02


Merci, Mich, pour ces pistes intéressantes pour ceux qui veulent découvrir cet auteur en français.


mich 31/01/2010 03:12


merci, chère Flora, pour vos fils très intéressants, particulièrement ces derniers concernant Illyés Gyula et Illés Endre

Pour info:

ILLÉS Endre Le déménagement, traduit du hongrois par Roger
Richard,cf Théâtre hongrois d’aujourd’hui 1, Publications
orientalistes de France - Éditions Corvina, 1979

Selon la référence donnée ici: http://www.orpheon-theatre.org/bibliotheque/catalogue/catal-di.pdf


Flora 31/01/2010 17:00


Il paraîtrait que ce texte a été publié en entier dans un hebdomadaire lorsque les hebdomadaires avaient encore leurs suppléments littéraires en Hongrie...