Le blog de Flora

Retour à Istanbul

24 Septembre 2019, 16:51pm

Publié par Flora bis

   Je fouille dans ma photothèque comme à chaque fois que que l'envie me prend de faire un petit voyage dans le temps... Nostalgie stérile? Je pense plutôt au besoin impérieux de m'évader d'un présent qui n'a rien d'exaltant, l'occasion mise à part de me réjouir que l'infirmière de ce matin, très professionnelle, n'a pas esquinté la seule veine qui me restait à exploiter, avant d'injecter le produit de contraste qui m'inonderait d'une chaleur intense, de la tête au pied...

   En farfouillant parmi les images, je tombe sur cette photo prise à Istanbul, en 1990, à la salle d'exposition de Institut Français où j'attends l'ouverture du vernissage de ma deuxième exposition. "23 Mayis  -  3 Haziran". Je constate que pour la xième fois, on a écorché mon prénom sur l'affiche... Je ne sais pas pourquoi, cette composition de deux consonnes "ZS" semble contre nature pour l'oeil français, pire encore que le "SZ"... Je note au passage que la mode était aux épaulettes démesurées, ce qui, forcément, affinait la ligne des hanches... Ceci dit, ma minceur de 42 ans, désormais inatteignable, était alors bien réelle. 

   J'ai exposé essentiellement des lavis d'encre, pris sur le vif dans de différents endroits d'Istanbul. Avec ma petite chaise pliante, je m'installais dans les mosquées ou dans les cimetières, au pied de la Tour de Galata ou au bord du Bosphore, en haut de la rue des brocanteurs ou dans les jardins de Karyie Camii (Saint-Sauveur-in-Chôra) et beaucoup d'autres... Je n'ai jamais été importunée: "Kolay gelsin!"  -  me disaient les passants avec un sourire d'encouragement... (ce qui veut dire à peu près: "Que la peine vous soit légère!" c'est à dire: "Bon courage!")

 

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De la photo, tout simplement

17 Septembre 2019, 19:03pm

Publié par Flora bis

   La photo naît de l'envie de fixer l'instant et de le voler au temps qui s'enfuit. Du moins, c'était ainsi aux temps désormais lointains où nous nous laissions surprendre par l'émerveillement d'une fraction de seconde et nous ne faisions pas des clichés en rafale : juste quelques images, soigneusement choisies, car le plaisir instantané était exclu à l'époque des pellicules et de l'attente des clichés sur papier. 

   Sur notre blog hongrois commun, le sujet de réflexion a été la photo dans tous ses états. Cela a donné lieu à de savants traités sur les appareils, les méthodes ou à des flots de nostalgie. Quant à moi, je cherche la nature de la pulsion profonde, commune à tant de gens, qui nous pousse à nous arrêter, à emprisonner l'humeur d'un instant, pour le métamorphoser en un fragment d'éternité. Dérober une parcelle de présent. Y revenir encore et encore, pour ressusciter l'émotion initiale.

   Le sujet? Paysage, nature morte, portrait, le corps humain  -  que cherchons-nous, en découpant dans notre vision du monde un petit rectangle dont nous choisissons les limites? La beauté? A chacun sa définition. Pour moi, c'est certainement la vérité de l'instant, dans laquelle se reflète l'émotion et l'illusion de l'éternité.

   

De la photo, tout simplementDe la photo, tout simplementDe la photo, tout simplement
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Obsolescence

9 Septembre 2019, 19:46pm

Publié par Flora bis

   La cafetière a-telle fait son temps? Même pas 2 ans d'usure, vous la jetez... Pareil pour l'aspirateur : pas la peine de le faire réparer, cela coûtera plus cher qu'un nouveau, pas encore utilisé...

   Le canapé? Le tapis sous la table basse, les doubles-rideaux?... Encore en bon état mais passés de mode... Vous ne pouvez plus les voir : les magazines, les émissions de décoration dictent les nouvelles tendances et vous avez horreur de l'étiquette de "ringard" qui pourrait être collée sur votre dos!

   Des vêtements remplissent quelques cartons que vous portez aux nécessiteux : heureusement qu'ils existent pour éponger votre mauvaise conscience de jeter autant de choses encore en bon état mais  -  passées de MODE!

   La nouveauté vous rajeunit, vous donne bonne mine et l'illusion qu'avec quelques rafraichissements ainsi effectués, votre vie prendra une autre direction, plus dynamique, plus légère... Se libérer du poids du passé, des souvenirs pesants, de la platitude de votre quotidien emprisonnés dans des objets dont il suffit de se débarrasser : tous les gourous modernes vous le susurrent à l'oreille... Après tout, on n'a qu'une vie et elle ne doit pas être sacrifiée au nom des principes d'avant le déluge! C'est maintenant qu'il faut vivre, dans l'instant présent! Ni dans le passé, ni dans l'avenir, hypothétique et incertain! 

   Votre regard glisse sur votre compagnon avachi dans son fauteuil, en pantoufles éculées, le journal sur les genoux... La tête renversée, la barbe grisonnante de 2 jours, il ronfle, dans une confiance bienheureuse et ignorante. Pour l'instant.

(peinture: R.T. 1998)

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Tentatives et tentations

2 Septembre 2019, 16:10pm

Publié par Flora bis

Tentatives et tentations

   Une de mes amies a précisé (déjà, la nécessité de le formuler mériterait d'être analysé) qu'elle écrivait pour elle-même, sans un coup d'oeil sur le côté pour voir les réactions des lecteurs éventuels. Tout en redoutant sa susceptibilité, je n'ai pas pu m'empêcher de lui poser une question simple : si elle écrivait pour elle-même, pourquoi publiait-elle aussitôt sa production sur son blog, puis sur Facebook (élargissant ainsi son auditoire...) Il serait plus simple d'entamer un bon gros cahier à spirale, puis l'enfermer dans un tiroir, pour elle seule...

   Naturellement, supportant mal la contradiction, elle m'a accusée de couper les cheveux en quatre. Pourtant, si j'ai posé cette question, c'est qu'elle s'était posée à moi-même il y a 10-11 ans, lorsque j'ai commencé mes blogs et plus encore, à leur publication sur Facebook. J'ai cédé à l'envie irrépressible de mettre en mots les tourments qui m'assaillaient après la mort de mon mari : les souvenirs, ma place dans le monde, une liberté lourdement payée par la solitude, les bilans incontournables et l'obligation intime de mériter mon sursis. Peu à peu, les mots m'ont capturée et, au-delà de m'avoir secourue, ils sont devenus indispensables : les briques d'une vie plus vraie que la vie réelle...

   Au départ, j'écrivais dans un cahier mais rapidement, l'envie de partage m'a incitée à commencer mon blog français. Dans une langue d'adoption qui offre la distance nécessaire entre la réalité et sa perception. Je n'avais aucune prétention littéraire (de plus, les années d'expérience dans la jungle éditoriale pour les oeuvres de Gilbert m'ont rendue très méfiante), tout juste le plaisir de jouer avec les mots, la tentative d'attraper les plus justes, d'explorer leur puissance évocatrice. Rapidement, j'ai éprouvé l'envie de les lancer sur la Toile anonyme (pendant des années, sous pseudo) comme des bouteilles à la mer, sans prendre le risque d'un refus lapidaire et humiliant. Gloire minuscule et anonyme contre risque zéro.

   Soyons honnêtes : dès que nous exposons notre production, nous n'écrivons plus pour nous-mêmes. NOUS LA MONTRONS. Nous avons envie qu'elle existe. L'écriture reste lettre morte si personne ne l'a lue. Qu'elle plaise ou non, ce n'est plus de notre pouvoir.

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