László NAGY (1925-1978) * Qui portera l'amour?

Publié le 11 Avril 2010

 nagy laszlo      

QUI PORTERA L'AMOUR ?

Une fois mon existence à jamais absorbée,

Qui donc vouera un culte au violon du grillon ?

Qui soufflera du feu sur les branches frappées de givre ?

Qui donc ira s'écarteler sur l'arc-en-ciel ?

Qui donc en pleurs enlacera des hanches rocheuses

Pour les changer en champs qui mollement ondulent ?

Qui câlinera des cheveux, des artères

Ayant racine dans des murs ?

Qui donc enfin élèvera des cathédrales d'injures

À des croyances ravagées ?

Une fois mon existence absorbée à jamais,

Qui donnera l'épouvante aux vautours ?

Qui portera sur l'autre rive

L'Amour qu'il tient entre ses dents ?

traduction : Guillevic

 

KI VISZI ÁT A SZERELMET

 Létem ha végleg lemerűlt

ki imád tücsök-hegedűt?

Lángot ki lehel deres ágra?

Ki feszül föl a szivárványra?

Lágy hantú mezővé a szikla-

csípőket ki öleli sírva?

Ki becéz falban megeredt

hajakat, verőereket?

S dúlt hiteknek kicsoda állít

káromkodásból katedrálist?

Létem ha végleg lemerűlt,

ki rettenti a keselyűt!

S ki viszi át fogában tartva

a Szerelmet a túlsó partra!

Le 12 avril, jour de la naissance du poète Attila József est traditionnellement le Jour de la Poésie en Hongrie. Je marque ainsi à ma manière somme toute modeste, ce jour où beaucoup feuilletteront des recueils, écouteront des récitations de poésies en Hongrie, puisant dans le réservoir inépuisable de cette véritable richesse nationale.  

 




 

Rédigé par Flora

Publié dans #traductions

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mich 14/04/2010 00:17


Flora, permettez-moi de rectifier votre propos suivant dans vos commentaires: "Guillevic est un très bon traducteur... "
Guillevic ignorait "la langue dans laquelle sont écrits les poèmes"(ce sont ses propos p15 = au début de sa préface de son livre "mes poètes hongrois".
L'unique talent de Guillevic fut de mettre en musique française, c'est-à-dire au rythme et éventuellement à la rime française une partition original réalisée par Làszlo Gara et ses collaborateurs
connaissant comme lui la langue hongroise et présentant à Guillevic ce qu'ils appellent modestement leur traduction littérale!
Que la renommée de Guillevic fut un tremplin salutaire, voire déterminant pour faire connaître la poésie hongroise principalement du 20e siècle (et un peu du 19e siècle - par 5 poèmes d'Arany et 2
de Vajda), nous devons sans doute le reconnaître, ou regretter que ce ne fut pas la magistrale Anthologie de Gara qui fut l'axe déterminant, anthologie publiée en 1962 alors que le recueil de
Guillevic - qui reprend d'ailleurs nombre des textes de cette même anthologie - a elle été publiée en 1967.

Dans la table des matières de l'ouvrage de Guillevic, figure à côté de chaque poème mise en musique française par Guillevic, le ou les collaborateurs:
ce sont principalement Làszlo GARA et Tivadar GORILOVICS;
György Somlyo pour ses propres poèmes et pour ceux du poète Zoltàn Somlyo ainsi que pour un poème de Toth Arpàd et un poème de G Timàr (lui-même auteur - j'indique au passage - d'une anthologie de
la poésie hongroise en français publiée en 2002 sous le titre de Gouttes de pluie)
Erzsébet (Elisabeth) GYARMATI pour un poème de Anna Hajnal et un poème de L Gereblyés, lequel a aussi contribué pour un de ses poèmes
Sàndor WEöRes (avec L Gara) pour ses propres poèmes
Agnès NEMES NAGY pour un de ses poèmes
Judit Toth pour un de ses poèmes
Voilà donc la liste des COLLABORATEURS CONNAISSANT LE HONGROIS qui ont fourni la matière première au poète fr!
Probablement chacun a mis la main à la pâte pour chacun des poèmes, ils doivent être ASSOCIES à part entière au travail de Guillevic qui sans eux eux n'aurait rien produit! Une amitié est née de
ces commandes mêlées, et comme Guillevic le dit lui-même en conclusion de sa préface:
"J'ai eu la chance d'avoir d'excellents complices (les noms que j'ai indiqués ci-dessus). Est-il besoin de souligner combien la co-traduction à deux ainsi comprises et pratiquée est différentes de
ce qu'on appelle l'adaptation ? L'adaptateur travaille seul, sans contrôle, sans complice: il se borne à mettre en meilleure forme une version littérale. (--) Je transmets le fruit de mes rapports
avec la poésie hongroise. Il devrait aller de soi que ces rapports sont passionnels, que les hasards des rencontres et des commandes n'expliquent pas à eux seuls cette longue fréquentation, que je
ne me serais pas donné tant de mal, que je n'y aurais pas consacré tant de temps si pour moi la poésie hongroise n'était pas une contrée belle, riche, grande."

(Je m'excuse par avance pour les fautes de frappe ainsi que pour le défaut des accents hongrois)


Flora 14/04/2010 10:02



Merci, Mich, pour ces notes supplémentaires. Je possède les deux anthologies mais je ne voulais pas rentrer dans d'abondants détails dans une simple réponse à un aimable commentaire. Le poète
Guillevic a fait beaucoup pour faire connaître la poésie hongroise, même sans parler la langue : la mise en musique française est importante aussi!


Ma dernière acquisition : Alain Lance - János Szávai : NOUVELLE POÉSIE HONGROISE 1970-2000


éditions Caractères 2001



fbd 13/04/2010 14:11


crois-tu qu'il souffrait de son boitement? Ai-je rêvé? je trouvais que cette photo mettait en relief un caractère apparemment éprouvé… avec une forme d'endurcissement propre aux personnes qui
souffrent longtemps… peut-être que j'interprète n'importe quoi


Flora 13/04/2010 15:00



Il a été opéré plusieurs fois, enfant, et il devait garder un appareil pour marcher... Je ne pense pas qu'un handicap puisse être complètement occulté; ne serait-ce que le regard des gens te le
rappelle constamment. Il est mort d'un infarctus, à 53 ans. Il était reconnu comme poète et traducteur, rédacteur en chef du plus grand hebdomadaire littéraire de Hongrie.


Le poème publié ici et son plus connu, plus populaire. 



kinzy 12/04/2010 21:05


hé oui c'est ce qu'on se demande ,
Mais qui donc ?
inutile de te dire qu'il est beau.
Bonne soirée ma chère Flora


Flora 13/04/2010 08:28



Merci de ta visite, ma chère Kinzy!


La version originale est beaucoup plus "ramassée", plus percutante mais Guillevic est un très bon traducteur...



fbd 12/04/2010 17:32


Oh oui, quelle belle journée, ce jour de la poésie!
Il a un visage vraiment marquant, cette photo est forte en expression aussi.


Flora 13/04/2010 08:33



Il avait un beau visage et même les cheveux gris lui vont bien... Il boitait toute sa vie : une inflammation osseuse dans son enfance. Il a commencé par des études de beaux-arts, puis il est
passé à la littérature et il a épousé une autre poète que je présenterai également plus tard.


Merci de ta visite, chère Françoise.



litteratus 11/04/2010 17:53


Quelle merveilleuse tradition ! c'est un poème splendide avec cette question poignante à la clé !


Flora 11/04/2010 18:45



Cette tradition date de l'époque lointaine où j'y habitais encore et par bonheur, elle persiste!