Anniversaire...

Publié le 6 Juillet 2010

gilbert és én szentesenMarquer les anniversaires ne veut pas dire obligatoirement que le reste du temps, nous évacuons l'événement ou les personnes de notre mémoire mise en congé. Bien au contraire, ce sont plutôt nos morts qui, par miséricorde, s'éloignent de nous à une vitesse sidérale et nous devons gratter nos plaies pour raviver la douleur dans sa violence bienfaisante... et c'est une épicurienne qui l'affirme. 

Le 7 juillet signifie pour moi cette mémoire de tout instant, renforcée et concentrée en un seul jour : celui, capital, de la rencontre avec la mort. A travers celle de Gilbert, absurde, énigmatique, prémices d'un vide sidéral à combler, la mienne propre a fait ce jour-là un signe rapide et à peine perceptible, pour ne plus me lâcher, modifiant à jamais ma sensation de la vie. Comme si je devais apprécier chaque jour dans la plénitude du dernier. C'est un sentiment à la fois exaltant et douloureux. Obligation presque de ne pas perdre un temps devenu très précieux, conscience de devoir accomplir des choses éternellement ajournées par paresse ou par couardise. Qu'ai-je à perdre à les tenter ?  Un renom inexistant et non convoité ? Risquer le ridicule si j'échoue ? La belle affaire ! A ce stade, même le ridicule cesse d'être ce couperet définitif. Les tenter non pas pour obtenir l'approbation, le succès ou l'admiration, moteurs puissants des actions humaines à visée éternelle... Plutôt pour le plaisir de l'accomplissement de soi, pour le goût d'une compréhension plus profonde et plus globale d'un passage fugace parmi les vivants.

Ce sont eux, les vivants, forcément, qui se préoccupent du devenir de leur passage sur terre... Le souvenir qu'ils laisseront ne les concernera plus, une fois le parcours accompli. Ils ne le maîtriseront pas. Cette glorieuse incertitude donne à l'action humaine son caractère fragile, aléatoire et grandiose à la fois.

A ce jour, j'aurai passé plus que la moitié de ma vie avec un homme qui l'a marquée non seulement par la relative longueur de cette durée. Trente-trois ans. Je ne saurai jamais quelle aurait été ma vie sans cette rencontre où le hasard est devenu destin, avec les mots d'Alain Badiou. Destin qui est non seulement le mien mais aussi celui de mon fils, sa femme et leurs enfants, leur vie engendrée ou modifiée par le même hasard. Et la chaîne continuera pour leur descendance qui n'existerait pas non plus sans cette rencontre fortuite...

(photo très amateur, prise l'année de notre rencontre)

Rédigé par Flora

Publié dans #réflexions

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Louve 12/08/2010 09:06


Bonjour ma chère amie à qui souvent je pense et que pourtant je n'ose appeler. Je suis venue te lire, vibrer de tes émotions si pudiquement délivrées, et me pencher sur ta reflexion qui toujours
m'intéresse et même m'intrigue.... Une petite intrusion dans ton monde intérieur, pendant laquelle je me régale de te lire...Bisous


Flora 12/08/2010 19:41



Ma chère Louve, merci beaucoup de la visite et surtout, n'hésite pas à m'appeler!



La Bernache 09/07/2010 18:24


Emouvante cette photo dont on devine l'ancienneté au premier regard - émouvant aussi ce sentiment subtil qui nous relie à ceux qui sont partis et la question : finalement , ne sont-ils pas plus
présents que nous quelque part ?...Amicalement


Flora 09/07/2010 23:14



Merci, chère Blanche, pour ta sensibilité. Les morts sont présents mais pas "encombrants", plutôt bienveillants et comme des références... Je me surprends parfois à guetter son
approbation... Et pourtant, je suis dépourvue de toute croyance en un au-delà, de fantômes de tout genre... C'est son souvenir qui reste vif mais sans m'entraver, plutôt à me pousser à me
dépasser, à sortir de mon indolence légendaire...



Cat 09/07/2010 11:05


Parler de la mort est tellement tabou de nos jours, comme si celà ne faisait pas partie de la vie. Je trouve cette attitude malsaine. On emmène plus les enfant aux enterrements (pour les protéger
dit-on) j'ai commis cette erreur avec ma fille et je le regrette aujourd'hui. Depuis elle a la phobie de la mort, parce que "ne pas savoir" ne peut qu'engendrer des peurs irrationnelles...On peut
très tôt apprendre à "apprivoiser" (comme tu le dis si bien) cette idée si l'on y est confronté de manière naturelle. Ton texte est bouleversant...


Flora 09/07/2010 23:08



Ma petite-fille Lucie a eu pile 4 mois le jour de la mort de son grand-père. Naturellement, elle a assisté à la cérémonie des adieux très émouvants et civils.


Depuis, nous sommes parfois retournées au cimetière avec elle (dernièrement il y a 2 jours) pour poser deux petits cailloux sur sa tombe, coutume "emprunté" aux Juifs, car très beau... Ce n'est
pas morbide du tout, les choses sont à leur place et le souvenir est là...


Merci, Cat, pour ton passage. 



mich 09/07/2010 01:14


Ce jour aussi, j'ai commencé à lire l'anthologie de poèmes de Kosztolànyi - intitulée "Ivresse de l'aube", publiée chez L'Harmathan (du rendu des poèmes, je dirai que les auteurs-traducteurs ont
fait leur le propos du poète, à savoir: "Quant à la traduction, je la considère comme une création plutôt qu'une reproduction" [introduction à son Anthologie de la poésie moderne - 1913] - vu un
poème que j'avais étudié, eux ils en rajoutent et disposent autrement, les vers sont presque méconnaissables... Je ne m'accorde pas du tout avec ce procédé, on peut très bien faire sans extrapoler!
Mais là n'est pas le sujet. Juste une invitation à votre propre curiosité -:))

Ce qui me fait vous évoquer ce livre, c'est la citation de Babits (p8 de l'introduction par Kassai) qu'il se trouve que j'ai lu peu après le passage de Toth précité:

"En chacun de nos instants, tout notre passé, voire celui de nos ancêtres, est présent, consciemment ou non. Le passé n'est pas mort, il vit et agit sur notre corps et sur notre âme, chaque instant
présent renferme tout le passé et y ajoute quelque chose" - (c'est peut-être tiré d'un article de Babits sur Bergson - je n'ai pas vérifié, je le ferai plus tard)

Voilà - belle méditation; et avec toute mon énergie partagée, respectueuses salutations (je sais ce que c'est un "jour" anniversaire, chaque année j'ai une période plus tendue dont j'ai fini par
m'en faire comme un ressourcement ou tremplin! - et pourtant les 364 autres jours j'y pense aussi!... et depuis fort longtemps - je n'ose pas dire combien, car on ne me croirait pas, vu la norme
qui dit qu'on doit faire son deuil et op, on jette tout et on recommence! Absurdité gigantissime que je refuse!)


Flora 09/07/2010 09:43



Je suis bien d'accord avec vos réflexions et avec les passages cités, en poésie perspicace...


Le passé, les souvenirs sont indispensables lorsqu'ils ne nous entravent pas, mais au contraire, nous construisent pour l'avenir. 


Le deuil n'est pas "un travail" (une corvée...) mais un apprivoisement progressif de la perte et de la douleur...



mich 09/07/2010 01:11


Merci Flora pour votre suggestion.

Ce jour j'ai commencé à lire "Liberté et vérité" - de Imre Toth (dernier livre paru de cet auteur fr d'origine hongroise, récemment décédé - publié aux éditions de l'éclat) - que je vous
recommande; et voici ce qui m'a fait pensé à votre fil (je le situe, donc je note des préléminaires, mais l'essentiel est la fin)
p14-15:
La Nature "est" - et c'est tout ce qu'elle sait faire: "être", et rien d'autre qu'être. Pour "être", l'univers n'a pas besoin d'être su. (--) Le savoir est supérieur à l'être, car le savoir sait
l'être, mais il sait aussi le non-être. (--) Le sujet sait le passé et le passé est passé, il n'existe pas. "être passé" signifie: ne pas être. Et pourtant, "rien n'est plus présent que le passé!"
(Sarah Smith) Pour être présent, le passé a besoin d'un sujet qui le sait. Ce qui est "passé" est "présent" - présent dans le sujet, à l'intérieur et uniquement dans cet intérieur impalpable du
sujet. (--) "par l'esprit, l'absence est présente avec une fermeté inébranlable". (Parménide d'Elée) (--) Le souvenir est la force naturelle qui conserve le passé dans le domaine du présent éternel
et l'inclut dans le monde du savoir actuel. Tout souvenir est une Présence - disait Novalis.