Soulagement momentané...

Publié le 17 Septembre 2012

Cortège 2 détail Samedi après-midi... En rêvassant mais sans enthousiasme, je pousse le caddy dans les rayons de la supérette du coin. Tout d'un coup, des éclats de voix perturbent le silence: les rares chalands se regardent, incrédules. Une fillette de 4-5 ans, pour son malheur, dirige son mini-caddy vers la "mauvaise" rangée. Le père, énergumène sur les nerfs, est en train de la "corriger", d'abord avec des hurlements, puis des coups en renfort...

   Je m'appuie sur mon caddy car je me sens très mal. J'ai du mal à supporter la violence, en particulier envers plus faibles sans défense. Dans mon enfance, je n'ai jamais essuyé la moindre fessée ni de gifle. Je ne les pratiquais pas non plus sur mon fils, enfant, ni sur mes petites-filles. Ce genre de spectacle me met au bord du malaise: nausée, vertige, tremblements...

   Avec quelques clients, nous nous regardons, abasourdis, impuissants. Il est délicat d'intervenir, dangereux même parfois. Les invectives continuent, l'énergumène entraîne la fillette vers des rayons latéraux, lui promet des "punitions" à la maison. Mon sang ne fait qu'un tour: j'imagine un traitement encore plus sévère à venir. J'abandonne mon caddy et me lance vers eux: il faut que je fasse quelque chose avant de m'effondrer!

   Je pose ma main sur son bras et je lui parle tout bas (de toute façon, le moindre son a du mal à franchir ma gorge): "Monsieur, vous n'avez pas besoin de prouver à votre fille avec des coups et des hurlements que vous êtes le plus fort: ça saute aux yeux! Ne croyez-vous pas qu'il serait plus efficace de lui expliquer calmement ce que vous voulez?" Il se défend (mais étonnamment, il baisse la voix): "Vous n'avez pas idée à quel point elle est intenable! Il faut qu'elle comprenne qui commande! Elle nous a couverts de honte quand la maîtresse nous a convoqués car elle avait mordu ses petits camarades!" J'insiste: "Vous ne pensez pas qu'elle ne fait que reproduire la violence dans laquelle elle baigne à la maison?" Je laisse ma main sur son bras et ce geste de quasi compassion freine quelque peu son agressivité. Il veut me convaincre en disant que lui, il a été un enfant modèle qui n'osait même pas bouger quand sa mère le lui ordonnait. Je me dis: voilà la réaction en chaîne...

   Ils sont partis en silence. Quelques personnes sont venues me parler. Mon malaise a mis des heures à se dissiper. Je ne ressens aucun soulagement. Ce n'était qu'un bref répit dans la vie de la fillette (et combien d'autres!) qui, de toute la durée de notre échange (retranscrit ici en grandes lignes) n'a cessé de me fixer avec ses grands yeux bleus...

Rédigé par Flora bis

Publié dans #réflexions

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invisible 30/09/2012 20:03

Même si le soulagement n'est-pas au rendez-vous, intervenir et de cette façon douce, était bien la seule chose à faire. Dans mon métier je côtoie des enfants, et des adultes, qui subissent ces
violences visibles, et aussi invisibles...violences morales tout aussi destructrices que les coups...
Les personnes âgées en sont de plus en plus souvent victimes, et cela, on n'en parle pas assez...et bien souvent on n'a même pas l'occasion de croiser leur regard attristé, déprimé, angoissé...le
désir d'en finir n'apparaît parfois qu'au médecin (comme pour les enfants et les femmes battues-et même des hommes), et encore, quand les menaces de représailles ne jouent plus leur rôle, ou quand
les familles véritables, les familles d'accueil ou le personnel soignant oublient de ne pas laisser de traces de leur propre violence...
Réagir est en effet frustrant tant les plaintes laissées finissent dans un tiroir administratif, sans suites...La réaction à chaud comme dans ce magasin peut peut-être laisser une trace dans les
esprits des trois protagonistes: l'auteur des faits,, la victime, et le témoin.
Bravo Flora pour cette intervention tout de même raisonnée...

Flora bis 03/10/2012 19:05



J'ai horreur de toute violence, physique ou psychologique... Les gens violents sont malades eux-mêmes et c'est ainsi qu'ils essaient de trouver un échappatoir à leur propre destruction, j'en suis
persuadée...


Mais que faire? Soigner, éduquer... A commencer chacun par soi-même, parfois...


Merci de ta visite, chère Invisible.



fbd 21/09/2012 12:38

Ma gorge s'est nouée au fil de la lecture… tu as dû trouver le ton qu'il fallait (ce n'est pas si évident!) car il semble s'être calmé ensuite. Certes ça peut ne changer les choses qu'un instant,
mais s'il t'a écouté, ne serait-ce qu'un moment, c'est que quelque chose est passé. Il faut malheureusement parfois que les leçons se répètent… mais le pire est le silence.

Flora bis 22/09/2012 00:47



J'étais quasiment sur "pilote automatique"... Après coup, je pense que, instinctivement, je ne l'ai pas "engueulé", ça aurait été contre-productif, de l'huile sur le feu... En tout cas, j'ai mis
des heures à m'en remettre...


"le pire est le silence", comme tu dis.



Mu 17/09/2012 22:55

Oui, il y a des enfants martyres ! C'est heureux, Chère Flora lorsqu'on sait encore réagir, cela veut dire que le monde n'est ni sourd,ni muet, ni mort...il dort chez certains...

Flora bis 18/09/2012 10:26



On réagit encore, c'est vrai mais est-ce que ça change quelque chose?... A part nous soulager momentanément la conscience...