Le blog de Flora

Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 4.

30 Décembre 2010, 18:56pm

Publié par Flora

En quoi suis-je donc construit,

Que ton regard me perce et me transforme ainsi?

Quelle âme est la mienne?

Quelle lumière, quel miraculeux phénomène

Me permettent de traverser le brouillard du néant

Pour explorer les pentes de ton corps fécond?

 

Comme le Verbe dans l'esprit qui s'ouvre, je descends

Dans les mystères de ton être charnel.

J'y vois, ainsi que des buissons, les méandres de ton sang

Trembler sans cesse,

Chargés d'un courant éternel

Qui fait éclore sur ton visage et qui mûrit

Dans ta matrice un fruit béni.

 

De ton estomac, l'aire sensible

Est bordée de mille racines imperceptibles

Dont les fils légers se nouent et se dénouent

Pour que que l'essaim de tes humeurs en toi se répande partout,

Et que le bel arbuste de tes poumons feuillus

Puisse chanter un hymne à sa propre gloire.

 

Heureuse, l'immortelle matière poursuit son chemin

Dans le tunnel de tes intestins.

Vivant et riche en est le sédiment

Dans le puits artésien de tes reins jaillissants.

 

En toi s'élèvent d'ondulantes collines,

Tremblent des voies lactées;

En toi des lacs bouillonnent et tournent des usines,

En toi s'affairent, comme la cruauté et la bonté,

Des milliers d'animaux vivants, 

Des insectes,

Des lianes.

En toi luit le soleil,

En toi triste aurore boréale veille.

En ta substance erre sans se lasser

Une inconsciente éternité.

 

Voici la partie principale de ce poème-symphonie, le crescendo qui est aussi un éloge à la matérialité de cette femme aimée, loin des mièvreries habituelles qui refusent d'aller au-delà des apparences : le poète chante la gloire du corps matériel qui l'attache à la fois au microcosme et au macrocosme de l'univers. Il est impossible de ne pas remarquer l'influence de "la Montagne magique" de Thomas Mann, immense écrivain allemand qui fascinait A. József ("Salut à Thomas Mann"). Il reste la dernière partie, le magnifique apaisement.

Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 1.

Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 2-3.

 

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L
<br /> Le corps de la femme dans toute sa substance est touchée du doigt, ou plutôt du mot d'une justesse extrême !<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Un amour total...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> cette femme il l'aurait aimé même en "charcuterie"...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Je trouve très beau cet enthousiasme devant la matière qui nous relie au grand TOUT, puisque tout est composé des mêmes particules... Et la vie est une organisation parfaite et complexe de cette<br /> matière! Admirable!<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> la chair dans toute sa subtilité et sa densité, l'amour sans voile et généreux.<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Tu l'as bien résumé en quelques mots, chère Françoise...<br /> <br /> <br /> <br />
G
<br /> Moi qui déteste cette période ou la bouffe est une réponse à notre angoisse existentielle..je suis ravi de lire cette ode à notre condition humaine..<br /> Mille baisers à vous Flora et à bientôt , un autre jour, une autre année..<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci de votre visite, Alain et encore meilleurs voeux!<br /> <br /> <br /> <br />
J
<br /> Complètement d'accord avec ton commentaire.<br /> A nouveau une bonne et belle année<br /> José<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> A toi aussi, José. Merci.<br /> <br /> <br /> <br />