Bribes de mémoire 33. Coeur d'artichaut

Publié le 23 Avril 2009

   Il ne faut jamais se moquer des sentiments amoureux qu'éprouvent les enfants, même très jeunes. Je suis persuadée que ces tourments ressemblent fortement à ce qu'ils éprouveront plus tard, adultes. Et l'on peut causer des dégâts irréparables en manquant de respect pour ces émois, sources de souffrances et d'éblouissements intenses.
   En ce qui me concerne, j'ai toujours été sujette à des coups de foudre à retardement. Dans un premier temps, une rencontre même agréable ne déclenche rien, puis au moment où l'on s'y attend le moins, le calme plat vole en éclats, comme si le poison avait besoin d'un certain délai pour s'infiltrer et faire son effet.

   On peut le regretter ou non, et sans radoter sur les bons vieux temps où notre jeunesse rendait la vision de l'existence tellement plus exaltante, nos flirts étaient bien plus chastes, longtemps platoniques, ce qui n'enlevait rien à l'intensité des sentiments. Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été une grande amoureuse mais je divulguais rarement mes attirances. Je peux en parler maintenant car ces temps semblent tellement révolus que je me sens à l'abri, du haut d'une certaine sérénité débutante. Je pouvais même éprouver des sentiments très forts simultanément, envers plusieurs personnes comme si j'avais le coeur à tiroirs multiples. Un coeur d'artichaut... Heureusement, un chagrin d'amour ne durait jamais longtemps, chassé par un nouveau coup de foudre. Les séparations étaient dues au destin : quitter un pays à la fin du séjour. D'autres amours enfouies, je pouvais en traîner la cicatrice profonde durant des années, sans qu'elles m'empêchent de vivre. Je ne me suis engagée corps et âme qu'en rencontrant Gilbert et les coups de foudre ont cessé miraculeusement.

   J'étais étudiante lorsqu'une amie m'a entraînée chez une voyante qui habitait, de façon pertinente, face à un cimetière. C'était une vieille dame qui lisait dans les cartes et les lignes de la main avec une grande réputation. Je me rappelle d'une seule phrase de ce charabia : "Je vois surtout des étrangers autour de vous. " L'année suivante, je suis partie à Moscou pour toute l'année universitaire, suivie d'un semestre à Leningrad. Ce sont de merveilleuses années d'apprentissage de la langue russe, de la mentalité, du mode de vie si différents de chez nous, malgré les régimes "frères". Les nombreux voyages nous ont amenés jusqu'en Asie centrale, à travers la Géorgie, l'Arménie, la Crimée, les pays baltes. La vie d'étudiant nous laissait beaucoup de loisirs pour l'apprentissage de la vie adulte aussi, tout simplement.
la suite suivra...

  

Rédigé par Flora

Publié dans #mémoires

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Ame chopinienne 20/05/2009 09:46

Nous sommes de nouveau semblables... Moi aussi, toujours amoureuse, de près comme de loin. Mon premier amour était l'acteur Pierre Vernier qui interprétait Rocambole à la télé. Je devais avoir six ans, et lui trente au mieux ! il s'est fait détrôner par Mehdi, le Sébastien du célèbre feuilleton. Puis (ou en même temps) vinrent des amours plus proches, des compagnons de classe de mon âge. Les coups de foudre (longs à démarrer -comme pour toi- mais toujours intenses) se sont succédés, un clou chassant l'autre. Je me suis parfois trompée de chemin, mais comme toi avec Gilbert, tout a cessé quand Alain est venu (sauf une ou deux fois où j'ai voulu, à tort, me persuader que je pouvais encore aimer autant...).
J'attends la suite de ton histoire !

Flora 20/05/2009 11:58


Ah, les coeurs d'artichaut... Et ces sentiments platoniques et idéalisés atteignaient des intensités inouies! Merci de ta visite.


José+Le+Moigne 20/05/2009 00:50

J'écoute Dylan comme je faisais déjà au temps que tu décrits ( dernier disque acheté samedi à Brest). tout ça pour te dire que ce que tu dits est très juste et que le gamin que j'étais à peu près au même moment que toi s'y retrouve complètement. Pire, je ne crois pas avoir beaucoup changé. Maintenant je vais me mettre au travail et plonger dans mes propres souvenirs.
Bonne nuit à toi.
José

Flora 20/05/2009 02:37


Merci, José! Je lis avec grand plaisir tes textes (tes livres) pour leur contenu et la sensuelle poésie de leur style. Ca me va, l'enfant candide que tu gardes au fond de toi. Je fais de
même...


leyla 27/04/2009 21:49

chère flora,
magnifique billet, et hâte de lire la suite.
je me reconnais tellement dans ce que vous dites du poison...
je vous embrasse,
leyla

Flora 27/04/2009 23:17


Merci de votre visite, chère Leyla. Ces incursions dans le passé ne sont pas si innocentes que ça... Bonne nuit à vous! flora 


La Merlinette 23/04/2009 22:08

si je comprends bien, tu as visité des pays
et des coeurs !Voyageuse à la recherche de
racines?

Flora 24/04/2009 09:42


Oh, tu sais, ces "visites" étaient bien innocentes... Le plaisir des jeux de séduction, de soirées dansantes : apprentissage des "mondanités"  -  il y aurait un roman à écrire sur cet
"âge de glace"...