Le blog de Flora

Extrait... projet...

15 Août 2018, 20:50pm

Publié par Flora bis

Extrait d'un texte destiné à être "mise en espace" fin octobre, début novembre si tout va bien. Le motif, cependant, sera assez fondamental dans un projet plus ambitieux... Si tout va bien.

"(...) Le jour des noces, nous n’étions pas nombreux autour de la table. C’était en décembre, je me souviens, quelques jours avant Noël. Un hiver rude, peu après la fin de la guerre ; nous étions contents d’être restés en vie. On était encore en train de panser les blessures, de compter ceux qui étaient rentrés, de pleurer les autres, disparus à jamais. Mon amour secret faisait partie de ces derniers. Il n’en restait qu’une photo, bien cachée, personne n’était au courant, surtout pas Mère! Je regardais cette photo rarement, je n’en avais pas besoin pour ressusciter sa figure dans ma tête, ses cheveux dorés que la gomina avait du mal à dompter, et ses yeux verts qui s’étaient si souvent posés sur moi… Je sentais son regard sur ma nuque, ses mains s’appuyant sur mon banc, sous prétexte de vérifier mon cahier. A chaque fois, un feu délicieux me montait aux joues, jusqu’à brouiller ma vue… Je respirais à fond son parfum, fin mélange de tabac et de savonnette à la lavande, l’empreinte de sa main laissée sur le coin de ma table, parmi les taches d’encre.

J’étais sa meilleure élève. A 14 ans, je semblais plus grande, plus mûre que mon âge. Est-ce la vie dure que Mère m’imposait qui m’a fait grandir plus vite ? A la veille de son départ au front, il m’a raccompagnée après les cours. J’aurais voulu que les quelques centaines de mètres qui séparaient notre maison de l’école soient démultipliés ! Que le trajet dure une éternité ! Pourtant, rien ne s’est passé. Il m’a parlé de l’importance de poursuivre les études pour «une bonne tête comme moi». Je ne l’écoutais qu’à moitié, je savourais sa proximité, sa main sur mon épaule, et de toutes mes forces, j’ai désiré qu’il ressente à quel point je l’aimais… Devant notre porte, il m’a regardée avec intensité et regrets, a posé un baiser furtif sur ma joue et m’a tendu la main pour l’ultime adieu. Il avait déjà disparu dans l’obscurité, lorsque j’ai osé regarder la photo qu’il avait glissée dans ma main… La seule chose qui reste de lui. Disparu pendant la guerre…

A l’évocation du mot « amour », c’est encore son image qui surgit dans ma tête… Dans ma tête de vieille folle qui s’obstine à garder ce sentiment intact… C’est lui seul qui ravive le goût du vertige, du désir inassouvi comme on ne peut le ressentir qu’à l’adolescence : puissant, dévastateur… Je me réfugie auprès de ce souvenir  pour me convaincre que j’ai quand même connu l’amour…

Inassouvi… C’est sans doute mieux ainsi : un amour qui n’aura pas eu à s’user au quotidien, à nous user aussi… (...)"

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M
Que c'est beau !!
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F
Merci beaucoup, Micheline!
T
Très touchant .
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F
Merci, chère Thérèse.