Le blog de Flora

Les fantômes discrets

18 Février 2019, 12:23pm

Publié par Flora bis

 

   Je pense à lui, dans la cohorte des « discrets ». Je ne sais même pas quand il a déserté sa place, s'éclipsant sur la pointe des pieds. Un taiseux. Sa vie faite de renoncements. Depuis la naissance, sans doute.

   Je le côtoie, témoin doux et souriant, presque muet. Je l'observe, j'essaie de le déchiffrer un peu. Juste un peu... Les discrets perdent rapidement le peu d'intérêt qu'ils parviennent, tant bien que mal, à susciter. Sa casquette ne le quitte que pour la nuit. Le plus souvent, il porte un grand tablier bleu pour protéger ses vêtements, comme les hommes de la campagne. Sa démarche de «faucheuse» nécessite un appui, une canne, une bicyclette, le modèle pour femme, car il ne pourrait pas enjamber un vrai vélo d'homme. Moue de dépréciation, sourire méprisant, pensée tellement sonore qu'on l'entend... Son assurance, son amour propre en prennent un coup à chaque fois. Tant pis. A l'époque, pas de soutien psychologique pour les ratés, on les tolère, tout au plus. D'où vient son handicap ? De la naissance ou de l'enfance ? Il est l'aîné de six enfants.

   Il se marie tardivement. Sa femme lui a été recommandée, une petite chétive, à moitié sourde à cause d'une tante qui, lui voulant faire perdre le goût de l'entêtement, avait un peu appuyé sa gifle... Les lèvres serrées, l'un est aussi peu porté sur les choses de la chair que l'autre. La méprisant même, faute de mieux. Un grand lit le long du mur, occupé par la femme et l'enfant, cette barricade contre l'intrusion du mâle. D'ailleurs, celui-ci n'est pas très entreprenant, comme résigné. Ayant accompli sa tâche, désormais devenu inutile, il est relégué sur la couchette en contrebas. Le silence les enveloppe, chacun dans son monde opaque. L'enfant unique apporte un peu de mouvement et de sonorité dans cette vie en sommeil. Sa mère l'allaite jusqu'à ses deux ans. Elle arrive en courant pour réclamer le sein maternel et ses dernières gouttes de lait, jamais refusées, en dépit des petites dents pointues.

   Lui, j'essaie de l'imaginer jeune ; l'a-t-il été au moins ?... Sûrement un enfant timide et obéissant, craignant les claques, essayant d'offrir le moins d'occasion d'en recevoir. On dit que son père avait été un tyran autoritaire, menant sa famille d'une main de fer. Je regarde sa petite-fille adorée qui tape sur la tête dégarnie de l'ancêtre sans provoquer la moindre protestation...

   A l'école, il devait être aussi effacé, terrorisé à l'idée d'attirer l'attention. Le silence demeure comme seul refuge, quelque part dans l'arrière-cour, parmi les animaux, vaches et chevaux, à l'abri. Les instantanés de la mémoire me le restituent, la peau tannée par le soleil, les bras maigres aux muscles durcis par le travail qui ne cesse que le soir. Là, il prend le frais sur la véranda, assis très bas sur un tabouret fabriqué maison. Après, il ne reste plus que le sommeil comateux de fatigue qui comble la place des rêves érotiques...

    Un jour, il se fait attaquer dans la rue, la nuit tombée. Un coup derrière la tête. Son agresseur disparaît, le laissant dans le coma. Il survit. Il ne dénoncera jamais son frère cadet, jaloux d'un bout de vignoble en héritage. Les bons, les discrets sont incapables de rendre les coups...

Les fantômes discrets

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La Saint-Valentin

14 Février 2019, 19:09pm

Publié par Flora bis

   La Saint -Valentin... Je pense que même si j'avais eu l'occasion de la fêter encore (comme nous n'en avions pas l'habitude), j'aurais dû refuser restaurant et autre rituel dans l'état de fatigue qui est le mien. Cela ne me réjouit point...

   Néanmoins, je suis allée jusqu'à la boulangerie du coin pour acheter du pain frais. A la vue de la foule de gâteaux de toutes tailles, en forme de coeur comme il se doit, j'ai succombé à celui-ci, avec une délicieuse mousse de poire et glaçage caramel (j'ai un faible pour le caramel sous toutes ses formes...). 

   Alors, j'ai une pensée réjouie pour tous les amoureux! Ce sentiment est un vrai cadeau de la vie mais qui est aussi source de tant de tourments!... Je plains sincèrement les personnes qui constatent, au crépuscule de leur vie, qu'elles ne l'ont jamais rencontré. Leur existence en a été surement plus tranquille mais moins accomplie. 

   Avec le temps, lorsque l'incandescence laisse sa place à la braise, les vieux amoureux se tiendront la main devant la cheminée pour se réchauffer encore à la chaleur apaisée du souvenir... 

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Réveiller les fantômes

8 Février 2019, 17:01pm

Publié par Flora bis

   La mémoire est un travail, dit Boris Cyrulnik. Je le sens bien. Quelques heures de plongée archéologique de la sorte et je suis épuisée comme si je remontais du fond de la mine! Je puise dans mes entrailles, je gratte, j'érafle, je creuse... Ma tête est dans un étau... A quoi sert cette torture ? A qui profite-t-elle ? L'expression « ça me prend la tête » est très juste. Je fais cette auto-punition pour me sentir mieux après. Et ce n'est même pas dans un espoir narcissique puisque personne ne le lira... Abnégation, oui. Plaisir post-torture, nettement.

   Je fouille ma mémoire, dans le désordre... Je tente de réveiller mes fantômes... Ils étaient si familiers, si éternels... Ils semblaient indestructibles, inamovibles. Certains occupaient plus de place que d'autres. Les plus discrets, plus effacés, plus ternes se sont éclipsés, dociles, sans réclamer plus d'égard dans les regrets des survivants. A quoi tient cette sorte de longévité? Sans doute à l'espace que l'on occupe de notre vivant dans la vie des gens. Les casse-pieds, les emmerdeurs, les salauds nous envahissent autant que les saints, sinon plus.

   J'ai accompagné quelques uns dans la souffrance de la fin. Je ne pouvais m'empêcher de penser en les regardant : « tu es bien là, réel(le), tu souffres, tu penses, on échange des mots et des émotions sans paroles et bientôt, il ne restera rien de toi, rien de matériel, de sûr et palpable, rien que des souvenirs immatériels, de la mémoire changeante et incertaine... » 

   Toutes ces épreuves dont je suis témoin, me consument à moitié. Elles me reviennent à la figure comme une avalanche. Contrairement à mon père, à mon frère, partis sur la pointe des pieds, discrètement, laissant un vide douloureux mais dépourvu de cette image de souffrance crue. Avec plein d'égards pour moi, dans leur cercueil hermétiquement scellé bien avant mon arrivée.   

   Dois-je ressusciter les fantômes du passé ? Ces éléments mouvants ou immobiles de mon passé que je me figure, la plupart du temps, comme une scène où se déroulera ma vie... Il y a des figurants en attente de mon signal pour s'ébranler... L'éclairage est plein, tous les projecteurs allumés sur une ambiance solaire, alanguie de chaleur estival...

(ill. grands-parents paternels)

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Divagations

3 Février 2019, 18:48pm

Publié par Flora bis

"(...)Le tourment est loin d'être apaisé: il va et vient, tourne en rond comme de l'eau sale, charriant les détritus de la crue violente et inattendue... Il menace de lui arriver jusqu'au menton, jusqu'à la bouche pour le noyer.

Toujours, les images surgissant du néant. Il suffit de les dépeindre. Il suffit... Cependant, il manque toujours un détail: ce n'est pas de la photo. Au lieu d'appuyer sur le déclencheur, il faut extraire les mots de ses entrailles, creuser toujours et de plus en plus profond. Pour atteindre la quiétude.

L'inspiration se traduit souvent par un besoin sourd et lancinant, impérieux qu'il faut laisser s'exprimer. Forcer même parfois. Sa petite vie qui lui semblait étriquée, presque un enfermement, une fois menacée devient un havre précieux où il peut imaginer atteindre le terme de sa vie. A condition de pouvoir mener à bout ce qui pourrait en réaliser le sens. Sans même savoir forcément si cela deviendra autre chose qu'un acte solitaire enfermé dans une bouteille larguée au hasard des vagues des événements. Plus tard, il conviendra organiser tout cela car l’organisation, même hasardeuse, lui conférera un sens supplémentaire.

   Que veut dire "réussir"? Être reconnu, oui. Par qui? Par ceux qui l'aiment, bien sûr.  Reconnu aussi par ceux qui ne le connaissent pas vraiment: d'eux, il peut espérer un peu d'objectivité et surtout, de compétence impartiale.

Soif de revanche de l'éternel dilettante? Condamné au dilettantisme désormais éternel, par son inertie, sa paresse et peut-être, qui sait, par son manque de talent, tout simplement. Il ne le saura sans doute jamais... Et alors? Dans le Néant, cela ne le concernera plus; cela n'excitera même pas les survivants... Ce serait toutefois amusant de savoir... Depuis son urne qui trônerait sur la cheminée.

Il n'a aucune envie de reconnaissance superficielle et médiatique, être traîné de plateau en plateau parmi le people "kleenex" éphémère, pressé comme un citron et jeté à la poubelle aussitôt... Avec le temps, il déteste de plus en plus le superficiel, n'ayant de l'attirance que pour de l'authentique, du vrai... Serait-il devenu péremptoire? Il s'agit plutôt d'un besoin d'être au plus près du sens... De s'éloigner de l'à peu près. 

D'où vient ce besoin de plus en plus fort de se calfeutrer à l'intérieur  -  à l'intérieur de lui-même?  -  de se rouler en boule dans une attente stérile ou alors, de s'approcher timidement de l'écriture, sur papier ou sur clavier, et de se jeter dans cette euphorie des mots, sans limite, la seule liberté qu'il ait connue...

Même des règlements de compte déguisés doivent muer comme des serpents, laisser leur peau primitive et s'habiller de peau neuve : il n'y a que le serpent qui demeure le même, il a juste grandi...

Le passé remonte par volutes de parfum, agréable la plupart du temps. Comme si la perception primordiale des odeurs précédait toutes les autres et qu'elle s'effaçait la dernière, comme une preuve ultime de notre animalité. Mais comment rendre ce souvenir par des mots? Comment faire sentir les saules au tronc tortueux, à l'aspect de momies desséchées qui, miraculeusement, donnent naissance à des branches frêles, au vert tendre, une fois le printemps arrivé? Soudain, cette indescriptible tiédeur de l'air, dans laquelle on a envie de fondre, et dans laquelle on avance, les narines frémissantes, pour se remplir des odeurs païennes de l'éveil de la nature...

Petit paragraphe parfois, plus long à d'autres moments, l'édifice monte petit à petit, selon le temps ou l'inspiration.... Restera-t-il inachevé?... Disparaîtra-t-il dans un bug banal ou planétaire? Qui peut le dire?... Il vaut petit-être mieux ne pas le savoir. (...)"

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Pèlerinage tardif

29 Janvier 2019, 18:18pm

Publié par Flora bis

    La voiture quitte la nationale et emprunte une route départementale défoncée en direction du village. Le bout du monde ! J’ai toujours eu l’impression qu’il n’y avait plus rien après. Que seuls les initiés pouvaient connaître où menait le chemin en légers escarpements parmi les pâtures et les maigres bosquets d’acacias. Pour moi, vers le paradis.

   La voiture suit les virages, essayant d’éviter les nids-de-poule creusés par les gels et par les pluies torrentielles du printemps. Les acacias commencent à se couvrir de grappes de fleurs blanches aux senteurs de miel. Le parfum des printemps de mon enfance… Tout d’un coup, je sens l’herbe soyeuse et tiède sous mes pieds nus… 

    La route grimpe vers la maison de mes grands-parents, tous deux décomposés, pacifiés depuis longtemps dans la même tombe, au cimetière minuscule du village, où ils sont rejoints par quelques autres figures familières de mon enfance. La mémoire corrige le néant et repeuple les rues jadis sablonneuses de leurs silhouettes en sépia délavée.

   La maison a bien changé depuis la trentaine d’années que je n’étais pas revenue. A la place du bercail familial, œuvre de mon grand-père maçon, une coquette bâtisse que je ne connais pas, occupe le coin de la rue. Ma cousine me prend dans ses bras.

(... un jour, peut-être, la suite...) 

 

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Connaissez-vous l'acrasie?

24 Janvier 2019, 16:59pm

Publié par Flora bis

   Lorsque mardi dernier j'ai entendu Alexandre Jollien expliquer cette notion, j'ai sursauté: voilà ce qui manquait à mon vocabulaire! J'avais déjà récolté la "procrastination" avec le même "eurêka!" il y a quelques années, voici sa soeur jumelle qu'il faudra éclaircir...

   En préambule, notre philosophe explique que la "liberté intérieure", c'est de s'affranchir de tout ce qui nous tire vers le bas. Et "l'acrasie" fait partie justement de ces éléments qui entravent notre liberté intérieure. 

   Qui ne connaît pas de moment où il sait très précisément ce qui serait bon pour sa santé physique ou mentale et il fait exactement le contraire? Comme si une inertie déraisonnable et lourde le poussait à désobéir à toute sage résolution... Combien de fois nous prenons ces bonnes décisions en les regardant échouer aux épreuves du quotidien! A tel point que nous finissons par renoncer à les prendre, pour éviter l'humiliation de l'échec. Cependant, un vague sentiment de culpabilité continue à flotter dans notre mental.

 Je vais faire 30 minutes (disons, au moins 15, pour commencer...) de vélo

d'appartement tous les matins... Je ferai une demi-heure de marche quotidienne (ou 2-3 fois par semaine, pour commencer...) Je me coucherai à 23 h au plus tard, tous les soirs... Je sais  -  on me l'explique souvent de façon très convaincante  -  que c'est indispensable pour préserver une bonne santé, pour prolonger ma vie en bon état. Sans parler d'une sveltesse relative retrouvée! 

   Chacun(e) de nous peut énumérer tout ce qui serait bon pour lui (elle) et ce qu'il (elle) a déjà juré de faire mille fois, en vain!... Nous contemplons le paysage de désolation de notre état en ruine, au lieu de retrousser les manches: "de toute façon, c'est déjà trop tard! fichu, irrécupérable... ", soupirons-nous, "d'ailleurs, à quoi bon? cela ne transformera pas le désert de ma vie en jardins de Babylone..." Le héros du roman d'Ivan Gontcharov: "Oblomov" est devenu un archétype de ce personnage inerte, lascif, paresseux qui finit par renoncer à quitter son lit. C'est un grand roman, relativement méconnu en France que je vous recommande chaudement.

   

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De la nostalgie...

18 Janvier 2019, 19:16pm

Publié par Flora bis

"L'écriture n'est pas une fin en soi, elle est la nostalgie d'un ravissement."

(Yasmina Reza)

  Cent fois vrai pour moi. Il y a " la nostalgie" et il y aussi " le ravissement". Ils servent de moteur et de carburant, de terreau nourricier dans lequel peut s'épanouir le désir de l'écriture.

  Ma nostalgie me ramène invariablement vers les souvenirs heureux: de mon enfance, de la jeunesse où l'on se croit invincibles, où l'on a (presque) toutes les audaces. J'étais de nature plutôt prudente, peu téméraire, mes vingt ans m'ont vue pousser des ailes d'indépendance, une envie irrépressible de goûter à la vie, me suggérant "Tu as le droit!" Bien sûr, il ne faut pas imaginer des aventures extraordinaires dans les années 1960-70, dans les cadres étroits d'un régime communiste (même dans "la baraque la plus gaie du camps communiste", comme on appelait la Hongrie de cette époque de la consolidation ayant suivi la révolution de 1956). Nos révoltes et prises de risque étaient bien disciplinées, pour ne pas dire intimes et souterraines. N'empêche que cette sensation de "croquer la vie"  voire de "après moi le déluge" nous imprégnaient avec une force irrésistible. Mon ange gardien que j'ignorais encore superbement avait beaucoup de boulot qu'il accomplissait sans rancune.

   Et moi, sans le savoir, j'accumulais ce terreau nourricier...

 

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Rides et cicatrices

12 Janvier 2019, 11:04am

Publié par Flora bis

   Au début de l'année, nous nous retournons sur la précédente, comme au moment du départ, devant la porte, avec un dernier regard sur la maison: avons-nous laissé du désordre derrière nous? Avec le cumul des années, ce regard remonte de plus en plus loin pour embrasser finalement toute une vie.

   "Le coeur n'a pas de rides; il n'a que des cicatrices" disait Colette. J'aime beaucoup cette phrase, je la tourne dans la tête, dans la bouche, je la goûte, je l'essaie sur moi comme un nouveau vêtement, me regardant dans un miroir imaginaire: mon coeur a-t-il des rides? Quand-même... Du moins, il est enrobé par les années, protégé par la peur de souffrir, bouclier efficace. 

   Quant aux cicatrices, cela va sans dire... Je passe les doigts sur leurs traces. Elles sont palpables au toucher, pareilles aux collines douces de mon pays d'origine où il n'y a pas vraiment de montagnes dignes de ce nom. Des bosses, plus ou moins grandes, plus ou moins sensibles aux souvenirs, aux regrets. A quoi bon y revenir? Tentatives stériles de revivre le passé. Elles n'effaceront ni les rides ni les cicatrices du coeur.

 

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Heureuse nouvelle année à tous mes fidèles lecteurs!

1 Janvier 2019, 12:49pm

Publié par Flora bis

   Ca y est, nous y sommes arrivés! 

   Cette date si chargée d'espoirs, est-elle un jour comme un autre,  sommes-nous

les seuls à en faire une page (presque) blanche sur laquelle nous pourrons corriger les ratages de l'année passée?...

   Je traîne les pieds... Je tarde à mettre en musique (joyeuse) les activités et obligations qui m'attendent. Je jette un coup d'oeil mou sur la vaisselle qui  patiente dans la cuisine... Elle ne semble pas me presser outre mesure, elle non plus. Peut-être un peu de vélo d'appartement, avant, pour que mon genou gauche soit un brin plus musclé et qu'il me supporte pour le reste des tâches...

   On a beau se dire qu'on n'est pas dupe, que rien ne change fondamentalement et que le fleuve tranquille ou violent qu'est notre vie ne change pas de lit pour la seule raison que nous avons tourné une page du calendrier... Dans notre existence d'habitant des régions tempérées du globe, notre vie composée de cycles immuables nous suggère que les minutes, heures, jours et semaines, les mois et les saisons, toutes ces tranches plus ou moins artificielles que nous nous sommes créées, rythment notre petite existence et impriment cette sensation de périodicité. Elles insinuent en nous cet espoir aussi (souvent  déçu et ressuscité avec obstination) de pouvoir corriger le brouillon non abouti ou truffé de maladresses, de faux pas ou même de contresens. Sans parler de la sanction impitoyable, soulignée de rouge: "Hors sujet!"  On y revient quand-même, avec un entêtement admirable.

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Entre deux réveillons

28 Décembre 2018, 19:50pm

Publié par Flora bis

Entre deux réveillons

   Cela fait deux jours que je suis chez moi, que j'ai retrouvé le silence et la solitude, reposants au départ, après la cavalcade de Noël chez les enfants. Ils sont méritants d'avoir réuni autant de monde! (Il en faut toujours qui se dévouent pour resserrer les liens familiaux et amicaux...)

   Nous, les parents (les 3 restants) étions attendus dès dimanche midi. Le lendemain, le frère de ma belle-fille est arrivé avec sa fillette. Et le 25, à midi, six cousins se sont joints à la tablée déjà bien garnie.

   Le soir du 24, distribution des cadeaux: des choix finalement réussis, causes  de tracas préalables, entre envie de faire plaisir et peur de ratage... Une table soignée et des mets succulents, des bons vins  -  pour nous, il est vrai, Noël est plus proche dans l'esprit aux fêtes païennes antiques aux alentours du solstice d'hiver, célébrant la promesse de la Lumière.

   Au premier verre, j'ai eu envie de faire un petit discours mais finalement, j'y ai renoncé, de peur de paraître grandiloquente. C'était une pulsion intime, pour attirer l'attention, à un moment fugace dans la cavalcade des préparatifs, de l'adrénaline qui permet d'accomplir des prouesses, sur l'importance de l'instant: suspendons la course folle du temps afin qu'il ne nous échappe pas une fois de plus, saisissons la profondeur de cet instant qui nous réunit une fois encore, nous permettant de ressentir la chaleur vivifiante de l'autre... Prenons conscience de nos batailles, de nos défaites et de nos victoires surtout, puisque nous sommes toujours là, assoiffés de Lumière.

   

Entre deux réveillons
Entre deux réveillons

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