Le blog de Flora

Dimanche sous les parasols

22 Août 2018, 18:25pm

Publié par Flora bis

   

Dimanche dernier, tout un après-midi, sous les parasols d'un couple ami, j'ai pu m'adonner à mon occupation favorite: à la conversation. Non pas au bavardage stérile pour "tuer le temps" mais à l'échange véritable, riche en profondeur qui rapproche les gens, qui aide à mieux se connaître.

   M. et Th. ont ouvert leur porte et surtout leur jardin à une bonne vingtaine de personnes, adultes et enfants, pour que nous puissions nous retrouver, membres d'une même association, pendant les vacances, avant le début de la nouvelle saison. Tous bronzés après l'été caniculaire, nous avons eu plaisir à nous revoir. Les sujets de conversation ne manquaient pas.

   Je venais de travailler sur un texte qui relatait des vies solitaires, celle d'une femme en particulier qui a vécu sa vie entière dans un mariage sans amour, tout en abritant au fond de sa mémoire un amour secret et sacrifié. Elle se consolait avec l'idée qu'ayant rencontré ce sentiment bouleversant, elle n'a quand-même pas vécu pour rien :

"A l’évocation du mot « amour », c’est encore son image qui surgit dans ma tête… Dans ma tête de vieille folle qui s’obstine à garder ce sentiment intact… C’est lui seul qui ravive le goût du vertige, du désir inassouvi comme on ne peut le ressentir qu’à l’adolescence : puissant, dévastateur… Je me réfugie auprès de ce souvenir  pour me convaincre que j’ai quand même connu l’amour…"

La discussion est partie de la difficulté à exprimer nos émotions. J'ai évoqué le petit livre d'Alain Badiou et de Nicolas Truong "Eloge de l'amour" dont j'ai parlé dans un article sur mon blog en 2009: "Je me suis toujours demandé pourquoi la déclaration d'amour (envers moi ou moi envers l'autre) avait toujours été une épreuve aussi dure. Eh bien, Alain Badiou m'éclaire : "La déclaration d'amour est le passage du hasard au destin, et c'est pourquoi elle est si périlleuse, si chargée d'une sorte de trac effrayant. (...) Elle signifie justement le passage d'une rencontre hasardeuse à une construction aussi solide que si elle avait été nécessaire." 

La conversation a tourné autour de ce sentiment puissant, capable de transformer notre regard: raviver les couleurs du monde ! On ne touche plus terre, on se sent léger et débordant d'une énergie toute-puissante, la tête chavirée...  

Plus tard, avec l'âge  -  comme si c'était de la fatalité  -  on est censé remplacer ce sentiment si juvénile par la sagesse qui canalise les débordements. On jette un regard bienveillant et  nostalgique à ces tourments, avec, au fond du coeur, un soupir de regret qui voudrait retenir la jeunesse fugitive... 

 

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A
Ils habitaient Nice. Le mari a voulu les rapprocher de leur fils qu'il adulait à Valenciennes. En fait sa bru et son fils pensaient qu'ils étaient riches et c'est pour cela qu'ls voulaient les raprocher ; ils ont fait déclarer l'épouse atteinte mentalement (elle ne l'était absolument pas, mais était sourde à la suite d'une opération) puis ils ont prix l'argent et les quelques bijoux puis les ont fait entrer à l'Ehpad attenant à un hôpital des environs. Auparavant le mari était entré dans la collaboration vers la fin de la guerre.et ils ont été ruiné quand la guerre a été réellement finie... Le fils est venu parader quand on a fêté les cent ans de sa mère, mais sinon j'étais sa seule amie.
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F
Je suis persuadée - et vous y apportez une nouvelle preuve - qu'il n'y a pas de vie sans histoire...
A
J'ai connu une personne telle que celle que vous décrivez. le seul signe concret de cet amour perdu était un livre relié de Paul Géraldy, Toi et Moi, qu'il lui avait offert et qu'elle gardait secrètement. Ce livre semblait l'aider moralement quand elle avait à subir des épreuves - et Dieu sait si elle en a subi.<br /> Elle me l'a donné quand elle a senti qu'elle n'en avait plus pour longtemps, à 101 ans. Son mari (un peu plus jeune) lui a survécu. Lui, il l'aimait, mais il lui a fait subir bien des épreuves par bêtise ou par ruse (pour son bien malgré elle)
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F
Bonjour, chère Aude. Votre histoire vraie est très touchante. J'en ai connu, moi aussi, plusieurs... Mon personnage les réunit en elle, en quelque sorte.<br /> Vos mots entre parenthèses m'intriguent!