Le blog de Flora

memoire

Cruel dilemme

6 Avril 2026, 12:52pm

Publié par Flora bis

   Il n'est pas simple de dire adieu à un blog, à une tranche de vie de 18 ans. 

  J'ai entamé cette aventure en juillet 2008, à l'époque de la relative nouveauté du genre. Cela faisait 2 ans que je me familiarisais avec la solitude, avec, soudain, le trop-plein de temps libre, après des années d'intense mobilisation contre le cancer, pour la survie la plus longue possible de Gilbert, un qui-vive qui ne laissait pas de place pour un pas de côté... Et tout d'un coup, il fallait apprendre  à se connaître, à occuper 24 h par jour avec ce nouveau sujet : moi-même...

   Les blogs venaient de naître à peu près à la même époque. Parfaits pour combler la solitude, découvrir le chemin vers soi en même temps qu'ouvrir une fenêtre vers les autres. Une frénésie de communications, de créativités possibles et autorisées, offertes au public, au lieu de rester dans l'ombre de l'anonymat. Selon ses désirs, son audace ou sa timidité, on pouvait y participer, à visage découvert ou masqué par un pseudonyme.

   Une vraie caverne d'Ali baba où l'on trouvait, ébahis, le pire comme le meilleur. Avec la joie de la surprise et de la découverte. Des relations naissaient, virtuelles mais avec de vrais sentiments d'amitié, de deuil et de l'admiration! On retrouvait des personnes disparues de notre vie depuis des décennies et qui réapparaissaient par magie, nous obligeant de prendre conscience de la fuite impitoyable du temps, dont, au jour le jour, nous ne voyions pas forcément les stigmates. 

   Je me souviens de la naissance de ce blog, pas à pas, de l'émotion intense qui me serrait le coeur  -  même sous pseudonyme choisi avec soin : Flora qui existe aussi en hongrois,  -  une des muses d'Attila Jozsef, ce géant de la poésie hongroise que je m'apprêtais à faire découvrir  -  car j'avais de l'ambition pour ce blog! Entre autres, diffuser ne serait-ce qu'à ma petite échelle, les oeuvres de Gilbert et celles de la littérature hongroise, en traduction, souvent par moi-même. Raconter ma vie aussi, mon parcours. Devoir de mémoire, dette de survivant. Pérégrinations, adaptations, attachements, amitiés, fidélités... 

   Possibilité de s'exprimer devant un public, tout en restant cachée... Peser le chemin parcouru, tracer le futur, le dégageant un peu aveuglément, à la machette dans la jungle. Avec précaution quand-même, à chacun son tempérament!... Je ne suis pas une guerrière.

   Et surtout, la toute puissance des mots! Cette addiction magique, une langue d'adoption à cultiver, en parallèle avec ma langue maternelle à ne pas laisser à l'abandon.

Difficile, sinon impossible d'y renoncer... Il est devenu un peu ce que je suis.

 

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Un après-midi qui fait du bien

14 Février 2026, 13:22pm

Publié par Flora bis

   Le couteau sous la gorge... Les délais négligés pendant des mois se resserrent, façon "noeud coulant, le stress monte et m'étouffe. C'est bien l'effet recherché, il indique que le niveau d'adrénaline est assez élevé pour me faire bouger du point mort.

   J'ai quand-même mis de côté les affaires urgentes, pour réserver mon après-midi à la visite de Sultan (prononcer : "Soultane"), une des anciennes élèves turques de Gilbert au lycée Galatasaray d'Istanbul, lieu de notre séjour entre 1984-90.

   La ville reste pour moi un point nostalgique toujours intact même si les larmes cessent de monter aux yeux comme pendant longtemps à la vue des lieux familiers ou aux sons lancinants des chansons de Zülfü Livaneli... Ville magique, éreintante, elle vous enchante, vous captive et ne vous lâche plus. A la fois par son immensité, la majesté de ses panoramas imposants et par les innombrables détails de la vie quotidienne qui deviennent familiers et font que vous vous sentez intégrés dans le paysage, dans le tissus même de la vie : elle vous adopte sans préjugé et sans distinction et vous vous sentez chez vous. Une fourmilière sans cesse en mouvement qui vous accueille, comme votre bakkal (épicier), votre kasap (boucher), votre baklavaci (pâtissier, marchand de baklavas) ou votre çiçekci (marchand de fleurs), qui vous offrent le thé pour vous faire patienter, voire un bouquet supplémentaire en signe d'amitié.

   La fidélité est pour moi une vertu cardinale, ai-je l'habitude de dire. Nous avons quitté Istanbul il y a plus de 35 ans. Nous y sommes revenus 6 ans plus tard, à l'occasion du mariage de Sultan, et avons revu bien d'autres élèves d'antan. Avec le regain de l'attachement intact.

   Et maintenant... 30 ans sont passés, Gilbert, leur professeur de français bien aimé n'est plus, depuis bientôt deux décennies. Je revois la jeune femme rayonnante d'antan en une professeure d'université de 55 ans, qui voulait me revoir à l'occasion de son passage à l'université de ma ville. Je suis très touchée car je ne connaissais les élèves de mon mari qu'indirectement, quand nous invitions ses classes de temps en temps à la maison pour un goûter. Des jeunes femmes brillantes, chaleureuses, avides d'apprendre. Nous regardons les photos de l'époque, et de plus récentes aussi qui racontent nos vies. Les décès, les naissances des enfants et petits-enfants, les espoirs et les préoccupations. Nous échangeons des petits cadeaux. Plus de deux heures s'envolent en un clin d'oeil.

(photo : j'ai accroché l'oeil bienveillant protecteur  -  cadeau de Sultan et de sa soeur Feyhan  -   au-dessus de mon bureau... J'en ai bien besoin!)

 

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Fidélité contre la fuite du temps

24 Janvier 2026, 14:08pm

Publié par Flora bis

      J'ai enfin terminé le dessin qui devait servir de modèle pour mes cartes de voeux et je m'apprêtais à les imprimer, après avoir préparé, nettoyé, "aligné" mon imprimante  -  et patatras, le premier essai a donné un résultat catastrophique! Dans l'urgence, mon fils m'a fait penser à un imprimeur en ligne bien connu, j'ai aussitôt préparé la maquette et commandé le nombre d'exemplaires prévus. Le petit colis est arrivé hier matin et j'ai donc mon programme copieux pour le weekend! 

   Il fait maussade comme il sied à un mois de janvier finissant. Après la courte période du début du mois, enneigée, glaciale et glissante, je me réjouis du redoux, j'essaie de trouver beau et rassurant le ciel parfois couvert.

   Quelques coups de fil retentissent d'un passé désormais lointain... Un ami du siècle dernier (1976-82) quand - après 2 ans en Hongrie, puis autant en Algérie - Gilbert a reçu sa nomination au lycée franco-allemand de Berlin-Ouest et nous avons débarqué avec une bande de professeurs fraîchement nommés, la plupart célibataires, des quatre coins de la planète (surtout d'Afrique et  d'Amérique du Sud etc.) En attendant que nos appartements soient préparés dans une des cités militaires, nous étions logés dans l'hôtel Aiglon, à l'entrée du Quartier Napoléon, le QG de l'Armée Française occupant le nord de Berlin-Ouest... L'amitié avec beaucoup d'entre eux a traversé presque 50 ans, elle perdure, et à chaque fois, nous nous étonnons de nos cheveux blancs.

   Un autre coup de fil dans la matinée me rappelle nos années d'Istanbul où Gilbert a fait du théâtre pendant 5 ans. L'animateur culturel du Consulat français qui dirigeait la troupe ne manque jamais me faire signe plusieurs fois dans l'année, en particulier vers Noël...

  Cette semaine, je reçois un message d'une ancienne élève de Gilbert, du Lycée Galatasaray d'Istanbul : début février, elle sera de passage à l'université de ma ville et elle aimerait me revoir si j'y habite toujours...

   Ces messages ressuscitent un passé de plus en plus lointain - où nous étions jeunes et voyageurs... Ces relations ont gardé, pour la plupart, leur fraîcheur. Durant les années écoulées depuis, nous nous sommes souvent revus avec bon nombre d'entre eux : Raymond, Patrice, Alain, Michel, Maddy, René, Chantal, Jean-Paul, Judith, Anne, Özge, Soultane, Haydée, Jean-Marie, Philippe, Marlène et Claire... etc, etc... Chez nous ou chez eux, parfois chez nos parents, en France ou en Hongrie... Et les liens restent solides car on se lie plus vite et plus fort quand on est jeune.

    Le monde autour de nous a changé mais pour moi, la fidélité reste une vertu cardinale. Elle a la capacité de rafraîchir, de garder intacts les sentiments du passé, de la jeunesse immuable du coeur. 

 

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Petit retour nostalgique...

6 Décembre 2025, 20:24pm

Publié par Flora bis

    Le 6 décembre... Les souvenirs d'enfance affluent et le monde chavire. Je revois les chaussures fraîchement cirées, alignées dans l'entrée ou  -  dans la fenêtre à double vitre, c'est à dire, avec les 2 vitres séparées d'une vingtaine de centimètres que l'épaisseur du mur en torchis permet! Elle isole bien du froid à -20° en hiver et de la grosse chaleur de plus de 30° en été. Et les chaussures d'enfants tiennent bien entre les 2 vitres pour que Mikulás puisse les remplir en passant la main par la vitre extérieur qu'un complice entr'ouvre de l'intérieur pour le temps de l'opération. La magie émerveille autant les enfants que les adultes qui en sont les heureux opérateurs! Mais Saint-Nicolas ne les oublient pas non plus et les chaussures de toute la famille attendent sagement à l'entrée pour être remplies de friandises et de noix argentées ou dorées!

 

 

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Un vieux cahier en témoin

1 Novembre 2025, 03:56am

Publié par Flora bis

   Saisir le dernier jour du mois pour tenter de rattraper mon retard, c'est bien moi... En sachant, de plus, que c'est impossible. Ce constat mènerait bien plus loin, mais je ne récolterais que des regrets inutiles. 

   Derrière moi, des jours chargés des préparatifs pour fêter quatre anniversaires automnaux, des courses et des coups de fil innombrables. Depuis samedi, c'est l'arrivée des enfants, le bonheur, les rires et le sommeil rassuré, profond comme à chaque fois que je ne dors pas seule dans la maison. Mon fils et ma plus jeune petite-fille ont pu rester quatre jours de plus, un petit supplément de cadeau. 

   Restée seule de nouveau, mes pensées se réfugient dans le passé... Avec une amie, nous en avons parlé hier : faut-il fuir les tentations de la nostalgie? Nous empêche-t-elle de vivre notre présent? Oui, je l'avoue, le passé se fait souvent refuge, à condition d'éviter certains souvenirs, dangereux comme des sables mouvants. L'avenir, de toute façon, est désormais derrière moi et il rétrécit de jour en jour comme peau de chagrin. Quant au présent, j'essaie de le vivre aussi riche que possible  -  même si ce "possible" est trop mince à mon goût pour en nourrir mon (blog) quotidien...

  La mémoire est une matière vivante, mouvante, changeante; elle transforme parfois le vécu que nous croyions immuable, fixé une fois pour toutes. Je viens d'en avoir la preuve éclatante et vaguement douloureuse comme un bleu à l'âme... Je referme le vieux cahier de la marque "Общая тетрадь" que je garde près de moi depuis 1969-70... Oui, depuis ces années-là, il a traversé beaucoup de déménagements et de bouleversements alors totalement imprévisibles. Nous l'avons entamé avec Marie à Moscou (pour fixer nos souvenirs que nous pressentions mémorables!) au moment où nous y sommes arrivées à la fin du mois d'août 1969, pour l'année universitaire, en stage de langue et civilisation russe et soviétique... Logées avec des étudiants russes et étrangers dans une bâtisse ancienne non loin du stade Loujniki, nous étions quatre par chambre : dans la nôtre, Marie et moi, nous étions deux Hongroises en compagnie d'une Russe, Natacha et une énigmatique Bulgare, Angelina.   

Voyage en Ouzbekistan; au premier plan, moi avec une fleur dans les cheveux

   Quelle plongée dans le cahier, survolant presque toute l'année avec les événements au rythme échevelé de nos vingt ans! J'ai l'impression que nous n'étions jamais fatiguées! Les cours, les voyages aux pays baltes, en Asie Centrale, en Géorgie et en Arménie, les soirées d'étudiants, les études en bibliothèque et les nombreuses soirées de théâtre!... Sans compter la vie de tous les jours dont les événements nous réservaient souvent des rebondissements insolites! Tout cela pour enrichir sans cesse notre vocabulaire jusque là plutôt livresque... 

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Aventure unique

8 Octobre 2025, 15:38pm

Publié par Flora bis

   Je suis coincée au rez-de chaussée, en pyjama et robe de chambre et cela m'énerve prodigieusement. Comme si j'avais du temps à perdre sans compter! J'attends la livraison d'un colis et le transporteur ne précise pas   -  même approximativement  -  l'heure à laquelle il passera. Je déteste attendre dans le vide. J'aime les personnes ponctuelles, ni en avance, ni en retard. Moi-même, j'essaie de cultiver cette vertu et je reviens de loin!

   Jusqu'à ma rencontre avec Gilbert, j'étais, pour ainsi dire, toujours en retard. Je cherchais presque, au dernier moment, le prétexte pour me retarder... Ma nonchalance de la province méridionale d'Europe centrale s'est heurtée à la ponctualité occidentale, pire encore, celle de la France du Nord, en la personne de G. qui avait hérité de son grand-père bien-aimé, conducteur de locomotive, une ponctualité à toute épreuve. Petit à petit, il m'a dressée à la discipline. Sauf accident, je suis à l'heure. Mais pas en avance.

   Le stress m'a de nouveau envahie. Je le sens dans tout mon corps, je me répète sans cesse les tâches à ne pas oublier d'ici la fin du mois. Par moment, je m'applique des séries de respirations "yoguiques" pour tenter de desserrer l'étau mais je serai bientôt obligée de m'offrir des plages de simili-repos pour tenir le coup ("simili", car pendant ce temps, je ne peux pas tromper mon cerveau qui ne cesse de cavaler).

   La période qui précède mon anniversaire est toujours sensible. Malgré la conscience du lent déclin de mon existence qui se met parfois à tanguer, je m'accroche à l'idée d'une petite victoire sur les embûches du parcours. Oui, je m'accorde cette minuscule satisfaction car je résiste encore, je suis toujours là! Et je remercie mes proches et mes amis, sans oublier mon ange gardien que je sollicite beaucoup, pour m'aider à continuer cette unique et malgré tout exaltante aventure qu'est la vie. 

... et sans le moindre maquillage pour arranger un peu le déclin... (été 2025)

 

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N'est pas Gontcharov qui veut!

22 Mai 2025, 18:16pm

Publié par Flora bis

   La semaine de mon retour s'est vite envolée, sans laisser de traces notables dans mon existence. Chercher un jardinier sur internet, m'attaquer à ma déclaration d'impôts en ligne, répondre aux messages (parfois en rafales), quelques conversations au téléphone, courses alimentaires, pharmacie, cuisine... Rien d'enthousiasmant. Au lieu de s'envoler, la crispation s'installe, une fois de plus.

   Ce serait bien de croire que tout vient des mouvements incessants des planètes!... Qu'il suffirait de patienter pour que les noeuds des oppositions et d'autres trigones, voire des carrés ou des sextiles se dénouent au dessus de nos têtes! Que le calme plat soit revivifié par des rencontres dynamisantes, des projets effervescents qui feraient oublier l'eau croupie du piétinement sur place.

   Régulièrement, je reviens sur ma procrastination, sur mes blocages dont l'origine reste assez énigmatique pour moi. J'essaie de faire, dans ma mémoire, ce travail archéologique dont on espère la remontée à la surface des débris d'explications. Parfois, j'ai l'impression d'effleurer quelques entailles, des meurtrissures fugaces mais pas de révélations capables de me délivrer de cette entrave.

   Des gens volontaires, énergiques m'assènent des sentences : "Les phrases commençant par demain... pas maintenant... plus tard... on verra... me donnent des boutons! Un devoir  -  une solution! Et que ça ne traîne pas!" Ils espèrent me guérir avec ce raisonnement, prétendant me vouloir du bien. Me faire croire que ce n'est qu'une question de volonté! Qu'il faut absolument "secouer" la faiblesse humaine (puisque la cause ne peut être qu'une simple faiblesse : la volonté n'est autre qu'un muscle avachi qu'il faut bousculé pour le renforcer...).

   N'est pas Oblomov qui veut! N'est pas Gontcharov non plus, encore moins. Je l'ai trouvé, moi aussi, méprisable, ce personnage du roman de Gontcharov, en l'étudiant en littérature russe, il y a plus de 50 ans. L'auteur n'est pas très clément avec son personnage mais son analyse est incomparablement plus fine que celle de mes interlocuteurs...

  

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Ma maison et moi... un vieux couple qui se rode...

6 Mai 2025, 11:20am

Publié par Flora bis

   Quand on quitte ne serait-ce que provisoirement, sa maison  -  son refuge, sa tanière, ses habitudes qui protègent et qui emprisonnent  -  on prend des risques. Inconsciemment, certes, mais au fond, c'est le but. Pour éviter la sclérose totale de ses neurones, on les secoue, rafraîchit, aère, on leur lance des défis sous forme de quelques prises de risque minuscule, histoire de prouver qu'on est encore vivant... Réveillé. Surtout quand on vit seul(e) et qu'on n'a même pas l'occasion de radoter à sa guise!... Personne ne l'entendrait.

   Avec le temps, je me rends compte que je commence à aimer ma maison. Nous sommes comme un vieux couple pour qui, au départ, le choix s'est fait sur un compromis et non pas sur un coup de foudre. En rentrant d'Istanbul, nous avions très peu de temps pour trouver une maison dans la ville inconnue du Nord, à proximité du futur lieu de travail de G. Il a fallu décider très vite, la rentrée des classes approchait pour notre fils aussi, sans oublier le camion du déménagement.

   Peu à peu, nous l'avons aménagée à notre goût, parfois au prix des pourparlers longs et diplomatiques pour accorder nos violons. Nous étions à l'aise sur trois niveaux, avec le jardin pour le plaisir des yeux et le bol d'air au milieu de la ville. Le jardinet était pour moi; à la nature, G. préférait l'univers de ses livres enfin réunis, perché au dernier étage et baigné dans l'imaginaire qui, comme on sait, ne connaît pas les murs...

   Depuis bientôt 19 ans, j'occupe la maison seule... Petit à petit, je lui fais subir des changements, du moins, dans la partie où je vis. J'essaie de gommer les traces invisibles pour d'autres des souffrances et de savourer la douce métamorphose du décor... Pour pouvoir continuer à vivre. Pour apprendre à être moi. C'est peut-être l'aspect le plus difficile de la tache. Avec les années qui s'écoulent paresseusement, le vieux couple que nous formons, la maison et moi, change d'allure, se rode et s'érode, se renouvelle parfois. A force de se frotter l'une contre l'autre, on se rassemble, on s'épargne, on se rapproche et on se rejoint dans la gratitude. Cela peut ressembler à l'amour, qui sait?...

Ma maison et moi... un vieux couple qui se rode...

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Vague à lâme

30 Décembre 2024, 16:42pm

Publié par Flora bis

   Parfois, une idée vague m'effleure à la période des fêtes de fin d'année : survoler furtivement tous les Noël de ma vie! Repasser en mémoire ces Jours mémorables de chaque année vécue. Je ne m'attarderais pas; à bord de ma machine à remonter le temps, je survolerais ces paysages familiers, en sépia, estompés par le souvenir. Quelques uns sont plus tenaces que d'autres, toujours en images, au commencement forgées et transmises par les récits sensuels, palpables de ma mère, soucieuse de recréer, de revivre l'atmosphère, afin que je puisse voir ma vie se dérouler. Cela se poursuit pendant des années, et je finis par avoir l'impression de vivre ma vie en spectatrice assidue, ébahie, conquise ou oppressée.

   Pour le moment, je me sens très fatiguée. Je peine à retrouver la veine de l'écriture. Elle me résiste, les mots se cachent, se dérobent à mon envie de les saisir au vol. Pourtant, elle est censée me réveiller de la torpeur, guérir des souffrances du corps, en m'enveloppant dans une bulle protectrice. A plus tard...

... verre minuscule pour la goutte des fins de repas...

 

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Cela ne s'arrange pas avec l'âge...

24 Novembre 2024, 21:30pm

Publié par Flora bis

     En une nuit, la température a augmenté de près de 20°! Une personne normalement constituée  -  du moins selon le modèle ancien  -  passe difficilement de la tempête de neige aux bourrasques printanières. Les nouveaux modèles humains en formation, ceux qui survivront aux changements climatiques en accordant la température de leur corps aux circonstances capricieuses, à l'instar des lézards, recevront avec un flegme royal, sourcillant à peine, ce genre de nouvelle.

   Cette courte mise au point relative à la plus fraîche météo est sans rapport avec le sujet initial de cet article. Il s'agit d'un phénomène récurrent qui me met mal à l'aise à chaque fois que je dois faire face à des compliments... Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu beaucoup de mal à  "encaisser" les éloges. Surtout, en direct, sans avoir la moindre possibilité de replis, ni le plus petit trou de souris pour me cacher. En vieillissant, cela ne s'arrange pas.

   J'essaie d'en déceler les causes. Bien sûr, l'éducation familiale y est pour quelque chose. Il ne faut pas s'enorgueillir de tel ou tel don : on n'y est pour rien, c'est un cadeau de la nature! En générale, il faut se méfier du péché d'orgueil, l'humilité étant érigée parmi les vertus cardinales. Et moi, j'étais un enfant plutôt obéissant.

   Est-ce un manque manifeste d'estime de soi? Si oui, d'où vient cette défaillance? Je n'arrive pas à en identifier la cause. Ma mère a rarement été avare en compliments, et elle en ramenait des brassées des réunions de parents / profs. Ces éloges, je les écoutais en silence, sans commentaires : tout en me faisant chaud au coeur, ils me gênaient aux entournures, ne serait-ce que vis à vis de mon frère qui n'en a pas eu autant...

   J'ai entendu quelque part que le regard fier de la mère donne confiance au fils pour se réaliser, tandis que la fille a besoin du regard du père qui reconnaît, qui encourage, pour avoir confiance en elle. Était-ce le regard positif du père qui faisait défaut? Pourtant, il devait bien éprouver de la fierté à mon égard, sans jamais l'exprimer. Comme si tout allait de soi pour moi... Ou alors, pensais-je parfois, tous les domaines où j'excellais étaient à mille lieux de son intérêt... Il n'était pas contre, sans s'y intéresser pour autant. Pourtant, si j'ai un don pour le dessin, c'est de lui que je le tiens.

 

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