Etapes et métamorphoses
Les quelques degrés en moins nous ont permis de respirer à nouveau... pour quel répit? Oui, je suis sans doute rabat-joie, mea culpa, c'est mon angoisse permanente de petite vieille qui en est la cause. Elle me laisse souvent en apnée... "A quoi sert cet état de stress permanent? Il n'y a aucune raison!" me sermonne mon fils. Et me revient aussitôt en mémoire la même incapacité que j'avais de comprendre les métamorphoses subreptices de ma mère devenue vieille... La jeune femme de jadis, rieuse, solaire, audacieuse, à la démarche triomphante!...
Pendant longtemps, pleins d'énergie et de combativité, nous franchissons les étapes, l'une après l'autre, espérant follement que la suivante sera meilleure, qu'elle corrigera les failles de la précédente. Puis soudain, nous nous rendons compte que la vie est bien faite quand elle nous déshabitue de ce genre d'enfantillage... Son but est finalement charitable : mieux vaut nous détacher d'elle ainsi, petit à petit, avec le moins de regrets possibles.
En attendant, savourons les lambeaux de nos capacités de jadis, nous recroquevillant sur le périmètre désormais imparti, en nous consolant de l'idée que dans dix ans, nous en serons envieux...
Quant à moi, pour le moment du moins, cela ne me console guère. Le seul remède efficace contre le vieillissement reste à mourir jeune. Demain, ce sera 20 ans que G. est mort, à 56 ans.
Pas mieux.