Ruminants...

Publié le 27 Janvier 2012

piriti-utca_NEW.jpg Depuis toujours, je passais les vacances d'été chez mes grands-parents maternels, à l'autre bout du pays. Quelle que soit la distance, l'autre bout est quand-même l'autre bout, même dans un petit pays! Sans doute que nos ratios  se modifient à l'échelle du pays que nous habitons...

   Tout était différent dans ce coin perdu, près de la frontière autrichienne. Après la Grande Plaine, où la seule bosse de mon horizon était constituée par la digue de la Tisza, la grande rivière paresseuse et par endroit capricieuse qui longeait le gros bourg où je suis née, dans ce minuscule village à trois-quatre rues, les douces collines enchantaient mon regard. Muché (comme on dit dans ch'Nord cher à mon coeur d'adoptée) dans des forêts d'acacias et de chênes, il demeurait invisible et il fallait emprunter des routes connues des seules initiés, pour y parvenir. Avec la calèche tirée par deux superbes chevaux de mon oncle, nous arrivions de la gare, tels des hôtes de marque! Et le conte de fée démarrait immanquablement, tous les ans, avec le même enchantement au rendez-vous.

   Adolescente, on me confiait la garde de la vache de ma tante: signe de grande confiance! Une vache ne m'était pas tout à fait exotique, nous en possédions quand j'étais petite mais je n'ai jamais eu à m'en occuper. Ainsi, garder la vache de ma tante faisait partie de la grande bouffée de liberté de mes vacances d'été.

   Moi qui n'ai jamais été matinale, je me levais allègrement avec le soleil, vers 5 heures du matin. Je respirais la douceur de l'air, encore frais de la rosée et des premiers rayons du soleil presque timides. Pieds nus  -  mon grand plaisir estival  -  je suivais la vache jusqu'à la pâture: elle connaissais le chemin par coeur. Elle broutait à sa guise toute la journée, me laissant tranquille sur la couverture dans l'herbe odorante, avec mon bouquin et les tartines démesurées de ma tante. J'aimais son côté imperturbable, elle m'enseignait sa philosophie en harmonie avec la nature. Avec le soleil pâlissant, on prenait le chemin du retour. Elle pressait le pas, avide d'être soulagée par la traite du soir. Immanquablement, elle retrouvait la maison dont la porte grande ouverte nous attendait...

* illustration: une de mes aquarelles de 1962, peinte là-bas, à 14 ans...

   

   

Rédigé par Flora bis

Publié dans #mémoires

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Michel Cristofol 01/02/2012 22:07

Ah! qu'il est à plaindre celui qui n'a jamais pu s'évader de la ville pour connaître et goûter, ne serait-ce quelque temps, le calme et la sérénité de la campagne et de la vie rurale ! Et quel joli
coup de pinceau, déjà si jeune ! Une campagne qui a su vous inspirer et que vous immortalisez là, encore une fois, par la peinture et l'écriture.

Flora bis 04/02/2012 00:11



Merci, cher Michel, cette campagne avait le goût de la nature... Il faudrait que je décrive un jour l'odeur particulier du foin qui sèche au soleil...



Litteratus 29/01/2012 17:01

La paix et la sérénité de ces temps bénis !

Flora bis 30/01/2012 09:56



Il est bon (petite facilité autorisée) d'y retourner par les frimas qui courent!



fbd 29/01/2012 15:14

merveilles de l'enfance!

Flora bis 30/01/2012 09:59



Je suis persuadée qu'elles ont participé à ce que nous sommes maintenant!



André 28/01/2012 10:58

Tu réveilles en moi un court passage chez mon grand'père paternel à la campagne alors que j'avais 5, 6 ans.
@+

Flora bis 28/01/2012 13:24



Cela faisait partie de l'émerveillement au monde...


Amitiés, André.



Mu 27/01/2012 14:53

Merci, Chère Flora de cet agréable moment passé dans ta campagne d'enfance. Tu as vraiment beaucoup de talent et c'est avec grand plaisir que tu nous offres d'entrer dans ton espace-temps, aussi
bien par les mots que par tes dessins...Quelle magnifique aquarelle, on en vraiment envie d'aller visiter ce petit coin de pays.
Bisous

Flora bis 27/01/2012 19:05



Merci, ma chère Mu. J'aimerais beaucoup savoir transmettre l'enchantement de mon enfance et le revivre en même temps...