Le blog de Flora

Requiem

6 Février 2018, 19:21pm

Publié par Flora bis

   Il y a quelques heures, j'ai reçu un coup de fil de Hongrie. Il m'a appris la mort subite d'un

camarade du lycée: victime d'un malaise, il s'est effondré en pleine rue, ce matin.

   Les souvenirs affluent sur les pages de Facebook. Nous étions une trentaine dans la classe,  il en reste à peine plus que la moitié. Tous les ans, le dernier week end du mois de mai, un repas de classe réunit les "rescapés". Je crois que c'est moi qui arrive de plus loin  -  quand j'y arrive... Nous étions bacheliers il y a 52 ans et cela devient une distance respectable désormais...

  E. n'est jamais venu à ces rencontres; ainsi, la plupart d'entre nous avions gardé dans la mémoire son image de 18 ans. Elève moyen dans une classe de très bon niveau, il était très populaire, grand sportif, vedette de l'équipe du foot de la région. Pour certaines, il était "le beau gosse" de la classe (la concurrence était maigre!). 

   Nous étions 4-5 de notre classe à prendre le train tous les matins, durant les 4 années du lycée. Nous partagions le même compartiment, histoire de finaliser les devoirs de maths ou les versions de russe ou de français. La plupart du temps, E. était installé dans un coin du compartiment, dans sa bulle privée, en compagnie d'une jeune fille très belle qui suivait des cours dans un autre lycée. Je la connaissais: on était dans la même classe au collège. Excellente élève, elle brillait surtout en maths et en sport. Ses deux tresses lui arrivaient en dessous de la taille, ses yeux verts étaient bordés de longs cils recourbés; bref, notre footballeur était ensorcelé... Ils se tenaient par la main, ignorant le monde entier. Leur histoire nous semblait si intense, si sincère que la moindre moquerie devenait impensable.

   A la fin de leurs études, ils se sont mariés. Après Tchernobyl, une vague de cancers fulgurants a sévi dans notre région, parmi les jeunes gens, à la fin des années 80. Elle a emporté sa femme en quelques mois. Inconsolable, il ne s'est jamais remarié. Je l'ai rencontré quelquefois en été, au cimetière, un arrosoir à la main...

   Les voilà maintenant de nouveau réunis... Du moins, ceux qui penchent vers cette consolation, les imaginent sur un nuage lointain, main dans la main.

 

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Nouvelles expériences

1 Février 2018, 18:51pm

Publié par Flora bis

   Une journée ensoleillée! Timidement, certes, mais ensoleillée. Cela a suffi pour me requinquer un peu le moral, remontant ma sérotonine au dessus du seuil critique. Cela m'a donné aussi l'impulsion encore faible et vague pour cesser enfin de disserter sur la grisaille, la petite pluie pénétrante et le jardin transformé en une éponge géante dans laquelle j'évite de m'enfoncer... 

   Le week end passé à Paris y est aussi pour beaucoup: une réunion associative enrichissante le vendredi soir et la chaleur de l'accueil des enfants samedi-dimanche. Dommage que le samedi ait été occupé en grande partie par plusieurs heures d'attente aux urgences où une phlébite aigüe m'a permis d'être plongée pour la première fois dans l'ambiance que je ne connaissais que par description... Pour positiver à l'instar de mon fils, ces quelques heures nous ont permis d'échanger amplement sur passé, présent et futur. Chose que je fais toujours avec grand plaisir en sa compagnie.

   Je suis rentrée dimanche soir, munie de 10 piqûres d'anticoagulants que je m'administre moi-même, au rythme d'une par jour. Un autre apprentissage. Tant que la curiosité reste intacte, tout comme la soif d'apprendre, notre parcours n'est pas tout à fait fini...!

 

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Début d'année gris

20 Janvier 2018, 11:20am

Publié par Flora bis

 

   Près de 3 semaines sans revenir sur mon blog... J'étais pressée ou trop fatiguée, presque inerte au fond de mon fauteuil Ikea, à moitié allongée.

   Il faut avouer que le manque d'échos à mes notes n'encourage pas non plus à "crier dans le désert". J'ai beau me persuader que c'est un genre de "journal de bord public" qui s'écrit surtout pour moi. Justement: public, bouteille à la mer dont on espère qu'elle sera repêchée pour provoquer un échange furtif d'idées ou d'émotions... Rien: cela veut dire "sans intérêt"... On ne peut pas obliger les gens de s'y intéresser, c'est la liberté de la blogosphère, peu à peu dépassée par Facebook, plus rapide, plus superficiel aussi. Autant nourrir son cahier à spirales.

   Plus d'un mois sans un rayon de soleil non plus... Ces décembre-début janvier sont particulièrement oppressants. La fatigue des préparatifs et des fêtes, leur délice né des mêmes fêtes et de la proximité avec la famille, puis soudain, le grand vide animé juste par les séances quotidiennes d'une radiothérapie devenue de plus en plus pesante: tout cela sous un ciel de plomb implacable.

   Finalement, nous avons eu trois jours de soleil qui ont pris fin hier. Pour combien de temps? Les gens du nord, philosophes à force de n'avoir pas le choix (on ne peut tout de même pas se suicider collectivement par manque de sérotonine!) finissent par dire qu'ils préfèrent le grand ciel mouvementé avec le défilé incessant des nuages chargés de pluie à celui, uniformément bleu des contrées ensoleillées...! Je n'y arrive toujours pas. Au bout de bientôt 28 ans.

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Banalités

3 Janvier 2018, 11:47am

Publié par Flora bis

   

Sur notre blog commun (en hongrois), j'ai rédigé le traditionnel bilan de l'année écoulée. En compulsant "mes sources", ces cahiers à spirales-journaux de bord que je tiens  -  en gros  -  depuis 2008, à la main, et qui, au nombre de 6, s'alignent sur l'étagère de mon bureau, je suis tombée sur le passage suivant: 

18 avril 2017 mardi  Je me rends compte que ces cahiers sont destinés à consigner le quotidien dans sa spontanéité et dans sa banalité. Oui, c'est exactement cela que je veux transcrire: la banalité spontanée de mon quotidien. Les élections approchent et angoissent tout le monde.

... Il est midi 10', il est temps de m'habiller! Dehors, froid et ciel immaculé, grand soleil qui ne chauffe pas, ne réchauffe pas l'atmosphère. Je viens de déranger F. à cause d'une pub qui a fait irruption sur mon ordi pour que je télécharge Mc'Keeper! Forcément, il menaçait de tout  effacer: Ma Vie! Danger moderne.

   Me rendant compte de la grande banalité de la plupart de mes notes, une pensée m'effleure:  c'est effarant! A quoi bon remplir des 240 pages des cahiers entiers qui risqueront de me survivre, en guise de témoignages?... Une petite vie parmi des millions. A quoi bon témoigner de leur effarante insignifiance?... C'est à ce moment que l'idée exprimée plus haut m'a traversée.  

   En me relisant, je peux me souvenir de l'atmosphère, de l'ambiance exacte des jours. De la couleur du temps, en quelque sorte. De mon temps, à coup sûr. Je les laisserai vivre en les abandonnant derrière moi. Aux aléas de leur destin. Si une main charitable les jette dans le feu, tant pis, c'était leur destin. Si quelqu'un les lit, désirant me connaître un peu mieux, c'est pareil: je ne serai plus là pour en tirer une satisfaction narcissique (Narcisse bien fané, certes). En attendant, je peux faire des incursions dans ces temps révolus pour les réveiller intacts, pour moi seule.

 

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Dernier jour de l'année...

31 Décembre 2017, 11:57am

Publié par Flora bis

   Personne ne nous oblige à mettre un mot sur notre blog ou sur la page FB à l'occasion du dernier jour de l'année, comme tous les ans, pour clore notre "comptabilité" et pour saluer la première page, encore immaculée, du nouveau livre des comptes... J'obéis à une nécessité intérieure, comme si j'étais obligée de passer par là pour avoir droit à une nouvelle page, une nouvelle étape.

   Peut-on vivre sans espoir? Ceci pour éviter d'être déçu car la déception peut s'avérer tellement dévastatrice qu'elle risque de nous anéantir. Ne vaut-il pas mieux de vivoter prudemment, dans la demi-teinte à l'image de nos cieux du Nord?... Sous un climat ni trop chaud, ni trop froid. Toujours prêt à passer la petite laine ou à la laisser tomber. Eviter la montagne russe. Rester en alerte. Pour que le coup de couteau ne vous atteigne pas dans le dos. Plutôt de face.

   Cela fait des années que je vis à ce régime-là. A petit feu, retenant ma respiration, attendant le coup fatal. Il est souvent tombé, ces dernières années, ne manquant jamais sa cible. A chaque fois, j'ai essayé de me relever, me persuadant d'y croire encore. L'espoir déçu est très cruel, la remobilisation demande une énergie démesurée. En fin de compte, exsangues, nous vivotons comme des petits vieux, à l'économie de mouvements, d'émotions, d'amour et de rêves... Est-ce encore une vie?...

    Je sais, ce jour-là les réseaux sociaux bruissent de souhaits débordant d'optimisme, des voeux bons et sincères. Mes pensées sont discordantes mais, de toute façon, personne ne les lira jusqu'au bout. C'était ma comptabilité, tout simplement. Pour les autres, je ne souhaite que du bonheur, de la joie et de la santé. Très important, la santé. Elle conditionne en grande partie le reste.

 

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Avant Noël

19 Décembre 2017, 10:36am

Publié par Flora bis

   Presque 2 semaines sans écrire sur mon blog... Pour les quelques irréductibles qui reviennent

quand-même jour après jour pour laisser un petit caillou devant ma porte close, je voudrais noter que tous les jours, j'y pense, que j'essaie de m'y mettre mais le geste demeure suspendu avant de retomber, impuissant.

   Certains prétendent que c'est Mercure contrarié qui nous met des bâtons dans les roues et cela, jusqu'à mi-janvier. C'est mieux ainsi, au moins, nous savons que les contrariétés seront momentanées! Cela nous permet de patienter.

    Il y a tant à faire! Devant la montagne de plans à réaliser avant Noël, les stressés de mon espèces qui ont tendance à se noyer dans un verre d'eau (en hongrois, on dit même dans une cuillerée d'eau!) arrivent sous le sapin exténués, harassés, perclus de douleurs... Il faut donc d'urgence réaliser le miracle de la métamorphose en un être souriant, radieux, détendu, à l'aide d'une coiffure fraîchement arrangée, d'un maquillage léger mais efficace, d'un chemisier dernier cri ou sorti des mémoires ou d'un accessoire qui fera son effet. Tout en gardant un oeil discret sur les fourneaux, l'apéritif, la bonne température du vin et la table mise. 

   Et on y arrive! Car l'important n'est-il pas l'ambiance, l'excitation des enfants à ne pas décevoir, celle des adultes qui remiseront leurs ressentiments passés, leur fatigue à plus tard pour redevenir enfants pour une fraction du temps... Pour que l'ambiance soit celle des Noëls d'antan quand ils y croyaient encore... Cela vaut la peine. La magie fera son effet et laissera dans les coeurs une petite traînée de poudre dorée...

Joyeuses fêtes à tous!

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La déferlante Johnny...

7 Décembre 2017, 11:33am

Publié par Flora bis

    Sortir, faire un tour sur le Net, ce Forum moderne où tout le monde se sent légitime pour donner son avis sur l'état du monde, sur le sien aussi car il n'y a pas de raison... Une rapide incursion et je rebrousse chemin. 

   Je me perds dans l'avalanche Johnny. Je comprends les milliers de pauvres gens qui voyaient en lui le baume au coeur, le défouloir, la source du catharsis.  Des intellectuels austères dont Johnny était tout de même assez éloigné  -  même si j'admets qu'il était bien moins "simplet" que les caricatures le laissaient voir  -  des politiques parfois adeptes de fraîche date ou simplement de circonstance n'osent pas la fausse note car on n'a pas intérêt à se faire remarquer dans le choeur de l'émotion unanime. Hier, la journée entière, les média ont changé leur programmation pour ne diffuser que des témoignages sur le chanteur défunt : on voit, petit à petit, s'ériger le monument au héros national, englobant aussi tous ceux qui ne l'aimaient pas. Obsèques nationales, Notre Dame, défilé du cercueil sur les Champs-Elysées: finira-t-il au Panthéon?... La vague d'émotion grossit, se nourrissant d'elle-même.

    J'ai tendance à croire plus à la sincérité des anonymes qui racontent les bribes de leurs "rencontres"  -  perdus dans la foule immense d'une messe de Johnny  -  de loin, ou parfois de près, jusqu'à une poignée de main parmi des milliers, ceux qui se ruinaient pour suivre leur idole à travers les tournées... Ils ont perdu quelque chose, ils se consoleront par la mémoire et les chansons qui ne meurent pas.

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D'Ormesson, le séducteur irrésistible

5 Décembre 2017, 12:36pm

Publié par Flora bis

   Ce matin, la nouvelle de la mort de Jean d'Ormesson a éclipsé le bébé Panda du zoo de Beauval qui occupait le devant de la scène toute la journée d'hier, remplissant le creux médiatique.

   D'Ormesson avait 92 ans et tout amoureux de la vie qu'il était, n'en finissait pas d'écrire ses livres-testaments depuis quelques années. Bon client des plateaux télé qui se l'arrachaient, il distillait son humour pétillant, ses anecdotes et citations inépuisables. Avec le style élégant qui rappelait l'art de la conversation du Grand Siècle. Narcissique, séducteur, il s'ébrouait dans l'ambiance ainsi créée, sous le regard de ses nombreux admirateurs.

   Ce grand succès publique le desservait aux yeux des critiques comme si la joie de vivre ne pouvait pas aller de paire avec le talent littéraire. Le Grand Ecrivain doit tremper sa plume dans son propre sang, sinon dans la bile de sa souffrance!... Non dépourvu du sens de la dérision, de l'autodérision même, il laissait poindre un filet d'angoisse concernant la valeur littéraire de son oeuvre. Grand connaisseur  -  et admirateur éperdu  -  des grands auteurs et de leurs textes, il demeurait critique lucide des siens et les reconnaissances ne le rassuraient qu'à moitié.

   Paraître dans la Pléiade au printemps 2015 réalise son rêve véritable: mieux que l'Académie, mieux qu'un prix Nobel, siéger de son vivant parmi les plus grands noms de la littérature mondiale! A nous le plaisir de garder l'homme délicieux dans notre mémoire.

« tant qu’il y aura des livres, des gens pour en écrire et des gens pour en lire,
tout ne sera pas perdu dans ce monde
qu’en dépit de ses tristesses et de ses horreurs nous avons tant aimé ».
 

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Fins de novembre festives

28 Novembre 2017, 19:42pm

Publié par Flora bis

   Activités, festivités intenses... Les derniers jours de novembre, les 27-28, sont respectivement les jours d'anniversaire de Gilbert et de notre fils. Ce dernier a failli venir au monde le soir où nos amis s'étaient réunis pour fêter l'anniversaire de son père. Le champagne a dû rester au frais et nous, avec un léger trac au ventre, partis vers l'hôpital militaire français des forces alliées  d'occupation de Berlin-Ouest... Il est né le lendemain, en début d'après-midi.

   C'était il y a quarante ans. Pour moi, le sentiment d'un petit miracle demeure.

 

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Rupture

17 Novembre 2017, 18:22pm

Publié par Flora bis

   Notre relation à notre corps... Drôle d'histoire. Ce corps qui change en permanence, depuis sa conception jusqu'à sa mort. En interaction perpétuelle avec l'esprit, substance immatérielle impalpable et si présente pourtant, jusqu'à ce que la mort du corps n'entraîne son extinction.

   Nous nous habituons aux changements continuels, à peine perceptibles de notre enveloppe, à son harmonie relative: deux yeux, deux oreilles, une paire de bras et de jambes. Une paire de seins...

   Combien de fois je les ai dessinés, ces corps jeunes et vieux dont j'ai tenté de suggérer l'harmonie, dans une attitude souvent mélancolique. Rarement dans la souffrance. En abandon, à la recherche de l'accord, d'une sorte d'adéquation.

   Comment faire la paix avec la rupture survenue dans cet accord relatif? Comment accepter la dissonance monstrueuse que votre propre corps vous jette à la figure?

   Pourtant, il n'y a pas d'autre chemin, aussi tortueux soit-il. Apprivoiser. Accueillir l'enfant prodigue qui rentre au bercail, si dépareillé de la fratrie... Accepter que ce nouveau corps soit désormais le vôtre.

 

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