La mort d'Ágota Kristof (1935-2011)

Publié le 27 Juillet 2011

agota_kristof_kicsi.jpg  Ágota Kristof vient de mourir ce matin. Qui ne connaît pas l'auteur du roman "Le grand cahier"? Il a paru en 1987, apportant à son auteur la renommée internationale. Les romans de Ágota Kristof sont traduits en une quarantaine de langues, elle a été lauréate d'innombrables prix littéraires prestigieux. 

   Notre revue "Hauteurs" lui a consacré un long et très intéressant article par l'écrivain hongrois András Petőcz, dans son N° 19 de mars 2006 sur la francophonie. Car Ágota Kristof est née en Hongrie et elle a quitté le pays en 1956, pendant les mois des bouleversements ayant suivi la révolte: une véritable hémorragie touchant surtout la jeunesse éprise de liberté.

   Elle a traversé la frontière à pied, avec un bébé sur le bras et a atterri à Neuchâtel, en Suisse, devenue son pays d'adoption. Elle travaillait depuis longtemps dans une usine d'horlogerie lorsqu'elle a commencé à écrire: d'abord de la poésie en hongrois, puis "Le grand cahier", son roman fondamental, en français. Certains critiques ont relevé l'originalité du style: les phrases courtes et dépouillées, écrites exclusivement au présent. Cela prête une tension dramatique particulière au récit, alors que, probablement, Ágota Kristof voulait simplement contourner les multiples pièges du temps "passé" dans la langue française (que moi, je ressens aussi d'une cruelle façon: en hongrois, il n'y a qu'un "passé"...) 

   Après la Trilogie  (Le grand cahier, La preuve  et Le troisième mensonge) et Hier , elle publie L'Analphabète en 2004, pour formuler pour elle-même sa relation à la langue française: "Je parle le français depuis plus de trente ans, je l'écris depuis vingt ans, mais je ne le connais toujours pas. Je ne le parle pas sans faute, et je ne peux l'écrire qu'avec l'aide de dictionnaires fréquemment consultés. C'est pour cette raison que j'appelle la langue française une langue ennemie, elle aussi. Il y a encore une autre raison, et c'est la plus grave: cette langue est en train de tuer ma langue maternelle." Je peux comprendre profondément ses difficultés pour essayer d'apprivoiser cette grande séductrice qui vous attire dans son filet, sans avoir besoin de vous... La traiter d'ennemie, je refuse. Elle n'a rien demandé...

 

De nombreux échos, interview sur le blog remarquable de Jean-Pierre sur la Hongrie: http://mardishongrois.blogspot.com/ 

 

Rédigé par Flora

Publié dans #réflexions

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fbd 03/08/2011 13:39


oh tu sais, j'ai plutôt tendance à me faire oublier, surtout je crois, parce que je n'ai pas beaucoup d'aisance verbale… je ne fais pas partie des bavardes ;-)


Flora 04/08/2011 00:55



Tu te rattrapes à l'écrit et en peinture et dessin! J'ai toujours encouragé mes élèves un peu timides car je soupçonnais que leur silence dissimulait parfois plus de fond que le bavardage - écran
de fumée des plus volubiles...  



fbd 02/08/2011 09:51


oui, il est rare que les gens qui ont autant de talent soient modestes (peut-être parce qu'ils sont conscients de leurs dons?) mais d'autre part, il y a tellement de gens, sans talent particulier,
qui ne sont pas humbles du tout! ;-) Du coup ça fait de la modestie une qualité assez exceptionnelle ! :-D)))


Flora 02/08/2011 10:02



Et toi, ma chère Françoise, dont le talent est manifeste et non seulement à mes yeux, quelle est ta position dans ce domaine?



fbd 02/08/2011 09:07


tu as la modestie d'un Hokusaï - tu sais certainement que cet excellent artiste, aux alentours de ses 80 ans disait juste commencer à mieux maîtriser le dessin… ;-)


Flora 02/08/2011 09:32



Je le comprends parfaitement. Le contraire serait inquiétant. Si on pense qu'on est "arrivé", que l'on sait "tout", il ne reste plus qu'à tirer le couvercle du cercueil au-dessus de notre tête...


J'ai peut-être la modestie de Hokusaï  -  c'est surtout son talent que j'aimerais avoir!...



fbd 01/08/2011 11:02


s'il y a quelque chose d'admirable, ce n'est pas qu'une autochtone parle à peu près couramment sa propre langue :-D mais bien que toi, tu aies une maîtrise de plusieurs langues et dépasse le niveau
courant pour écrire comme un véritable écrivain! admiration!


Flora 01/08/2011 21:15



Merci pour ta gentillesse, chère Françoise. Personnellement, je m'en crois encore assez éloignée mais j'aimerais bien, vraiment! Vers mes 80 ans, je postulerai pour le Goncourt...



fbd 29/07/2011 16:50


Ses réflexions, au sujet de la langue française, comme les tiennes, sont vraiment très intéressantes…
C'est malheureux d'être aussi cancre que moi, mais moi aussi je ne maîtrise pas cette langue qui est pourtant ma langue maternelle! le dico n'est jamais loin non plus, arf! mais vers quoi d'autre
me tourner, par dépit? pas de recours! les grognements comme langue maternelle?lol


Flora 01/08/2011 08:07



J'envie les Français qui d'instinct, d'oreille peuvent savoir! Pour les finesses, il y a le Robert ou les autres, les spécialisés, intéressants et à portée de main!


Pour l'ensemble, "un bon curé étudie jusqu'à la fin de ses jours", dit le dicton hongrois...


D'ailleurs, ma chère Françoise, tu la maîtrises très bien, cette belle langue si rebelle à se laisser posséder!